• Synthèse sur le poète ultramontain : Artus Désiré



    L’oeuvre monumentale d’un prêtre catholique et humaniste du XVIe siècle

  • Au siècle de la Réforme, de la Contre-Réforme, des humanistes, de Ronsard et de Marot, un prêtre catholique écrit une œuvre immense et magistrale, qui eut un grand retentissement. De méconnu et passée sous silence, après plusieurs siècles d’oubli, cet auteur ressort des placards.

    La fiche Wikipédia d’Artus Désiré le décrit comme « pamphlétaire », mais jamais comme poète ou écrivain, et aucune étude littéraire ne s’y intéresse vraiment : il est absent du catalogue de l’histoire de France. Le seul auteur qui le cite c’est Michelet, et il le présente comme un traître à la Patrie (sic) prêt à donner la France à l’Espagne. Pour quelle raison ? Ce prêtre polémiste s’est attaqué violemment à la Réforme protestante, et, ce qui fait son originalité, en utilisant la poésie. Sa vocation de poète se confond avec celle de controversiste, et pour cela, les protestants lui ont voué un mépris total, construisant au XVIe siècle l’idée toujours répandue aujourd’hui selon laquelle Artus Désiré n’appartiendrait pas à l’histoire de la poésie ! Son œuvre est déclassée, réduite à sa valeur d’usage, surtout satirique – car visant à empoisonner l’adversaire et apporter un contre-poison au fidèle catholique. Mais on ne lui a pas tellement répliqué, il n’y a pas de réponses construites de la part des protestants à son propos.

    Pourtant, la poésie d’Artus Désiré est riche, et une des plus prolifiques de son temps, puisqu’il concurrence largement Ronsard. Il est même cité en exemple pour la manière de faire des rimes dans un dictionnaire des rimes françaises des années 1570. Sa particularité est la suivante : il choisit comme vecteur principal le genre du chant, de la chanson. C’est un novateur, un homme de la modernité. Il cherche un moyen simple de combattre les hérétiques, et quoi de mieux que l’utilisation du chant pour cela ? Les bonnes chansons font rentrer de bonnes paroles dans l’oreille plus facilement que de longs discours. Ainsi, il est le premier à faire des recueils de chansons militantes sur timbres, c’est-à-dire en indiquant le titre de la chanson sur l’air de laquelle on doit chanter ses paroles. Auparavant, les recueils populaires de Noëls fonctionnaient de la même façon et connaissaient une vogue impressionnante (on recense plus de 900 recueils de noëls pour le seul XVIe siècle).

    Artus Désiré, lui, a choisi d’écrire des vers français catholiques et militants sur des mélodies d’hymnes ecclésiastiques, des airs de chansons profanes et sur des musiques du psautier de Clément Marot, célèbre poète de François 1er qui connaissait une diffusion énormissime et qui était d’une grande habileté littéraire – paradoxalement, il était catholique, car à la base c’est Calvin qui se sert de ses psaumes pour influencer l’opinion.

    En 1538, les premiers recueils de psaumes protestants destinés à une nouvelle liturgie apparaissent à Strasbourg, et Artus Désiré commence sa carrière d’écrivain en 1545, année d’ouverture du Concile de Trente qui va s’opposer aux réformes protestantes. Le contexte est troublé, les tensions entre catholiques et le protestantisme naissant se font de plus en plus violentes. Au niveau littéraire, on écrit de plus en plus en langue française, (voir par exemple La défense de la langue française de Joachim Du Bellay en 1549), avec une certaine défiance envers la culture latine qui prend ses racines dans le gallicanisme, les Français préférant majoritairement une histoire catholique sans Rome.

    Durant la carrière de notre polémiste, on recense 113 éditions et rééditions de ses œuvres, sans compter les pertes. Pendant dix ans, il a été l’unique écrivain à écrire des poèmes pour les Mai de Notre-Dame de Paris.

    On ne sait pas grand-chose de sa vie, on l’estime né vers 1510 et mort vers 1579. On dit de lui qu’il était tellement engagé contre les protestants qu’il écrivit une lettre à Philippe II roi d’Espagne (ce dont parle Michelet) et qu’il il fut condamné pour cela après un interrogatoire peu poussé par le parlement de Paris qui le conduisit à faire amende honorable puis à être emprisonné chez les Chartreux pendant une durée de 5 ans (il n’y resta finalement que très peu de temps). On trouve cette lettre dans l’Histoire ecclésiastique des églises réformées de Théodore de Bèze – normalement, celui-ci n’aurait pas dû être en possession de la lettre dite « déchirée »

    Et Artus Désiré écrit, les titres de ses ouvrages sont éloquents, on pense notamment au « Combat du fidèle papiste contre l’apostat anti-papiste », réédité en « Batailles et victoires du Chevalier Céleste, contre le Chevalier Terrestre… » – le plus populaire de Désiré.

    Puis, il publie un recueil de « 57 chansons sur l’air des hymnes ecclésiastiques », en opposition aux psaumes de Marot. Le contenu est à visée pédagogique, articulé autour du cycle de l’année liturgique, temporal et sanctoral, avec des citations de passages des Saintes Écritures dans la marge, et une insistance sur le Saint-Sacrement. Il possède un prologue exhortatif qui semble une réponse à la préface du recueil de psaumes de Calvin. Ce qui dérange Artus Désiré, ce n’est pas tant la traduction des psaumes en français que l’arrêt de la liturgie catholique pour la remplacer par des chansons en langue vernaculaire.

    Il publie également plusieurs fois son recueil du « Contrepoison », sur les musiques des psaumes de Marot, et dix chansons spirituelles sur des airs profanes. Il s’agit de donner des armes aux fidèles pour qu’ils ne tombent pas dans l’hérésie, ainsi que de concurrencer le psautier huguenot.

    Les protestants haïssaient ces « contrepoisons », et le jésuite Michel Coyssard (1547-1623) rapporte qu’ils maltraitèrent l’éditeur qui publia les chansons de Désiré.

    Actuellement, une équipe de chercheurs pluridisciplinaire (littéraires, historiens et musicologues) vise à réhabiliter l’œuvre trop méconnue de ce véritable écrivain.

    Merci à Jacynthe Brochard pour ses notes d’étude.

    Quelques œuvres :

    « Le combat du fidèle papiste ».

    Ses autres pamphlets.

    Le contrepoison.

    Les hymnes.


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