• Synthèse sur l’Ave Maria de Franz Schubert



    Une écoute divine !

  •    En 1825, un jeune compositeur viennois – il a 27 ans – décide de mettre en musique les sept chansons insérées dans le poème La Dame du Lac, œuvre écrite une quinzaine d’années auparavant par un poète et romancier écossais. Parmi ces chansons, celle qui deviendra un tube sous le nom de l’Ave Maria de Schubert.

       Le compositeur s’appelle donc Franz Schubert, né le 31 janvier 1797 à Vienne, il mourra jeune, emporté par une fièvre typhoïde à l’âge de 31 ans le 19 novembre 1828, un an seulement après la mort du grand Ludwig van Beethoven. Grand mélodiste, c’est le maître incontesté du lied allemand : pièce courte destinée à la voix et au piano – soit une chanson à la touche aristocratique et destinée aux salons des mélomanes, comme les mélodies d’un Charles Gounod ou d’un Gabriel Fauré en France. Schubert en écrira plus de 600, soit plus de la moitié de son immense production (car à sa mort, il laisse 1009 compositions musicales).

       Le poète, lui, se nomme Walter Scott, né le 15 août 1771 à Édimbourg et mort le 21 septembre 1832 à 61 ans, soit près du double de la vie de Schubert. Pourtant avocat de formation, il devint l’un des plus célèbres auteurs écossais, rivalisant avec des plumes comme Robert Louis Stevenson. Les Écossais lui doivent le retour de l’usage du tartan et du kilt, interdits par le Parlement britannique en 1746. En 1810 quand il écrit La Dame du Lac, long poème narratif dont l’intrigue se passe dans les Highlands, Scott est un poète à l’apogée de sa gloire. Son œuvre inspirera beaucoup de musiciens, dont Rossini.

       Les personnages du poème s’expriment et chantent. Sur sept chansons, trois sont chantées par Ellen (ou Hélène) la Dame du lac, belle héroïne pour laquelle trois hommes – Roderick Dhu, un chef de clan mis hors-la-loi pour meurtre, Malcolm Graeme, jeune chef des Highlands et James Fitz-James, mystérieux chevalier qui n’est autre que le Roi Jacques V d’Écosse en personne voyageant incognito – rivalisent, se font la guerre, tuent et se réconcilient.

       Dans son troisième chant (Ellens dritter Gesang), Hélène implore le secours de la Vierge Marie pour elle et son père, exilé par le roi. Ils sont cachés dans une grotte, au-dessus du Loch Katrine, afin d’éviter que le roi ne se venge sur leur hôte, Roderick Dhu. La harpe d’Allan Bane, un barde, accompagne son chant très pur qui monte vers le ciel.

    « Mes nouvelles chansons, tirées du recueil « La Dame du Lac » de Walter Scott ont été chaleureusement accueillies. Le public a éprouvé un grand plaisir devant la solennité de l’hymne à la Sainte Vierge; il semble qu’un esprit de dévotion et de piété a contaminé celui des auditeurs. Je crois que j’ai atteint ce résultat en ne me forçant jamais à l’extase religieuse et en me décidant à ne pas me contraindre à composer ce genre d’hymne ou de prière à moins d’être involontairement subjugué par le sentiment et l’esprit de la dévotion ; dans ce cas, la dévotion est habituellement d’une espèce authentique. »

        Schubert dans une lettre à ses parents de 1825.

       Franz Schubert s’est servi d’une traduction poétique en langue allemande de l’historien et éducateur Philipp Adam Storck (1780-1822). On ne peut chanter la version originale des extraits de La Dame du Lac sur les mélodies de Schubert, car la traduction ne respecte pas le rythme initial du poème et s’en éloigne même un peu. Néanmoins, la musique traduit merveilleusement l’atmosphère et l’action des chants, témoin d’une lecture attentive de tout le poème de la part de Schubert qui y a inséré des détails, comme les séries d’accords en arpèges du piano qui figurent la harpe du barde mêlant ses notes à l’Ave Maria d’Hélène.

       Au fil du temps, ce lied est devenu l’un des plus populaires de Schubert, et on y a notamment adapté logiquement les paroles de notre prière catholique Ave Maria.

       Il existe de nombreux enregistrements de ce véritable tube de la musique classique, mais nous préférons ici la version très pure et aux intonations célestes de la soprano américaine Barbara Bonney, accompagnée du pianiste Geoffrey Parsons.

       Notes de Jacynthe Brochard.

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    Lien YouTube de l’Ave Maria de Schubert par Barbara Bonney :

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    Le texte complet de La Dame du Lac en français sur Wikisource

    Paroles en allemand de Storck avec traduction française (source Wikipédia) :

    Ave Maria ! Jungfrau mild,

    Erhöre einer Jungfrau Flehen,

    Aus diesem Felsen starr und wild

    Soll mein Gebet zu dir hinwehen.

    Wir schlafen sicher bis zum Morgen,

    Ob Menschen noch so grausam sind.

    O Jungfrau, sieh der Jungfrau Sorgen,

    O Mutter, hör ein bittend Kind !

    Ave Maria !

    Ave Maria ! Unbefleckt !

    Wenn wir auf diesen Fels hinsinken

    Zum Schlaf, und uns dein Schutz bedeckt

    Wird weich der harte Fels uns dünken.

    Du lächelst, Rosendüfte wehen

    In dieser dumpfen Felsenkluft,

    O Mutter, höre Kindes Flehen,

    O Jungfrau, eine Jungfrau ruft !

    Ave Maria !

     

    Ave Maria ! Reine Magd !

    Der Erde und der Luft Dämonen,

    Von deines Auges Huld verjagt,

    Sie können hier nicht bei uns wohnen,

    Wir woll’n uns still dem Schicksal beugen,

    Da uns dein heil’ger Trost anweht;

    Der Jungfrau wolle hold dich neigen,

    Dem Kind, das für den Vater fleht.

    Ave Maria !

    Ave Maria ! Douce vierge,

    Ecoute la prière d’une jeune femme,

    De ce rocher immobile et sauvage

    Ma prière doit être emportée vers toi.

    Nous dormons en sûreté jusqu’au matin,

    Même si des hommes sont encore si cruels.

    Ô vierge, vois le chagrin d’une jeune femme,

    Ô mère, entends un enfant suppliant !

    Ave Maria !

     

    Ave Maria ! Immaculée !

    Quand nous nous affaissons sur ce rocher

    Jusqu’à dormir, et que ta protection nous couvre,

    Ce rocher dur nous apparaîtra doux.

    Tu souris, des relents de rose flottent

    Dans cette étouffante crevasse rocheuse,

    Ô mère, écoute les supplications d’un enfant,

    Ô vierge, une jeune femme appelle !

    Ave Maria !

     

    Ave Maria ! Vierge pure !

    Les démons de la terre et de l’air,

    Sont chassés par la grâce de tes yeux,

    Ils ne peuvent ici habiter avec nous,

    Nous voulons nous plier calmement au destin,

    Là où ton réconfort sacré nous effleure;

    La vierge veut incliner gracieusement devant toi,

    L’enfant, qui prie pour le père.

    Ave Maria !

    Traduction poétique et chantable en français pour le plaisir de la lecture et de pouvoir chanter dans notre langue avec Hélène, et adaptation latine de l’Ave Maria :

    Ave Maria ! Vierge des cieux,

    En toi la faible vierge espère

    Du haut de ce rocher neigeux,

    Vers toi parvienne ma prière,

    Et puisse en paix dormir mon père

    Malgré les ruses du méchant.

    O Vierge, en toi la vierge espère,

    O Mère, exauce un pauvre enfant !

    Ave Maria !

    Ave Maria ! Veille sur nous !

    Nos fronts reposent sur la pierre ;

    Pourtant le roc nous semble doux

    Bercés par ta main tutélaire.

    Tu parles, et dans l’atmosphère

    Des roses, le parfum s’épand,

    O Vierge, en toi la vierge espère,

    O Mère, exauce un pauvre enfant !

    Ave Maria !

     

    Ave Maria ! Reine des cieux !

    Les noirs démons, fils de la terre,

    Cédant au charme de tes yeux

    Ne peuvent nous livrer la guerre !

    Du sort qu’importe la colère

    Sur nous si ton regard descend ?

    L’enfant t’implore pour son père,

    O Mère, exauce un pauvre enfant !

    Ave Maria !

    Ave Maria, gratia plena,
    Maria, gratia plena,
    Maria, gratia plena,
    Ave, Ave, Dominus tecum.
    Benedicta tu in mulieribus,

    Et benedictus,
    Benedictus fructus ventris tui,
    Ventris tui, Jesus.
    Ave Maria!

     

    Sancta Maria, Mater Dei,
    Ora pro nobis peccatoribus,
    Ora, ora pro nobis;
    Ora, ora pro nobis peccatoribus,
    Nunc et in hora mortis,
    In hora mortis nostrae.
    In hora, hora mortis nostrae,
    Mortis nostrae.
    Ave Maria!

     

    (à noter que les paroles de la version latine sont adaptées différemment sur la musique par rapport aux paroles versifiées, et qu’il existe plusieurs variantes de cette adaptation.)


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