• Imitation de Jésus-Christ en vers traduits par Pierre Corneille



    Faire son Salut comme but ici-bas

  • L’imitation de Jésus-Christ, toute édition confondue (comprenant les versions de Corneille comme de l’abbé Félicité de La Mennais entre autres), est le deuxième livre le plus vendu au monde après la sainte Bible. C’est par ailleurs un ouvrage idéal pour accompagner nos oraisons (prière libre et orientée) tout en y mêlant une littérature poétique : ici les chapitres sont composés en vers.

    Édition Thomas a Kempis, traduction par Pierre Corneille.
    Texte établi par Charles Marty-Laveaux, Hachette, 1862 (p. 29-33).

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    Livre 1, chapitre 1 en exemple :

    De l’imitation de jésus-christ, et du mépris de toutes les vanités du monde [2].

    Heureux qui tient la route où ma voix le convie [3],
    Les ténèbres jamais n’approchent qui me suit,
    Et partout sur mes pas il trouve un jour sans nuit
    Qui porte jusqu’au cœur la lumière de vie. »

    Ainsi Jésus-Christ parle ; ainsi de ses vertus,
    Dont brillent les sentiers qu’il a pour nous battus,
    Les rayons toujours vifs montrent comme il faut vivre ;
    Et quiconque veut être éclairé pleinement
    Doit apprendre de lui que ce n’est qu’à le suivre
    Que le cœur s’affranchit de tout aveuglement.

    Les doctrines des saints n’ont rien de comparable
    À celle dont lui-même il s’est fait le miroir :
    Elle a mille trésors qui se font bientôt voir,
    Quand l’œil a pour flambeau son esprit adorable.
    Toi qui par l’amour-propre à toi-même attaché,
    L’écoutes et la lis sans en être touché,

    Faute de cet esprit tu n’y trouves qu’épines ;
    Mais si tu veux l’entendre et lire avec plaisir,
    Conformes-y ta vie, et ses douceurs divines
    S’étaleront en foule à ton heureux desir.

    Que te sert de percer les plus secrets abîmes,
    Où se cache à nos sens l’immense Trinité,
    Si ton intérieur, manque d’humilité,
    Ne lui sauroit offrir d’agréables victimes ?
    Cet orgueilleux savoir, ces pompeux sentiments,
    Ne sont aux yeux de Dieu que de vains ornements ;
    Il ne s’abaisse point vers des âmes si hautes,
    Et la vertu sans eux est de telle valeur,
    Qu’il vaut mieux bien sentir la douleur de tes fautes,
    Que savoir définir ce qu’est cette douleur.

    Porte toute la Bible en ta mémoire empreinte,
    Sache tout ce qu’ont dit les sages des vieux temps,

    Joins-y, si tu le peux, tous les traits éclatants
    De l’histoire profane et de l’histoire sainte :
    De tant d’enseignements l’impuissante langueur
    Sous leur poids inutile accablera ton cœur,
    Si Dieu n’y verse encor son amour et sa grâce ;
    Et l’unique science où tu dois prendre appui,
    C’est que tout n’est ici que vanité qui passe,
    Hormis d’aimer sa gloire, et ne servir que lui.

    C’est là des vrais savants la sagesse profonde ;
    Elle est bonne en tout temps, elle est bonne en tous lieux,
    Et le plus sûr chemin pour aller vers les cieux,
    C’est d’affermir nos pas sur le mépris du monde.
    Ce dangereux flatteur de nos foibles esprits
    Oppose mille attraits à ce juste mépris ;
    Qui s’en laisse éblouir s’en laisse tôt séduire ;
    Mais ouvre bien les yeux sur leur fragilité,
    Regarde qu’un moment suffit pour les détruire,
    Et tu verras qu’enfin tout n’est que vanité.

    Vanité d’entasser richesses sur richesses ;

    Vanité de languir dans la soif des honneurs ;
    Vanité de choisir pour souverains bonheurs
    De la chair et des sens les damnables caresses ;
    Vanité d’aspirer à voir durer nos jours
    Sans nous mettre en souci d’en mieux régler le cours,
    D’aimer la longue vie et négliger la bonne,
    D’embrasser le présent sans soin de l’avenir,
    Et de plus estimer un moment qu’il nous donne
    Que l’attente des biens qui ne sauroient finir.

    Toi donc, qui que tu sois, si tu veux bien comprendre
    Comme à tes sens trompeurs tu dois te confier,
    Souviens-toi qu’on ne peut jamais rassasier
    Ni l’œil humain de voir, ni l’oreille d’entendre ;
    Qu’il faut se dérober à tant de faux appas,
    Mépriser ce qu’on voit pour ce qu’on ne voit pas,
    Fuir les contentements transmis par ces organes ;
    Que de s’en satisfaire on n’a jamais de lieu,
    Et que l’attachement à leurs douceurs profanes
    Souille ta conscience, et t’éloigne de Dieu.

    Notes :

    • Corps ou sujet de l’emblème : « Jésus-Christ enseignant les troupes qui le suivoient (*). » Âme ou sentence : Doctrina Christi omnem doctrinam præcellit. (Chapitre l, 2e alinéa.)
      (*) Pour les légendes françaises et latines des emblèmes, nous suivons le texte de l’édition de 1656 B. Nous aurons à indiquer quelques variantes de l’édition de 1656 D.
    •  
    • Var. de l’imitation de jésus-christ et du mépris des vanités. (1651 et 53 A) — Titre latin : De imitatione Christi, et contemptu omnium vanitatum mundi.
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    Var.
    Déplorables mortels, que de fausses lumières
    Plongent dans un funeste et long aveuglement,
    Suivez tous le Seigneur ; et le même moment,
    Pour vous rendre un vrai jour, ouvrira vos paupières.
    Les sentiers lumineux qu’il vous laisse battus,

    WikiSource (livre complet retranscrit)

    Émission de KTO-TV sur l’ouvrage

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  • 1 commentaire




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