• Russie et actualité musicale – Jacynthe



    Billet d’humeur sombre

  • RUSSIE ET ACTUALITÉ MUSICALE – BILLET D’HUMEUR SOMBRE

    Bêtise, folie, décadence ? Ces mots sont trop faibles pour décrire la stupidité sans nom qui se déchaîne contre tout ce qui peut porter le nom de « Russe » après le début de l’invasion de l’Ukraine, pays mafieux aux institutions notoirement corrompues, par la Russie de Vladimir Poutine.

    Qu’on en pense ce qu’on voudra : nous ne sommes pas ici pour juger les tenants et aboutissants, ni pour dire si c’est bien ou mal. J’accuse simplement ceux qui, sous couvert de « paix » et de « solidarité à l’Ukraine », excluent les sportifs russes des compétitions, les chats russes des concours de la Fédération féline (!), les restaurants russes, l’étude des grands auteurs russes des facultés, et maintenant… les chefs d’orchestre, pianistes et même… les compositeurs, ou plutôt la référence à leur pays d’origine.

    C’est d’une stupidité incommensurable. Voilà que Valery Gergiev, directeur du théâtre Marinsky de Saint-Pétersbourg, l’un des plus grand chef d’orchestre contemporain, multi-décoré (il est notamment « Artiste du peuple de Russie », mais aussi et paradoxalement « Artiste du peuple d’Ukraine », Officier de la Légion d’Honneur, Artiste du mérite culturel polonais…), se retrouve littéralement chassé pour sa « proximité avec Poutine » et son refus de blâmer la Russie.

    On l’a mis au pied du mur en voulant l’obliger, ainsi que de nombreux artistes et personnalités russes, à prendre position politiquement pour l’Ukraine et contre son pays.

    A Milan, le maire et le directeur de la Scala ont carrément osé demander à Gergiev une plaidoirie publique pour, je cite, « une solution pacifique au conflit ». Le chef d’orchestre n’ayant pas daigné donner de réponse à une demande aussi grotesque (c’est un chef d’orchestre, pas un diplomate ni un politicien !), la Scala lui a signifié son congé et l’a remplacé.

    Le Théâtre des Champs-Elysée en France, honte sur nous, a annulé sa venue prochaine pour un grand concert avec son orchestre, le Philarmonique de Rotterdam qu’il dirige régulièrement depuis 34 ans (il en a été le directeur musical). L’orchestre viendra, mais pas le chef qui sera remplacé.

    Le Philarmonique de Munich dont il avait la direction musicale, l’a congédié également. L’affaire ressemble à celle de Milan : le maire de Munich a posé un ultimatum à Gergiev, on se demande bien pourquoi, qui n’a pas souhaité répondre. Suite au mutisme du chef, virons-le. C’est d’une mesquinerie incomparable.

    Et citons les paroles hallucinantes du maire du Munich Dieter Reiter :

    « J’aurais attendu de lui qu’il reconsidère et révise son appréciation très positive du dirigeant russe. Il ne l’a pas fait ».

    « Dans la situation actuelle, il aurait pourtant été indispensable d’envoyer un signal clair à l’orchestre, à son public, à l’opinion publique et à la politique de la ville pour pouvoir continuer à travailler ensemble”, précise-t-il. “Comme cela n’a pas été le cas, il ne reste qu’une séparation immédiate ».

    Ça nous rappelle vaguement quelque chose… vous savez, la Loi des suspects à la Révolution ! “Seront tenus pour suspects tous ceux qui, n’ayant rien fait contre la liberté, n’auront cependant rien fait pour elle.”

    Et j’en passe, et des meilleures. Le Festival du Verdier, Carnegie Hall… tous l’ont exclu comme si Valery Gergiev avait attrapé la peste par le simple fait d’être russe, d’aimer son pays et d’apprécier Poutine. Les titres des journaux sont de plus mensongers : il suffit de lire le contenu pour voir que ce n’est pas exactement ce que le titre indique…

    On ne sait d’ailleurs pas – et ça en devient comique – l’opinion de notre chef d’orchestre sur la guerre en Ukraine : il ne l’a pas donnée.

    En même temps que le chef, le pianiste Denis Matsuev qui devait donner un récital en France en mai 2022 a vu ses concerts annulés pour cause de patriotisme.

    Un second chef d’orchestre, Tugan Sokhiev a été tout simplement sommé par le maire de Toulouse de choisir entre son poste à l’orchestre du Capitole et celui qu’il occupe à Moscou, au Bolchoï, encore en prenant position publiquement contre la Russie. Tugan Sokhiev a démissionné des deux orchestres, ne pouvant pas tolérer un pareil ultimatum.

    Plus récemment, j’ai appris que l’orchestre de Toulouse s’était mis en grève pour le retour de son chef : force à eux !

    Et la soprano Anna Netrebko s’est exclue elle-même, pleine de tristesse. Forcée à condamner la guerre, regrettant de devoir le faire –  « Je ne suis pas experte en politique ! » – la chanteuse qui avait été prise en photo en 2014 avec le drapeau des républiques populaires non-reconnues de Donetsk et Lougansk a déclaré avec tristesse :

    « Obliger les artistes et les personnalités à exprimer publiquement leurs opinions politiques et à dénoncer leur patrie n’est pas juste ». 

    Non Anna, ce n’est pas juste, ce n’est pas logique, un artiste n’est pas un politicien.

    Nous assistons à une folie, une haine généralisée, et comment ne pas écarquiller les yeux en voyant que le Philharmonique de Strasbourg, l’un des orchestres les plus anciens et les plus prestigieux de France a déclaré que, s’ils continuaient d’interpréter les oeuvres de grands compositeurs russes, les mots « Russe,  Russie, Moscou… » ne seraient plus employés dans les titres des concerts.

    On se croirait à l’Union Européenne avec sa charte des mots interdits.

    Donc on va jouer Stravinsky, Prokofiev, Rachmaninov, mais surtout, interdiction de dire qu’ils étaient russes hein. Ça en devient tellement ridicule qu’on ne sait s’il faut rire ou pleurer.

    L’orchestre de Cardiff en Ecosse a fait pire : il a banni… Tchaïkovski de son programme. Ne jouons plus les compositeurs russes tout court, comme si tout ce qui avait de près ou de loin à voir avec ce pays était frappé d’infamie et dégageait une odeur nauséabonde.

    Au nom de l’immémorielle amitié Franco-Russe, soutien à tous les artistes, sportifs, chats russes, qui ont refusé de prendre position contre leur pays, qui ont refusé de prendre position tout court et qui ne se sont pas couchés devant l’impériale propagande américano-otano-européenne.

    Qu’on en finisse avec cette dichotomie Gentils/Méchants qui empoisonne le monde.

    Jacynthe


  • Vous avez aimé cet article ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !