• Synthèse sur l’abbé Jehan Titelouze



    Organiste et compositeur, catholique et européen !

  • Jehan Titelouze [Jean Titelouze], né à Saint-Omer vers 1563, mort à Rouen le 24 octobre 1633, est un organiste et compositeur français. Il est considéré comme le fondateur de l’école française d’orgue et a passé l’essentiel de sa carrière comme organiste et chanoine de la cathédrale Notre-Dame de Rouen. Il passe pour être un des organistes les plus talentueux de son temps, improvisateur doué, expert en facture d’orgues, poète à ses heures et en relation avec les théoriciens de son temps.

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    SYNTHESE – JEHAN TITELOUZE

    Sa famille :

    En 1563, l’année de la clôture du Concile de Trente, un petit Jehan naît dans la famille Titelouze, d’origine anglaise (catholique ayant fuit la Réforme), installée à Saint-Omer, bourgade du Pas-de-Calais – à l’époque (Pays-Bas) dans la province d’Artois alors sous la régence de Philippe II (roi d’Espagne). L’Artois sera rattaché à la France en 1659 lors du traité des Pyrénées. Le grand-père était barbier, et le père, Benoît, est officier municipal avant de tenir un commerce de poissons. Leur demeure, dans une rue fréquentée de la ville, se situe à trois minutes seulement de l’école de la Maîtrise de Saint-Omer où sont enseignés, en plus du latin et du français, le chant, l’harmonie et le contrepoint. Le petit Jehan n’aura qu’une sœur dont l’année de naissance est inconnue. On ne sait pas quelle école il fréquenta par la suite, ni quels maîtres lui enseignèrent l’orgue, car dans sa famille, on jouait du violon et de la trompette. Un de ses cousins, Nicolas, jouera d’ailleurs du violon dans divers « banquetz de nopces ».

    Le compositeur :

    On le retrouve seulement en 1585, en France, où il reçoit la charge d’organiste de Saint-Jean de Rouen, il est alors déjà prêtre, ayant été ordonné sûrement avant son arrivée à Rouen. À l’époque, l’école d’orgue des Pays-Bas jouit d’une renommée certaine, et Rouen sait l’exploiter à son avantage, puisqu’elle rivalise avec la Chapelle royale. D’ailleurs, le 12 avril 1588, un concours est organisé en vue de remplacer à son poste d’organiste de la cathédrale Saint-Ouen de Rouen l’abbé François Josselin qui vient de mourir après avoir assuré cette charge pendant 23 ans. Surprise, c’est notre abbé Titelouze qui remporte le concours grâce à ses talents d’improvisateur contre un concurrent redoutable qui avait pourtant déjà joué sur cet orgue puisqu’il en avait exercé la suppléance.

    Avant de trouver un remplaçant au poste d’organiste de Saint-Jean, Jehan Titelouze assure donc un double service pendant quelque temps, et déjà, il est considéré comme un expert en facture d’orgue. On lui demande des conseils pour des devis, et même de choisir le facteur pour exécuter la tâche. Il fera lui-même reconstruire « son » orgue de la cathédrale de Rouen avec le facteur Crespin Carlier, un de ses amis. Il prône un nouvel orgue français, plus grand, avec plus de claviers, plus de jeux et un clavier de pédale complet. Il expliquera plus tard dans la préface de ses œuvres que l’orgue est l’instrument « le plus accomply tant du genre pneumatique que des autres genres, non seulement admirable en sa construction, mais estimable pour son employ, y ayant apparence que Dieu l’ayt fait choisir a son Eglise pour y chanter ses loüanges. Outre que nous luy avons encore augmenté sa perfection depuis quelques années ».

    Né en Artois, il n’avait pas la nationalité française et demande des « lettres de naturalité » le 24 janvier 1595, qui lui furent octroyées et enregistrées par le bureau des finances de Rouen le 9 août… 1604, soit près de 10 ans plus tard. Cette année là, on le retrouve aussi à Saint-Denis pour l’inauguration du nouvel orgue de la basilique. Il inaugurera aussi celui de Poitiers en 1610, et sera nommé chanoine la même année. Il acquiert une notoriété immense, comme organiste, compositeur, théoricien, expert en facture instrumentale, pédagogue…

    À ses heures, notre prêtre organiste est aussi poète, et gagne d’ailleurs en 1613 le « lis d’argent » des Palinods de Rouen pour son Chant royal. A noter que dès la fin du XVe siècle des concours de poèmes étaient organisés à Rouen, d’abord en l’honneur de la Vierge puis d’inspirations plus diverses, les célèbres palinods, nom qui leur est donné en raison de leur forme poétique composée de 10 vers et d’un refrain (le « palinode »), agencés en 5 strophes. À la lecture de la production de Titelouze, certains critiques acerbes se sont demandés au sujet de cette victoire si les concurrents étaient à ce point médiocres ou si la ville de Rouen faisait ainsi une faveur à l’un de ses notables les plus distingués. Mais l’œuvre d’orgue de notre chanoine excuse volontiers tout ce qu’on peut dire de ses poèmes.

    « Comme le peintre use d’ombrage en son tableau pour mieux faire paroistre les rayons du jour & de la clairté, aussi nous meslons des dissonnances parmy les consonnances, comme secondes, septiesmes, & leurs repliques,pour faire encore mieux remarquer leur douceur »

    Il se lie d’amitié avec le père Marin Mersenne, célèbre pour son traité de l’ Harmonie Universelle et correspond avec lui de façon soutenue à partir de 1622, il a alors pas loin de soixante ans. L’année suivante, il part à Paris inaugurer l’orgue de la Sainte Chapelle, et publier enfin ses œuvres chez Ballard, l’imprimeur du Roy. En 1623, Ballard édite ainsi le tout premier livre d’orgue proprement dit, (avant Titelouze, on a seulement un certain nombre de pièces anonymes, surtout en tablature, alors que dans les autres pays, la littérature pour orgue est bien plus riche), Le livre est intitulé Hymnes de l’église pour toucher sur l’orgue, avec les fugues et recherches sur leur plain-chant, et c’est un recueil de versets, sortes de « variations » sur douze hymnes liturgiques destinés à être alternés avec des versets chantés (en grégorien ou en polyphonie). On y retrouve les hymnes les plus connues comme Pange lingua, Veni Creator ou l’Ave maris stella. Chaque mélodie devient la base de ces compositions, le premier verset d’une hymne étant invariablement brodé sur la mélodie grégorienne en valeur longues, les suivants étant en style fugués sur des thèmes proches de la mélodie de l’hymne. En 1626, toujours chez Ballard, Titelouze fait éditer le Magnificat ou cantique de la Vierge pour toucher sur l’orgue suivant les huit tons de l’Église, selon le même système de versets alternés, souvent des fugues et qui collent incroyablement aux textes que l’orgue doit « dire » avec de la musique. Il donne d’ailleurs ce détail curieux dans la préface de ce livre :

    « On pourra encore reconnoistre que j’ay obligé la plus grande partie des Fugues a la prononciation des paroles, estant raisonnable que l’Orgue qui sonne un vers alternatif l’exprime autant que faire se peut ».

    Il publia également des messes polyphoniques, et c’est le seul organiste de la période à avoir écrit également pour la voix. Jusqu’en 2016 on pensait ces messes à quatre et six voix éditées chez Ballard perdues à tout jamais, mais, ô surprise, le musicologue Laurent Guillo les a dénichées dans un gros recueil de messes imprimé chez Ballard en 1626 qui prenait la poussière dans un fond de la bibliothèque de l’Institut Catholique de Paris. Au nombre de quatre, elles ont fait l’objet de deux CDs tout récents avec l’ensemble Les Meslanges. Elles sont ravissantes et d’un style très pur, très polyphonique et très vocal.

    Titelouze arrive alors à la fin de sa vie. Au début de l’année 1633, il demande une augmentation pour l’instruction de quelque jeune homme, mais le 24 octobre, le grand maître de l’orgue français meurt à Rouen.

    Contemporain de l’italien Frescobaldi à qui, entre autres, l’on doit l’art de l’orgue à l’italienne, Jehan Titelouze laisse derrière lui un héritage exceptionnel, la naissance de l’Ecole d’orgue à la française telle qu’elle va se construire tout au long du XVIIe siècle avec comme sommet, des organistes comme Louis Couperin.

    PS. Il est à noter qu’en Essonne, trois orgues magnifiques de notre patrimoine permettent de jouer avec bonheur cette musique qualifiée volontiers de sublime, pleine de vie et d’émotion. Deux sont neufs mais copient les orgues baroques français du début du XVIIe siècle, ce sont respectivement les orgues de Saint-Gilles d’Etampes et de Notre-Dame-de-l’Assomption de Champcueil, l’un date de 1597, restauré dans les années 1990, c’est celui de l’ancienne collégiale Notre-Dame-du-Fort d’Etampes.

    Merci à Jacynthe Brochard pour ses notes d’étude.

    Quelques liens pour écouter Jehan Titelouze :

    Michel Chapuis à l’orgue de l’église Saint-Séverin à Paris :

    Avec les hymnes Exultet Coelum, Pange Lingua, Veni Creator, Ave Maris Stella et le Magnificat du 6° ton. Les versets à l’orgue sont alternés avec des faux-bourdons (polyphonies) de la même époque.

    On trouve les messes de Titelouze en liste de lecture sur cette chaîne vidéo où elles sont présentées avec quelques hymnes et Magnificat joués sur l’orgue de Notre-Dame-de-l’Assomption de Champcueil.

    Nous invitons en particulier à écouter sur ce lien le verset Gloria Patri du Magnificat du 5e ton.

    Par ailleurs, Robert Bates a également réalisé une intégrale des œuvres pour orgue de Titelouze écoutable sur cette liste de lecture (cette fois il n’y a que les versets d’orgue). L’intégrale a été enregistrée sur l’orgue historique datant de 1630 de l’église Saint-Michel de Bolbec. »

    Enfin, l’intégrale a été enregistrée sur l’orgue historique datant de 1630 de l’église Saint-Michel de Bolbec.

     

    Exemple de CD audio compilant les messes que Jean Titelouze a composé.


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