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Publié le par Florian Rouanet
LÉON DEGRELLE ET LES CRISTEROS
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Après une lecture aussi enthousiasmante que passionnante, je me suis livrée à un exercice complexe : celui de résumer – si tant est qu’on peut appeler ça un résumé – les aventures de Léon Degrelle au Mexique lors de la grande persécution religieuse. Aventures niées par certains biographes qui n’hésitent pas à mettre en doute le récit de notre journaliste et la réalité de son voyage… En supposant que les écrits sont apocryphes (!).
Un ouvrage attirant, intitulé Cristeros – aux origines de Tintin aux éditions de l’Homme Libre nous livre en exclusivité les articles tout à fait réels du jeune Degrelle alors qu’il sillonnait le Mexique sous un faux nom, multipliant les ruses et les prouesses pour obtenir des informations qu’il transmettait à la presse belge.
D’abord Le XXe siècle (quotidien catholique dont le titre redessiné par Hergé s’écrira à partir de janvier 1929 « Le Vingtième Siècle ») dans la série des « enquêtes du Vingtième ». Puis plus tard dans l’hebdomadaire Soirées, sous forme de feuilleton intitulé Mes Aventures au Mexique, dont Degrelle tira un livre éponyme publié aux éditions Rex en 1933 reprenant cette série d’articles.
Inutile de rappeler l’état du Mexique d’alors dont le gouvernement rouge révolutionnaire et franc-maçon essayait d’extirper par tous les moyens l’essence religieuse et catholique de ce pays en faisant appliquer des lois iniques, en tuant et déportant les prêtres, en torturant les jeunes gens et en violant les jeunes filles. Les Cristeros, après avoir essayé tous les moyens légaux et pacifiques à leur disposition, n’eurent plus d’autre choix que la guerre (la Cristiada) pour survivre.
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En forme d’introduction et après des explications fort instructives sur la jeunesse, l’amitié avec le dessinateur Hergé et les aventures de notre jeune journaliste militant catholique inspirateur de Tintin, le compilateur de cet ouvrage nous offre quelques écrits savoureux de Degrelle dans l’hebdomadaire estudiantin louvaniste l’Avant-Garde qui précèdent et ont fini par provoquer ses aventures mexicaines.
On apprend ainsi le sac de l’exposition soviétique à Bruxelles le 12 janvier 1928 par 93 étudiants de Louvain et de Bruxelles, sac qui dura exactement 2 minutes 32 secondes et ne concerna pas les objets d’arts. Preuve que « la canaille fasciste » selon La Wallonie, était néanmoins fort civilisée.
Léon Degrelle était alors un jeune et fringant « candidat en droit » de 24 ans (né en 1906, il commençait sa première année de doctorat) de l’Université Catholique de Louvain, et venait d’être engagé avec l’appui de Mgr Picard, aumônier général de l’Association Catholique de la Jeunesse Belge que Degrelle admirait beaucoup, par le directeur du quotidien bruxellois Le XXe siècle dont on a parlé plus haut. Au fil de divers articles ornementés de notes explicatives, on découvre un aventurier en culotte de golf à la plume acérée, redresseur de tort (Tintin bien sûr) qui se mit à dos la quasi intégralité de la presse belge pour deux ou trois articles plein de verve à la défense des catholiques mexicains.
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Dans l’un d’eux, parut dans l’Avant-Garde, en février 1929, notre nationaliste belge loue l’action de José de Leon Toral, ce jeune père de famille torturé et fusillé pour avoir, après une nuit de veille devant le Saint-Sacrement, assassiné le président Obregon pour que cesse l’infâme tyrannie.
Seul Le XXe siècle tenu par l’abbé Wallez, bien connu et aimé du milieu étudiant, défendit l’article de Degrelle. Les autres, communistes, socialistes ou même « catholiques biens pensants », mirent au défi le jeune provocateur de prendre les armes lui même puisqu’il en « appelait au meurtre du nouveau président mexicain » :
« A chaque nouveau Toral nous nous écrierons de tout notre coeur: Bravo ! »
Sur ce, après s’être défendu dans une réponse cinglante citant nombre d’autorités ecclésiastiques dont l’abbé Wallez, théologien, a qui Degrelle avait soumis son texte, notre journaliste partit au Mexique après un trafic invraisemblable pour se procurer une fausse carte d’identité au nom d’un de ses camarades, Paul Nanson. Le nom du journaliste Degrelle étant bien trop connu pour réussir à entrer en territoire ennemi.
Il embarque en novembre 1929 à Hambourg pour le Mexique et envoie une série de dix-neuf dépêches pour le Vingtième Siècle sur la situation terrifiante qu’il y voit. Ces articles, publiés de février à avril 1930 illustrent bien la situation mexicaine, et la fin de la guerre, débutée en 1926 et terminée en 1929 avec l’accord négocié par Mgr Diaz qui signa la mort de la résistance armée catholique.
On y lit ainsi que les communistes révolutionnaires s’engraissent au dépend du peuple, avec des chiffres effarants sur la baisse de production nationale, sur l’augmentation des salaires des fonctionnaires et la baisse de celle des ouvriers (pour des gens qui disent défendre le peuple et lui vendent la liberté !!). Tout y est : la misère, les élections vues par les révolutionnaires, la corruption des enfants dans les écoles, les chiffres des dettes de l’Etat…
Et si au départ le tout jeune Degrelle se montre peut-être un peu méprisant (bien qu’admiratif) envers le petit peuple pour soutenir davantage les propriétaires et les patrons face à l’engeance rouge, il ne tarde pas à réviser son opinion. Il finit par bien sentir l’influence de l’or américain soutenant la révolution et en vient à la conclusion que les révolutionnaires ne sont au fond que des pantins. La série de ses Aventures au Mexique dans Soirées, hebdomadaire qu’il lança en octobre 1931, traite admirablement de ce sujet.
Degrelle justifie plus que amplement par ses descriptions et ses analyses la prise d’armes des catholiques mexicains. La famine dans tout le pays, trois millions de gens fuyant la misère par l’exil à l’étranger, les violences, les tortures, les églises fermées, les prêtres décimés (on passe de 4500 prêtres à environ 300, un prêtre par 50 000 habitants) ou déchus de leurs droits politiques comme des criminels en même temps d’être inscrits sur les registres de polices au même rang que les filles publiques.
Les pétitions, manifestations pacifiques restant sans résultat, la Ligue de Défense de la Liberté Religieuse organisa carrément le boycott de l’État. Réduire les dépenses au maximum. Degrelle nous donne les chiffres de ce courage : les recettes de l’état s’effondraient. Les contributions pour les lieux d’amusements baissent de 75 %, les recettes de trams et des trains de 25 %. À Mexico, quatorze cinémas et trois théâtres ferment leurs portes, 8000 propriétaires d’automobiles remettent leurs plaques pour ne pas payer de taxes. Tout marche au ralenti, les entreprises publiques demandent grâce, ferment. La cigarette Buen Tono, l’indispensable cigarette mexicaine capitule au bout de trois mois ! Un grand journal passé sous la coupe gouvernementale perd les deux-tiers de ses abonnés. Le courage d’un peuple.
L’Etat répondit par la violence, au mépris de toutes les lois. Alors il ne restait que la guerre.
Quand Degrelle arriva au Mexique, la trêve était déjà consommée, mais les persécutions continuaient. On sait aujourd’hui, Degrelle l’ignorait, que les Cristeros furent trahis par leurs évêques, qui envoyèrent un rapport assez fallacieux à Pie XI pour demander aux Cristeros de déposer les armes alors qu’ils auraient pu vaincre. Mais là n’est point la question.
Comme sait si bien l’écrire notre fier chrétien :
« Tout cet héroïsme ne fut pas inutile, car il sauva l’honneur catholique. »
Notre aventurier décrit admirablement le courage, la force, la vaillance et la Foi ardente de ces chevaliers du Christ-Roi soutenus par la population. Il n’hésite pas à les considérer comme les siens, animé qu’il est comme eux par cette fougue et cette ardeur au service d’une foi commune. La Foi transcende les frontières, et ce peuple latin à moitié indien émut le jeune Belge : ils se battent pour la même cause. Dans des territoires désolés, l’armée mexicaine est un exemple de courage, d’abnégation et de foi. Degrelle a rencontré les chefs, il a interrogé des survivants, des déportées, des veuves, des orphelins. On célébrait encore la messe dans des garages, dans des fermes.
Il rend aussi hommage aux quatre mille jeunes filles qui ravitaillaient en munition et nourriture, au péril de leur vie et de leur honneur, les 30 000 hommes de l’armée catholique. L’armée auxiliaire féminine se procurait des munitions en les achetant à l’ennemi généralement et les transbahutaient cachées le plus souvent sur leur propre corps, à pieds, en train à cheval. Combien furent prises, violées, torturées, mutilées ou tuées…
Sous la plume audacieuse et claire de Léon Degrelle, l’aventure mexicaine ravive notre courage en ces temps de trouble. Lui-même lance, joyeux :
« Je regrette presque de ne pas avoir été coffré : ç’eût été épatant de tomber là-bas, avec vingt balles à travers le corps, en criant, comme les douze mille martyrs : ‘Viva Cristo Rey !’ »
Comme lui, crions : Viva Cristo Rey !


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