• Musicologie ? Une drôle de discipline – Jacynthe



    Diverses catégories de musicologues

  • Pour le commun des mortels, la musicologie est un concept abstrait, on ne sait pas trop bien à quoi ça sert, ni ce que font les chercheurs qui y travaillent. Ce n’est pas la seule discipline à être dans ce cas ! Au moins, se dit-on, les musicologues doivent jouer de la musique et lire des partitions de musique. Ce qui, sans être faux, n’est pas tout à fait exact non plus…

    Comme toutes les sciences humaines, la musicologie recouvre beaucoup d’aspects de recherches autour de la musique et des musiques. Le terrain est vaste : musiques anciennes, actuelles, classique, pop ou jazz, traditionnelles, religieuses…

    C’est ainsi que deux musicologues peuvent n’avoir rien en commun excepté l’amour de la musique et… la lecture de notes.

    Certains se font une spécialité de décortiquer la musique d’un compositeur comme un professeur de français vous décortique une phrase en : sujet, verbe, complément… En français on appelle cela la grammaire, en musique, l’analyse. Avec plein de termes compliqués, le musicologue vous expliquera que telle musique est une forme sonate classique avec l’exposition d’un sujet constitué d’un antécédent et d’un conséquent, d’un développement et d’une réexposition, ou encore que l’accord final de telle autre musique est inhabituel parce que… Bref, le profane n’y comprend plus rien (d’ailleurs je pense que la plupart d’entre vous lecteurs n’avez rien compris) et préfère écouter plutôt que de se casser la tête à comprendre le pourquoi du comment. Chacun son truc !

    En fait, l’analyste cherche à comprendre pourquoi la musique sonne de telle manière, pourquoi elle est harmonieuse et quelles sont les règles qui la régissent et que les compositeurs ont respectés. « L’analyste Renaissance » ira voir dans les traités théoriques de la Renaissance, et l’analyste de musique classique connaîtra par cœur les règles de l’harmonie classique. Les fous iront analyser les « langages » abstraits des innovateurs de la tabula rasa du XXe siècle.

    Comme dans une langue, la musique est régie par des règles. Comme la langue encore, le langage musical évolue et se stabilise.  Ainsi, il y a une diversité spectaculaire d’analyses, et le musicologue classique n’aura absolument pas les mêmes outils ni la même approche que son confrère spécialisé dans la musique médiévale. Et pourtant tous les deux arriveront peu ou prou au même résultat : savoir « comment ça marche ».

    Bien entendu, l’analyse toute seule est intéressante mais… il manque tout de même quelque chose.

    D’autres musicologues que ça ne passionne pas plus que ça sont, eux, intéressés par l’histoire, de la musique bien entendu. Ils fouillent le jour et la nuit dans des vieux fonds de bibliothèques pour ressortir des écrits poussiéreux de compositeurs, des mises en scènes d’opéra et de très vieilles partitions qui font le bonheur des analystes en mal d’originaux.

    Les historiens essayent de comprendre le « pourquoi », en se plongeant dans l’époque de leur compositeur favori, dans la société ou il a vécu et dans laquelle il a produit ses œuvres, si ce sont des commandes ou s’il les a faites pour le plaisir, s’il était salarié ou indépendant… Ces musicologues-là ramènent une foule d’anecdotes amusantes, et on apprend par eux que Jacques Offenbach par exemple, le compositeur du fameux French Cancan, jouait du violoncelle à l’Opéra-Comique à l’âge de 14 ans et que pour se distraire, lui et un camarade, s’amusaient à jouer chacun à tour de rôle une note de leur partition (ce qui leur a valu de sévères admonestations de la part du chef, puisque jouer une note sur deux dans un morceau rapide tourne vite à la cacophonie).

    Enfin, il y a les musicologues qui se spécialisent dans les musiques qui ne sont pas de leur pays d’origine, ceux qui rêvent en écoutant les improvisations des râga hindous ou qui chaussent leurs bottes et vont s’entretenir avec les Indiens d’Amérique ou les Pygmées d’Afrique sur leur façon de concevoir la musique, etc.

    Être musicologue c’est aussi aller au contact des gens, rencontrer des chefs d’orchestres, du public, rédiger des critiques de disques ou des articles scientifiques, expliquer pourquoi tel éditeur a encore fait une erreur monumentale en écrivant un fa dièse sur une partition alors que sur le manuscrit d’origine il est résolument bécarre, c’est-à-dire naturel, non dièse quoi.

    La musicologie est donc une science infiniment vaste, ennuyeuse ou passionnante, qui fait appel aux compétences les plus diverses (oui, même l’informatique, il faut être un génie pour maîtriser certains logiciels de musique). Plus on recule dans le temps, plus ses adeptes sont des gens de droite enracinée. Comment ne pas être fasciné par la beauté d’une mélodie grégorienne ou d’une polyphonie de la Renaissance ou le temps semble être figé dans la contemplation de l’infini ?

    Jacynthe.


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