• Le Vatican et le sionisme par la Jewish Virtual Library



    Un vieux conflit oublié

  • Voici un document d’importance pour comprendre l’histoire, il est issu de la “Jewish Virtual Library”, le tout traduit en français dans ses extraits à propos du Pape Pie XII grâce au camarade du site Ethnarchie.

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    Le Vatican et le Sionisme :

    Theodor Herzl est le premier dirigeant sioniste à comprendre l’importance politique de l’Église catholique au Moyen-Orient. Il a également compris la nécessité pour les sionistes de s’entendre avec l’Église et de gagner son soutien ou du moins d’essayer de neutraliser son influence. Le Vatican souhaitait sauvegarder les droits des catholiques sur les lieux saints, et Herzl était donc prêt à proposer un statut extraterritorial pour les lieux saints lorsqu’il fut reçu par le nonce à Vienne, Mgr Antonio Agliardi, le 19 mai 1896, peu de temps après la publication de son livre L’État juif. Herzl répète l’idée d’extraterritorialité au secrétaire d’État, le cardinal Rafael Merry del Val, le 22 janvier 1904, mais Merry del Val répond que les lieux saints ne peuvent être considérés comme des entités distinctes de la Terre Sainte. Le 25 janvier, Herzl est reçu par le pape, Saint Pie X, qui lui dit : “Nous ne pouvons pas empêcher les Juifs de se rendre à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais le sanctionner. Les Juifs n’ont pas reconnu notre Seigneur, donc nous ne pouvons pas reconnaître le peuple juif. Si vous venez en Palestine et y installez votre peuple, nous aurons des églises et des prêtres prêts à vous baptiser tous.”

    Pendant la Première Guerre mondiale, de nouvelles réalités modifiaient la situation politique au Moyen-Orient. Le Vatican a eu connaissance très tôt de l’accord secret Sykes-Picot qui divisait la région entre la France et la Grande-Bretagne et plaçait la partie centrale de la Palestine sous un régime
    international. La France a été pendant des siècles la puissance protectrice des catholiques dans l’Empire ottoman, mais le Saint-Siège a laissé entendre que le Vatican ne serait pas opposé au patronage britannique des Lieux saints. C’est ce que Sir Mark Sykes entendit le 11 avril 1917 de la bouche de Mgr Eugenio Pacelli, sous-secrétaire aux affaires extraordinaires de la Secrétairerie d’État, et quelques jours plus tard du pape Benoît XV lui-même.

    Suivant les conseils de Sykes, Nahum Sokolow, de l’exécutif sioniste de Londres, rencontre Mgr Pacelli le 29 avril 1917 et le cardinal Pietro Gasparri, secrétaire d’État, le 1er mai, et est reçu par le pape le 4 mai 1917. Mgr Pacelli souhaitait que des frontières géographiques claires et acceptables pour le Vatican soient délimitées, tandis que Gasparri voulait que l’Église dispose d’une “zone réservée” qui comprendrait Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Tibériade et Jéricho. Le pape a déclaré : “Le problème des lieux saints est d’une importance extraordinaire pour nous. Les droits sacrés doivent être protégés. Nous réglerons cela entre l’Église et les grandes puissances. Vous devez respecter ces droits dans toute leur étendue.”

    Sokolow pouvait bien comprendre que le Saint-Siège avait des revendications territoriales claires sur la partie centrale de la Palestine. En outre, le Saint-Siège n’accepterait pas une solution donnant un statut extraterritorial aux lieux saints, et négocierait en tout cas avec les Grandes Puissances, et non avec les sionistes.

    Malgré le contenu de ces discussions, les sionistes sont impressionnés par l’attitude positive des représentants de l’Église. Sur la base des rapports de Sokolow, le Dr Chaim Weizmann pouvait annoncer à une conférence sioniste à Londres le 20 mai 1917 : “Nous avons l’assurance des plus hauts cercles catholiques qu’ils favoriseront l’établissement d’un foyer national juif en Palestine et, de leur point de vue religieux, ils n’y voient aucune objection et aucune raison pour que nous ne soyons pas de bons voisins.” Rien n’aurait pu être plus éloigné de la vérité. Par “bons voisins”, le pape entendait probablement que le Vatican maintiendrait une présence dans la zone centrale de la Palestine qui devait être internationalisée, tandis que les sionistes resteraient à l’extérieur, dans les zones limitrophes.

    À la fin de l’année 1917, deux événements changent radicalement la situation de la Palestine : la déclaration Balfour du 2 novembre, et la conquête de Jérusalem par les troupes britanniques le 9 décembre.

    Le cardinal Gasparri a clairement exprimé son opposition à un État juif en Palestine lorsqu’il a déclaré le 18 décembre 1917 au représentant belge, Jules Van den Heuvel : ” La transformation de la Palestine en un État juif ne mettrait pas seulement en danger les Lieux saints et blesserait les sentiments de tous les chrétiens, elle serait aussi très nuisible pour le pays lui-même. “

    Quelques jours plus tard, le 28 décembre, le pape exprime sa crainte à De Salis, le représentant britannique, que la Grande-Bretagne ne livre la Palestine “aux Juifs au détriment des intérêts chrétiens.”

    En janvier 1919, la Conférence de la Paix se réunit à Versailles (France) mais le Saint-Siège n’y est pas admis. La raison en était que l’Italie avait inclus l’article 15 dans le traité secret de Londres, excluant le Vatican de la future conférence, puisque la question de Rome était toujours ouverte entre eux. Le 10 mars 1919, le pape convoqua un consistoire secret au Vatican et déclara que “ce serait un terrible chagrin pour nous et pour tous les chrétiens si les infidèles [en Palestine] étaient placés dans une position privilégiée et proéminente ; bien plus si ces sanctuaires les plus saints de la religion chrétienne étaient confiés à des non-chrétiens.” Comme l’explique Gasparri quelques jours plus tard au représentant belge : “Le danger que nous craignons le plus est l’établissement d’un État juif en Palestine. Nous n’aurions rien trouvé de mal à ce que les Juifs entrent dans ce pays et y établissent des colonies agricoles. Mais qu’on leur donne la domination sur les Lieux saints est intolérable pour les chrétiens.”

    Trois cardinaux ont visité la Palestine au cours de ces années : le britannique Francis Bourne, l’italien Filippo Giustini et le français Louis Ernest Dubois. En janvier 1919, le cardinal Bourne envoya une lettre au premier ministre britannique et au ministre des affaires étrangères, dans laquelle il écrivait que le sionisme n’avait pas reçu l’approbation du Saint-Siège et que si les Juifs “devaient à nouveau dominer et gouverner le pays, ce serait un outrage au christianisme et à son divin fondateur”. En octobre 1919, le cardinal Giustini a câblé au pape depuis Jérusalem pour lui demander d’intervenir “pour empêcher le rétablissement de l’Israël sioniste en Palestine.” En mars 1920, le cardinal Dubois aurait déclaré que l’immigration juive en Palestine et l’établissement d’un État sioniste ne devraient pas être autorisés. Le 20 juillet 1920, le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Luigi Barlassina, a également publié une lettre pastorale protestant vivement contre la décision des grandes puissances d’établir un foyer national juif en Palestine. Il ajoutait : “Que la Palestine soit internationalisée plutôt que d’être un jour la servante du sionisme.”

    Le 1er mai 1921, les travailleurs juifs de Jaffa organisent une célébration et un défilé dans les rues. Les Arabes les ont attaqués et environ 50 Juifs et le même nombre d’Arabes ont été tués et plusieurs centaines de personnes blessées. Au lieu de condamner les agresseurs, l’Osservatore Romano (le quotidien du Vatican) explique quelques jours plus tard que les bolcheviks se sont infiltrés en Palestine grâce à l’Organisation sioniste. Le journal soulève également la question de savoir si la révolution bolchevique était coordonnée avec le sionisme ou si le sionisme avait élevé une vipère bolchevique dans son sein.

    Quelques jours plus tard, le pape Benoît XV attaquait le sionisme dans son allocution aux cardinaux du 13 juin 1921. Il dit que les juifs ont reçu une “position de prépondérance et de privilège en Palestine” ; que leur activité a pour but “d’enlever le caractère sacré des Lieux Saints” ; il admet qu’il ne faut pas “porter atteinte aux droits de l’élément juif” mais “ils ne doivent en aucun cas être mis au-dessus des justes droits des chrétiens.”

    Le pape Benoît XV meurt en janvier 1922 et un mois plus tard, un nouveau pape est élu, prenant le nom de Pie XI. Le Dr Weizmann, chef de l’Organisation sioniste à Londres, rencontre le cardinal Gasparri, secrétaire d’État, le 2 avril 1922. Gasparri ne cache pas son antagonisme à l’égard du sionisme et émet une série d’objections au projet de texte du mandat sur la Palestine concernant les droits religieux, la reconnaissance de l’Agence juive et l’article 14 sur une commission pour les lieux saints. Weizmann apprend à cette occasion que l’opposition du Vatican au Mandat prendra la forme d’un mémorandum officiel soumis à la Société des Nations.

    Lors de la deuxième rencontre de Weizmann avec le cardinal Gasparri, le 20 avril 1922, ce dernier déclare que le travail de colonisation sioniste ne lui cause aucune inquiétude, mais ajoute : “C’est votre université que je crains.”

    Le 15 mai 1922, le cardinal Gasparri envoie une note officielle pour tenter d’arrêter, au tout dernier moment, l’attribution du mandat à la Grande-Bretagne. La note envoyée à la Société des Nations stipule que le Saint-Siège ne peut accepter que “les Juifs se voient accorder une position privilégiée et
    prépondérante en Palestine vis-à-vis des catholiques” ou que “les droits religieux des chrétiens soient insuffisamment sauvegardés.” Le Saint-Siège s’oppose également à la reconnaissance de l’Agence juive, et à la favorisation de l’immigration et de la naturalisation des Juifs. Néanmoins, quelques semaines plus tard, le 22 juillet 1922, la Société des Nations approuve la Grande-Bretagne comme puissance mandataire et inclut la déclaration Balfour dans le préambule du mandat. Le Vatican a finalement accepté le mandat britannique comme un moindre mal.

    Dans les années 1920, le Vatican s’est opposé au sionisme pour diverses raisons. Ils pensaient que les sionistes étaient antireligieux, que l’immigration sioniste allait balayer les chrétiens de Palestine et détruire le caractère chrétien du pays, et que les Juifs provoquaient des changements radicaux dans le mode de vie traditionnel de la population locale et portaient atteinte aux valeurs morales. Au cours de cette période, le Vatican s’oppose fermement à la création d’un État juif en Terre Sainte. En août 1929, les Arabes attaquent les quartiers juifs d’Hébron, de Safed et d’autres endroits. Le quotidien Osservatore Romano, au lieu d’accuser les Arabes de cette attaque, écrit que c’est “la politique du sionisme, et non la religion d’Israël, qui est à l’origine du problème”.

    En 1936, les Arabes déclenchent la grande rébellion arabe qui se traduit par de nombreux actes de violence contre les Juifs. Le gouvernement britannique envoie la Commission Peel, qui publie sa proposition de partage en 1937. Le 6 août, le Vatican envoie une note verbale dans laquelle il exprime son objection au principe du partage et demande que tous les Lieux Saints soient inclus dans la zone britannique.

    En octobre 1938, l’Osservatore Romano écrit que “seule une des deux races qui se disputent l’hégémonie en Palestine peut vivre dans le pays.” Dans le même ordre d’idées, Mgr Domenico Tardini, le sous-secrétaire d’État du Vatican, a déclaré à un diplomate britannique en 1938 : “Il n’y avait aucune
    raison réelle pour que [les Juifs] reviennent en Palestine. Pourquoi ne leur trouverait-on pas un endroit agréable, par exemple en Amérique du Sud ?”

    En mai 1939, le gouvernement britannique publie le Livre blanc de MacDonald, considéré comme une trahison par Weizmann. Les règlements fonciers interdisaient ou limitaient les ventes de terres, les immigrants juifs étaient limités à 75 000 au cours des cinq prochaines années et, par la suite, seraient soumis au consentement des Arabes. Un État palestinien indépendant sera créé à l’issue d’une période de transition de 10 ans.

    L’Osservatore Romano remarque avec satisfaction que “le Livre blanc nie la base historique des revendications sionistes.”

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les attitudes antisionistes prévalent parmi les diplomates du Vatican.

    Mgr Domenico Tardini écrit en mars 1943 que le Saint-Siège “n’a jamais approuvé le projet de faire de la Palestine un foyer juif.” Le cardinal Maglione, secrétaire d’État, écrit en mai 1943 à son délégué apostolique aux États-Unis, Cicognani, qu’il ne serait pas difficile “si l’on veut établir un “foyer juif”, de trouver d’autres territoires [que la Palestine] qui pourraient mieux remplir ce but, alors que la Palestine, sous prédominance juive, apporterait de nouveaux et graves problèmes internationaux.”

    Le cardinal Maglione écrivait le même mois que “les catholiques seraient blessés dans leurs sentiments religieux et craindraient à juste titre pour leurs droits si la Palestine devenait la propriété exclusive des Juifs.” En août 1944, la secrétairerie d’État du Saint-Siège écrivait qu’elle considérait la Palestine “non pas comme un foyer juif ou un éventuel foyer arabe, mais aussi comme un foyer catholique et un centre catholique.”

    Le 10 avril 1945, alors que la guerre se poursuit en Europe, Moshe Shertok (plus tard Sharett) de l’Agence juive est reçu par le pape Pie XII. Il espère le “soutien moral” de l’Église catholique pour “notre existence renouvelée en Palestine”. Mais il ne reçoit aucun soutien ; au contraire, le Saint-Siège entame une campagne pour l’internationalisation de Jérusalem, soutenue par la France. Le Vatican considérait le sionisme comme un ennemi, ne pouvant servir que de tremplin à une nouvelle alliance entre chrétiens et musulmans en Palestine.

    En 1947, la Grande-Bretagne décide de renoncer au mandat et de confier la question de la Palestine aux Nations unies. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale approuve la résolution n° 181 sur la partition de la Palestine et la création d’un corpus separatum pour Jérusalem et ses environs. Le Saint-Siège évite d’intervenir dans le vote, probablement pour ne pas compromettre l’internationalisation de Jérusalem. La guerre que les États arabes ont ouverte contre l’État d’Israël, et qui a rendu caduc le projet d’internationalisation, a commencé avant même la proclamation de l’État.

    La création de l’État d’Israël en 1948 allait à l’encontre de certaines idées théologiques de l’Église catholique selon lesquelles les Juifs étaient condamnés à rester sans foyer en raison du crime de déicide. Certains pensent que le Saint-Siège ne s’est pas opposé au plan de partage des Nations unies en 1947 parce qu’il incluait Jérusalem dans un “corpus separatum” international. Le pape Pie XII a écrit trois encycliques sur la question de la Terre Sainte. La première, Auspicia quaedam du 1er mai 1948, exprime l’espoir “que la situation en Palestine soit enfin réglée de façon juste et que, par là, la concorde et la paix soient également heureusement établies.”

    Dans la seconde, In multiplicibus, du 24 octobre 1948, le pape dit qu'”il serait opportun de donner à Jérusalem et à ses environs, où se trouvent tant et de si précieux souvenirs de la vie et de la mort du Sauveur, un caractère international qui, dans les circonstances actuelles, semble offrir une meilleure garantie pour la protection des sanctuaires. Il serait également nécessaire d’assurer, avec des garanties internationales, tant le libre accès aux Lieux Saints disséminés dans toute la Palestine, que la liberté de culte et le respect des coutumes et des traditions religieuses.”

    Dans sa troisième encyclique, In redemptoris nostri, du 15 avril 1949, le pape Pie XII préconise de donner “à Jérusalem et à ses environs un statut juridique internationalement garanti” et appelle à ce que tous les droits des catholiques “soient préservés inviolés.”

    Certains États catholiques se sont opposés à l’acceptation d’Israël au sein des Nations unies le 11 mai 1949, parce qu’Israël n’avait “pas réalisé le projet d’internationalisation complète” de Jérusalem. Le différend concernant les dommages de guerre causés aux églises et autres propriétés en Israël a été résolu de manière satisfaisante pour le Saint-Siège en 1955, lorsque Mgr Antonio Vergani a reçu la compensation finale pour les dommages de guerre causés aux institutions catholiques. Mais même le nom de l’État d’Israël est omis par l’Osservatore Romano en 1955 lorsqu’une visite de l’Orchestre philharmonique d’Israël au Vatican est décrite comme celle de “musiciens juifs de quatorze nationalités différentes.” Le couronnement de Jean XXIII en 1958 a été suivi par l’ambassadeur Eliyahu
    Sasson en tant que “délégué spécial de l’État d’Israël”. Ceci, comme l’a prétendu plus tard le Vatican, prouve que le Vatican a reconnu à partir de ce moment l’État d’Israël, même s’il n’a pas établi de relations diplomatiques normales.


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  • 1 commentaire




    « le Saint-Siège a laissé entendre que le Vatican ne serait pas opposé au patronage britannique des Lieux saints. C’est ce que Sir Mark Sykes entendit le 11 avril 1917 de la bouche de Mgr Eugenio Pacelli » | Transgresser aussi ouvertement la théologie catholique, c'était gonflé de la part de ce traître de Pacelli ! Devenu Pie XII, il montrerait plus de finesse, plus de fourberie ; en 1917, il ne faisait pas tout à sa guise.


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