• Poésie d’Homère : l’Iliade et l’Odyssée



    La première source littéraire de l’Européen

  • Comme à notre habitude, nous proposons dans nos colonnes de tirer le meilleur de l’Antiquité païenne, du christianisme médiéval et du fascisme politique, non dans un mauvais esprit de syncrétisme, comme Nous sommes catholique, mais dans un souci de saisir et de tirer le maximum du potentiel de notre civilisation européenne et française.

    Nous ne traiterons pas ici des quelques hymnes aux dieux qui sont sporadiquement attribués à la poésie homérique, mais bien de ses deux œuvres principales avec des citations de livre d’anthologie, ainsi que nos commentaires entre crochets ajoutant à la précision du sujet.

    La poésie homérique :

    « Dès l’origine c’est d’après Homère que les Grecs ont appris… »
    « L’Iliade et l’Odyssée, qui nous ont été transmises sous le nom d’Homère, sont les premières œuvres de la littérature occidentale. (…) Ils (les Grecs) n’en considéraient pas moins Homère – à l’image du fleuve Océan qui, entourant la Terre, est la source de toutes les eaux du monde – comme source de tout savoir, de toute culture. » [C’est ce que l’on nomme une gloire impérissable, qui sera la seule avant l’épopée didactique d’Hésiode].

    « De fait, l’Antiquité toute entière – de Xénophane (VIe siècle av. J-C), à Proclus (Ve siècle apr. J-C), en passant par le sceptique Lucien (IIe siècle apr. J-C), a cru à la réalité d’Homère et à l’historicité des événements qu’il raconte. »

    « La question homérique préoccupait les Anciens sans qu’il soit possible de définir des dates de rédaction et un lieu de naissance.
    Il fallait attendre le XVIIIe pour que le scepticisme sur l’existence d’Homère naisse à travers l’analyste abbé François d’Aubignac, a qui s’opposera l’école unitariste dont Goethe fut. »

    [unitariste: où l’œuvre d’Homère est considérée comme un tout unitaire et non un composé remanié sur de multiples générations de poètes issus d’une même tradition (thèse assez probable mais réduite encore à des conjectures – Les dialectes employés sont de divers époques et que des histoires ont été surajoutées). Sinon Homère serait probablement l’aboutissement de l’ouvrage entre la transmission orale et l’avènement de la transmission écrite).].

    « Au début du IIIe siècle avant JC, Zénodote, premier bibliothécaire du Musée d’Alexandrie, fut le pionnier de l’édition d’Homère. (…) Aristophane de Byzance ponctua le texte et Aristarque, mort à Alexandrie en 144 avant JC, s’efforça dans ses commentaires de l’Iliade et de l’Odyssée de distinguer l’usage homérique des mots et des tours de l’usage attique ou hellénistique. (…)
    Les poèmes homériques n’allaient plus cesser d’être édités, commentés, imités ; et des Tragiques grecs à Giraudoux, Joyce, ou Kazantzakis en passant par Virgile et Racine, les héros d’Homère n’allaient plus cesser de hanter notre imaginaire. »

    L’Iliade et la guerre de Troie vues par les anciens et les modernes :

    « Les difficultés ne commencent que lorsqu’on entreprend de dater les événements. Hérodote est péremptoire : “J’estime qu’Hésiode et Homère ont vécu quatre cent ans avant moi, pas davantage” (II, 53). »

    « Né en Allemagne en 1822, fasciné dès l’enfance par Homère et convaincu que le poète racontait des faits historiques, H. Schliemann consacra toute la seconde partie de sa vie à rechercher les sites de l’épopée. Il découvrit Troie sous la butte d’Hissarlik, à l’extrémité nord-ouest de la Turquie, à quelques kilomètres de la mère Égée. Il exhuma des murailles imposantes, vestige d’une citée fortifiée, des trésors d’objets en bronze, argent et or. (…) On avait désormais des preuves matérielles de la véracité d’Homère. » [La science et les écoles  allemandes ont été les premières à se replonger dans la Grèce antique durant la période contemporaine.  Cela soulevaient encore quelques questions sur la civilisation mycénienne et hellénistique et appelaient certes quelques nuances, néanmoins la cohérence d’Homère reste intacte.]

    « On a tendance à faire descendre dans le temps la société homérique et à la situer à la fin des « âges obscurs », avec O. Murray [Early Greece, Londres, 1980] ou à l’époque même d’Homère, avec I. Morris pour des raisons qui tiennent non seulement aux progrès de l’archéologie, mais aussi à une meilleure compréhension du fonctionnement de la tradition orale. [la société homérique n’en demeure pas moins un probable « patchwork » d’institutions hétérogènes qui ont existé].

    « Autant qu’un poème héroïque et guerrier, l’Iliade est un drame, une tragédie, et Platon ne s’y est pas trompé qui fait d’Homère le père de la tragédie. » [Platon, République, 598 D : « Nous avons donc maintenant à considérer la tragédie et Homère qui en est le père ».] [La littérature espagnole sera celle qui se sera le mieux saisie ensuite de cette culture du tragique].

    L’Odyssée :

    « L’Odyssée ainsi appelée à partir du nom d’Odysseus, ou d’Ulysse, son personnage principal, est notre première épopée du voyage. (…) La différence de climat entre les deux épopées a toujours frappé. Il ne s’agit plus du récit d’une guerre où les héros rivalisent entre eux, mais des aventures d’un héros solitaire qui tente de rejoindre sa patrie, Ithaque, après la guerre de Troie. »

    « Le merveilleux, si discret dans l’Iliade, a envahi l’Odyssée où abondent monstres marins, magiciennes, automates, navires enchantés, drogues mystérieuses, métamorphoses et voyage dans l’au-delà, et où la nature elle-même est féerique. (…) Enfin, ultime paradoxe, ce récit féerique peuplé de divinités, de monstres, de magiciens, a pour but d’exalter la condition humaine [Ulysse préfère retrouver sa Pénélope à Ithaque, plutôt qu’à toute forme d’immortalité auprès de Calypso, désolé Laurent Alexandre…] (…).
    Par là l’Odyssee rompt avec le pessimisme de l’Iliade et annonce la morale hésiodique »

    Survie et influence homérique :

    « Pour Platon, le poète est un imitateur et ses productions sont des reflets de l’apparence, des trompe-l’oeil. En effet, si l’on considère un objet, par exemple un lit, on doit admettre qu’il existe trois sortes de lit : 1/ l’idée du lit, dont Dieu est l’auteur – c’est le seul lit réel ; 2/ le lit empirique que l’ouvrier fabrique en tenant les yeux fixés sur l’idée du lit ; 3/ l’image du lit que donne l’artiste : ce n’est qu’une « imitation » de l’apparence et elle se trouve éloignée de trois degrés de la réalité. Homère est donc banni de la République de Platon. Réconcilier le poète et le philosophe : telle sera la tâche des successeurs. Le premier pas dans cette voie est le fait d’Aristote (…) [la mimèsis étant une conception neuve réhabilitant philosophie et poésie. Plus encore, avec le stoïcisme, le néo-platonisme et Plotin, la mythologie devient source de théologie et représentation du réel.]

    Histoire de la littérature grecque par Suzanne Saïd, Monique Trédé et Alain Le Boulluec (+ de 600 pages, édition PUF).

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  • 4 commentaires




    Enfin une nouveauté depuis ces deux dernières semaines, il était temps... Notre Rouanet national est de retour, comme Tonton en 40.


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    Haha, et en effet. C'est que je serai pas mal occupé jusque la rentrée scolaire prochaine, après je redeviendrai aussi actif, c'est promis. Je vais tâcher de ne pas disparaître totalement non plus entre temps !


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    Ah ! Le néo-platonisme et la décadence de la Grèce ! Quelle chute, depuis Homère ! Et quelle métamorphose ! Ou : comment meurt le peuple d'une civilisation qui s'est aliéné son passé…


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    L'inventeur du platonisme fut Platon (me souffle un vétéran du maréchal de La Palisse). | Et l'inventeur du néo-platonisme ? Ah non, ce n'est pas Néoplaton ! | https://fr.wikipedia.org/wiki/Philon_d'Alexandrie


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