• L’histoire de la musique pour les nuls – Jacynthe B.



    Une base pour tous !

  • Nous vous proposons un article assez long et dont la version a été agrandie au grand dam des lecteurs (!), mais cela était nécessaire afin de donner une petite base – ou encore de nous rappeler des grand classiques ! – à tout un chacun sans qu’il ne s’agisse d’un livre complet.

    L’idée de faire un résumé de la musique classique, en produisant une petite synthèse de ses protagonistes et des pièces marquantes par pays est excellente. Ainsi, beaucoup de noms, et de compositions vidéos seront à la clé, afin de vous éblouir un peu plus !

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    L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE POUR LES NULS
    Ou comment épater la galerie

    Pour ne pas avoir l’air ahuri quand on vous parle de musique classique, de madrigal, de concerto ou de symphonie, ou pour en remontrer au musicologue de la salle, voici maintenant un bref abécédaire de l’histoire de la musique. Grâce aux aimables suggestions de Florian, la présentation sera par pays/groupe de pays pour plus de simplicité, et non par périodes globales (dédi à tous les petits malins qui croient que les dénominations des périodes, baroques, classique, romantique… etc. recouvrent des périodes identiques en musique et en peinture, ce qui n’est pas rigoureusement exact, moderne en musique commence au XXe siècle tenez-le vous pour dit).

    Alors enfoncez-vous dans un bon fauteuil avec un chocolat chaud ou un bon thé, ouvrez grand vos oreilles et vos yeux…

    –  Allemagne/Autriche, Saint-Empire – 

    A tout seigneur tout honneur, les diverses régions de l’Empire Germanique furent un terreau fertile pour nombre de musiciens illustres.

    Dans le Saint Empire du XIIe au XIVe siècle, les Minnesänger furent l’équivalent des troubadours et trouvères français avec leur lyrique en langue allemande, le Minnesang. Citer le bavarois  Wolfram von Eschenbach (vers 1170 – vers 1220, œuvre majeure : Parzival), l’un des plus grand poètes épique de son temps, vous vaudra sûrement de déglinguer avec satisfaction un musicien des plus avertis, sauf un médiéviste bien évidemment.

    Les XVe et XVI siècles voient une circulation abondante des musiciens dans toute l’Europe, avec parfois des incertitudes sur leur véritable nationalité, faute de documents d’archives. C’est ce qui arrive à Heinrich Isaac (vers 1450-1517), au service de l’Empereur Maximilien Ier de 1496 à 1512, rival de Josquin Desprez (voir France) plus docile et moins génial que ce dernier. Isaac aura Ludwig Senfl (1486-vers 1543) pour élève, Suisse mais actif en Allemagne, à qui l’on doit un travail monumental d’anthologie de motets et compositions religieuses vocales.

    Les siècles suivants sont prolixes pour cette terre de musiciens. Au XVIIe siècle, siècle qui vit la création de l’opéra tel qu’on l’entend aujourd’hui, fils des mystères chrétiens, on citera Dietrich Buxtehude (1637-1707), organiste de talent dont l’œuvre géniale mériterait d’être mieux connue encore. Le grand Jean-Sébastien Bach (1685-1750), lui-même immense organiste qu’il est, je pense, inutile de vous présenter et qui rayonne encore sur toute la planète, fera le voyage à pied pour entendre Buxtehude jouer.

    On nommera également, quoique moins connu, Georg Philipp Telemann (1681-1767), qui, avec près de 6000 compositions musicales à son actif, est l’un des compositeurs les plus prolifiques de tous les temps. Il composa notamment Tafelmusik, un recueil de musique de table, destinée sans doute à être jouée pendant des repas princiers. Classe n’est-ce pas ?

    N’oublions pas Johann Pachelbel (1653-1706), auteur du fameux Canon et gigue en ré majeur pour 3 violons et basse continue (https://youtu.be/JvNQLJ1_HQ0) qui a fait le tour du monde et des dizaines de millions de vues sur YouTube.

    Au siècle suivant (on considère plus ou moins que commence en 1750 le style dit « classique », et qu’il s’achève en 1820), trois figures intimement liées à la ville de Vienne (ils y sont notamment tous les trois morts), dominent l’histoire : Joseph Haydn (1732-1809), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Ludwig van Beethoven (1770-1827). Le premier fut longtemps au service des princes Esterházy, famille de la noblesse hongroise, et composa (entre autres) 104 symphonies, œuvres pour orchestre le plus souvent en quatre mouvements. Il fixa le style de la symphonie ainsi que du quatuor à cordes (musique composée pour un quatuor d’instruments à cordes, deux violons, un alto et un violoncelle). Ses musiciens le surnommaient « Papa Haydn » pour sa bonté légendaire, et bien qu’il adhéra à une loge maçonnique comme tous les hommes du temps, il n’y participa jamais à aucune activité et resta bon catholique. Le deuxième, immense génie, grand ami du premier, mourut trop tôt dans la misère, et le dernier, élève de Haydn, atteint de surdité à l’âge de 27 ans, nous laissa une œuvre incroyable dont la fameuse 5e symphonie (https://youtu.be/Ub91tOj_j_c). Le chœur de sa 9e symphonie, aux paroles d’un goût douteux mais à la musique entraînante, est d’ailleurs devenu l’hymne européen.

    Pour le XIXe siècle, le siècle romantique… il faudrait un roman encore pour l’Allemagne. Franz Schubert (1797-1828), le compositeur de l’Ave Maria, de La Truite et de plus de 600 lieders, mélodies chantées accompagnées au piano, mourut malade très jeune, ainsi également Félix Mendelssohn (1809-1847), à qui l’on doit la redécouverte de la musique de Bach, juif converti au protestantisme avec sa sœur Fanny, elle aussi compositrice de talent.

    Robert Schumann (1810-1856) (avec 2 n, à ne pas confondre avec Robert Schuman, le « Père Fondateur » de la Destruction Européenne) adorait Clara, sa jeune épouse, grande pianiste admirée de son vivant (qui interprétait entre autres les œuvres de son mari, elle était plus connue que lui), mais atteint de folie, il finit ses jours en hôpital psychiatrique après avoir tenté de se suicider dans le Rhin.

    Johannes Brahms (1833-1897), grand pianiste viennois, ami du couple précédent, compositeur des Danses Hongroises, fut considéré comme « conservateur » de son vivant, et une guerre l’opposa à Franz Liszt (1811-1886) le Hongrois novateur qui rêvait d’entrer dans les ordres, connu pour ses mains immenses, sa séduction naturelle et son incroyable jeu pianistique. Liszt finança le jeune Richard Wagner (1813-1883), génie tourmenté des opéras « les plus longs du monde », excédant parfois 4h de musique d’affilée, comme Tristan et Isolde, admirateur du philosophe Schopenhauer, devenu végétarien et défenseur de la cause animale, si bien que la communauté du #Qui oublie l’antisémitisme primaire qui transparaît dans ses écrits. Elle n’oubliera pas Richard Strauss (1864-1949) en revanche, coupable simplement d’avoir été musicien sous Hitler.

    Ce dernier n’est d’ailleurs pas à confondre avec la dynastie Johann Strauss, musiciens de pères en fils responsables de dizaines de valses viennoises dont le Beau Danube Bleu.

    Et ceci nous amène au siècle du sang et de la guerre, aux années 1900 et au XXe siècle. A savoir que l’inventeur du dodécaphonisme, technique rimant avec cacophonisme et consistant à faire du sudoku avec les notes de musique, était, ironie du sort, un Viennois : Arnold Schönberg (1874-1951), qui reconnu sur son lit de mort qu’on pouvait écrire encore de très belles choses « en do majeur ».

    – Angleterre –

    Moins connue du grand public, et moins étudiée aussi, la musique anglaise existe bel et bien, dans son style insulaire propre, épuré mais parfois complètement déjanté comme certaines pièces pour clavier des virginalistes (compositeurs pour clavier, clavecin, orgue… actifs dans une période prolixe pour la composition anglaise, couvrant 1560 à 1620). On citera William Byrd (1539/40-1623), ou John Bull (1562-1628) parmi les plus connus. En conversation, glissez donc discrètement que John Bull était fou ou mentionnez The Bells (les cloches) de Byrd et de l’effet étourdissant à l’écoute que produit cette pièce à l’orgue, véritable ballet de cloches. (https://youtu.be/Rayt06OO6h8 un peu déçue par les versions de YouTube, je propose néanmoins celle-ci qui est très bien, la musique commence à 50 secondes, ça devient carrément impressionnant à 5 min. 40).

    On ne parlera évidemment pas de l’Angleterre sans mentionner Henry Purcell (1659-1695), chantre du style anglais et son œuvre d’opéra à l’esthétique envoûtante et claire, comme les voûtes d’une cathédrale, à l’opposé des flamboyants et riches opéras baroques français.  Notons que ce pays eut du courage à supporter le « règne », certes court (1653-1658) du puritain Oliver Cromwell au milieu du XVIIe siècle : les théâtres, opéras et autres amusements étant interdits, il y a « comme qui dirait » un trou de production de quelques années dans l’histoire de la musique anglaise de cette période qui subissait déjà une baisse de régime avec les guerres intestines dues à la Réforme anglicane.

    Avec Georg Friedrich Haendel (1685-1759), la perfide Albion détournera à son service un Prussien, naturalisé anglais par la suite. Il est surtout connu pour l’Alléluia (https://youtu.be/22fsUQnOWDE) de son oratorio Le Messie, ainsi que pour les Water Music, musique faisant grand usage des cymbales et autres instruments bruyants pour couvrir les feux d’artifices et autres divertissements royaux.

    Le siècle romantique est un peu creux, et il faut attendre sa fin et le début du XXe siècle avec Edward Elgar (1857-1934) pour retrouver un compositeur ayant autant de renommée que Purcell. Elgar fut autodidacte, d’origine humble, et était catholique dans ce pays de protestants, ce qui suscita des méfiances mais ne l’empêcha pas de faire carrière, secondé par sa femme, fille d’un officier supérieur de l’armée britannique : il avait du génie. On cite dans ses œuvres les fameuses variations Enigma, ayez donc l’air savant en expliquant doctement que personne n’a encore trouvé l’énigme cachée dans cette œuvre (il y en a une : le dédicataire des variations était au courant).

    – Espagne, ¡arriba!

    On parle moins de ce pays, qui sut pourtant se tirer de la domination musulmane et développer des accents musicaux propres, un peu orientaux. Citons un organiste : Francisco Correa de Arauxo (1584-1654), prêtre et organiste à Séville dont les œuvres pleines de fougue et de virtuosité exploitent les particularités d’accouplement des orgues espagnols.

    Au siècle de Mozart, Luigi Boccherini (1743-1805), italien de naissance et violoncelliste, fut adopté par la Cour d’Espagne (il y resta 36 ans) et développa un style hispanisant, comme jadis Lully développa un style français. Il est surtout connu pour son petit Minuetto (https://youtu.be/rmkOHzmorCk).

    L’Espagne sut nous éblouir avec Isaac Albéniz (1860-1909), pianiste moustachu et imposant inspiré par le folklore espagnol, ou encore Joaquìn Rodrigo (1901-1999), compositeur aveugle fameux pour son Concerto d’Aranjuez pour guitare et orchestre (https://youtu.be/-oxH-7VklBI) illustration du faste et de la beauté orientale de la musique hispanique. Il n’y a pas que des horreurs au XXe siècle.

    Un interprète contemporain, chef d’orchestre et arrangeur de qualité, spécialiste de musique baroque, Jordi Savall (1941-), a réalisé de très beaux enregistrements de pièces, et notamment du Livre vermeil de Montserrat, recueil catalan écrit vers 1399 et comportant des pièces du Moyen-Age, toutes anonymes. 

    – France –

    Notre pays, et nous pouvons nous en glorifier avec raison, est l’un des pays les plus riches en matière de productions musicales.

    Nous n’allons pas remonter aux origines, mais nos abbayes furent des centres musicaux importants dans les premiers temps de la polyphonie (IXe siècle), nous mentionnerons notamment l’Ecole Notre-Dame, autour de Notre-Dame de Paris de 1160 à 1250, lieu de développement de nouvelles formes de polyphonie (musique vocale à plusieurs voix). Comme nous avons évoqué les Minnesänger allemands, évoquons aussi les troubadours et les trouvères. Les premiers exerçaient plutôt dans le sud en langue d’oc vers le XIIe siècle, les seconds plutôt dans le nord en langue d’oïl, et un peu plus tardivement. Citons Adam de la Halle (vers 1240-vers 1288), trouvère de langue picarde et ses rondeaux et virelais, ainsi que son Jeu de Robin et Marion, sorte de théâtre musical, sorte d’ancêtre de l’opéra moderne.

    Au siècle suivant, l’ars nova né de l’ars antica, voit l’illustre Guillaume de Machaut (vers 1300-1377) chanoine de Reims, à qui nous devons notamment la Messe de Notre-Dame, première messe polyphonique (mise en musique du kyriale notamment) intégralement conservée.

    L’ars nova finit malheureusement par entrer en décadence à la fin du XIVe siècle : l’ars subtilitior était réservé à un public de connaisseurs et des musiciens avertis. Les paroles étaient parfois fumeuses, même en ancien français (on pense à un fameux « fumeux fume par fumée », et les partitions prenaient des formes originales, sans compter des innovations douteuses.

    Belle, Bonne et Sage, de Baude Cordier, en forme de cœur.

    Le XVe siècle est dominé par Guillaume Dufay (1397-1474), chanoine de Cambrai (entre autres) et par des compositeurs comme lui essentiellement du Nord, Flandres, Hainaut, Pays de Liège ou Etat Bourguignon, actuelle Belgique, nord de la France ou de l’Allemagne.

    Il faut souligner que quasiment tous les compositeurs de cette époque passaient par Rome à un moment ou un autre de leur vie. La Chapelle Papale était très réputée, Dufay y fut d’ailleurs chantre un temps, avant Josquin Desprez (vers 1450-1521), le compositeur franco-flamand le plus connu du début de la Renaissance. Je vous invite d’ailleurs à lire la brève biographie que j’avais rédigée sur lui.

    C’est à partir de François Ier que la musique royale s’organise en ses divers corps qui perdureront jusqu’à la Révolution. La Chapelle Royale reste la Chapelle, qui existait déjà. La Chambre et l’Ecurie regroupent les formations d’instruments à cordes pour la première, et d’instrument à vents pour la seconde, destinés à amuser les salons et événements royaux. C’est pour célébrer la victoire de Marignan que Clément Janequin (vers 1485-1558) compose sa Bataille (https://youtu.be/ckY3THUVPMY)

    Au siècle de Louis XIV (qu’on nomme l’époque baroque en histoire de la musique), le faste et l’ornement de la musique française atteint son paroxysme, il nous suffira de citer Jean-Baptiste Lully (1632-1687), violoniste et danseur certes importé d’Italie (il commença comme marmiton au service de la Grande Mademoiselle, cousine du Roi-Soleil), mais qui sut développer un style véritablement français. Il collabora notamment avec Molière pour des comédies-ballets comme le Bourgeois Gentilhomme (La Marche pour la Cérémonie des Turcs extraite de cette œuvre : https://youtu.be/TDBWHs43IzE). Pour l’anecdote, Lully mourut d’une infection du pied suite à une répétition désastreuse où, en colère, il s’était servi trop violemment de sa canne de chef d’orchestre qui écrasa un de ses orteils.

    Tout le monde a sans doute entendu un jour les premières mesures du Te Deum (https://youtu.be/I3LIlzPtsmw) de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), immense mais discret compositeur marqué par le style italien, qui fut entre autres maître de musique des enfants de la Sainte-Chapelle du Palais et collabora également avec Molière (réalisant notamment Le Malade Imaginaire), après la brouille de celui-ci avec Lully.

    Enfin pour terminer la trilogie française baroque, on citera Jean-Philippe Rameau (1683-1764), contemporain de Bach, grand organiste, pédagogue, compositeur d’opéra sur le tard et surtout extraordinaire théoricien de la musique avec ses traités posant les bases de l’harmonie tonale moderne et romantique. Inspiré par Lully, il fut le grand défenseur de la musique française durant la Querelle des Bouffons, ouverte par une lettre de Jean-Jacques Rousseau critiquant violemment le style français aux dépends du style italien que Rousseau portait aux nues.

    « Je crois avoir fait voir qu’il n’y a ni mesure ni mélodie dans la musique française, parce que la langue n’en est pas susceptible ; que le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue. (…). D’où je conclus que les Français n’ont point de musique et n’en peuvent avoir, ou que, si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux. »

    Jean-Jacques Rousseau, Lettre sur la musique française, 1753.

    Chers lecteurs, jugez vous-même s’il n’y a point de mélodie dans la musique française ! Ecoutez par exemple cet air de l’opéra Dardanus de Rameau : https://youtu.be/Gb_yK3G_kz0

    Après cette parenthèse, faisons un saut dans le temps pour retrouver Georges Bizet (1838-1875), authentique parisien, le fameux compositeur de l’Arlésienne, qui est une musique de scène destinée à agrémenter une pièce de théâtre, et bien entendu de l’opéra Carmen dont la première fit un tollé à l’époque à cause de la médiocrité des interprètes et de la mauvaise conduite de l’héroïne principale qui finit par être assassinée par l’un de ses amants déçus, et dont les féministes ont récemment voulu changer la fin, en inversant les rôles, ce qui s’est terminé dans les éclats de rire, le pistolet de Carmen s’étant enrayé à la première représentation de cette nouvelle mise en scène. Bizet mourut peu de temps après d’une rupture d’anévrisme après une baignade dans les eaux glacées de la Seine.

    Hector Berlioz (1803-1869) est surtout connu, lui, pour sa Symphonie Fantastique, reprenant le thème du Dies Irae. Il écrivit beaucoup sur la musique et pourfendit la musique chinoise entendue lors de l’Exposition Universelle de 1855 à Paris. Quant à Camille Saint-Saëns (1835-1921), grand voyageur et organiste de talent, il est connu pour son Carnaval des Animaux, petite blague réalisée pour un de ses amis. Il eut comme élève Gabriel Fauré (1845-1924) qui fut directeur du Conservatoire de Paris.

    Le pitre de service sous Napoléon III lui se nommait Jacques Offenbach, un juif allemand converti au catholicisme (son prénom d’origine était Jakob, qu’il a francisé en Jacques), arrivé à Paris à l’âge de 13 ans comme violoncelliste. Ce fut le premier étranger accepté au Conservatoire de Paris, si l’on ne compte pas que Luigi Cherubini, un italien, en était le directeur. Maître en opérettes, Offenbach est surtout connu pour sa célèbre Vie parisienne, avec le non moins fameux French Cancan.

    Il y en aurait beaucoup d’autres à nommer, comme Charles Gounod (1818-1893), parisien et compositeur d’un célèbre Ave Maria sur un prélude de Bach. Notons simplement Claude Debussy (1862-1918) et Maurice Ravel (1875-1937) pour le romantisme finissant et le début de la fin comme diraient certains. Le Boléro de Ravel est devenu un tube universellement joué, et les étrangers admirent les arpèges et l’étrange mélancolie du piano de Debussy.

    Petite entorse chronologique pour évoquer Frédéric Chopin (1810-1849), pianiste franco-polonais universellement admiré et connu, génie maladif qui rivalisait avec Liszt : l’ange et le démon.

    – Italie, Viva Italia !

    La Patrie par excellence de la musique avec Vienne et Paris. C’est elle qui influença le monde entier aux siècles de la Renaissance et des « Lumières ». C’est un compositeur italien que le Pape prendra pour illustrer ses recommandations concernant la musique religieuse destinée aux offices : Giovanni da Palestrina (vers 1525-1594), célèbre pour ses compositions religieuses et ses madrigaux, pièces vocales polyphoniques d’une beauté toute divine.

    Girolamo Frescobaldi (1583-1643), fondateur de l’Ecole Italienne d’orgue, développa un style remarquable et plein d’une beauté toute en affetti, dans des pièces où le temps est comme suspendu, contrairement à l’Ecole Française d’orgue, très carrée mais non moins belle.

    On ne peut pas parler de musique italienne sans mentionner Antonio Vivaldi (1678-1741), le « prêtre roux », maître de violon et aumônier des orphelines de l’Ospedale de la Pietà de Venise, le génial auteur des Quatre Saisons (https://youtu.be/zzE-kVadtNw), série de concertos (un soliste dialogue avec un orchestre) pour violon dans l’esprit baroque d’alors. Il composa également un magnifique Stabat Mater (https://youtu.be/CzcA1LvEems), et plus de 500 concertos pour quasiment tous les instruments solistes existant alors, surtout le violon, son instrument de prédilection.

    Contemporain de Vivaldi, Tomaso Albinoni (1671-1751) fut compositeur indépendant et violoniste réputé, connu pour son célèbre Adagio à la beauté mélodique incomparable, qui n’est d’ailleurs en partie pas de lui mais de Remo Giazotto (1910-1998), musicologue italien qui récupéra deux thèmes et une ligne de basse dans un fragment de partition d’Albinoni. On ignore souvent qu’il composa également près de 80 opéras dont il ne nous reste quasiment rien, les partitions ayant été détruites lors du bombardement de Dresde en 1945 (bravo les Alliés).

    C’est en Italie que Bartolomeo Cristofori (1655-1731), facteur de clavecins à Florence, inventa le Pianoforte, instrument à l’origine de notre piano moderne dont il nous reste un ou deux exemplaires des années 1720. Citons aussi Domenico Scarlatti (1685-1757), issu d’une famille de musiciens et qui composa plus de 600 sonates pour clavecin (aussi jouées au piano de nos jours), d’une originalité rare et d’un style d’une pureté et d’une grâce incomparable, sans cesse renouvelé. (https://youtu.be/TUoQaA1psd0). Pergolèse – Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736) eut une vie courte mais reste dans les mémoires comme le compositeur incomparable d’un Stabat Mater, écrit sur son lit de mort (https://youtu.be/xHQVtYzjLao)

    L’Italie, c’est aussi le pays de l’opéra, tragique, ou buffa et comique aux histoires extravagantes et au succès éminemment populaire, en témoigne Gioachino Rossini (1792-1868), Gaetamo Donizetti (1797-1848) ou bien Giuseppe Verdi (1813-1901). Leurs airs d’opéras sont de vrais tubes. Soulignons que Rossini, génie dilettante qui composait plus vite que son ombre quand il en avait envie, écrivit l’opéra Guillaume Tell – dont tout le monde a entendu sa célèbre ouverture – pour la France, et qu’il mourut en terre Française à Passy. Donizetti s’est rendu célèbre pour sa Lucia di Lamermoor, opéra dans le plus pur style du bel canto italien, et Verdi pour ses nombreux tubes dans La Traviata, Nabucco, Aïda… (https://youtu.be/xCFEk6Y8TmMLa Donna e mobile de Rigoletto de Verdi.)

    N’oublions surtout pas au pays du violon de mentionner Niccolò Paganini (1782-1840), le démon du violon, connu pour sa virtuosité hors-normes dont Liszt était grand admirateur. A noter qu’il ne joua jamais ses Caprices pour violon seul (servant d’études pour la virtuosité) en concert, contrairement à ce que met en scène le film Paganini : le violoniste du Diable, sorti en 2013. Voilà une erreur historique à souligner.

    Enfin il y aurait tant à dire sur les compositeurs italiens, comme sur les autres, que je n’aurai jamais fini d’en parler. Remarquons simplement qu’au XXe siècle, les « avant-gardistes » et innovateurs italiens d’un goût douteux, sont presque tous affiliés au Parti Communiste.

    En parlant de Parti Communiste, faisons une petite et brève incursion en Russie dont le XIXe siècle vit jaillir une musique vigoureuse et pleine d’une étrange mélancolie, douce et rude à la fois. A l’aube de la Révolution Russe, l’Empire des Tsars avait tout pour lui. On parlera du Groupe des Cinq qui comprenait des musiciens comme Alexandre Borodine (1833-1887) qui était médecin, et Modeste Moussorgski (1839-1881), auteur fameux des Tableaux d’une Exposition. L’immense Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893), génie précoce (à six ans il parlait couramment le français et l’allemand et s’essayait à improviser au piano), élève médiocre à l’école, compositeur de musique de ballet à la maîtrise impressionnante des couleurs orchestrales, n’en remontre en rien à Serge Rachmaninoff (1873-1943) qui fuit son pays en 1921, pianiste d’un immense talent (et aux mains immenses aussi, pour le jouer il faut régulièrement enlever des notes, c.f. ce sktech éblouissant : (https://youtu.be/ifKKlhYF53w), ayant su peindre l’âme russe dans toute sa splendeur. Rachmaninoff eut un succès considérable de son vivant avec son romantisme slave loin de tout avant-gardisme de mauvais goût. Citons enfin Dimitri Chostakovitch (1906-1975) et sa Seconde valse (dont voici une version qui vous fera oublier le covid: https://youtu.be/vauo4o-ExoY), compositeur sous le régime soviétique qui, paradoxalement, sut maintenir une beauté musicale dans son pays alors même qu’il subventionnait le laid à l’étranger.

     Soulignons pour terminer que la fin du XIXe siècle vit jaillir la musique de petits pays fiers de leurs racines et qui s’appropriaient leur terroir et la musique de tradition classique pour en faire leur synthèse propre, comme Bedrich Smetana (1824-1884), né à Prague au Royaume de Bohème, compositeur de la Moldau (https://youtu.be/3G4NKzmfC-Q), ou son compatriote Antonín Dvořák (1841-1904), célèbre pour ses séjours américains et sa Symphonie du Nouveau Monde (https://youtu.be/jVDofBFtvwA)

    J’espère que cette synthèse ne fut pas trop éprouvante, je vois déjà des cerveaux en ébullition face à ce déferlement de génie européen : je n’ai fait que l’Europe, et j’ai sauté beaucoup d’événements. En somme je n’ai parlé que des compositeurs, certains me trouveront trop longue, d’autres trop succincte, tant pis.

    Pour que revive le génie européen !

    Jacynthe.


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    "By Jove !"


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