• Benoît XVI – Hilda Lefort



    Traditionnalisme et fascisme

  • À jamais contre le Front rouge et la Réaction

                Nous avons préféré attendre quelques jours que l’émotion collective, impropre  à la réflexion, passe pour publier ce texte de critique.

                Nous avons eu ouï de la mort du pape Benoît XVI ce samedi 31 décembre 2022. Nous ne ferons pas de théologie ici, pas plus que des jugements sur la personne ou sur les âmes. Cela nous intéresse assez peu en réalité : Néanmoins, il convient de reprendre quelques points concernant Benoît XVI.

                On entend de tous côtés que Benoît XVI fut un pape « conservateur ». Et c’est effectivement ce qu’il fut. Et puisque l’on juge les arbres à leurs fruits, il faudrait s’intéresser à ce qu’a produit la doctrine conservatrice de Benoît XVI, et faire un état des lieux avant et après son pontificat pour en juger.

                D’aucuns, et à première vue il ne semble pas qu’on doive les blâmer, pourraient prendre la défense de Benoît XVI, au nom de son conservatisme. Ceux-là sembleraient parler avec sagesse, rappelant que face aux assauts des progressistes, du mondialisme cosmopolite et de l’athéisme matérialiste, le pape Benoît XVI se dressa tel un frein, un rempart notamment contre la partie la plus progressiste du Vatican au début de ce troisième millénaire. Ils critiqueraient sans doute avec bienveillance ses manques en matière de conservatisme et les épisodes où il ouvrit quelques fois les portes au progrès. Ils l’absoudraient de ces quelques fautes. Ceux là sont les réactionnaires.

                D’autres, et ceux-là sont les progressistes, pourraient prendre la défense du pape Benoît XVI au nom de son ouverture à la modernité, pour son œcuménisme, sa défense des juifs ou que sais-je encore. Ils affirmeraient qu’il tenta de concilier la doctrine qu’il souhaitait conserver avec le monde moderne et ses nouvelles nécessités. Ils le critiqueraient cependant sans doute pour son manque d’ouverture et de permissivité.

                D’autres encore, et nous sommes de ceux-là, fronceraient les sourcils : À jamais contre le Front rouge et la Réaction.

                Le Front rouge, les révolutionnaires bolcheviques, les mondialistes aujourd’hui, les matérialistes, il est évident que nous les combattons. Le modernisme, nom du progressisme du matérialisme et de la décadence quand ils pénètrent dans l’Église, sont de vieux ennemis, des ennemis traditionnels pourrait-on dire.

                Et il n’en fut jamais, ou il n’aurait jamais du falloir qu’il en soit autrement de cette mouvance libérale, molle et négligente, inactive et dévitalisée qu’on nomme la Réaction. Les conservateurs, sous prétexte de défendre la tradition, sont prêts aux conciliations, aux compromis, aux trahisons. Leur esprit est celui du bourgeois. Le réactionnaire, le conservateur, ne souhaite pas se faire violence. Il est attaché, par un égoïsme étrange, à ses petits conforts, à ses petites traditions, davantage par paresse et par goût personnel que par la reconnaissance de la vérité et la volonté de servir. Et pour les préserver quand elles sont attaquées, c’est la Réaction qu’il met en œuvre. Il accepte de composer, de concilier pourvu qu’on le laisse en paix.

                Drumont parlait d’eux, et ses mots résonnent encore comme une légende : les conservateurs qui ne conservent rien. Ou tout au plus des ornements vides.

                Benoît XVI fut le pape qui tenta de réconcilier l’Église en interne, en raccommodant les dissensions entre modernistes et traditionalistes. Sa tentative ne resta pas tout à faire vaine puisque des signes de salutations réciproques furent échangés et un rapprochement consommé, cela notamment avec la FSSPX.

                Certains voudraient s’en réjouir. Il n’est pourtant rien de plus dramatique que de se faire duper par la Réaction et que de se voir contaminer par la lèpre du conservatisme. Benoît XVI a agi (consciemment ou non, de ceci nous n’avons cure) non pas comme le rempart de la doctrine et de la foi, lui qui fut préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, mais tel le venin du serpent, dégoulinant de ses crocs acérés avant de se répandre dans le corps de la proie, de circuler lentement dans ses veines, jusqu’à ralentir les battements de son cœur vigoureux, jusqu’à anéantir lentement sa force et sa volonté, jusqu’à engourdir ses membres, refroidissant son souffle, glaçant son sang, l’amollissant comme on attendrit la viande avant de la dévorer. Benoît XVI a laissé la place après lui à la venue de François, le serpent qui dévorera la proie empoisonnée préalablement par le venin, et qui est tombée dans l’inconscience et l’impuissance, privée de son énergie vitale.

                Concilier l’œuvre de Vatican II et la tradition de l’Église, considérer Vatican II comme le renouveau dans la continuité de cette tradition, parler d’ « herméneutique de la continuité », voilà les principes qui dirigèrent l’action de Benoît XVI ; diriger le Concile Vatican II et la révolution dans le sens de la Tradition. Réagir. Ou plutôt accompagner les loups, en leur intimant de ne pas dévorer le troupeau d’une bouchée, mais de prendre leur temps. Ou pour mieux dire, au final, assurer aux loups que le troupeau ne bronche pas, ne voit pas venir le piège, se laisse docilement faire, jusqu’à ce que vienne la fin.

                Les conciliations n’ont jamais rien donné, l’histoire nous l’a appris maintes fois, lorsqu’il s’agit des principes. Que Benoît XVI ait eu conscience, volonté, de ce qu’engendrerait son action, ne nous intéresse pas, et nous n’en jugerons pas car tel n’est pas notre propos. Notre unique but est de faire comprendre pourquoi l’esprit réactionnaire et conservateur est dangereux, vain, et contre-productif. Par son conservatisme – au moins de façade – a fait baisser la garde à maintes personnes sincèrement attachées à la Tradition catholique et en cela son action nous semble plus grave que celle actuelle de Bergoglio

                Cet esprit conservateur continue pourtant de prospérer, et ces exemples malheureux se répètent partout autour de nous : ainsi qu’on s’est extasié devant Benoît XVI, rempart de la doctrine, on soutient Marine Le Pen au nom du « Tout Sauf Macron », on s’extasie devant Meloni, et pourtant l’on verra bientôt que l’immigration en Italie n’aura pas cessé ni encore la substitution raciale en cours, le visage de l’Italie devenant ainsi toujours davantage étranger à son peuple, que le mal n’aura pas démordu, seulement pris d’autres masques, et su se faire doux et lancinant plutôt que brutal et propre à déclencher des fureurs légitimes et des tourbillons de justice qui pourraient s’abattre sur lui et le détruire enfin.

                Ainsi encore y eut-il des hommes pour aduler autrefois le Sillon et le christianisme démocratique, le ralliement des catholiques à la République, et tous ces mouvements réactionnaires, tous ces personnages qui nous écœurent parce qu’ils ne surent rien faire et ne conservèrent rien, parce qu’ils ne tinrent pas leur promesse, Philippe Égalité, compromis entre la monarchie et la Révolution jacobine, les traîtres Girondins, Louis Philippe Ier, les rois du parlementarisme, tous les modérés, les Mac-Mahon, les Maritain, les démocrates chrétiens, et les demi-juifs demi-chrétiens jusqu’à ce qu’à ce que certains aient le culot monstrueux de venir affirmer maintenant que Sarkosy était de droite, et que Zemmour était nationaliste ! et aujourd’hui – quelle audace – que Benoît XVI était un traditionaliste…

                C’est impensable.

                C’est ainsi que la réaction, lorsque ce n’est pas au sens littéral comme le dit la chanson (« Kam’raden, die Rotfront und Reaktion erschossen »), assassine de manière systémique tout mouvement qui pourrait pourtant constituer une alternative à la déchéance et au gouffre dans lequel s’enfonce notre civilisation.

                Car ce ne sont pas ces positions molles et timorées qui sauveront le pays, mais une authentique reconquête de Rome. Marcel Bucard affirmait à juste titre que : « Si notre nom de Nation est France, notre civilisation s’appelle romaine ; ne pas en convenir serait renier notre propre nature. Il y a donc une raison péremptoire à ce que la France se « refrancise » en dérivant chez elle la source de la civilisation générale. » Car la France est trois fois romaine : romaine par la religion, romaine par la culture, romaine par la politique. Nous l’appelons cette France de la triple romanité, la France catholique, dans son héritage helléno-chrétien et son État fasciste, fascisme qui est l’expression de l’universalité d’une Rome régénérée et rendue à son destin.

                Sous le soleil d’une Rome retrouvée notre Révolution nationale triomphera.

    Hilda Lefort.