• Le musicien et le Covid : joue à tes risques et périls! – Jacynthe



    Ou comment j’aurai dû devenir écrivain

  • Voici un texte avec une pointe d’humour, mais réel.

    -*-

    LE MUSICIEN ET LE COVID : JOUE A TES RISQUES ET PÉRILS !

    Ou comment j’aurai dû devenir écrivain

    On ne parle pas souvent des risques du métier de musicien, du professeur à l’élève en passant par le dilettante, l’amateur prenant des cours au conservatoire ou encore le concertiste et le musicien d’orchestre.

    Pourtant ces risques sont réels.

    Avec le fameux covid, ou plutôt ses alliés offensifs (j’ai nommé le masque, le gel hydroalcolique et la distanciation sociale), les risques sont devenus encore plus importants. Rien que l’odeur de certains conservatoires, les couloirs sentent l’hôpital et c’est à en avoir la nausée !

    L’autre jour, le jeune altiste de l’orchestre au bord de l’asphyxie sous son masque chirurgical ne parvenait pas à déchiffrer les lignes de sa partition. On aurait dit un instrumentiste à vent asthmatique, ce qui est un comble.

    Le professeur de musicologie spécialiste des Beatles lui failli mourir d’une ingestion de gel hydroalcoolique en plein exposé : il dut son salut à la présence d’esprit de la présidente de séance.

    Où quand désinfection rime avec disparition : Les luthiers en colère ont réclamé l’interdiction du gel hydroalcoolique sur les instruments en bois, usage qui provoque des dégâts irréversibles sur le vernis de ces pauvres créatures. Sans compter les touches de piano glissantes et puant les lingettes désinfectantes. Quel plaisir à jouer, n’est-ce pas ?

    Ne parlons pas de cette nouvelle coutume pensée par quelques covidistes convaincus et qui consiste à isoler chaque musicien seul à son pupitre, provoquant des arrêts impromptus de la musique à chaque “tourne” dans le jargon musical (vous l’aurez compris : stop on tourne la page). En répétition, passe encore, mais je n’ose imaginer en concert. « Pardon le public, on tourne la page et on continue ». Lol.

    Les instrumentistes à cordes devraient demander des augmentations.

    Essayez donc de jouer du violon ou de l’alto en portant une muselière. Votre menton glisse sur la mentonnière, vous ne voyez plus les cordes ni vos doigts, et si vous avez des lunettes vous ne voyez également plus la partition. Les violoncellistes font, eux, des contorsions de la tête pour augmenter leur champ de vision.

    Sans compter la sueur : y avez-vous pensé ? Quand on fournit un effort intense, on transpire. Jouer d’un instrument est une chose physique, je vous prie de me croire, et quand vous avez la sueur qui coule du front, que vous suez du menton sous le masque et qu’en plus vous ne pouvez pas respirer, vous retrouvez bientôt le niveau d’un débutant, la mort quoi.

    Pour échapper à cette torture, vous avez deux solutions :

    1. Trouver des supérieurs, collègues, professeurs compréhensifs, ce qui est rare.
    2. Devenir instrumentiste à vent.

    Ces privilégiés, flûtistes, clarinettistes, trompettistes, hautboïstes… sont les seuls collègues de travail dont vous pouvez voir le visage, le sourire et les joues dans un orchestre de label covid. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais le masque est décidément un frein quand vous voulez attraper l’anche d’un hautbois entre les lèvres.

    Comme j’avoue que nous autres violonistes avons un peu tendance à mépriser cette catégorie de l’orchestre (la supériorité du violon est incontestable), la vision est cruelle.

    Mais ces pauvres musiciens, en compensation de cette bonté accordée par défaut, sont exclus, séparés, à deux mètres au fond les uns des autres, quand ils ne sont pas séparés du reste de l’orchestre par des demi-vitres comme des pestiférés. Solitude…

    Les instrumentistes à vent devraient aussi demander une augmentation.

    Je crois savoir d’ailleurs que les trombonistes ont fait une pétition : ils ont déjà assez peu de notes à jouer en temps normal pour qu’on leur enlève encore le droit à bavarder et à souffler le plus fort possible. Souffler est dangereux pour les autres, on vient de s’en apercevoir tout à coup au XXIe siècle, tenez-le vous pour dit.

    Mais enfin, le plus désolant c’est que les collègues en grande majorité ne sont même pas conscients des nouveaux risques de leur métier, et ne demandent ni augmentation, ni couverture d’assurance spécifique, ni dédommagement. Du moment qu’on leur laisse le droit de jouer et de faire des concerts, enfin partiellement, ils sont contents.

    Quant au fameux passe, certains l’oublient tout simplement, d’autres espèrent avec conviction qu’il finira avant la fin du mois. Vraiment ?

    La belle musique est dangereuse pour le peuple voyons.

    Ils devraient peut-être se rappeler que Jacha Heifeitz, l’un des plus grands violonistes du XXe siècle, se fit démolir le bras à coup de barre de fer en Israël pour avoir osé programmer de la musique de Richard Strauss, compositeur sous Hitler, à ses concerts et avoir refusé de l’enlever.

    Pourtant Jacha Heifeitz était juif.

    Visiblement cela ne suffit pas.

    Contre les risques suicidaires : Chevaliers et troubadours, tous ensemble, à l’assaut !

    Jacynthe.


  • Vous avez aimé cet article ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !