• Droit de réponse « d’Aryan France » : « Pour en finir avec l’Ordre de Teutatès »



    À propos du fascisme allemand et du christianisme.

  • Notre camarade catho facho « Aryan France » répond essentiellement à des néo-païens (plutôt qu’à des royco antifa et chrétien dit positif) à propos d’Adolf Hitler et du national-socialisme allemand.

    L’affaire Nous concerne dans son contexte, puisqu’elle fait suite à un débat sous une de Nos conférences, ainsi que la sortie d’un ouvrage paganisant sur le national socialisme allemand.

    Notre site est généraliste, il s’efforce de construire une vision du monde souveraine, raisonnable, à la fois universelle et enracinée dans nos terres carolingiennes, tout en se nourrissant de l’actualité et de diverses sciences humaines entre histoire, politique et littérature.

    Il faut éviter toutes querelles haineuses sur la question de savoir si le führer était un « scout catholique » (lol) ou pas. Hitler était d’abord allemand et son seul but, son seul dessein, son seul souhait, était que l’Allemagne vengeât d’abord l’affront du traité de Versailles et que son peuple prenne ensuite la place qui lui revienne dans l’ordre de la civilisation, de la culture et de l’évolution de l’humanité, c.à.d la première.

    Cela dit, il eût été mieux de ne pas le faire en employant des méthodes de voyou, que Maurice Bardèche a déjà énumérées. On expie toujours ses mensonges, ses errements, ses échecs, ses forfaits et sa démesure (une leçon d’histoire que le duo Macron/Merkel devrait relire de plus près).

    Nous disons cela même si, bien évidement, nous nous affligeons profondément de la défaite du fascisme allemand en 1945, et Nous le défendrons toujours contre ses contempteurs, à l’heure où il est question d’en finir avec l’Occident traditionnel en le « grand réinitialisant ».

    Droit de réponse :

    Avant d’enchaîner cette prestation, nous tenons tout d’abord à recontextualiser la situation qui se présente. Un camarade qui nous estime assez « calé » dans le domaine historique, et plus particulièrement en ce qui concerne l’épopée hitlérienne, nous a récemment joint un commentaire paru sous la dernière conférence-audio réalisée, voici quelques mois, par Florian Rouanet.

    La personne dont émane le commentaire en question, s’est manifestée sous la plume de « Ludwig88 » (aka « Komodo » pour les intimes), et se présente notamment comme étant l’administrateur de « l’Ordre de Teutatès » (sic). Celui-ci avait rédigé un feuillet portant le titre de « Le fascisme et la religion », et dut l’objecter en guise de « démystification » à la ligne catho-fasciste promue par l’intervenant susnommé de la vidéo. Suite à cela, nous prîmes l’occasion de démonter nombre de fragments fondés sur des a priori, mis en avant au travers de ces infâmes balayures — car il faut nommer les choses par leurs noms — sans toutefois approfondir nos réflexions.

    En réponse à notre diatribe, il semblerait que ce « Komodo » ait professé un niveau d’énormités inversement proportionnel à ses facultés intellectuelles tant sa risibilité ne surpasse que son orgueil — c’est le moins qu’on puisse dire. Lui qui crut pouvoir nous asséner une « correction » en contre-attaquant publiquement — et donc en pensant théoriquement parvenir à nous rabaisser — a commis une fatale erreur en procédant ainsi, et il va l’apprendre à ses dépens, compte tenu des lignes qui vont suivre.

    Pour débuter, nous poursuivons notre réaction en faisant ainsi appel à un florilège tirant de ses propres balivernes, accompagné des réfutations dont nous allons, au fur et à mesure, leur opposer, non seulement pour notre défense, mais de surcroît au nom de la vérité historique ne pouvant, par définition, découler d’un simple point de vue subjectif  :

    Que répondre à ce torrent d’attaques ad hominem alors que son auteur nous critique pour les sophismes qui seraient dans notre PDF ? Nous l’interprétons comme l’expression de la rage qui a été la sienne lorsqu’il a été au courant de nos intentions de rétablir la vérité sur les croyances d’Hitler et celles prônées par le fascisme. Peut-être cela s’explique-t-il par un attachement si puissant au mensonge, que l’exposer au grand public remettrait en cause toute la vie de ce misérable individu qui ose porter le pseudo « Aryan France » ?

    Nous aurions peut-être dû nous priver de nous emporter en toute hâte — ce qui n’est pas très charitable, nous le concédons —, et les invectives de lancement n’étaient en effet pas opportunes pour ce qui est de la forme de notre discours, elle-même censée faire ressortir le fond. Néanmoins, cette vive inimitié tient moins d’une exaltation émotionnelle du moment que d’une manière de désaxer la tournure diffamatrice de l’auteur qui tente à promouvoir sa camelote. De même que nous le rassurons d’ores et déjà, mais cela n’est certainement pas la parution de son exposé, aussi funeste soit-il, qui va troubler nos sommeils. L’accusation controuvée de mensonge nous glisse gentiment sur l’épaule venant de ce même auteur qui, dans son introduction, a suggéré à « chaque lecteur et lectrice, à ne pas obligatoirement partager [ses] interprétations et conclusions, mais à étudier les faits et en déduire par soi-même une opinion ». Nous ignorons jusqu’à présent que ce fût la démarche à laquelle avaient recours les révisionnistes quels qu’ils soient, lorsque ceux-ci se situent dans une approche analytique de sujets controversés. Si tel était le cas, on serait plus ou moins en légitimité de prendre leurs paroles sous le prisme de la désopilance, au point d’exprimer des doutes quant à leur objectivité. Par là, notre « Komodo » voulait-il sous-entendre qu’il se contentait exclusivement de partir d’un postulat pour développer ses démonstrations foireuses ? C’est en tout cas l’impression que nous en avions retenu. Ainsi, il ne sera guère anodin d’en déduire qu’il ait besoin de réactualiser un mal absolu hypostasié (ledit « anti-christianisme hitlérien » tant décrié par les vainqueurs de 1945), afin de réussir négativement l’unité que ses délires ne peuvent positivement lui valoir. Que ce faussaire médiocre puisse s’accaparer la notion de vérité à sa guise constitue une atteinte à l’intelligence en elle-même. C’est en somme la plus vaste blague de notre ère.

    Deux cas sont possibles. Soit ce fameux « Aryan France » a lu très brièvement en diagonale notre essai et dans ce cas-là, nous pouvons qualifier ces pseudo-arguments de paralogismes, soit il l’a bien lu entièrement, ce qui veut donc dire qu’il ment volontairement et donc use de sophismes. Nous penchons pour la seconde option.

    Le procès d’intention de départ était somme toute bien tenté, mais mal venu. Nous avions consulté son exposé — comme nous l’avions spécifié d’emblée sur notre commentaire — que de manière superficielle ; d’une part parce que nous connaissions la majorité des citations qui y sont insérées depuis bien avant sa publication, d’autre part car nous ne leur accordons aucune importance en terme de crédibilité (et nous allons y revenir ci-dessous). Les remarques de l’auteur nous intéressant que très relativement en ce qu’elles sont basées sur ses « interprétations et conclusions » personnelles, nous avions seulement décidé d’énumérer les grandes lignes, et nonobstant les quelques fautes d’inattention ayant pu être établies.

    Nous n’avons jamais exprimé une telle idée : paralogisme ou sophisme ? Nous avons simplement expliqué, que dans ses discours, Hitler glisse le terme de « providence » à celui de la « nature », tout en rappelant une des principales lois de la nature qui est celle du plus fort. En outre, dans ce discours – que l’auteur de ce torchon n’a visiblement pas lu -, Hitler exprime l’absurdité des raisonnements pacifistes, qui sont, rappelons-le une des bases du christianisme. D’ailleurs, une autre grande caractéristique de cette religion du désert est l’abaissement de ce monde à celui du diable et de la damnation, là où Hitler en fait l’éloge. En ce qui concerne le savoir, il permet simplement ici de comprendre la Nature et ses lois, et est évidemment accessible en partie par la science.

    Hélas pour lui, il n’a pas échappé à ce « Komodo », qu’à l’instant même où nous abordions la rubrique « Une religion de la nature » visant à nous livrer un Hitler « immanentiste », c’est bien à ce passage précis que nous nous sommes référé : « Par opportunité politique, Hitler exprime donc dans le langage de la foi ce qui ressort plutôt, selon lui, du savoir et dit avec les mots de la croyance ce qui relève, toujours selon lui, de la science : la providence qui suscite les grands hommes n’est autre que la nature qui sélectionne et consacre les forts en les plaçant à la tête de leur peuple ; dans un monde où tout n’est qu’immanence, la nécessité de la détermination naturelle s’est substituée à ce que le monde d’avant appelait “providence” ou “dieu” ». Par conséquent, on en vient à se poser les deux questions suivantes : Souffre-t-il de strabisme radical pour être capable de contester notre argumentation, en nous débitant une approximation aussi flagrante ? Ou bien présente-t-il des lacunes profondes en littérature, pour se révéler inapte à saisir le sens des phrases dont il fit parvenir à travers cet exposé (lesquelles ne sont d’ailleurs même pas les siennes, mais celles de Johann Chapoutot, universitaire gauchiste de dernière zone à ses heures perdues1…) ?

    Ensuite, force est de constater qu’il n’a strictement aucune notion d’histoire et de théologie ; chose plutôt banale chez les néo-païens à proprement parler. Le pacifisme n’est aucunement spécifique au christianisme comme il l’insinue, il tient a contrario essentiellement du libéralisme et de l’esprit démocratique. Le christianisme est tellement « pacifiste » que l’Occident n’a jamais été aussi intrépide et téméraire sur la scène internationale, que lorsqu’il était en osmose avec sa foi. Il est tellement « pacifiste » qu’il a donné lieu aux plus majestueuses séquences martiales de l’ensemble de l’Histoire de l’humanité blanche, à l’instar des chroniques des croisades, de la colonisation, et de la reconquista — le tout en l’espace de quinze siècles. Pour appuyer un tel cliché, notre quidam devait probablement songer à l’une des paraboles mal comprises — et dévoyée de nos jours par les ignares en tout genre — de NSJC qui est de « tendre l’autre joue ». Il serait d’autant plus mortellement déçu d’apprendre que cette maxime ne doit pas être interprétée au sens strictement littéral du terme. En effet, cette parole correspond à tout affront qu’un individu peut nous faire — que ça soit une trahison, une diffamation ou une calomnie par exemple —, et cela n’est pas d’ordre physique mais moral. Dans une telle condition, un chrétien doit-il se laisser injurier ou menacer ? Saint Thomas d’Aquin, nous enseigne qu’il en va de l’humilité — et ainsi du combat contre l’orgueil et le narcissisme — de se canaliser en s’abstenant parfois de riposter, quand cela ne concerne que le Moi personnel. En revanche, il est du devoir du catholique de se défendre physiquement face à une agression car c’est ni plus ni moins que de la légitime défense. En outre, saint Thomas stipule qu’il faut user sur l’individu de correction fraternelle si cette dernière permet de lui remettre les idées en place, dès qu’il outrepasse les limites. De plus, il est une obligation de « rentrer dans l’arène » et d’éclater l’adversaire, s’il s’agit d’un blasphémateur faisant scandale. D’ailleurs, c’est ici que repose la vraie force : s’abaisser quand il s’agit de notre personne, se grandir et bondir sur l’ennemi quand il faut défendre l’honneur du Christ. À l’inverse des pseudo-instincts guerriers des néo-païens, qui consistent à se laisser aller aux moindres caprices de la sensibilité en renonçant à exercer une saine domination sur ses passions, la mise en pratique de nos principes se fait dans le combat. Combat contre nous-même tout d’abord, car servir implique de renoncer à soi-même et vaincre en nous tout ce qui fait obstacle à la vertu, et également combat contre les ennemis du Christ, qui s’opposent à l’avènement du Dieu fait homme. Au passage, il convient de noter qu’il est toujours cocassement paradoxal que l’on soit fréquemment catalogués de « pacifistes » (sic), par ces mêmes gens se lamentant à outrance au sujet des « crimes » du christianisme — y compris sur la « Shoah » de Verden. Après tout, l’auteur a bien souligné à maintes reprises — au cours de son exposé — que la religion chrétienne assurait « un soutien moral aux troupes » au sein des tranchées, avec un passage de Mein Kampf à l’appui (dissonance cognitive oblige ?). Où se situe le pacifisme ?

    Pour rebondir sur le cas du Führer, il ne faisait que rappeler, dans son discours, qu’il existe une volonté de la nature. Volonté qui tend à élever le niveau des êtres, et cet objectif de la nature s’accomplit par la sélection. Sans lutte pour la vie, source de sélection permanente, les faibles se mettraient à l’emporter en nombre sur les meilleurs qui, de ce fait, seraient bientôt marginalisés au détriment de l’ensemble. Ce à quoi nous lui demandons derechef : en quoi les positions philosophiques d’Adolf Hitler pouvaient-elles être contraires à la pensée de l’Église, qui elle, a toujours admis une hiérarchie dans l’humanité selon le niveau moral et celui de compétence ? Il n’y a absolument rien de darwinien à travers cette expression élitiste. Là encore, Hitler se rapprochait indéniablement des enseignements du docteur de l’Église : « Dans les choses naturelles, les espèces paraissent avoir été ordonnées par degré. Par exemple, les choses mixtes sont plus parfaites que les éléments qui les composent, les plantes l’emportent sur les minéraux, les animaux sur les plantes, les hommes sur les animaux, et dans chacun de ces ordres de créatures on trouve une espèce qui vaut mieux que d’autres. C’est pourquoi la divine Sagesse ayant été cause de la distinction des êtres, afin que l’univers fût parfait. Elle a voulu pour la même raison qu’il y eût de l’inégalité entre les créatures. Car l’univers ne serait pas parfait s’il n’y avait dans les êtres qu’un seul degré de bonté ».2

    Enfin, l’auteur n’est visiblement pas du genre à causer avec assurance de ce qu’il ignore intégralement, car si le christianisme relève essentiellement du monde de la grâce, celle-ci nécessite la nature humaine pour l’élever. Ce n’est pas la doctrine chrétienne qui impose une rupture avec la matière — fondement éminemment réel — mais le manichéisme oriental qui se manifeste aussi bien dans l’hérésie gnostique, que dans celle, surnaturaliste. La première appelle à fuir le monde terrestre comme s’il n’était que péché ou erreur, enseignant que le dieu du mal aurait rendu nos âmes prisonnières de nos corps — et par conséquent, elle justifie le suicide (proscrit par le christianisme, rappelons-le) comme une « délivrance de l’âme » —, tandis que la seconde, animée par un esprit théocratique, vise à faire dépendre la nature, dans son essence, de la grâce divine, amenant ainsi à la confusion des deux ordres : surnaturel et temporel. En réalité, la nature et la grâce sont liées mais non confondues, distinctes mais doivent fonctionner de pair. Chose que ce « Komodo » ne saurait concevoir, tout simplement parce que son paradigme judéo-matérialiste lui fait magnifier l’idole dont il s’est épris, de par la voie du subjectivisme, menant donc à l’idéalisme. Que le Führer ait voué sa vie à la défense intrinsèque du droit naturel, ne fait de lui, ni un déterministe ni un panthéiste — aussi sûr que cet ordre naturel n’est que le reflet de l’ordre divin : « Peut-être ne suis-je pas ce qu’on appelle un hypocrite moralisateur ou un pieux. Je ne suis pas cela. Mais au fond de mon cœur, je suis un homme religieux, c’est-à-dire que je crois que l’homme qui, conformément aux lois naturelles créées par Dieu, combat courageusement et ne capitule jamais en ce monde, que cet homme ne sera pas abandonné par le Législateur. Au contraire, il recevra à la fin les bénédictions de la Providence ».3

    Par ailleurs, nous aurions également pu nous passer de la rengaine aussi inconsistante que futile de « religion du désert » si chère à ce spécimen ainsi qu’à ses semblables, dès qu’ils arrivent à court d’arguments. D’autant qu’il semble maladroitement réciter les poncifs à deux balles dont son gourou Alain de Benoist (un communiste patenté, et qui plus est un chantre du sémitisme au sens large — qu’il soit juif ou mahométan —, ce qui est un comble !), a, depuis, mis au goût du jour au sein de ladite nouvelle droite. Sauf que l’on ne choisit pas une religion en fonction de sa nativité, mais en vertu des principes qu’elle incarne. Réduire le christianisme à une localisation géographique est effectivement leur principal sophisme pour s’en soustraire, mais la réalité dépassera toujours leurs abstractions idéologiques. S’il est vrai que le christianisme est advenu en terre de Palestine, il n’en demeure pas moins que ses racines sont fondamentalement gréco-romaines. Mais avant toute chose, il constitue un universalisme spirituel (puisque la Vérité est la même pour tous). De surcroît, nous tenons tout au plus à rappeler que le paganisme originel, depuis le Déluge, est véritablement originaire de l’Antique Babylone et de son roi, le « dieu » négroïde Nimrod en l’occurrence. Ce dernier a en effet désigné les archétypes des rites païens qui ont ensuite été répandus dans le monde entier suite à l’épisode de la Tour de Babel. La preuve est qu’en décryptant tous les systèmes païens de la planète, on retrouve toujours les mêmes enseignements ésotériques. On les retrouve dans la gnose, le judaïsme talmudique, le néo-platonisme et toutes les religions païennes qui se rattachent aux panthéons, donc en retirant le substrat de folklores typiques, relatifs aux différents peuples traditionnels de par le monde, on a toujours affaire à la même religion. En définitive, le paganisme dit « européen » est ipso-facto une « religion du désert » (sic). Cela n’est point gravissime in sé, mais que cesse cette énième hypocrisie spécifiquement néo-païenne, consistant à opposer artificiellement le paganisme antique au catholicisme, au seul motif qu’il le précédait en terre d’Europe (en sachant nous-même que, par-dessus le marché, la tradition védique — incontestablement monothéiste — précédait amplement le paganisme en tant que tel, parmi les proto-indo-européens).

    Il est évident que dans un pays où presque la totalité du peuple est de confession protestante ou catholique, l’on ne va pas exposer au grand public l’antichristianisme qui est le nôtre. En ce qui concerne la manière dont Hitler comptait « déchristianiser » son peuple, nous y répondons en partie dans notre étude que l’auteur n’a visiblement pas compris ou lu. L’encadrement de la jeunesse est un des principaux procédés avec la cérémonie du Blutfahne, même si, semble-t-il, d’autres ont été mis en place[1].

    Affirmation qui omet, bien sûr, que l’apostasie généralisée faisant suite à l’ultra-déliquescente République de Weimar, avait frappé les deux tiers de la société allemande, avant qu’Hitler ne fût au pouvoir. Au moment où il y est parvenu, il disposait de la possibilité la plus intense, de substituer sa « nouvelle religion » au restant de l’influence quasi-limitée du christianisme, si telle était sa réelle intention. Pourquoi n’a-t-il guère agi en ce sens, alors que les circonstances avantageuses d’alors lui étaient pleinement favorables — dans la mesure où ses sympathies chrétiennes eussent été purement apparentes ? Aurait-il failli à sa vocation de « démagogue » ? A-t-il manqué de réviser ses « plans » à visée stratégique dès le départ ? Ou bien, l’auteur est-il simplement un amateur de sophisme par excellence ? Au lieu de cela, quelles ont été les premières initiatives du Chancelier ? Eh bien, il s’avère qu’il fit appliquer, de concert avec tous ses ministres, la fameuse constitution de Potsdam, qui ne reconnaissait que les confessions chrétiennes comme « fondement moral et social de l’Allemagne », reléguant toutes les autres croyances étrangères au christianisme à un statut d’ordre exclusivement privé, jusqu’au point d’en « sacrifier son ami de la première heure, le maréchal Ludendorff, svotaniste par complaisance pour son épouse ».4 Dès le 13 mai 1933, Hitler fit dissoudre la Deutscher Freidenkerbund-Verband, une organisation athée qui militait en faveur d’une Allemagne laïque, alors qu’elle existait depuis un demi-siècle. Le Hall des libres-penseurs, qui constituait les locaux de l’organisation, a été alors réutilisé par les NS comme un bureau d’accueil pour conseiller le public sur les questions religieuses ayant attrait au christianisme. Cinq mois après, le Führer s’était à juste titre vanté d’avoir permis la reconversion des masses à la foi chrétienne : « Depuis huit mois, nous menons une lutte héroïque contre la menace communiste de notre peuple, contre la pourriture de notre culture, la dégradation de notre art et la contamination de notre moralité publique. Nous avons mis fin à l’athéisme et au blasphème ! ».5 Une telle démarche ne peut que prêter à questionnement venant d’un chef d’État qui eût prétendument conspiré pour dissoudre subversivement le christianisme. L’auteur souhaiterait donc nous faire gober ses propres fables selon lesquelles Adolf Hitler méprisait une religion, dont il a été le fervent promoteur — même à une époque où la nation allemande était en perdition, et à laquelle il eût une occasion en or d’y mettre un terme ? Voilà un sacré paradoxe qui ne tient qu’à un fil.
    Pour ce qui est de la Hitlerjugend, les instructions de ses membres ne poursuivaient que des buts militaires, sportifs, culturels, professionnels, et techniques, comme durant le temps des Wandervögel (dont l’organisation était d’ailleurs largement inspirée). Les célébrations folkloriques tendaient seulement vers une forme d’enracinement — évidemment teintée de romantisme, ainsi que le notait Robert Brasillach dans Notre avant-guerre. La vertu de la vie physique et de la nature tenait aussi sa place : « Retourner à la nature est tout autre chose que ce qu’imaginaient les démagogues du Front populaire. La nature n’est pas un lieu où se vautrer et s’avachir. C’est la fête merveilleuse que Dieu nous donne et où Dieu se donne ».6 C’était, dans le fond, une sorte de mystique de la vie collective, et non un « endoctrinement spirituel » qu’avait instillé Hitler, quand bien même cela pourrait davantage en prendre certains aspects. C’est après tout ce que le leader de la HJ affirmait : « Mon but n’est ni d’ériger des autels païens dans les forêts d’Allemagne et d’initier la jeunesse à un quelconque culte de Wotan, ni de livrer la jeune Allemagne aux arts magiques de quelques apôtres herbalistes. Bien au contraire ! Puisse chacun suivre sa conviction religieuse, dont il peut répondre devant sa conscience. La Jeunesse Hitlérienne n’est point l’Église, et l’Église n’est point une jeunesse hitlérienne. La communauté que j’ai à conduire et dont je suis responsable sera exclusivement dirigée par moi et par mes collaborateurs subalternes dans le sens du Führer pour l’État national-socialiste. Je promets au peuple allemand que la jeunesse du Reich, la jeunesse d’Adolf Hitler, remplira son devoir dans l’esprit d’Adolf Hitler, à qui seul appartient sa vie ».7 Suite à cela, on nous répliquera sans doute que ces propos était destinées à rassurer les familles chrétiennes ; chose probable mais à aucun moment, la formation au travers de l’organisation n’a empiété sur la vie religieuse de ceux qui y étaient incorporés : « À l’époque même où les alliés de l’Amérique, les Soviétiques, détruisaient la plupart des églises en Russie et en Ukraine, on construisait quelques 2500 églises nouvelles en Allemagne. Pas une seule église chrétienne ne fut fermée. C’est la loi qui prescrivait la priorité de l’école et de la religion sur le service à la Jeunesse Hitlérienne. Jusqu’en automne 1944 encore, la caserne de la Waffen-SS à Breslau mettait deux autobus à disposition pour conduire les jeunes à l’Église catholique ou au temple protestant le plus proche tous les dimanches. Le fait d’être affilié à une communauté chrétienne ne nuisait pas à l’avancement dans le parti national-socialiste ».8

    Que des incursions anti-chrétiennes aient donc pu exister, nous ne le nions pas pour autant — même Pie XI l’avait déjà évoqué — et elles étaient le fait de quelques chefs d’escouades paganisants qui agissaient selon leurs propres initiatives, et donc à l’insu du Führer. Ceux-ci avaient en effet effectué toute une redécouverte des références communes germaniques qui avaient été ensevelies durant des siècles, ce qui inexorablement conduisait à certaines dérives qui ne sont jamais allées plus loin que des « vœux pieux ». Mais parler de « déchristianisation » que le Führer aurait progressivement orchestrée dans cette même organisation, ce n’est pas même pas exorbitant. C’est de la calomnie pure et simple. Une énième anecdote qui peut aisément l’attester, est celle du vibrant collaborationniste A. de Châteaubriant, qui, au cours d’un séjour passé en Allemagne, eut relaté une de ses conversations aux côtés de deux laïcs et trois bénédictins : « [NdA : l’un d’entre eux, un médecin d’origine hollandaise, déclara] “On cherche une nouvelle forme plus en accord avec la société moderne ; mais ce n’est pas contre le christianisme. Il y a la déclaration de Potsdam. Hitler y dit que l’État N.S. se fonde sur les Églises, la catholique et la protestante. Mais le Parti ne veut pas que des clergés mécontents mettent de la perturbation dans l’esprit du peuple”. […] “Oui ! Mais en forçant la jeunesse catholique à faire corps avec la Jeunesse Hitlérienne, il a violé l’engagement pris par l’État de respecter l’existence des institutions catholiques. L’École Unique et la suppression de nos organisations de jeunesses, au profit de la Hitlerjugend est une mesure qui entraînera une perte irréparable pour les générations !”. “Permettez encore, mon Père [intervint le solitaire], il est une chose qu’il ne convient pas d’oublier devant les difficultés de l’heure : Tous les visages aujourd’hui doivent être orientés dans la même direction… Il faut que le grain de la substance allemande, unifiée dans tous ses éléments, soit homogène et durci, comme la molécule du marbre ou celle du fer. Voilà pourquoi il paraît impossible, car les temps ont marché depuis le jour où fut signé le Concordat, de remettre à plus tard l’œuvre de l’unification dans la Jeunesse Allemande des divers groupes qui jusqu’ici étaient restés étrangers les uns aux autres. Il ne s’agit pas de « déchristianiser » ces jeunes gens ; il s’agit de leur imposer, sans le moindre retard, l’épreuve qui assurera en eux les solidités indispensables du plus entier esprit du corps… Baldur von Schirach, leur chef, a du reste déclaré tout dernièrement à Fribourg, qu’aucun jeune homme ne serait admis dans la Hitlerjugend, s’il ne croyait pas en Dieu” ».9

    Sous Hitler, l’enseignement religieux perdura même dans les écoles de l’État, c’est-à-dire les écoles non-confessionnelles. Le ministre d’Anhalt, publia des prescriptions pour « aryaniser » certaines Écritures de la Bible. S’agissait-il de remplacer l’enseignement du christianisme par celui du paganisme, voire par le « culte du Führer » (sic) ? Non, il était plutôt question de mener les deux de front (le troisième étant pratiquement inexistant). Voici les principaux extraits de cette circulaire : « De même que les idées nationales-socialistes de notre peuple étaient influencées par des conceptions non-allemandes et étrangères à notre race, la doctrine religieuse chrétienne présente souvent des traits qu’il faut considérer comme judéo-orientaux. Cette opposition a eu pour résultat que la jeunesse, qui est attachée avec ferveur au national-socialisme, s’est détournée de la religion chrétienne. Un national-socialiste ne peut pas rester sans religion. Le christianisme et le national-socialisme font également dériver leurs principes moraux d’un Dieu créateur du monde et d’un ordre de l’univers. Toute la législation du national-socialisme est l’expression de l’ordre éternel prescrit par Dieu, et qui régit le monde et la vie. Si jamais une législation s’est mise au service de Dieu et de l’ordre de sa création et lui obéit, c’est bien la législation nationale-socialiste qui, bien qu’elle ne parle pas de Dieu, suit les voies de son ordonnance éternelle des choses. Comme le peuple est lié par Dieu en une unité indissoluble, tout schisme provoqué par la lutte entre les confessions est contraire à la volonté de Dieu. L’enseignement religieux devra contribuer à surmonter la discorde confessionnelle dans notre peuple et pour cela insister sur les sources du sentiment allemand de Dieu. Cet enseignement ne devra pas être dogmatique. L’Ancien Testament ne devra être enseigné que par des extraits prudemment choisis, lorsque l’étude des questions raciales et la compréhension du Nouveau Testament le rendront nécessaire. L’Ancien Testament manifeste l’esprit typiquement juif et la décadence d’un peuple inaccessible à Dieu. Dans le Nouveau Testament, il conviendra surtout de traiter les Évangiles synoptiques. La personne de Jésus en est le centre. Il devra être présenté comme le héros intrépide, combattant passionnément toute hypocrisie religieuse, comme celui qui secourt et console tous ceux qui sont « dans la peine de l’accablement », l’ami des enfants, le Sauveur de tous ceux qui le suivent. En outre, il conviendra constamment de signaler la lutte implacable de Jésus contre l’esprit juif. On conclura de cela que Jésus n’a pas non plus appartenu par sa race au judaïsme. L’histoire sainte traitera de la foi allemande. Elle a pour but de familiariser les jeunes gens avec la piété germanique et Allemande, depuis l’époque préhistorique, jusqu’à l’époque actuelle. En exposant la religion des Germains, on montrera particulièrement la survivance des anciennes croyances dans les mœurs et les coutumes (solstice d’hiver, coutumes pascales et de Pentecôte, solstice d’été, etc.). Les religions des peuples nordiques devront être traitées d’une façon approfondie. L’enseignement du catéchisme sous une forme continue est laissé à l’Église dans la préparation de la première communion ».10

    En dernier ressort, l’auteur, dans son annotation, se reporte à des dossiers fabriqués de toutes pièces par les « Alliés » — lorsqu’il n’use pas de pamphlets modernes fortement marqués par le politiquement correct — afin d’accréditer ses fadaises sur le sujet. Comme quoi, il confirme parfaitement, de nouveau, que ses « travaux » — lesquels ne constituent, dans les faits, qu’un fatras de contresens disproportionnés — ne reposent sur aucune valeur ; en tout cas pas plus qu’un Deutsch-Mark en 1930. Si les diverses accusations intentées aux nationaux-socialistes par Nuremberg, doivent être prises pour paroles d’Évangile ; autant valider la totalité de la version officielle dans ce cas de figure. Ces dossiers-là font précisément mention de la situation des églises au sein du régime, voulant que ce dernier aurait infligé une répression implacable à l’égard du clergé. Cette thèse peut très facilement se voir démolir, et nous allons, bien entendu, veiller à ce qu’elle soit ébranlée une bonne fois pour toutes. Le principal motif ayant pu motiver les arrestations et/ou déportations de certains prêtres est strictement d’ordre politique, à savoir qu’ils l’ont été pour cause de « résistance » envers l’État. L’Église n’ayant pas vocation à fonder une théocratie mais à sauver les âmes, il n’est donc fondamentalement pas dans leur droit de se mêler des affaires politiques, qui elles, reviennent exclusivement aux laïcs. Cette ingérence était elle-même le fruit d’une cause plus vaste, c’est-à-dire que ces clercs fermement opposés au national-socialisme, étaient acquis à la démocratie dite « chrétienne » (en partie, précurseur du modernisme) dont l’influence fut, même sous le temps de Léon XIII, assez prédominante. Historiquement, dans tous les pays où ils se sont implantés, surtout en Allemagne et en Italie, les « démocrates-chrétiens » ont collaboré avec les marxistes, les francs-maçons, les athées, les Juifs, les Perses et les mafieux ; soit les ennemis déclarés de l’Église. Ils furent simplement révolutionnaires mais sous le masque clérical, ils ne se préoccupaient véritablement pas de la religion mais uniquement des mesures de l’État. Par conséquent, cela appuie bien le fait que les « contestataires insurgés » contre le national-socialisme étaient des philo-modernistes. C’est donc bien en tant que droit commun et non en tant qu’hommes d’Église qu’ils ont été expédiés en camp de concentration.

    Adolf Hitler n’avait guère menti lorsqu’il précisait : « Nous sommes en effet peut-être mieux à même que les autres générations de comprendre pleinement le sens de ces paroles pieuses : “Quel changement par la grâce de Dieu”. Parmi les accusations qui sont dirigées contre l’Allemagne dans les soi-disant démocraties, figure l’accusation selon laquelle l’État national-socialiste est hostile à la religion. En réponse à cette accusation, je voudrais faire devant le peuple allemand la déclaration solennelle suivante : 1) Personne en Allemagne n’a été persécuté à cause de ses opinions religieuses, et personne à l’avenir ne le sera aussi. 2) Depuis le 30 janvier 1933, l’État national-socialiste, à partir des deniers publics provenant des impôts et taxes perçus par l’intermédiaire des organes de l’État, a mis à la disposition des deux Églises les sommes suivantes : – Au cours de l’année fiscale 1933, 130 millions de Reichsmark ; – Au cours de l’année fiscale 1934, 170 millions de Reichsmark ; – Au cours de l’année fiscale 1935, 250 millions de Reichsmark ; – Au cours de l’année fiscale 1936, 320 millions de Reichsmark ; – Au cours de l’année fiscale 1937, 400 millions de Reichsmark ; – Au cours de l’année fiscale 1938, 500 millions de Reichsmark. En outre, quelque 85 millions de Reichsmark ont été versés chaque année avec des contributions d’États distincts et environ 7 millions de Reichsmark avec des contributions de paroisses et associations paroissiales… En outre, l’Église dans l’État national-socialiste est favorisée à bien des égards en matière de fiscalité et pour les dons, legs, etc., elle bénéficie de l’immunité de toute imposition… C’est donc, pour le dire gentiment, effronté lorsque des politiciens étrangers en particulier font preuve de hardiesse pour parler d’hostilité à la religion sous le Troisième Reich. Mais s’il est vrai que les Églises allemandes considèrent cette position comme intolérable, l’État national-socialiste est à tout moment prêt à opérer une séparation nette entre Église et État, comme c’est déjà le cas en France, en Amérique et dans d’autres pays. Je n’ai qu’une question à poser : “Quelles contributions de la France, de l’Angleterre ou des États-Unis ont-elles versées au cours de la même période par l’intermédiaire de l’État à partir des fonds publics ?”. 3) L’État national-socialiste n’a ni fermé une église, ni empêché un service divin, ni exercé aucune influence sur la forme d’un service divin. Il n’a eu aucun effet sur les enseignements, ni la croyance d’aucune confession religieuse. Dans l’État national-socialiste, chacun peut être sauvé comme il l’entend. Cependant, l’État national-socialiste fera comprendre sans relâche aux prêtres qui, au lieu d’être des serviteurs de Dieu, veulent voir leur mission dans l’insulte de notre Reich actuel, de ses institutions ou de ses dirigeants, que personne ne tolérera la destruction de cet État, et que les prêtres, dès qu’ils seront en dehors de la loi, seront appelés à rendre des comptes devant la loi comme tout autre citoyen allemand le sera. Mais il faut dire ici qu’il y a des dizaines de milliers et des dizaines de milliers de prêtres de toutes les confessions chrétiennes qui remplissent leurs devoirs ecclésiastiques tout aussi bien ou probablement mieux que les agitateurs politiques sans jamais avoir été en conflit avec les lois de l’État. C’est le devoir de l’État de les protéger. C’est son devoir de détruire les ennemis de l’État ».11

    Est-ce qu’il s’agissait de simples palabres dont les intentions auraient traduit des faits contraires quant au régime ? Assurément pas, et nous allons le démontrer de façon concrète. Par exemple, en 1935, le ministre de l’Intérieur souligna que personne n’était persécuté en Allemagne à cause de ses croyances catholiques, en ajoutant, toutefois : « L’État ne s’oppose pas à ce que la jeunesse catholique reçoive une éducation religieuse, mais il ne peut tolérer que de pseudo-groupements confessionnels se mêlent de donner une éducation politique sous un prétexte religieux ».12 Il n’y a là rien d’irrecevable pour tout catholique, et a fortiori pour tout thomiste sachant distinguer le temporel du spirituel. Toute la pensée pragmatique du national-socialisme se trouvait résumée dans cette phrase. Les dignitaires du Reich ne voulaient une séparation nette entre l’Église et l’État. D’où certaines tensions inévitables. En outre, pour examiner ce qu’il en fût réellement, nous allons de nouveau nous accommoder d’un autre témoignage factuel en provenance de l’illustre Châteaubriant : « À quelques temps de là, je dus faire visite au père-abbé d’un des plus célèbres monastères d’Allemagne, lui-même, religieux réputé parmi les plus saints et les plus savants. […] Je lui parlais des persécutions dont on disait que l’Église était l’objet, et lui demandais ce qu’il jugeait devoir être pour elle les conséquences de ces cruelles difficultés. “Oh, me répondit-il, de l’air le plus serein que la pratique des vertus religieuses ait jamais inspiré à l’un de ses fils ! Elle en a vu bien d’autres !”. Donc, d’une part, comme l’on s’en souvient, l’accusation formelle portée contre cet esprit du N.S. d’être plus dangereux à la religion, et de lui faire courir plus de périls que ne le peuvent toutes les négations athées, et toutes les déclarations de guerre du bolchévisme. Et cela provenant d’un penseur et philosophe catholique. D’autre part, la déclaration très nette émanant d’un père de l’Église, que cette assimilation du N.S. au bolchévisme, et encore au profit de ce dernier, est injustifiée, inexacte, et que, dans tous les cas, la persécution dont l’Église est l’objet, après les grands exemples d’inextinguible vitalité donnés par elle, ne peut lui porter aucun dommage funeste ».13 Bien qu’à l’appui de la thèse selon laquelle le national-socialisme et le christianisme seraient radicalement incompatibles, ce « Komodo » nous cite des lois, des circulaires et des exemples de prêtres ou d’évêques embastillés ; cette remarque démontre une nouvelle fois que l’Histoire ne s’écrit pas en exhibant quelques textes légaux de l’époque — notamment lorsqu’ils ne bénéficient qu’à la propagande d’après-guerre — comme si toutes les lois et directives étaient appliquées à la lettre d’un bout à l’autre de la société. On sait au contraire qu’entre la volonté du législateur et la réalité, un décalage existe, qui peut parfois être très grand. Par conséquent, les études et les témoignages sur le terrain doivent également être pris en compte.

    Citons aussi un autre français qui, au terme d’un voyage en Allemagne, écrivit : « Les églises sont remplies de fidèles, les trains et les gares de prêtres et de religieuses à l’air placide. En Rhénanie, comme en Bavière, j’ai assisté à la messe dans des églises plus garnies d’hommes et de femmes que beaucoup d’églises françaises. À Lindau, mes camarades et moi, nous avons failli rester à la porte d’une église, un beau dimanche, tant elle était bondée et ironie des choses ! Nous sommes restés debout, pressés entre des militaires de la Reichswehr et des jeunes gens des Jeunesses Hitlériennes. Messieurs les curés montent en chaire, et ceux que j’ai entendus aimaient l’éloquence (un peu trop à mon gré), car ils prêchaient une demi-heure ou trois quarts d’heure. Sans doute voulaient-ils en donner à leurs ouailles pour leur argent, car n’oublions pas que, dans ce pays de persécution religieuse, les prêtres, comme les pasteurs, sont fonctionnaires et touchent du gouvernement du IIIe Reich un traitement fort coquet. Évidemment la puissance du clergé n’est plus ce qu’elle était au temps du chancelier Brüning et le parti du Centre est dissous tout comme la Social-Démocratie. Je comprends que ce soit ennuyeux et que beaucoup de membres du clergé en conçoivent une vive amertume, mais de là à prétendre que la religion catholique soit persécutée, il y a un large pas. Quand l’Église fait de la politique électorale, elle subit nécessairement les conséquences bonnes ou mauvaises de cette politique […]. Je sais qu’il existe (en Allemagne) des difficultés au sujet de l’enseignement religieux à l’école et qu’on parle en Allemagne de laïciser l’école comme en France, mais je sais aussi, et j’ai vu, que l’Allemagne est le pays des contradictions, le pays du pragmatisme et non de la logique. En fait, le catholicisme, malgré des difficultés et des frictions avec certains chefs du national-socialisme (pas tous), continue là-bas sa mission divine. On enseigne l’Évangile, on pratique la morale chrétienne et les églises sont pleines de braves gens qui chantent leurs vieux cantiques. Dans les formations du parti nazi, il y a des catholiques pratiquants (j’en connais), et ils sont à la fois de bons catholiques et admirateurs fidèles d’Hitler, lequel d’ailleurs n’attaque jamais lui-même, l’Église catholique ».14 Nous sommes à des années lumières des descriptions données à travers les dossiers qui nous sont refourgués par l’auteur, et censées présenter ce qui se passait en permanence dans toute l’Allemagne, une Allemagne où un Hitler aurait voulu détruire l’Église et extirper toutes les valeurs morales du peuple.

    Nous pourrions naviguer dans cette direction durant des lustres tant les exemples qui étayent nos dires sont colossaux. Le 21 avril 1935, l’Église pouvait même librement critiquer les chimères de Rosenberg : « En exécution d’un programme d’action, approuvé par feu Mgr. Bares, pour combattre le néo-paganisme par l’enseignement de la vraie doctrine, on prêche dans toutes les églises catholiques de Berlin contre la doctrine de Rosenberg pendant la semaine de la Passion : chaque soir, les églises étaient combles. À Aix-la-Chapelle, des manifestations semblables groupent plus de 20.000 hommes et jeunes gens ».15 À supposer que les nationaux-socialistes aient persécuté les catholiques, alors de telles réunions auraient été interdites. Or, non seulement elles furent autorisées, mais personne ne fut ni arrêté, ni déporté pour y avoir participé. D’ailleurs, en parlant de Rosenberg, il eut l’occasion de souligner dans ses mémoires produites peu avant son exécution à Nuremberg : « Je n’ai jamais utilisé le pouvoir politique pour défaire mes adversaires, même si, après 1933, ils firent de moi la cible de leurs plus dures polémiques. Dans mes œuvres, j’ai postulé que j’étais contre toute propagande pour quitter l’Église, puisque le christianisme est anobli par les croyances et la mort de tant de générations. Personne ne peut s’attendre à plus de tolérance. En principe, le mouvement national-socialiste est obligé d’être tolérant ; mais chacun peut revendiquer pour lui-même la même liberté de conscience que les églises considèrent apparemment comme leur propriété exclusive. En 1933, Hitler a conclu le concordat avec le Vatican. Bien que n’y ayant pas participé personnellement, j’ai considéré que ce traité était tout à fait justifié. J’ai toujours fait la différence entre les combats spirituels entre les individus des institutions et des églises, et l’attitude dictée par des raisons d’État. » (p.43). La tolérance allait si loin que sous Hitler, un catholique pouvait faire appel à l’autorité judiciaire s’il s’estimait injurier pour sa foi.16 Ainsi, le 30 avril 1935 à Munich, le rédacteur du Völkisch Herold, a été condamné à quatre mois de prison pour injures contre le cardinal Faulhaber.17 Durant la même année, La Documentation Catholique avait publié une chronique qui retraçait les heurts entre l’Église et l’État, sous le nom « L’Église catholique en Allemagne nationale-socialiste ». L’organe eut l’honnêteté d’écrire : « […] Il faut, de plus, ne pas oublier que ce dossier ne contient que des faits exceptionnels, encore qu’ils soient fréquents. La vie ordinaire continue quand même. Du côté catholique, l’Église accomplit sa mission dans des circonstances particulières et, sauf les feuilles mortes arrachées par la tempête, on constate en de nombreux endroits une vie chrétienne plus intense. Du côté anti-catholique, il y a également plus d’activité que ne pourrait le faire croire ce dossier. La propagande païenne est accompagnée de pressions économiques et autres qui s’exercent en général d’une façon sournoise. Disons enfin que nous n’avons pas non plus noté toutes les condamnations d’ecclésiastiques, religieux ou laïques, pour des motifs de « catholicisme politique ». Elles ont atteint pour l’année qui nous occupe plus de 200 ».18 200 condamnations en une année pour « catholicisme politique », dans un pays qui comptait plus de 18.000 prêtres, équivalait à 1%. Si cette estimation prouve l’existence de tension réelle entre le régime et l’Église, elle dément cependant la thèse d’une persécution brutale et généralisée. Ajoutons que le 23 avril 1936, Hitler signait une loi d’amnistie pour les cas de zèle excessif déployé pour la cause nationale-socialiste et de critiques politiques contre l’État et le politique. La Documentation Catholique commentait ainsi : « Par cette mesure, les catholiques et notamment le clergé profitent dans les cas de critiques sournoises et d’abus de la chaire, etc., mais seulement pour les cas légers où la privation de liberté ne dépassait pas six mois. Et encore, les personnes condamnées ou à condamner ne sont remises en liberté qu’avec sursis, sous la condition de ne pas commettre un crime semblable, durant trois ans ».19 Quant à la morale chrétienne plus active, l’organe ne divaguait en rien. Par exemple, le 8 juillet 1935, 25 à 30.000 personnes participèrent à la grande procession annuelle du Saint Sacrement, à Münster.20 En bref, voilà des faits péremptoires propulsant systématiquement l’auteur en PLS astrale de type aller-simple avec manque d’oxygène pour mille ans.

    En ce qui concerne le témoignage de Göring, nous savons qu’Hitler n’hésitait pas à adapter son discours selon son public, y compris en privé. En outre, un seul témoignage ne fait pas guise de preuve, surtout lorsqu’on en a qui le contredise.

    Autisme total. Nous avions repris le cas de Göring, en raison du fait qu’il n’était pas catholique, justement. De ce fait, quel intérêt Hitler aurait-il eu à verser dans un quelconque opportunisme, devant l’un des membres de son entourage direct, n’appartenant point à cette religion, dont le Führer aurait supposément feint de se revendiquer ? Cela est dénué de sens, voyons. Puis, oser parler de « seul témoignage » (sic) — après nos précédentes démonstrations appuyées, en partie, par Skorzeny, Ludendorff, et A. Winter (la servante du Führer) — est révélateur quant au faux-fuyant auquel l’auteur a recours, lorsqu’il se retrouve dans l’incapacité évidente de mettre à mal nos allégations. Étant donné que cela ne lui semble nullement suffisamment convaincant, nous allons désormais nous contenter de nous fonder sur d’autres personnes non catholiques (voire quasiment opposés à la doctrine catholique en soi), dont les échanges furent rapportés par un fasciste franco-canadien, et qui eurent côtoyé l’intéressé. En cela, nous mettons au défi, l’auteur de révoquer en doute, ces prodigieuses informations contrecarrant l’intégralité de son exposé. Le premier est un économiste britannique (de confession protestante) qui — après avoir rendu visite à Hitler au Kehlsteinhaus — fut tellement marqué par l’un des détails qui le caractérisait, de par l’intérieur de son domicile, qu’il s’est empressé de le relayer en ces termes : « Mon cher Arcand, je viens de passer quinze jours avec Hitler à Berchtesgaden, dans son « nid d’aigle ». Il m’avait fait venir pour lui expliquer ce que je sais de la Haute Finance Juive. Vous dire que, le matin, j’étais assis au pied de son lit, prenant le café avec lui, parlant tous deux de finance, vous explique à quel point je fus dans son intimité. Cet homme quoique non-universitaire, est un génie. Nul besoin d’entrer dans les petits détails. Mentionner seulement les grandes bases des problèmes fondamentaux suffit. C’est un plaisir de pouvoir parler franchement, avec un pareil homme mais il y a une chose que je n’aime pas chez Hitler : il y a trop de crucifix et d’images de la Madone (Ste Vierge) dans ses appartements privés, ça sent le papisme ! ».21 Cela n’est peut-être, aux yeux de l’auteur, pas assez probant ? Parfait, continuons : « Ce monsieur et moi conversâmes pendant deux jours. Lüdecke ne me cacha pas qu’il était païen, qu’il croyait bien faiblement en un dieu antique du soleil : Wotan. Il me révéla qu’Hitler avait une marotte : la Vierge Marie… Il me raconta ce qu’Hitler lui avait raconté devant ses plus intimes (Göring, Darré, Rhöm, Goebbels…), que lorsqu’il fut blessé pour la deuxième fois dans les tranchées, en 1918, et devint aveugle, il prétendit que la Vierge lui était apparue et lui avait dit : “Adolf, résiste, ne te laisse pas aller, j’ai besoin de toi pour une terrible bataille”. Et Lüdecke ajouta: “Quand Hitler nous raconta cela, après une assemblée à Potsdam, je poussais du coude mon compagnon Rosenberg, païen comme moi, en riant, Hitler s’en aperçut et il nous fit une scène terrible, broyant sa tasse de café sur la table en criant : “Je ne permettrai à personne de douter de la vérité de ce que je dis. Nous ne sommes pas ici pour nous bourrer de songes-creux, ce que j’ai vu, même aveugle, je l’ai vu ; ce que j’ai entendu de la Vierge, je l’ai entendu” ».22 Le prochain passage ne peut que lui procurer une attaque cérébrale : « À l’occasion du filmage de trois assemblés, je vis, derrière Hitler, qui parlait sur des balcons, une petite statue de la Vierge devant laquelle deux cierges brûlaient. Je demandais à ce chef du Bund canadien-allemand : “Mais qu’est-ce que ces cierges signifient ?”. Le chef, M. Pfau, me répondit : “Bah ! Vous savez, notre chef est un autrichien catholique, il a la superstition de la Vierge Marie, il croit qu’elle lui a donné la mission d’écraser le communisme ; nous, Luthériens, pensons comme lui, même si nous ne croyons pas en la Vierge Marie ».23 Si après cela, l’auteur parvient encore à la conclusion d’un Hitler anti-chrétien, c’est que son cas se révèle encore plus lourd qu’on ne l’avait imaginé. Les lecteurs sauront ici de quoi s’en tenir.

    C’est en 1913 qu’Adolf Hitler a réalisé cette peinture sous le nom de « Mutter Maria ».

    Cette œuvre picturale, quant à elle, fut produite par ses soins, dans les tranchées en 1915, sous le nom de « Martyr ».

    Notre but ne consiste pas non plus à ériger Hitler en homme pieux — ce serait historiquement grotesque car il ne l’était pas — mais à restituer les faits tels qu’ils sont au-delà de la bien-pensance institutionnelle ; faits qui, bien sûr, sont niés en bloc par les néo-païens, pour les mêmes raisons qu’ils contrarient les deux critères dans lesquels ils excellent ; à savoir la malhonnêteté intellectuelle et l’inculture crasse. Ce qui les rend irrémédiablement complices de cette même communauté dont ils n’ont de cesse de bouffer en parole, tout en se regardant dans la glace. Il est sinon évident que certains éléments se rattachant à l’hitlérisme pouvaient se heurter aux exigences morales de la catholicité, mais ceux-ci sont toutefois en marge en tant que ces excès ont été engendrés via un contexte précis, ayant fait du Führer, un homme passablement exalté, mais surtout, radicalement excédé par la décadence de son peuple ; une décadence dont il avait entrevu, à juste raison, qu’elle provoquerait l’anéantissement non seulement de la race blanche et de la civilisation européenne tout entière, mais aussi du christianisme qui la requiert pour assurer sa mise en forme dogmatique et sa diffusion universelle. Si Hitler a visiblement cessé de pratiquer dès son engagement politique régulier, selon son médecin traitant24, il n’en reste pas moins que sa vision fut encore imprégnée de catholicisme : « Hitler n’est évidemment pas un pur catholique, mais il lui reste un fond religieux et des tendances catholiques. Ainsi, après son premier grand succès politique, il téléphone à un prêtre et lui demande de célébrer pour lui une Messe, à laquelle il assiste ».25 C’est d’ailleurs pourquoi il prit toujours soin de distinguer l’ordre politique de l’ordre religieux, que son propre cercle lui attribuait le sobriquet de « ultramontain », qu’il a largement favorisé l’Église catholique (notamment avec le financement qui doublait chaque année) en dépit des débordements de certains fidèles et clercs, et qu’il a payé la Kirchensteuer jusqu’à la toute fin. Hitler était ce qu’il convient de nommer un catholique de combat.

    Il est d’ailleurs bien surprenant que ce « Komodo » — qui eut, dans son exposé, la cuistrerie de prétendre que Mein Kampf n’avait aucune teinte philo-chrétienne — ait fait abstraction du passage dans lequel celui qui allait, neuf ans plus tard, devenir le Führer, avait nettement opposé le christianisme au judaïsme, telle une antithèse : « [La vie du juif] n’est que de ce monde et son esprit est aussi profondément étranger au vrai christianisme que son caractère l’était, il y a deux mille ans, au grand fondateur de la nouvelle doctrine. Il faut reconnaître que celui-ci n’a jamais fait mystère de l’opinion qu’il avait du peuple juif, qu’il a usé, lorsqu’il le fallut, même du fouet pour chasser du temple du Seigneur cet adversaire de toute humanité, qui, alors comme il le fit toujours, ne voyait dans la religion qu’un moyen de faire des affaires. Mais aussi le Christ fut pour cela mis en croix, tandis qu’on voit aujourd’hui le parti politique chrétien se déshonorer en mendiant pour les élections les voix des Juifs et en cherchant ensuite à nouer des intrigues avec les partis juifs athées, même contre ses propres nationaux ». Hypocrisie ou inadvertance ? De plus, lui — qui se complaît à placer toutes les mesures hitlériennes en faveur de la Chrétienté sur le compte d’un opportunisme fictif — semble concomitamment avoir « zappé » les lignes exprimant le ressentiment du concerné envers l’État artificiel austro-hongrois n’ayant de catholique que le nom, pour des motifs bien particuliers : « La religion, comme cela s’est vu bien des fois chez les Habsbourg, était de nouveau exploitée dans l’intérêt d’une idée purement politique, et par surcroît, d’une idée néfaste, du moins au point de vue allemand. Les résultats furent plus que tristes sous bien des rapports. Ni la maison des Habsbourg, ni l’Église catholique ne reçurent la récompense attendue. Habsbourg perdit son trône, Rome perdit un grand État. Car la couronne, en mettant des considérations religieuses au service de ses buts politiques, éveilla un esprit qu’elle n’avait certes jamais tenu pour existant ». Cette révélation est limpide, elle atteste qu’Hitler — loin d’avoir prêché une attitude de faux-semblant envers le catholicisme pour parvenir à ses fins, à l’instar de la maison de Habsbourg — lui était sincèrement dévoué.

    Un autre indice pouvant clarifier la chose, est le second ouvrage qu’il a rédigé en 1928. Cette œuvre nommée Zweites Buch, ne fut jamais éditée au cours de son vivant, et retrace toute sa pensée, y compris les intentions géopolitiques auxquelles il aspirait. Si tous les documents sténographiques composés de monologues qui lui sont attribués — que ça soit les Libres Propos de M. Bormann, Hitler m’a dit de H. Rauschning, voire le testament privé — ont été reconnus comme frauduleux à l’international ; ce n’est en revanche pas le cas de ce pamphlet dont l’authenticité a été certifiée, notamment par le révisionniste D. Irving (un monument en la matière, si ce n’est le meilleur). Voici ce qu’on y découvre : « Les milieux du centre voulaient en toutes circonstances une politique de préservation de l’État Habsbourg dit “catholique”, par laquelle on parlait de façon malhonnête de “frères tribaux”, alors qu’on savait très bien que ce sont précisément ces frères tribaux de la monarchie Habsbourg qui étaient lentement mais sûrement poussés contre le mur et privés de leur appartenance tribale. Mais même en Allemagne, les points de vue non-allemands ont été décisifs pour le centre. Chaque Polonais, chaque traître alsacien et ami des Français était préféré par ces messieurs à l’Allemand qui ne voulait pas rejoindre une telle organisation criminelle. Sous prétexte de représenter les intérêts catholiques, ce parti a déjà contribué en temps de paix à endommager et à détruire au mieux le principal rempart d’une vision du monde véritablement chrétienne, l’Allemagne. Et ce parti des plus hypocrites n’a jamais hésité à aller bras dessus bras dessous avec les négationnistes déclarés de Dieu, les athées, les profanateurs de la religion dans l’amitié la plus intime, ainsi que de la croyance que cela pourrait nuire à l’État-Nation allemand et donc au peuple allemand » (p.88). L’auteur n’a décidément de cesse d’en prendre pour son grade.

    Étonnant que notre piètre « Aryan France » ne parle pas du tout de la partie intitulée Les incompatibilités avec le christianisme, dans le chapitre sur Hitler. Composé de deux citations de Mein Kampf, il expose les positions du Führer en faveur de l’euthanasie et de la stérilisation, mais aussi son rejet du péché originel au sens chrétien du terme ; ce que Joseph Mérel, un auteur revendiquant lui aussi un Hitler chrétien, reconnaît.

    Si nous devions répondre à toutes les platitudes, dont contient son exposé, nous en aurions, au bas mot, pour deux semaines à temps plein. Il est grandement aisé d’arborer à tour de bras des déclarations que l’on extirpe volontairement de leur contexte, pour prétendre dégager une théorie politique qui contreviendrait au christianisme. Mais il est d’autant plus complexe de scruter le pourquoi du comment de l’émergence de telles idées. L’auteur ignore, à n’en pas douter, que le national-socialisme allemand était une nébuleuse sans doctrine bien figée, une insurrection désespérée contre la décadence et menée dans l’urgence, une espèce d’auberge espagnole en laquelle chaque Européen trouva ce qui lui tînt le plus à cœur en sa manière de sauver l’héritage commun. Ce qui eut pour conséquence l’accumulation de principes contradictoires qui ont évolué au gré des circonstances, qui n’ont cessé de se chercher dans un contexte de guerre par ailleurs peu propice à la réflexion (Hitler a soutenu à la fois le christianisme et le darwinisme, le spiritualisme et le scientisme, l’écologie et l’industrialisme, etc.). La réduction du péché originel à celui contre la race, tient évidemment d’une orthodoxie problématique de la religion professée par Hitler, mais elle résultait avant tout d’une hypertrophie du principe racial (qu’il a pratiquement violé — ce qui l’honore — chaque fois que cela l’arrangeait), parce dans l’esprit de ses promoteurs, il représentait, en sa simplicité doctrinale (et même en son simplisme) et en son applicabilité politique immédiate — comme le moyen le plus facile premier dans l’ordre chronologique mais non dans l’ordre de l’importance — de reconstruire l’Europe dévastée par les principes de la Révolution et par le premier conflit mondial qui en était le fruit vénéneux. Ce réductionnisme raciste — quoique non-matérialiste — lui servit uniquement à pallier le manque de cohésion nationale dont souffrait l’Allemagne, laquelle était restée longtemps un groupement de régions indépendantes, avec pour centre de gravité la Prusse. Les fréquents appels à la pureté du sang nordique devaient créer cette unité qui manquait. Hitler n’avait fait que redécouvrir l’importance du socle génétique dans la constitution et la préservation d’une culture donnée, en tant que vérité connue des temps anciens, mais que les abstractions de 1789 avaient définitivement éclipsée. Seulement, lorsqu’on ignore qu’on ne fait que redécouvrir, on a tendance à durcir, à absolutiser sa trouvaille, et tel est bien le défaut dans lequel Hitler avait basculé. Par conséquent, l’aryanisme, cette forme de racisme biologique, ne faisait pas partie de l’essence même du national-socialisme ; il s’apparente plutôt à des effets secondaires qui, comme le fit remarquer Léon Degrelle dans Hitler pour mille ans, n’aurait de toute manière pas pu faire long feu.

    Il en va logiquement de même pour l’eugénisme qui n’était que le fil conducteur de cette pensée. La seule différence est que, sur ce coup-ci, Hitler avait très légèrement étudié la question, ne l’ayant abordé que de façon infime dans son ouvrage, à l’inverse des Rosenberg et consorts, qui eux, s’étaient réellement spécialisés dans le domaine. Hitler a adhéré à ce type de mécanisme en tant qu’il était répandu par une grande partie de l’intelligentsia de son temps. C’était d’abord une spécificité des États nordiques, l’un des drames de l’Allemagne est d’avoir été en avance dans bien des fonctions comme celles de la chimie, de la médecine, de la protection sociale. Mais entre les idées et les actes, il y a parfois un monde. Quand l’Aktion-T4 devait être mise au point, Hitler hésita d’ailleurs tout au long du processus pour des raisons éthiques, comme l’avait brillamment exposé V. Reynouard, en naviguant dans les archives. Les raisons de cette opération étaient même complètement circonstancielles, puisqu’elles avaient succédé au déclenchement de la Première Guerre mondiale, et l’idée de mettre un terme à la vie des patients n’était prise qu’après l’avis de plusieurs instances, avec possibilité, pour telle instance, de revenir sur la décision de l’autre instance qui avait préalablement cru devoir accorder une « mort miséricordieuse ». Et encore, même sur ce point, Hitler était allé jusqu’à s’exécuter devant les demandes d’arrêt de l’Église, exactement comme en témoignent les propos d’un auteur américain : « L’Église catholique ne fut jamais plus florissante que sous le Troisième Reich. Et lorsque les évêques protestèrent contre un projet de la politique gouvernementale sur l’euthanasie, le « méchant » gouvernement nazi obéit aux évêques et abrogea sa politique. Chez nous [NdA : aux USA] la Cour suprême et le gouvernement ont-ils jusqu’à présent rectifié leur politique inhumaine et honteuse sur l’avortement, conformément à la protestation de nos évêques ? Non. Au contraire, on n’arrête pas de dire que les Églises, catholique et protestante, n’ont pas de conseil à donner au gouvernement ».26

    Si le national-socialisme aurait été vraisemblablement incompatible avec le catholicisme, on peut s’assurer, alors, que ses militants se seraient vus excommunier illico presto. Or, il s’avère que ce ne fut jamais le cas. Les personnes perplexes peuvent s’intéresser à la question des sacrements. Nous rappelons que l’Église a toujours refusé l’Absolution et l’Eucharistie à des gens qui, publiquement, appartenaient à des mouvements clairement anti-catholiques. Nous pensons par exemple aux francs-maçons, qui étaient carrément placés en dehors de l’Église. À supposer que le national-socialisme ait été « hérétique », les sacrements auraient été bien évidemment refusés aux catholiques inscrits au NSDAP (car ils auraient dû le quitter avant toute chose). Or, lorsque la question a été posée, car elle l’a été dès 1930, la réponse de l’archevêque de Breslau, a été la suivante : « Il faut examiner dans chaque cas si la personne en question ne fait que suivre le mouvement sans se rendre compte des visées religieuses et politico-culturelles du parti, ou si, comme rédacteur ou agent, il fait siennes toutes les visées du parti donc aussi les points en conflit avec la nature du christianisme et avec la doctrine de l’Église. La masse qui dernièrement a voté pour le national-socialisme comprend sans doute un grand nombre de personnes qui n’approuvent que les buts patriotiques du national-socialisme, comme la révision du traité de paix, ses buts économiques, l’amélioration de la condition économique de l’ouvrier ou l’augmentation des salaires, mais qui ignorent complètement les tendances culturelles contre le christianisme et l’Église ou qui, au moins, sur ce point ne sont pas hostiles et vivent ainsi subjectivement dans la bonne foi. Dans ces cas, le confesseur doit juger si le fait d’appartenir au national-socialisme constitue ou non un danger prochain de péché ».27 C’est bien la preuve que, pour l’Église, on pouvait être national-socialiste sans pour autant adopter les points de son programme dont la foi ne saurait s’accommoder. Trois ans plus tard, d’ailleurs, ce même prélat confirma : « Il ne faut pas inquiéter les membres de ce parti quant à la réception des sacrements. Le fait d’être national-socialiste n’est pas une raison pour refuser les obsèques religieuses ».28 À canonner à tout prix sur le cosmétique, l’auteur en vient à instrumentaliser de plein gré les quelques aspects accidentels du corpus doctrinal — comme s’ils étaient radicalement omnipotents — de telle sorte que cela le rendrait nécessairement inconciliable avec la foi catholique. Il n’y a rien de plus faux. Les principales valeurs chrétiennes qui ressortent formellement dans le national-socialisme sont la primauté du Bien commun sur les intérêts particuliers ; la croyance en un ordre naturel voulu et créé par Dieu (donc supérieur à l’Homme et non soumis aux caprices des majorités) ; la préservation de l’intégrité du patrimoine biologique ; le principe philosophique de totalité plaçant chaque échelon à sa juste place ; les corporations étatistes ; l’importance de l’autorité et de la hiérarchie ; le don de soi et l’esprit de sacrifice. En bref : des valeurs fondamentalement contraires au néo-paganisme qui sont celles du nihilisme, de l’anarchisme, de l’individualisme, du relativisme, du libertarisme, et de l’hédonisme (les néo-païens étant en effet des marxistes en puissance qui feignent de s’ignorer).

    Pas de commentaire sur la dernière phrase qui n’est qu’une inversion accusatoire, qui semble d’ailleurs être propre à ceux qui croient en YHWH. Il est donc beaucoup plus cohérent de parler de judéo-christianisme que de judéo-paganisme qui n’a de sens que si notre seule connaissance des religions païennes est issue d’Hollywood.

    Celui qui se tient derrière cette abjection verbale devrait sérieusement s’abstenir de prendre son cas pour une généralité, en se drapant derrière des « arguments » d’autorité aussi imbuvables que le contenu de son exposé. Ce n’est pas Dieu le Père dont les juifs vénèrent — autrement ils seraient chrétiens depuis deux millénaires si c’était véridique —, mais bien Jéhovah (nom signifiant étymologiquement « dieu de la destruction ») qui est d’ailleurs l’équivalent de Nimrod (fondateur du paganisme primitif, rappelons-le) dans la mythologie orientale. Ce qui fait des juifs, des païens en quelque sorte. À ceci près que les juifs ne nomment jamais YHWH, mais l’appellent Hachem ou Adonaï. Il est vrai qu’ils font constamment allusion à la Torah, mais c’est pour mieux en détourner les enseignements grâce aux artifices de la Kabbale, pour en tirer de nouvelles doctrines qu’ils consignent dans les volumes du Talmud. De plus, il y a une distinction à opérer entre les israélites de l’Ancien Testament (un regroupement par Dieu de tribus indo-aryennes en un peuple artificiel destiné à préparer Son Incarnation en Christ), et le juif né du refus du Christ et de la révolte contre Dieu. Nous userons d’un principe de philosophie scolastique élémentaire : « la fin est première en intention mais dernière en exécution ». Le mosaïsme n’a été qu’un moyen utilisé par Dieu pour préparer Sa venue en Christ, et répandre la bonne nouvelle au travers des Évangiles au monde entier. Le judaïsme de l’Ancien Testament rejoignait, par son affirmation du Dieu transcendant et personnel, la pointe (aristotélicienne) de l’intellectualité grecque révélant le Premier Moteur qui est la Raison. C’est dès que le catholicisme a été annoncé, que le judaïsme était prompt à se voir rayer de l’Histoire du Salut, tout simplement parce que le premier l’avait assumé jusqu’à amplement le dépasser, de la même manière qu’il a transfiguré le paganisme. C’est pourquoi les juifs, afin de donner un sens à leur existence, vouée à l’éternelle damnation, ont dû fabriquer le Talmud. De facto, employer le terme de « judéo-christianisme » est un non-sens ontologique, sauf si l’on ne perçoit le catholicisme que par Vatican II, qui n’en est que la caricature.

    Il est de notoriété publique que les néo-païens ne disposent pas d’une quelconque once de savoir quant aux traditions de l’antiquité dont ils se revendiquent, ne s’identifiant à elles, que par opposition au catholicisme. Il n’est ici donc pas question de religiosité comme l’auteur l’affirme, mais bien de posture intégrale. Ils n’ont aucune élévation transcendantale, ni la moindre conviction de fond ; ils n’agissent que par réflexe animal tel des nègres : « religion du désert, pas bien ! », en se délectant de leur état piteux, dans une société progressiste rejetant continuellement le christianisme, et dont ils sont in fine l’illustration éminente. Le néo-paganisme est indubitablement la manière astucieuse dont les âmes faibles qui se veulent fortes contournent les exigences morales enseignées par le christianisme — leur barrant l’accès aux délices de la décadence, en se donnant la bonne conscience de contempteurs hautains du monde moderne ; sous couvert de se référer à des valeurs plus hautes et plus exigeantes que celles chrétiennes, ils se vautrent complaisamment dans toutes les bassesses de la déchéance occidentale, confondant l’orgueil et la fierté, l’emphase et la magnanimité, la lâcheté et l’humilité, l’amour-propre et l’honneur, le cynisme et le réalisme, l’asservissement aux passions charnelles et la vitalité. Comme le constatait Hitler lui-même dans Mein Kampf : « La caractéristique de ces créatures, c’est qu’elles rêvent des vieux héros germaniques, des ténèbres de la préhistoire, des haches de pierre de Ger et de boucliers ; ce sont, en réalité, les pires poltrons qu’on puisse imaginer. Car ceux-là mêmes qui brandissent dans tous les sens des sabres de bois, soigneusement copiés sur d’anciennes armes allemandes et qui recouvrent leur tête barbue d’une peau d’ours naturalisée, surmontée de cornes de taureau, ceux-là n’attaquent, quant au présent, qu’avec les armes de l’esprit, et s’enfuient en toute hâte dès qu’apparaît la moindre matraque communiste. La postérité ne s’avisera certainement pas de mettre en épopée leurs héroïques exploits. J’ai trop bien appris à connaître ces gens-là pour que leur misérable comédie ne m’inspire pas le plus profond dégoût ».

    Leur ligne de conduite vise généralement à compenser une absence de virilité en se convertissant au romantisme nietzschéen, dans l’idée même de pouvoir aspirer à « un retour aux racines » en se recroquevillant sur un culte fantasmé, puisant ses racines dans la très-maçonnique Renaissance des Lumières. Leur but passe préalablement par la déchristianisation de l’esprit aryen via un « antisémitisme » de carte postale, fantamasgorique, pittoresque, pour davantage l’enjuiver par le paganisme moderne. La vérité est qu’en se refusant au christianisme, ces gens-là se refusent à eux-mêmes en tant même que païens, au profit d’un gnosticisme qui, d’une part, n’exprime que la décadence du paganisme abâtardi par la spéculation orientale, d’autre part se trouve être la matrice du judaïsme tel qu’on le connaît aujourd’hui. Si le juif est l’ennemi de la civilisation et du genre humain, le destructeur de la grandeur de l’Occident, l’instrument le plus consentant de toutes les formes de subversion, c’est d’abord parce que, ennemi d’un génie européen dont le propre était de se reconnaître dans la religion du Verbe, il n’est tel qu’au titre où par-là il consomme sa haine de lui-même. Et les néo-païens ne font pas autre chose que leurs frères juifs dans la mécréance. Leur opposition — qui n’a lieu que par la seule et unique raison que les juifs transposent leur propre image — n’est destinée qu’à la « galerie ». Les véritables ennemis du judaïsme sont les catholiques intégraux, et les juifs ne s’y trompent pas : « [Les chrétiens] doivent être punis. Ils sont notre ennemi numéro un dans l’histoire. Ils ont tenté de nous convertir par la force, ils ont lancé l’Inquisition contre nous, ils ont brûlé le Talmud, ont commis des déportations, des pogroms. L’antisémitisme occidental prend son origine dans la haine chrétienne contre les « déicides » et ceci a conduit à l’Holocauste ».29

    Du reste, nous nous permettons d’énoncer une critique hors sujet — cependant bien méritée, mais se voir donner des leçons en matière d’hébraïsme, de la part de cet auteur, qui a fricoté aux côtés des deux principaux larbins de son équipe de sous-hommes, avec une dénommée Eva Sayag, véritable juive ayant pris le contrôle des plateformes d’Hervé Ryssen (après avoir tenté de manipuler ce dernier) — quand il ne s’agit pas de diffuser des montages à caractère pédérastique à des fins de harcèlement via leur canal insignifiant (dixit Tristan Odal, ex-graphiste de Thomas Ferrier) — relève d’une sinistre plaisanterie. La chutzpah est à son paroxysme.

    Tout un paragraphe sur mes rares utilisations des Propos de tables, alors que dans mon introduction, je précise bien que j’ai toujours cherché à corroborer avec d’autres sources ces fameuses conversations qui auraient été falsifiées par Bormann. Paralogisme ou sophisme ?

    Réponse simpliste. Nous avions tapé sur ce brûlot, uniquement parce que l’auteur semble adhérer à sa véracité, et nous ne voyons pas en quoi le fait que d’autres copies marginales aient été usitées, devrait nous empêcher d’y apporter un coup sévère pour autant. D’ailleurs, les discussions dont ce « Komodo » a retranscrit par le biais d’ouvrages distincts, ne diffèrent pas vraiment de celles parues dans les Libres Propos, dans la mesure où il est fort probable que les auteurs s’y soient rapportés. Nous l’évoquerons ci-dessous.

    Cette partie intitulée Hitler et l’Islam, très élémentaire et que nous aurions dû omettre avec du recul, ne comporte qu’une seule citation du livre d’Albert Speer. Il n’est donc pas issu des Propos de table. Paralogisme ou sophisme ?

    L’auteur n’a visiblement, une fois de plus, pas pris en compte que notre phrase de fin provenant de l’alinéa auquel il répond, a bien fait mention des mémoires d’A. Speer. Nous avions seulement laissé entendre que ce fonctionnaire a pu se cantonner aux Libres Propos, bien qu’il ne s’y réfère pas explicitement, du moins en ce qui concerne le passage. Ce qui nous permet d’exprimer une telle certitude, est que l’aparté qu’il a retenu, est fort ressemblant avec celui qui apparaît dans la page 297 du tome II, en date du 28 août 1942. De plus, Speer s’exprime au conditionnel, et non l’indicatif, ce qui laisse à penser qu’il n’a pas assisté aux réunions abordées. Ce morceau tel qu’il figure dans les propos de table, comme nous l’avions dit, n’est même pas une invention de Bormann. Il y a été rajouté par un certain F. Genoud, un banquier suisse de tendance antisioniste, assez favorable aux fascismes, qui avait sponsorisé le Baath, par sympathie arabophile (au point d’y adopter la religion). Au passage, c’est cette même personne qui est à l’origine du faux Testament Politique d’Adolf Hitler.30 Qui plus est, D. Irving faisait remarquer — et ce à juste titre — que certains acteurs de la période de la Seconde Guerre mondiale ayant survécu après-guerre, se contentaient de se citer entre eux, cela amenant évidemment à de scandaleuses déformations de la réalité et à la propagation de bien des mensonges. Or, la plupart de ces dirigeants croyaient aux propos de table. De ce fait, rien ne nous affirme que ce ne fut pas le cas de Speer, ayant pu s’en appuyer, pour colporter des conceptions erronées à Hitler. En revanche, tout porte à croire que c’était bien ce qu’il faisait, car nous avions vérifié, et voici ce qu’il rapporte dans ce qui précède le récit au sujet de l’islam : « Si, au cours de ces monologues, Hitler avait porté des jugements plus négatifs sur l’Église, Bormann aurait certainement sorti d’une poche de sa veste l’une des petites fiches blanches qu’il portait toujours sur lui. Car il notait toutes les remarques de Hitler lui paraissant importantes ; et peu de choses semblaient plus le passionner que des remarques désobligeantes sur les Églises. À l’époque, je l’ai soupçonné de rassembler des matériaux pour écrire une biographie de Hitler ».31 Autrement, si l’on adhère à l’authenticité de ces manuscrits dactylographiés, on serait évidemment forcé d’admettre qu’Hitler adulait l’islam, et non par « opportunisme » comme l’auteur aime à le souligner. On conclura ainsi qu’il cherche à s’esquiver, et cela n’a rien de stupéfiant, puisque nous l’avions placé face à ses contradictions.

    Incompréhension ou mauvaise foi ? Notre partie sur les rapports entre Hitler et le paganisme n’indique pas que celui-ci était païen – même si quelques citations peuvent tendre à cette hypothèse[2]. Elle le montre plutôt comme un membre du mouvement Gottgläubig, qui ne souhaite pas rétablir les cultes anciens. En ce qui concerne la dissolution des « sectes païennes », nous nous permettons de citer le paragraphe qui vient clore la partie sur la religion d’Hitler : « Hitler ne veut ni coalition ni de compromis avec les autres ‘mouvements révolutionnaires d’ordre spirituel’. Voilà la raison pour laquelle Hitler considérait les mouvements chrétiens comme des ennemis à abattre et a interdit certains mouvements païens : ils menaçaient sa nouvelle religion »

    Archi-faux. Il ne nous paraît guère avoir affabulé lorsque nous lisions son affirmation selon laquelle, nous citons, « son paganisme ne consiste pas en une renaissance des vieux cultes germaniques ». Pourquoi donc employer le terme de « paganisme », puisqu’il est, semble-t-il, inadéquat au contexte auquel cette remarque se rattache ? C’est d’une incohérence sidérale sans nom. À moins que nos capacités de réflexion nous aient soudainement fait défaut, à tel point que nous ne pouvions décrypter les « interprétations » de l’auteur ? Peut-être, par « paganisme », entendait-il « mystique de la race », auquel cas on parlerait plutôt de « matérialisme biologique ». Ensuite, non, Hitler n’était pas déiste au rebours de Hess, Wagner, et autres Himmler. Le seul indice permettant à l’auteur de s’orienter vers une telle supposition, est son discours du 6 juin 1937, dans lequel le Führer proclamait : « […] Nous poursuivons notre route vers l’avenir avec la plus profonde Gottgläubigkeit ». Ceci est un terme équivoque provenant de « croyance en Dieu ». Or, tout chrétien pouvait faire usage de cette expression en Allemagne, sans pour autant qu’elle relève de la subjectivité, plutôt que du dogme et de la doctrine. Hitler ne s’est jamais identifié en tant que « Gottgläubig ». Pour cela, il eût fallu qu’il ait été excommunié, voire qu’il ait lui-même apostasié, de son propre chef. Mais ni l’un, ni l’autre ne s’est avéré. En 1941, l’aveu dont il exprima, en privé, peut encore élucider ce fait : « J’ai été, je reste catholique et je le resterai toujours ».32 Puis, comme nous nous attentions parfaitement à ce que l’auteur puisse nous rétorquer qu’Hitler ait affirmé cela pour des raisons « tactiques », nous allons aussitôt répudier ses préjugés, de par le résumé d’un païen convaincu ayant approché les cercles du NSDAP, qui fait office de source implacable : « Vu la propagation et l’entretien d’une telle diabolisation manichéenne par les médias “bien-pensants”, je considère nécessaire de parfaire la description de certaines caractéristiques du Führer, quitte à me répéter parfois quelques peu. Et commençons tout d’abord par démontrer, que loin d’être un Antéchrist Hitler resta toute sa vie catholique. Et je défie d’ailleurs quiconque, journaliste ou historien, de me fournir un texte où Hitler renie explicitement sa foi. En effet, comme la plupart des Bavarois et des Tyroliens, Hitler fut toute sa vie imprégné de culture chrétienne (chrétien étant ici entendu dans le bon sens du terme, c’est-à-dire anti-marxiste). Sa mère profondément catholique veilla toujours à éduquer ses enfants dans cette loi. Bien qu’adulte il cessa d’être pratiquant (comme d’ailleurs beaucoup d’adultes catholiques actuels), jamais il ne renia sa foi. […] Hitler était non seulement croyant, mais aussi tellement imprégné d’éducation chrétienne, qu’il consacra toute sa vie à défendre la civilisation chrétienne européenne. Ce christianisme-là, plus exactement ce catholicisme, n’est naturellement pas à confondre avec le christianisme marxisant actuel des “Messeigneurs” Decourtray, Gaillot, Lustiger, Suenens, Daneels, et autres internationalistes et antiracistes patentés. Dès sa jeunesse Hitler avait compris, que l’Antéchrist c’était le judaïsme bolchevik. Les sans-dieux des Soviets le prouvèrent à suffisance du temps de Lénine déjà, qui proclamait partout que : “La religion est l’opium du peuple”. Lénine et Staline, ces deux Juifs, imposèrent à une Russie martyre l’athéisme dans les écoles, l’instruction athée obligatoire pour tous les jeunes russes de moins de 18 ans, la fermeture et la démolition de la plupart des églises et des monastères, ceux restant étant transformés en écuries ou en entrepôts, la destruction des icônes et la multiplication des “mascarades” anti-religieuses, qui remplaçait Dieu par la déification du “petit père des peuples”, c’est-à-dire de Staline. Cette destruction religieuse systématique et cette intolérance d’origine judaïque horrifièrent Hitler ».33

    Par surcroît, lorsque Hitler parlait de « mouvements révolutionnaires d’ordre spirituel », cela ne signifiait pas forcément des organisations religieuses, mais des philosophies politiques qui, elles, tiennent tout autant leur place dans l’esprit, c’est-à-dire dans la pensée. Il prit conscience que, pour mener à bien sa conquête spirituelle, et donc faire triompher ses idéaux, toute connaissance suppose objectivation, ainsi distance ; c’est par la forme que la matière est connaissable. En se conformant au principe métaphysique du Même, et par conséquent au totalitarisme bien compris — non sans s’inspirer du dogmatisme catholique cela va sans dire — il savait que pour faire contrepoids aux deux principaux fléaux qui avaient culminé en son temps, une politique de concession serait irrémissible. De la même manière que l’Église catholique n’a jamais cédé devant la liberté religieuse laissant place à l’hérésie, le national-socialisme ne pouvait faire sien le pluralisme politique qui est contraire au droit naturel. Hitler avait en somme redécouvert la nécessité du fanatisme en opposition aux postulats réactionnaires. Le propre de ces derniers, c’est de poser que le combat pour les idées sert uniquement à justifier des passions, des passions qui seraient antérieures à ces idées et qui seraient les seules armes efficaces dans le combat. Dès lors, ils estiment généralement plus prudent d’attendre une hypothétique victoire politique pour, ensuite, laisser à certains le soin de mettre en forme les idées. Autrement dit, ils posent en principe que le combat doctrinal autour des grandes idées n’a qu’une utilité : justifier après coup la satisfaction d’intérêts privés. Adolf Hitler, lui, avait compris l’importance de l’idée, comme il le souligna dans Mein Kampf, en fustigeant par-là l’esprit bourgeois : « Le manque de toute grande idée réformatrice a toujours impliqué une limitation de la force combative […]. La proclamation d’une grande idée est le secret du succès de la Révolution française ; c’est à l’idée que la révolution russe doit sa victoire ; et le fascisme ne reçut sa force que de l’idée de soumettre le peuple, d’une manière bienfaisante, à une réforme des plus vastes ». Et plus loin : « Dans tout mouvement réellement grandiose, à allure du bouleversement mondial, la propagande doit d’abord répandre l’idée de ce mouvement. Infatigablement, elle devra chercher à rendre claires les nouvelles idées, à les inculquer à la foule, ou tout au moins à ébranler ses anciennes ». Exécrant les pleutres de la droite modérée qui ne pensaient qu’à se fondre dans la masse en adoptant les idées générales et à rechercher la sécurité au détriment de toute vertu de sacrifice, Hitler écrivit : « […] Nos opinions et nos actes ne doivent pas résulter de l’approbation ou de la désapprobation de notre époque, mais de l’obligation impérieuse de servir la vérité dont nous avons conscience ». Sa lutte n’était pas spirituelle au sens religieux du terme — dans la mesure où le national-socialisme eût supplanté le christianisme (comme si le NS était une « religion ») —, mais idéologique, car destinée à imposer une troisième voie face au marxisme et au libéralisme, eux-mêmes implantés dans l’esprit des masses.

    Ce n’était donc pas le christianisme qu’il visait dans ces propos. Hitler spécifia d’ailleurs dans Mein Kampf : « Le protestant le plus croyant pouvait marcher dans nos rangs à côté du catholique le plus croyant, sans que sa conscience dût le moins du monde entrer en conflit avec ses convictions religieuses. L’âpre combat que tous deux menaient en commun contre le destructeur de l’humanité aryenne leur avait appris au contraire à s’estimer et à s’apprécier mutuellement. Et, en même temps, c’est pendant ces années-là que le parti a combattu avec le plus d’acharnement le parti du Centre, non pas, il est vrai, pour des raisons religieuses, mais exclusivement au point de vue national, raciste et économique ». Cela renvoie à nos détails vis-à-vis des démocrates-chrétiens. L’Église n’est pas un Parti, le rôle de l’Église n’est pas d’abord de diriger temporellement les chrétiens. Elle peut, en raison de Sa nature divine, intervenir sur le champ proprement politique lorsqu’il y a abus de la part du pouvoir (elle peut aller ainsi jusqu’à déposer les monarques) ou lorsque ses intérêts en tant que société spirituelle touchent le champ politique (les affaires purement ecclésiastiques). Mais elle ne peut pas se substituer à l’État dans son rôle propre. Une conviction absolue que le catholicisme devait devenir le parti démocratique qui conduirait l’Allemagne à la renaissance spirituelle et à une paix éternelle était au fond de cette doctrine. C’est un peu l’attitude précédant l’apostasie conciliaire. Et ce qui devait arriver arriva : le Zentrum fut influencé par l’idéologie démocratique et cela le conduisit à des alliances perverses jusqu’avec le KPD. Ce qui explique l’anti-cléricalisme de droite. Hitler n’a voulu que redonner ses prérogatives à la sphère politique dévorée par le pouvoir ecclésiastique : « Et maintenant, le Staatspräsident Bolz [du Württemberg] dit que le christianisme et la foi catholique sont menacés par nous. Et à cette accusation, je peux répondre : En premier lieu, ce sont les chrétiens et non les athées internationaux qui se tiennent à la tête de l’Allemagne. Je ne parle pas seulement du christianisme, non, je professe aussi que je ne m’allierai jamais aux partis qui détruisent le christianisme. Si beaucoup souhaitent aujourd’hui prendre le christianisme menacé sous leur protection, où, je voudrais demander, était le christianisme pour eux pendant ces quatorze années où ils sont allés de pair avec l’athéisme ? Non, jamais et à aucun moment, le dommage causé au christianisme n’a été plus grand que durant ces quatorze années lorsqu’un parti, théoriquement chrétien, s’est assis avec ceux qui ont renié Dieu dans un seul et même gouvernement ».34 Ce n’est pas la faute des nationaux-socialistes si les décideurs de l’Église catholique ont décidé de faire se fourvoyer l’Église, et les États chrétiens, dans la voie de la démocratie qui détruit le catholicisme. En se faisant, par accident, « anti-cléricaux », les nationaux-socialistes, par le seul fait qu’ils défendaient l’ordre naturel plus excellemment que les clercs, ont aidé et aideront encore à défendre l’Église contre elle-même. Il en est ainsi parce que l’ordre surnaturel n’est pas sans l’ordre naturel. Et, de fait, le national-socialisme a défendu la cause de Dieu plus parfaitement que les gouvernements supposés plus explicitement catholiques ou moins ouvertement anti-cléricaux, pour cette simple raison qu’ils ont défendu une conception du politique plus organique que celle des démocraties : « Le fait que les confessions chrétiennes participèrent, elles aussi, à l’instauration parlementaire démocratique et se mêlèrent à la lutte anarchique, ne put enrayer la lente dissolution et ne valut au christianisme que d’irréparables dommages. Car celui qui travaille à l’instauration de la démocratie se fait, qu’il le désire ou non l’allié du marxisme international et contribue à détruire la structure d’un État qui s’est édifié et qui a grandi dans de toutes autres conditions. Toute collaboration à cette politique signifie la reconnaissance de principes néfastes, l’approbation de méthodes qui, fausses à la base et illogiques du point de vue allemand, ne peuvent que nuire à l’État et à la nation ».35

    Insinuer qu’Hitler a édifié son propre culte constitue une aberration des plus abyssales. Le national-socialisme n’est jamais qu’une doctrine strictement temporelle, ce qu’il a établi ne saurait être une nouvelle religion, car il fut politique et se voulait respectueux de l’ordre naturel (sinon limité à celui-ci dans un premier temps), il était à lui-même une insuffisance religieuse et appelait à être dépassé. La nature n’est pas une fin en soi, ce qui l’est, c’est le Bien Commun, et tel est le fondement du NS. Hitler n’avait aucunement l’intention de remplacer le christianisme, nous rappelons encore les lignes qu’il rédigea dans Mein Kampf : « Il faut remarquer avec quelle violence continue le combat contre les bases dogmatiques de toutes les religions, sans lesquelles pourtant, en ce monde humain, on ne peut concevoir la survivance effective d’une fin religieuse. La grande masse du peuple n’est pas composée de philosophes ; or, pour la masse, la foi est souvent la seule base d’une conception morale du monde. Les divers moyens de remplacements ne se sont pas montrés si satisfaisants dans leurs résultats, pour que l’on puisse envisager, en eux, les remplaçants des confessions religieuses jusqu’alors en cours. […] Ce n’est que par les dogmes que l’idée purement spirituelle chancelante et indéfiniment extensible est nettement précisée et transmise dans une forme sans laquelle elle ne pourrait pas se transformer en une foi. Sinon l’idée ne pourrait jamais se développer en une conception métaphysique ; en un mot, en une conception philosophique. Le combat contre les dogmes en soi ressemble beaucoup, dans ces conditions, au combat contre les bases légales générales de l’État ; et de même que la lutte s’achèverait par une complète anarchie, de même la lutte religieuse s’achèverait en un nihilisme religieux dépourvu de valeur ». Contre l’aile gauche radicale de son Parti, Hitler a soutenu le christianisme, parce qu’il pressentait bien que l’Europe sans le christianisme n’est rien. Sans le christianisme, l’Europe n’est même pas le paganisme, parce que sans le christianisme le paganisme est incapable de se maintenir en son identité. Sans le christianisme, le paganisme se défait, parce que son inachèvement structurel le divise contre lui-même. C’est dans le christianisme que le paganisme sauve le meilleur de lui-même et conjure l’influence de ses tendances diviseuses. Sans le christianisme, le paganisme se fait investir par l’orientalisme : « Pour rien au monde Hitler n’eût voulu que le national-socialisme devint une caricature d’église : « Le Parti, disait-il très fermement, n’a pas à être une contrefaçon de religion ». Je lui répliquais qu’une des grandes missions de l’Europe que nous voulions bâtir serait, non pas de favoriser ou de tolérer des dominations temporelles des religions, mais de créer des conditions permettant à la vie spirituelle de s’épanouir ».36 Si les mouvements dits chrétiens n’ont pas été combattus par Hitler pour des considérations religieuses (mais au contraire, en vue de faciliter l’établissement d’une relation et d’une coopération utile avec les Églises), les cercles wotanistes ont, en revanche, bien été traqués en tant que ce même Hitler était résolument opposé à l’émergence du néo-paganisme : « Le national-socialisme n’est pas un mouvement cultiste ; il s’agit exclusivement d’une doctrine politique “völkisch” basée sur des principes raciaux. Donc nous n’avons pas de pièces pour le culte, mais seulement des salles pour le peuple – pas d’espaces ouverts pour le culte, mais des espaces pour les assemblées et les parades. […] Nous ne permettrons pas à des mystiques occultes passionnés par l’exploration des secrets du monde de l’au-delà de s’introduire dans notre mouvement. Ces gens ne sont pas nationaux-socialistes mais autre chose – en tout cas, quelque chose qui n’a rien à voir avec nous. […] À la tête de notre programme, il n’y a pas de secrets suspects, mais une perception claire et une profession de foi simple, […] nous servons ainsi le maintien d’une œuvre divine et accomplissons une volonté divine – non pas dans le crépuscule secret d’une nouvelle maison de culte, mais ouvertement devant la face du Seigneur ».37

    Pour désormais en venir à la seconde apostille issue de la réponse de l’auteur, elle ne se limite qu’à deux entrées de journal : la première est de Goebbels, et la seconde, de Rosenberg. Ce « Komodo » serait fatalement outré s’il se donnait la peine de s’embarrasser des faits. La célèbre historienne allemande I. Weckert a conclu dans son article « Dr. Joseph Goebbels und die « Kristallnacht » que les confidentialités de Goebbels étaient, en fait, apocryphes. Elle indique en outre que R. Otte, le sténographe de Goebbels, a affirmé que le concerné, peu avant de se suicider, a copié le journal sur des plaques de verre, en ordonnant que celles-ci soient enterrées près de Potsdam, entre Caputh et Michendorf, non loin de l’autoroute. Sauf qu’ils n’ont depuis jamais été retrouvés. Otte reçut également l’ordre de détruire les copies fabriquées à la machine, mais l’avancée des communistes à Berlin se produisait si vite qu’il n’avait pas eu le temps d’agir. Selon l’éditeur du journal L.P. Lochner, des centaines de pages originales dactylographiées faisaient partie des 7.000 dont les Soviétiques se sont emparés, lors des perquisitions du ministère de la Propagande à la Wilhelmsplatz. Ils ont été ultérieurement retrouvés dans la cour du ministère immédiatement après la fin de la guerre par F.E. Mason, un collectionneur de manuscrits américain. Mason se doutait qu’il s’agissait de journaux intimes de Goebbels et les fit parvenir à Lochner, dont il est lui-même allé mettre aux mains d’un certain H. Hoover lors d’une visite en Allemagne. Son principal coup d’éclat a été, pour Hoover, la découverte et la préservation d’une grande partie des journaux intimes de Goebbels. Cela a conduit à une lutte prolongée avec l’Office des biens étrangers qui a cherché à bloquer sa publication par Mason et ses associés, après avoir remis en cause la véracité du manuscrit. Ceci expliquerait ainsi que Lochner ne l’ait jamais mis à disposition au cours des procès à Nuremberg. De fait, bon nombre de citations dont ce journal contient, sont frauduleuses, et ce détournement est, bien-sûr, le fait de communistes. Quant à Rosenberg, il faut savoir que lorsqu’il se pointa à son procès, le procureur juif R. Kempner, lui avait dérobé son journal, qui a ensuite complètement disparu avant qu’il ne refasse surface — comme par miracle — au travers du musée commémoratif de l’holocauste des États-Unis à Washington, qu’à partir de 2013. Certains universitaires ont émis l’hypothèse d’une falsification partielle, de par des mots-clés qui y auraient été insérés. De notre côté, nous ne pouvons le garantir, avec nos faibles moyens, mais s’il y a une chose plausible, c’est que ces citations peuvent être démenties par le réel : « [Hitler] était intensément croyant et invoquait souvent le nom de Dieu. Il était de formation chrétienne, il avait même été enfant de chœur et chantre à l’église de sa paroisse. Certains leaders nationaux-socialistes étaient hostiles à l’Église, notamment Bormann et Himmler, pour ne pas parler bien-sûr de Rosenberg, mais leur influence sur Hitler était à peu près nulle. Il ne prenait pas très au sérieux les recherches de Himmler sur les anciennes religions germaniques et sa politique fut très favorable à l’Église catholique, même si celle-ci fournit ensuite les opposants les plus déterminés au régime ».38

    À chaque paragraphe, la même question subsiste : paralogisme ou sophisme ? Nous n’avons jamais présenté Himmler comme le « mentor du Führer », nous avons simplement évoqué ses rapports avec le christianisme qui, parfois, rejoignent ceux d’Hitler. Sur le processus de déchristianisation qui n’aurait pas eu lieu, notre chapitre sur la SS nous paraît suffisant à démonter cette affirmation. En effet, que ce soit par le biais de la propagande journalistique, le rétablissement de fêtes païennes comme le solstice d’été, du mariage, de la formation des officiers de la police et du SD, ou encore par l’encadrement de la jeunesse avec ses chansons et les Napola, tout tendait vers l’effacement progressif du christianisme dans l’organisation d’élite d’Himmler.

    Nous avions, il est vrai, passablement caricaturé en utilisant ce qualificatif, mais nous voulions grosso modo affirmer qu’il n’y eut aucune concordance de pensée, entre Himmler et Hitler, en matière de religion  — au-delà de citations tout à fait ambivalentes. S’agissant de la SS, la biographie du Reichsführer Heinrich Himmler, esquisses d’une vie, agrémentée d’un descriptif par son frère aîné, démontre bien qu’il a toujours exprimé des réticences pour imposer ses explorations religieuses dilettantes, et que ses convictions anti-chrétiennes étaient beaucoup plus incertaines, au point qu’elles lui firent prendre plusieurs directions opposées. Ce renoncement inespéré à l’idée d’exténuer intégralement le christianisme, est dû à un attachement culturel à l’égard du patrimoine médiéval. Himmler était effectivement si fasciné par la figure de Heinrich Ier, dont il se voulait la réincarnation, qu’à l’occasion de la célébration de son millième anniversaire à travers un édifice catholique par la SS, il proclama : « Ici où vivent depuis toujours ceux de notre sang, dans cette magnifique maison de Dieu, née d’un sûr sentiment germanique, sera un lieu de culte où les Allemands iront en pèlerinage […]. L’Homme après mille ans a repris avec une grandeur inouïe l’héritage humain et politique du roi Henri, notre Führer Adolf Hitler, nous le servirons fidèlement de nos paroles, de nos pensées et nos actes, pour l’Allemagne et pour la Germanie ».39 Une autre considération était celle qu’éprouvait Himmler pour le croisé H. von Salza, de telle sorte qu’il insuffla son ancrage militaro-aristocratique dans la SS, comme une imagerie de l’ordre teutonique. Aussi singulières qu’aient été certaines de ses idées, et sa propre insistance à être anti-chrétien, les vues de Himmler sur le christianisme étaient toujours pleines d’imprécision. Par exemple, il craignait que le SS moyen ne puisse distinguer entre les attaques contre les églises et la préservation du Christ. À ce propos, dans une note de service, Himmler a enseigné : « Dans l’entraînement idéologique, j’interdis toute attaque contre le Christ en tant que personne, car ces attaques ou insultes que le Christ était un Juif sont indignes de nous et certainement historiquement fausses ».40 Non seulement le Christ, mais la croyance au Christ en tant que partie de l’histoire allemande, devait être respecté dans les SS. De telles proclamations n’étaient pas simplement destinées à la propagande publique. Quand un membre de la Hitlerjugend écrivit à Himmler pour lui demander s’il devait croire un conférencier qui prétendait que Jésus était juif, le secrétaire de Himmler, R. Brandt, répondit, en indiquant : « Le Reichsführer-SS est convaincu que Jésus n’était pas un Juif, vous devez avoir mal compris l’orateur ». D’autres indications sur les sentiments positifs de Himmler à propos du christianisme sont apparues lors de la discussion des politiques SS concernant les sentiments religieux de ses membres. Dans un discours aux dirigeants SS le 8 novembre 1936 à Dachau, Himmler a parlé de l’attachement chrétien de sa propre famille et a soutenu que, même s’il s’éloignait de la religion de sa famille, il respectait toujours ses sentiments : « Pas une seule fois je n’ai touché ses convictions, ni elle les miennes ». Il a ensuite indiqué que la tolérance religieuse serait aussi acceptée par les SS. Cela signifiait que même l’enterrement des proches de SS pouvait être conduit à la manière chrétienne. Himmler a toujours soutenu que même au sein des SS, les points de vue chrétiens, bien que non approuvés par l’organisation, devaient néanmoins être respectés. Deux ans plus tôt, en réaction à un incident particulier, il avait déclaré : « J’interdis aux membres SS d’importuner, de contrarier ou de se moquer d’un autre à cause de ses opinions religieuses. De même que l’Allemand n’a jamais toléré la contrainte religieuse sur lui-même, les convictions religieuses de ses voisins sont saintes et inviolables pour lui ». Cela concernait non seulement les opinions religieuses des SS individuels, mais aussi leur comportement vis-à-vis des institutions religieuses : « J’interdis toute perturbation et toute maladresse concernant les événements religieux de toutes les confessions (c’est-à-dire les processions de l’Église catholique). Une conduite diplomatique, quand les églises sont visitées par intérêt historique ou artistique, va sans dire ». Himmler a ajouté que cet ordre devait être exécuté sous peine d’expulsion. Un an plus tard, il renouvela cet ordre en le fondant explicitement sur la version nationale-socialiste du droit allemand de la liberté de conscience. Cette liberté de conscience avait ses limites institutionnelles. Dans le même mémorandum, Himmler a interdit aux membres des SS toute activité de leadership dans n’importe quelle communauté religieuse ou confessionnelle (par exemple, mouvement de la foi allemande, etc.). Il était donc interdit de tenir des responsabilités dans les églises chrétiennes (la simple adhésion à une communauté religieuse, chrétienne ou autre, était encore autorisée). Ainsi, bien que Himmler ait rejeté le christianisme en tant que doctrine et en tant qu’institution, il laissa une latitude considérable d’expression chrétienne non seulement pour les SS, mais en quelque sorte également pour lui-même. Même devant ses associés, il a professé un respect et une estime pour la piété chrétienne de sa famille. Himmler prendrait plus tard cela à un degré qui fit que même ses proches associés s’interrogeaient sur la sincérité de son engagement anti-chrétien.

    En outre, le rédacteur en chef du journal de la SS, campait dans un état d’esprit similaire : « Comme toujours, lors d’un tel examen [NdA : sur l’attitude religieuse], notre but n’est pas négatif : Une expérience religieuse ne doit jamais reposer sur un conflit avec une autre conception religieuse. Cette attitude serait en contradiction avec l’esprit du programme du Parti, avec notre éthique. Donc, lorsqu’on examine le problème, on doit répéter qu’en tant que nationaux-socialistes, la substance de l’une ou l’autre de ces doctrines ne doit pas nous intéresser ; mais l’important est uniquement de savoir dans quelle mesure elle correspond au principe de notre vue du monde, car la religion est une affaire privée. Le nouvel État a défini clairement au moyen de deux déclarations fondamentales sa position à propos de la question religieuse. L’article 24 de notre programme garantit : « la liberté de toutes les confessions religieuses au sein de l’Etat, pour autant qu’elles ne compromettent pas la stabilité de celui-ci ou ne contreviennent pas au sentiment moral et aux bonnes mœurs de la race germanique ». Donc un instinct racial devient le critère absolu relativement à la conception religieuse. Dans la loi sur ladite liberté de conscience, l’État national-socialiste a clairement défini comment ce sentiment doit être interprété : « Croire est l’affaire la plus personnelle et on n’en est responsable que devant sa conscience ». Il en résulte que : L’État national-socialiste se refuse à toute ingérence dans les questions religieuses tant que leurs représentants n’interviennent pas dans le domaine politique. Cette attitude seule peut permettre à un chrétien, catholique ou protestant, ou à un adepte d’une autre religion, de vivre sa foi au sein du Parti et de l’Allemagne s’il le fait par conviction et par choix personnels. Mais cela ne doit pas impliquer que cette liberté puisse faire l’objet d’une interprétation négative et malveillante ».41 Tout chrétien pouvait donc intégrer l’unité, sans pour autant se voir contraint d’abjurer sa foi, pourvu qu’elle demeure individuelle. Bien que cette allure nous semble très libérale, elle peut toutefois s’expliquer par la cause sociologique d’alors. Plus loin, ce même rédacteur précisait que la SS ne devait en aucune manière incarner une pâle copie des mouvements aryosophiques, en plus de réprimander l’idée de régénérer les cultes de l’antiquité : « […] Nous pensons avant tout que ces coutumes qui justifient seules une réglementation, ne doivent jamais déboucher sur une « organisation idéologico-religieuse ». Car ne tolérer dans ce domaine une tutelle d’aucune sorte ou une conception collective est le signe typique d’une attitude religieuse réellement germanique. Pour les Germains, la religion était et demeurait une affaire privée. Les chefs de familles germaniques faisaient aussi office de prêtres et ne toléraient aucune classe sacerdotale. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un vague enthousiasme pour une pseudo-religiosité de société secrète ou sectaire, mais d’épouser de façon franche et de bonne foi ces conceptions religieuses et avant tout morales de nos ancêtres. Ce fut l’une des erreurs les plus funestes commises par ces multiples petites ligues qui voulaient rénover la religion de notre race en se rattachant à la tradition vivante que la christianisation violente avait jadis muselée. Il est impossible d’effacer un millénaire d’évolution humaine et nationale et de la considérer comme inexistante. Wotan et Thor sont morts, et ces esprits rêveurs qui sacrifiaient un cheval sur une vieille pierre de sacrifice il y a une douzaine d’années étaient de tristes fous qui compromettaient inutilement la bonne cause. On ne peut utiliser ni la coutume religieuse préchrétienne, ni les représentations se trouvant à sa base. Si on cherche à exprimer notre propre conscience morale dans des formes religieuses externes, il faut essayer de se reporter au livre sacré de nos ancêtres, l’Edda, comme le fit le christianisme avec les livres de l’Ancien Testament ». Petite parenthèse : Le paganisme antique aurait dû disparaître car ses enseignements étaient transmis par la tradition orale. Les païens de type scandinave, à l’instar des wotanistes, jusqu’à l’avènement des théosophes, avaient pour seule source écrite l’œuvre de Snorri Sturluson, un chevalier islandais ayant retranscrit les anciennes coutumes nordiques. Alors que les néo-païens prétendent que les écrits de Sturluson seraient impurs, car influencés par la religion chrétienne que ce dernier pratiquait, le rédacteur appelait à s’en imprégner.

    Cette tolérance prêchée envers le christianisme fut tellement mise en lumière, qu’Himmler avait d’ailleurs accepté d’incorporer l’archevêque de Fribourg, Mgr Gröber, en tant que membre bienfaiteur de la SS. À cette occasion, le prélat restitua dans un manuel d’instruction religieuse, la question raciale du point de vue catholique : « La conséquence de cet envahissement de la race par l’étranger se manifesterait principalement par une atteinte à l’essence originelle de notre civilisation. L’afflux de races étrangères (l’immigration excessive) déforme sa nature propre. […] Chaque peuple est en lui-même responsable de la réussite de son existence, et l’apport d’un sang totalement étranger représentera toujours un risque pour une nation qui a prouvé sa valeur historique. C’est pourquoi on ne peut refuser à aucun peuple le droit de maintenir impollue son origine raciale, et de prendre des garanties dans ce but. La religion chrétienne demande simplement que les moyens utilisés ne pèchent pas contre la loi morale et la justice naturelle ».42 On en déduira ainsi facilement que la volonté de supprimer le christianisme était purement velléitaire ; la « foi » de remplacement n’ayant, quant à elle, jamais été dotée d’un quelconque impact, sinon sur un tiers des officiers de l’organisation. Il en va de même pour sa branche militaire, c’est ce dont O. Skorzeny, catholique autrichien, souligna : « Mais comment ne s’aperçoit-on pas que cette armée, qui compta environ un million de jeunes Européens [NdA : la Waffen-S.S.], au sein de laquelle chaque combattant jouissait d’une égale supériorité morale devant la mort, constituait un démenti éclatant aux fameuses doctrines “nordiques” du Reichsführer-SS Heinrich Himmler ? Idées que Hitler lui-même ne partageait point. Je dois avouer de même que les doctrines du Reichsleiter Alfred Rosenberg m’ont toujours paru enveloppées de l’épais brouillard des Niebelungen. […] Je puis dire que si Himmler comptait employer, dans l’avenir, les Waffen-S.S. comme instruments d’une certaine politique personnelle, cette politique, quelle qu’elle pût être, nous resta parfaitement inconnue ».43

    Ici encore, le témoignage de cette servante peut être contredit par d’autres (dans le cas présent ceux d’Ernst Hanfstaengl et d’Otto Wagener). Surtout que comme nous l’avons dit, Hitler adaptait son discours en fonction de son public, et tenait des propos favorables au christianisme surtout en présence des femmes à en croire Albert Speer. Rappelons également que Rosenberg assure plusieurs fonctions dont celle de la formation idéologique et spirituelle du NSDAP, et que lors des journées nationales de Nuremberg, Mein Kampf et Le Mythe du Vingtième Siècle ont été placés côte à côte.

    A. Speer a toujours manifesté une aversion sous-jacente à l’encontre d’Hitler, il n’est donc pas étonnant qu’il ait tenté de le discréditer de la sorte ; lui qui — au sortir de la guerre — était désireux de se dédouaner à peu de frais du fait d’avoir obtenu un poste de premier plan, allant jusqu’à entériner l’existence du mythe holocaustique. D’autant plus que si l’on se reporte à ses constatations, on peut soudainement remarquer que certaines d’entre elles vont totalement à contre-courant des prétentions de l’auteur. En voici une : « Rosenberg vendit des centaines de milliers d’exemplaires de son gros livre de sept cents pages, Le Mythe du XXe siècle. On le considérait généralement comme l’ouvrage idéologique de base, mais dans les conversations du pavillon, Hitler en parlait sans façon comme d’un « truc que personne ne peut comprendre », écrit « par un Balte obtus, à la pensée terriblement compliquée ». Il s’étonnait qu’un tel livre ait pu atteindre un tel tirage. « Une rechute dans des conceptions moyenâgeuses ! ». Je n’ai jamais pu savoir clairement si Rosenberg apprenait par-derrière ces opinions que Hitler émettait sur lui en petit comité ».44 Dès lors, nous ne voyons pas en quoi ceci démentirait les dires d’Anni Winter, selon lesquels Hitler qualifiait l’œuvre de Rosenberg de « livre stupide ».

    Concernant E. Hanfstaengl, l’auteur fait ici référence à une phrase du futur Chancelier, dont il a déballé de son livre Hitler, les années obscures, qui se lit dans son exposé comme telle : « Dans cinquante ans d’ici, [la mystique] de Rosenberg sera peut-être saluée comme étant l’un des sommets de la philosophie ». Par curiosité intellectuelle, nous avions dû l’examiner dans la version anglaise des mémoires du fonctionnaire — qui est la seule dont nous avions pu recueillir —, et l’on y observe qu’Hitler n’a parlé, non pas de « mystique », mais de « Weltanschauung » qui se traduit littéralement par « vision du monde ». À ce sujet, Hitler eut emprunté à Rosenberg, un terme dont il était incapable de définir, au même titre que le reste du mouvement. En effet, lorsque Ribbentrop — pour l’exemple — fut interrogé vis-à-vis de cette nébuleuse, le 17 octobre 1945 à Nuremberg ; voici ce que l’on put entendre : « Je pourrais le demander [NdA : le sens du mot “Weltauffassung”] à Rosenberg, parce qu’il était le dogmatiste du Parti. Il pourrait le savoir, mais j’ai entendu le Führer dire, à propos du livre de Rosenberg, qu’il ne l’avait pas compris ».45 Ces déclarations confirment que, finalement, personne dans les hautes sphères du national-socialisme n’avait vraiment compris le message de Rosenberg. Deux semaines auparavant, C. von Neurath avait fait entendre que : « Les idées de Rosenberg étaient très confuses, si confuses que, je voudrais dire quelque chose, mais ne dites pas que je vous l’ai dit, car un jour Hitler lui-même m’a demandé de corriger Rosenberg dans ses idées, Rosenberg, qui était le représentant le plus connu du nazisme, et de me l’envoyer, moi qui n’était pas un membre du Parti, bien, c’était ridicule. Mais cette remarque vous permettra de comprendre comment il était jugé ».46 Ces propos nous font comprendre que, contrairement aux allégations de l’auteur, Le Mythe du XXème siècle n’a pas façonné l’esprit du peuple allemand, et n’a, encore moins, influencé Hitler. Essentiellement tourné vers l’action, Hitler ne considérait pas les discussions philosophiques comme capitales. Il laissait cela aux « intellectuels », estimant que les décideurs devaient avoir le dernier mot. Rosenberg se revendiquant comme un penseur, le Führer laissa donc à son ancien camarade de combat le soin de s’occuper de toutes ces questions, et cela même s’il ne comprenait guère ses idées, une incompréhension qui pouvait aller jusqu’au jugement sévère. Pour restituer la chose, nous rappelons au passage que le NSDAP n’a jamais été un bloc monolithique. Lorsque Hitler arriva au pouvoir, il avait regroupé autour de lui des personnes qui voulaient tout d’abord se libérer des chaînes de Versailles afin de remettre l’Allemagne en ordre, de tirer le peuple de la misère et d’écarter le péril bolchevique. C’était son objectif primordial. Un objectif urgent, car la peste rouge menaçait. Pour le réaliser, Hitler choisit de mener une action purement politique, sans se soucier des querelles religieuses ou philosophiques (qui ont bien surgi, quoi qu’on en dise). Pour parvenir au pouvoir, Hitler s’entoura d’une foule hétéroclite, dont une partie était constituée de chrétiens, certains agnostiques, d’autres néo-païens. Au-delà de l’objectif prioritaire à atteindre (briser les chaînes de Versailles), tous ces gens avaient des visions très différentes de la société à bâtir. La Weltanschauung n’avait rien de singulier en prime. Hitler était redevable envers la présence de Rosenberg sur le plan pratique et non idéologique. C’est pourquoi, il affirma, un jour, devant Schulte : « Je ne veux pas de ce livre ! Rosenberg le sait. Je le lui ai dit moi-même. Je n’ai rien à voir avec ces choses païennes. […] Je soutiens Herr Rosenberg, mais pas l’auteur du mythe ».47

    Pour ce qui est de O. Wagener, l’auteur a tablé sur ce seul monologue, en croyant fortifier sa théorie : « Nous seuls, pouvons et devons avoir une pensée claire au sujet des questions raciales. Vous, moi et Rosenberg, et un ou deux autres. Pour nous, ces questions sont une clef et un repère. Pour le public en général, c’est du poison ». Cette phrase n’a aucune valeur argumentative de fond, et ne saurait prouver quoique ce soit, si ce n’est — comme nous l’avions dit — que les prises de position racialo-scientistes du Führer, devaient nécessairement attirer à lui tous ceux qui excellaient dans le domaine ; à commencer par Rosenberg. En revanche, il est drôlement intrigant que ce « Komodo » ait dû occulter — toujours, dans le livre de Wagener — le passage déstructurant au millimètre ses illusions de bas étage : « Une fois, j’ai supplié Hitler de me laisser publier de telles conversations. Mais il a refusé. “Après ma mort, vous pourrez publier tout ce que vous voulez. Mais plus tôt, ça ne peut plus servir à rien. Il ne serait mis en pièces que par nos ennemis politiques. De même, la publication du Mythe de Rosenberg, qui a eu lieu à mon insu, était déconseillée” ».48 D’ailleurs, permettez-nous une digression : Si nous devions nous fier à ce condensé de discussions (qui fut d’ailleurs repris par les intervenants de Démocratie Participative, au cours de la dernière analyse thématique de l’émission « Hitler, héros des droits de l’homme »), nous pouvons apercevoir ces révélations dans lesquelles Hitler a fait l’apologie des enseignements du Christ : « Nous devons détourner tous les sentiments du Volk, toute sa pensée, son action, et même ses croyances, de l’individualisme anti-chrétien et suffisant du passé, de l’égoïsme et du pharisaïsme stupide de l’arrogance personnelle, et nous devons éduquer la jeunesse en particulier dans l’esprit de ces paroles du Christ que nous devons interpréter à nouveau : aimez-vous les uns les autres ; soyez attentifs à votre prochain ; souvenez-vous que chacun d’entre vous n’est pas seulement une créature de Dieu, mais que vous êtes tous frères ! Cette jeunesse, avec dégoût et mépris, abandonnera ces hypocrites qui ont le Christ sur leurs lèvres mais le diable dans leur cœur, qui font l’aumône pour ne pas être dérangés quand ils jettent eux-mêmes leur argent, qui invoquent la Patrie quand ils remplissent leur propre bourse par le labeur des autres, qui prêchent la paix et incitent à la guerre, et ainsi de suite. […] Remplir le Volk de la foi renaissante et de la Weltanschauung de Celui qui fut autrefois un sauveur dans les moments les plus difficiles pour les peuples, c’est primordial ! Et puisque les personnes âgées sont généralement inextricablement liées à leurs intérêts économiques et à la mentalité égoïste des petits commerçants, nous ne pouvons, dans l’ensemble, chercher à obtenir le soutien que des jeunes. C’est la jeunesse qui va conquérir une fois de plus le véritable royaume des cieux pour son peuple et pour toute l’humanité ».49 L’image dont Hitler se faisait du Christ dans ce texte, était parfois pleine de péripéties, notamment sur l’idée d’en faire un « fondateur du socialisme authentique » (à moins qu’il voulût dire par-là qu’il a été l’un des premiers à avoir prêché une forme de Bien Commun…), mais celle-ci lui venait très probablement de l’expérience qu’il a acquise aux côtés de K. Lueger, bourgmestre catholique de Vienne. Plus haut, on y trouve une conversation dans laquelle Wagener s’entretenait avec F.P. von Salomon, qui venait d’être démuni de ses fonctions dans la SA, à la suite d’un désaccord avec Adolf Hitler sur le rôle de l’organisation paramilitaire. Hitler avait, à ce moment-là, décidé d’unifier la SA sous un commandement central, en se subordonnant les Gauleiters de chaque Lander. L’organisation n’était donc plus fédéralisée mais centralisée. Dans cette démarche, Salomon y a vu comme un rapprochement avec le premier siècle où l’Église eut été établie à Rome, dans laquelle saint Pierre, était reconnue comme évêque, puis progressivement comme pape, avant sa succession apostolique pour affirmer une primauté pontificale. De même, Hitler était progressivement reconnu comme le chef du mouvement : « Ce n’est pas par hasard qu’Hitler est catholique. Il a appris les principes des Jésuites ».50 De plus, dans ce même texte, Hitler témoigne d’un profond mépris à l’égard des néo-païens : « J’ai déjà fermement interdit plusieurs fois toutes ces absurdités, toutes ces histoires des lieux du Thing, des solstices, du serpent Mittgard, et tout ce qui est tiré des premiers temps germaniques. Puis ils lisent Nietzsche aux jeunes de 15 ans et, par des citations incompréhensibles, ils leur parlent du surhomme et disent que ce doit être eux ».51 Ce « Komodo » ne reprend visiblement que les éléments qui l’arrangent, et tronque fallacieusement leurs contradictions, en fonction de ses désirs. Malgré cela, il en vient à nous accabler de ses propres turpitudes, tout au long de son salmigondis, quand bien même il constituerait l’exemple quintessentiel de ce dont il tente à trouver dans notre réponse.

    Pour rebondir sur Rosenberg, il n’a jamais entièrement régenté la formation intellectuelle et spirituelle du peuple allemand. En vérité, même si son poste avait un titre ronflant, au sein de cette administration complexe dont les pouvoirs des différentes branches n’étaient pas toujours bien définis, son avis était avant tout consultatif. À Nuremberg, il expliqua que le Führer l’avait rangé dans la catégorie de ceux qui devaient étudier à fond les problèmes posés, et les exposer en conférences après les avoir médités.52 Puis il précisa : « Les pouvoirs exécutif et législatif étaient entre les mains des ministères compétents, à savoir : ministère de l’Éducation, ministère de la Propagande du Reich. La représentation générale du Parti était entre les mains de la chancellerie du Parti. Cette chancellerie me priait, le cas échéant, de prendre position sur certaines questions ; mais cela ne l’engageait nullement et elle n’était pas obligée de s’en tenir à mes vues ». Nous ajoutons que même si, comme il l’admit à Nuremberg, Rosenberg porta personnellement des jugements très sévères sur les confessions traditionnelles, en tant que membre du NSDAP et du gouvernement, il respecta toutefois le point 24 sur la tolérance religieuse. Le 22 août 1934, ainsi, dans un discours, il précisa que le national-socialisme avait pour principe la tolérance en matière de religion et que même s’il n’intervenait pas dans les questions de doctrine, l’État protégeait les confessions religieuses.53 En disant cela, Rosenberg pensait peut-être au cas de la revue Nordland qui venait d’être interdite et son directeur destitué pour avoir attaqué le catholicisme. À Nuremberg, d’ailleurs, Rosenberg expliquait que la politique scolaire était restée hors de ses compétences. À la question : « Avez-vous été mêlé à la politique scolaire de l’État national-socialiste ? », il répondit : « Je n’ai, à proprement parler, pas eu d’influence sur la politique scolaire. L’organisation scolaire dépendait du ministère de l’Éducation et de l’organisation intérieure des écoles, qui ne doit pas être confondue avec la discipline du Parti, ainsi que l’organisation des universités étaient […] l’affaire du ministère compétent ».54 Lorsque le Dr. Thoma (avocat de Rosenberg) lui posa comme question : « Monsieur Rosenberg, vous êtes également accusé d’avoir persécuté les Églises, ce qui ressort tout particulièrement de votre “Mythe du XXe siècle”. Estimez-vous qu’à l’égard des Églises vous êtes quelques fois allé trop loin ? », Rosenberg rétorqua : « Naturellement, j’admets qu’à l’égard des confessions traditionnelles j’ai formulé un jugement personnel particulièrement sévère ».55 Il est donc parfaitement convenable de parler de marginalisation en ce qui le concerne : « Alfred Rosenberg, Ministre du Reich aux Territoires occupés de l’Est (dont les prérogatives réelles étaient, dans les faits, plus que réduites), se voulait un théoricien du national-socialisme. En réalité il n’a été qu’un idéologue en orbite autour du parti. Son anti-catholicisme et son néo-paganisme étaient connus de tous. Il publiera en 1930 à titre privé son ouvrage “Der Mythus des zwanzigsten Jahrhunderts” (‘Le Mythe du vingtième siècle’), un pamphlet violemment anti-chrétien réduisant le catholicisme à un “sous-produit du judaïsme”, et allant clairement “à l’encontre du programme officiel du NSDAP” ».56

    Nous nous demandons encore si « Aryan France » fait preuve de paralogisme ou de sophisme. Ce n’était pas pour Hitler uniquement une question de culture, mais bien au-delà. Dans le discours que nous citons, il affirme : « jamais l’humanité n’a plus ressemblé, n’a été spirituellement et physiquement plus proche de l’Antiquité qu’aujourd’hui ». L’argument – si on peut appeler cela comme tel – de l’expansion vers l’Est comme preuve que le Troisième Reich est la résurgence du SERG relève tellement de l’ineptie que nous n’allons même pas y répondre.

    Qu’est-ce qu’est censé signifier ce speech, mis à part la volonté du Führer d’instaurer un « homme nouveau » ? En effet, cette notion est, au premier chef, spirituelle dans la mesure où, pour Hitler, le monde n’est pas celui matériel qui apparaît à la surface, à travers lequel l’homme est un individu isolé de tous les autres, existant en soi, et gouverné par une loi naturelle qui, instinctivement, le pousse à vivre une vie de plaisir égoïste et momentané. Cet « homme nouveau » est un individu à la fois vertueux et enraciné, subordonné à une loi morale unissant la communauté de destin et les générations dans une tradition et dans une mission, supprimant l’instinct de la vie limité au cercle étroit du plaisir, pour instaurer dans le devoir une vie supérieure, libérée des limites du temps et de l’espace ; une vie où l’individu, par l’abnégation de lui-même, réalise cette existence toute spirituelle qui fait sa valeur d’homme. C’est donc un modèle spirituel né de la réaction générale du siècle dernier contre le positivisme matérialiste des Lumières. Cette vision est anti-positiviste, mais positive : ni sceptique, ni agnostique, ni pessimiste, ni passivement optimiste, comme l’est l’existentialisme qui place le centre de la vie en dehors de l’homme, qui, par sa libre volonté, peut et doit créer son monde. Hitler souhaitait que l’homme soit actif et engagé dans l’action avec toutes ses énergies : il le voulait virilement conscient des difficultés réelles et prêt à les braver. Il concevait la vie comme une lutte, il estimait qu’il appartient à l’homme de conquérir une vie vraiment digne de lui, en créant, avant tout, en lui-même, l’instrument (physique, moral, intellectuel) pour la construire. Et cela est vrai pour l’individu lui-même, comme pour la nation et l’humanité. Ce modèle d’honnête homme — pour paraphraser Florian Rouanet — devait passer, selon Hitler, par l’étude de la Paideia ; l’Allemagne ayant toujours été retardée sur ce seul point, comparativement à l’Italie, à la France, à l’Espagne, et même à l’Angleterre, depuis le moyen-âge. Mais, renouer avec l’hellénisme ne revient pas à édifier un « culte de la nature » (sic), comme l’affirme l’auteur dans son exposé. Son avis n’a d’ailleurs ni queue ni tête, lorsqu’on sait que la théogonie ne fut jamais empreinte de naturalisme. Ce sont les mythes grecs qui ont rendu possible la genèse de la philosophie de Platon et d’Aristote. Cette philosophie, qui a fait tout son droit à la suprématie de la raison dogmatique, affirmait le Dieu unique et transcendant, et la divinité du Verbe, et ce depuis l’antiquité. De plus, « l’homme nouveau » du national-socialisme, ne contredit pas le christianisme, bien au contraire, il lui propose une nature saine qui, appelant la foi chrétienne, lui prépare le terrain ; car la foi ne saurait se greffer sur le vice intégral. Toute conception morale parle d’un « homme nouveau », l’expression n’est pas forcément péjorative. Toute doctrine propose une révolution anthropologique, il importe de savoir si elle est juste ou bénéfique, et cela vaut même pour l’Église, qui nomme son propre devenir « évolution homogène de formulation du dogme ».

    S’il ne suffit pas, selon ce « Komodo », d’établir une analogie entre le Drang Nach Osten et l’Ostsiedlung, pour affirmer que le IIIe Reich était la préfiguration du Saint-Empire ; nous lui répondrons que c’était un exemple parmi tant d’autres — certes réducteur, nous en convenons volontiers (après tout, ce sont les colonnes de la presse du régime qui qualifiaient la marche vers l’Est de « croisade anti-bolchevique »). Nous aurions pu dresser un parallèle entre le port de la rouelle et celui de l’étoile jaune, les divers procès du Talmud et les lois de Nuremberg, les bûchers de ce même Talmud avec les autodafés, tout en faisant mention de la lutte permanente contre l’usure, du système de redistribution des richesses aux plus démunis, ou encore du désir de coopérer avec l’Angleterre, en lui laissant le soin de gérer la flotte et ses colonies à l’instant même où l’Allemagne bénéficiait de son Lebensraum ; sans omettre l’idée de confédérer l’Europe — sous la forme d’un organisme supra-national (sans toutefois nier le droit aux patries d’exister charnellement, mais en les comprenant toutes sous un « joug » commun et nouveau, rendu bénéfique par une administration claire et droite) — autour d’une transmission de souveraineté allemande, qui correspondait totalement aux vues de Charles V. Tous ces aspects montrent en substance que l’héritage carolingien a été, dans l’esprit d’Hitler, surestimé. D’ailleurs, suite à l’annexion de l’Autriche, ce même Hitler ordonna le retour de Vienne à Nuremberg, des joyaux de la couronne et des insignes de Charlemagne, c’est-à-dire les quatre regalia (la Couronne du Saint-Empire, l’Épée impériale, la Croix de Lothaire et la Sainte Lance) où il les fit transiter pour une exposition permanente. Ils seront exposés à la Katharinenkirche jusqu’au bombardement de la ville en 1944, date à partir de laquelle ils seront stockés en sécurité au Historischer Kunstbunker jusqu’à la fin du conflit. À ce moment-là, il déclara : « J’ai fait ramener les symboles du Reich séculaire allemand à Nuremberg pour lever le doute, non seulement aux yeux du peuple allemand mais aussi du monde entier, sur le fait qu’un demi-millénaire avant la découverte du Nouveau Monde, il existait déjà un Reich germanique et allemand gigantesque ».57 Quand Hitler parlait de « Reich millénaire », cela ne suggère aucune interprétation mégalomaniaque à l’inverse de ce qu’ont laissé accroire certains journalistes anglo-saxons. Le Führer évoquait le Reich qui, comme tel, fut fondé par Otton Ier, abouti par Charlemagne, et dont le régime national-socialiste se voulait la continuité, notamment depuis la réalisation du rêve pangermaniste incarnée par l’Anschluss (chose que Bismarck refusa d’entreprendre peu après Sadowa).

    Là encore : paralogisme ou sophisme ? L’encyclique Mit Brennender Sorge est une critique du christianisme positif dont le NSDAP se réclame dans son programme de 1920, du mouvement Gottglaubig auquel Hitler se rattache, de la divinisation du Führer, du rejet du péché originel que nous avons évoqué plus haut, et d’autres faits que nous oublions sûrement.

    Le sens du discernement ne l’a décidément jamais étouffé. Lorsque Hitler faisait allusion au « christianisme positif », ce fut seulement la promotion des valeurs du christianisme comme base morale de l’État (comme il l’expliquait bien dans son discours radiodiffusé du 01/02/1933) et la reconnaissance par celui-ci des deux grandes Églises présentes en Allemagne : la catholique et la protestante (d’où le Reichskonkordat du 20/07/1933 et le renforcement du statut particulier de l’Église catholique).58 Il ne s’agissait en rien du « christianisme positif » tel que pensé par Rosenberg, qui n’était pour lui qu’un « christianisme » bâtard vidé de toute référence à l’Ancien Testament, à l’image du marcionisme, destiné à lutter contre le Vatican présenté comme l’ennemi du régime (raison pour laquelle les cadres prendront aussitôt leurs distances avec lui). Rosenberg n’était d’ailleurs pas le seul à avoir conçu un tel projet, il y eut aussi A. Dinter qui avait préconisé le développement d’un christianisme ethnique l’amenant à se dresser contre l’Église. Si Hitler décida de s’occuper personnellement du cas de Rosenberg en diminuant ses fonctions, il délégua la condamnation et la mise au ban de Dinter à G. Strasser qui fit rédiger un texte adopté par des personnes influentes du Parti : « Nous soussignés, dirigeants du Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands, protestants et catholiques, rejetons catégoriquement la tentative de Dinter. Sans préjudice de nos opinions personnelles respectives sur la religion, nous ne permettrons pas que le mouvement politique soit entrainé dans des tourbillons de la lutte religieuse ».59 Dans la même lignée, il y eut le mouvement de la foi allemande fondé par J. W. Hauer, qui se voulait prophète du syncrétisme « pagano-chrétien ». Bien qu’antisémite en plus d’être anti-clérical, Heydrich exigea sa démission le 1er avril 1936.

    Ce refus de modifier les Écritures de la part d’Hitler, se retrouve également illustré dans Mein Kampf : « Les idées et les institutions religieuses de son peuple doivent rester toujours inviolables pour le chef politique ; sinon, qu’il cesse d’être un homme politique et qu’il devienne un réformateur, s’il en a l’étoffe ! Une autre attitude, en Allemagne surtout, doit conduire à une catastrophe ». C’est pourquoi dans son programme déclaré intangible pour toujours, Hitler a fait insérer le principe que l’État doit être positivement chrétien, qu’il n’a pas le droit d’être neutre ou même indifférent et que, sans toutes ses législations, il doit non seulement éviter de venir en conflit avec la religion mais doit donner aux lois une attitude positive pour faciliter l’accomplissement des enseignements de la religion. Dans son discours du 26 juin 1934, pour assurer aux évêques catholiques qu’il prendrait des mesures contre la nouvelle propagande païenne, Hitler rappelait la manière dont il concevait cette expression : « L’État national-socialiste professe son allégeance au christianisme positif. Il s’efforcera honnêtement de protéger les grandes confessions chrétiennes dans leurs droits, de les protéger contre toute interférence avec leurs enseignements, et dans leurs devoirs de s’accorder avec les vues et les exigences de l’État d’aujourd’hui ». Celui qu’il a prononcé le 24 février 1939 à la Vieille Garde du Parti à Munich, est on ne peut plus clair : « Si le christianisme positif signifie l’amour du prochain, c’est-à-dire soigner les malades, vêtir les pauvres, nourrir les affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, alors c’est nous qui sommes les chrétiens les plus positifs. Car dans ces domaines, la communauté du peuple de l’Allemagne nationale-socialiste a accompli un travail prodigieux ». Répondant aux accusations de paganisme lancées par le Zentrum, Goebbels démontrait qu’il se positionnait sur la même longueur d’onde quant à l’interprétation du « christianisme positif » : « Les églises disent : “Il est dans votre programme de tenir religieusement sur un sol chrétien positif”. Oui c’est vrai ! Mais nous aimerions seulement souhaiter que les églises veuillent, tout comme nous sommes des chrétiens positifs sur le plan religieux, être nationales-socialistes positives sur le plan politique. À présent nous serons unis, alors rien ne nous séparera désormais. Nous ne voulons pas nous immiscer dans les églises. Aucun d’entre nous ne ressent le besoin d’être un politicien réformateur. Nous pensons plutôt aux choses terrestres. Nous ne nous préoccupons pas non plus de l’au-delà, mais de ce monde, alors nous voulons clairement distinguer ces deux sphères l’une de l’autre : l’une pourvoit au ciel et l’autre à la terre. Le mouvement national-socialiste n’a pas pris ses distances par rapport à cette ligne. Il n’a pas non plus l’intention de s’en éloigner. Il assure le bien-être de la population, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Pour cela, il a besoin d’un peuple sain, fort et moralement supérieur. Il ne laisse rien au hasard dans sa tentative de rendre les gens sains, forts et moralement supérieurs. Il a déjà fait beaucoup de travail d’éducation pour ce peuple, et il a l’intention de poursuivre ce travail d’éducation. Il est donc absurde de nous dire aujourd’hui : “Vous avez dissous les autres partis, pourquoi ne pas dissoudre votre propre parti ?”. Les autres partis ont été dissous parce qu’ils étaient superflus, et notre parti reste parce que c’est nécessaire ! Quand on me dit : “Oui, nous sommes tous nationaux-socialistes” ! Alors, je ne peux que donner la réponse : Je l’espère, j’entends bien le message, mais je manque de foi ! Mais que se passerait-il si : le mouvement national-socialiste n’est pas seulement là pour faire de tout le monde un national-socialiste, mais aussi pour apprendre à tout le monde à agir en national-socialiste ? Si tous les habitants d’une ville sont catholiques, l’Église catholique va-t-elle se dissoudre ? Alors dites aux prêtres : Eh bien, ils sont tous catholiques, que devrions-nous faire de l’Église ? Non, l’Église reste pour que les gens restent catholiques ! Et si tout le pays est national-socialiste : le parti reste, pour que les Allemands restent nationaux-socialistes ! ».60

    De fait, il est tout à fait décent de dire que seuls les travers du régime, ont été explicitement réprimés par Pie XI, et non ce qui tient des fondements. À l’exception du péché originel — dont Hitler a bien entendu relativement détourné de son sens traditionnel (et nous abordions la raison plus haut) — toutes les idées dénoncées dans cette encyclique, proviennent bien de la frange minoritaire en la personne de Rosenberg. Ceci est même valable pour le culte de la personnalité prêté à Hitler, qui était le fait de propagandistes néo-païens : « Hitler mieux que tout autre savait, que les hommes ont toujours besoin d’un Dieu pour affronter l’inconnu, les misères et les difficultés de ce bas monde. Il est facile de démolir un système religieux. La plupart des pays communistes l’ont fait ; mais il faut alors le remplacer ; et Hitler voulut toujours rester un homme pour ses compatriotes refusant la déification acceptée par Staline ».61 Nous ajoutons qu’à la suite de la diffusion de l’encyclique dans les églises, l’ambassadeur du Reich auprès du Saint-Siège est allé remettre à la Secrétairerie d’État une note en défense de son gouvernement, signée du 12 avril 1937, note, pleine d’amertume d’ailleurs, à laquelle répondra en personne, le 30 avril 1937, le cardinal secrétaire d’État, Eugenio Pacelli (futur Pie XII). Pacelli indiquera bien dans sa réponse que cette encyclique n’est pas une condamnation du national-socialisme, mais une mise en garde contre la prolifération des hérésies de la faction wotaniste, en sachant que le nom d’Hitler n’apparait d’ailleurs nulle part.62 Qui est le sophiste de compétition, à présent ?

    Comme nous l’avons rappelé presque à chaque paragraphe, soit l’auteur de cette marée fécale est stupide au point de ne pas comprendre un piètre mot de notre étude sur le fascisme et la religion, soit il est – comme ses frères spirituels dont parle Pie XI -, dans la manipulation et le mensonge. Quand bien même nous abhorrerions la démocratie, et plus généralement toute notion de quantité, un sondage vous permettra de trancher sur ces deux options.

    Seulement, avant de prendre le temps de l’expédier dans le quatrième sous-sol de sa cave, nous spécifions ignorer à quel instant précisément l’auteur a-t-il vu que Pie XI eût déclaré que chrétiens et juifs seraient unis dans la foi — si ce n’est dans son imaginaire étriqué — auquel cas on basculerait directement vers l’œcuménisme. Les juifs ne vénèrent pas un Dieu trine et incarné, encore une fois. Sans doute, fait-il allusion à cette formule à l’emporte-pièce datée du 6 septembre 1938, dans laquelle le pape condamnait « l’antisémitisme ». Dans ce cas, un commentaire sémasiologique s’impose : Si par antisémitisme, on y mêle le souci de se prémunir face à l’hydre juive — ainsi que l’ont toujours fait les monarques médiévaux européens — alors non, ce réflexe d’auto-défense demeure conforme à la morale chrétienne, et il n’est pas sans rappeler à ce titre que Pie XI n’a jamais réprouvé les lois de Nuremberg qui, soit dit en passant, étaient inspirées des versets racialistes du Deutéronome.63 En revanche, si l’antisémitisme nous amène à balayer primairement les textes issus de l’Ancienne Alliance, cela devient, alors, problématique, et c’est ce qui est anathématisé par Pie XI. Le pape s’est donc insurgé face à la nouvelle tendance marcioniste de l’époque, et non contre l’animosité naturelle exprimée envers les juifs. Toujours est-il que ce lamentable histrion ferait bien mieux de rester à sa place, avant de se prononcer à propos de sous-entendus sur lesquels il ne peut nuancer, car dépourvu du potentiel intellectuel requis ainsi que de la culture théologique que cela implique. C’est pourquoi nous en venons à lui retourner ses propres jugements : soit l’auteur de ce turbo-ramassis de calembredaines est un imbécile fini au point de ne pas saisir des termes maladroits de pontifs, pouvant accidentellement revêtir un caractère polysémique, soit il est — comme ses frères de gnose (voire de business, si l’on maintient ce qui a été rapporté plus haut) —, dans la manipulation et le mensonge, pour être à même d’extrapoler aussi gravement. Et l’une de ces deux possibilités s’étend même en ce qui concerne le domaine historique.

    Quant au reste, nous devons pour le coup être bien forcé d’admettre que nous sommes en phase avec les derniers propos tenus par l’auteur, au moins sur un principe : Plus que jamais, il faut abolir la démocratie qui rend apte les sommets de nullité de son acabit à pouvoir étaler leurs névroses sur la toile, et ailleurs.

    Pour couronner le tout, c’est en cette magistrale allégation que j’achève le sujet, en prenant ainsi soin de vous laisser savourer notre distribution de PLS :

    « [Hitler] croyait en la guidance d’en haut et en l’existence d’un Être suprême dont la sagesse et la volonté avaient créé des lois pour la préservation et l’évolution de la race humaine. Il croyait que le but suprême de l’humanité était de survivre à l’accomplissement du progrès et de la perfection. Cette croyance lui donnait le sens de sa propre mission, celle d’être le guide du peuple allemand. Il agissait, il croyait au commandement de cet Être suprême ; il avait une conception fixe de cet Être, que rien ne pouvait changer. Dans ses discours, il mentionnait souvent le Tout-Puissant et la Providence. Mais il était personnellement très hostile au christianisme et aux églises, bien que le programme du parti ait été conçu pour un christianisme “positif”. Dans ses conversations privées, il faisait souvent des remarques sarcastiques sur les églises et les prêtres, en disant que certains “se vantaient d’avoir un lien direct avec Dieu”. Il a déclaré que le christianisme primitif était la première “cellule juive communiste”. » (Otto Dietrich, The Hitler I Knew: Memoirs of the Third Reich’s Press Chief, traduit par nos soins)

    Curieusement, ce sont les mêmes adjectifs qui se manifestent dans les Propos intimes et politiques de F. Delpla, qui sont une traduction actualisée des Libres Propos compilés par Bormann. Est-il indispensable de rappeler que certains responsables du gouvernement allemand — ayant échappé à l’exécution, après 1945 — se plaisaient à reprendre cette source pour résumer les sentiments d’Hitler, selon D. Irving ? Au risque de susciter des dommages collatéraux, cette citation est d’autant plus contradictoire avec ce que Dietrich avait rapporté dans un autre livre : « Hitler n’a jamais quitté l’Église catholique. Il avait interdit d’appeler Charlemagne le « boucher des Saxons », dans la presse ou ailleurs ; Charlemagne avait christianisé les Allemands par la force de l’épée et on lui donnait ce surnom à cause des luttes sanglantes qu’il avait menées contre le duc de Saxe. Hitler considérait Charlemagne comme l’un des plus grands hommes de l’histoire d’Allemagne, car il voyait d’abord en lui l’unificateur des Allemands et le créateur de l’Empire ; il l’approuvait d’avoir, en vue de ce « but national suprême », aussi bien introduit la religion chrétienne dans les pays germaniques que d’avoir agi avec une rigueur impitoyable contre tous ceux qui ne voulaient pas coopérer à l’unification sous l’égide du christianisme. C’était pour cela qu’il ne tolérait pas que l’on pût critiquer les massacres du grand empereur Charles ».64

    Adolf Hitler recevant une copie de l’épée de Karl der Große (Charlemagne) au 7ème congrès du Parti, le 10 septembre 1935.

    -*-

    [1] Voy. Johann Chapoutot, Hitler : l’homme providentiel qui ne croyait pas à la Providence, Parlement[s], Revue d’histoire politique, 2010/1 (n°13)

    [2] Saint Thomas d’Aquin, La somme théologique

    [3] Adolf Hitler, extrait de son discours du 4 juillet 1944 au Platterhof

    [4] Voy. Adrien Arcand, Le Christianisme a-t-il fait faillite ?

    [5] Discours du 14 octobre 1933 au Reichstag

    [6] Abel Bonnard, Pensées dans l’Action

    [7] Baldur von Schirach, dans un article du Völkischer Beobachter le 3 décembre 1936

    [8] Hans Schmidt, Tract du German American Political Action Comittee (GANPAC), décembre 1993

    [9] La gerbe des forces, pp.221-223

    [10] Alfred Freyberg, dans un article du Deutsche Allgemeine Zeitung le 26 janvier 1937

    [11] Discours du 30 janvier 1939 devant le Reichstag

    [12] Wilhelm Frick, Bulletin périodique de la presse allemande, n°450, p.28, col. A

    [13] La gerbe des forces, pp.224-225

    [14] Henry Jamet, dans un article intitulé « La bonne humeur allemande » de La Revue Hebdomadaire, le 10 septembre 1938

    [15] Cité par La Documentation Catholique, 6 juin 1936, col. 1433

    [16] Voy. The Guardian, 1er avril 1935, p.12

    [17] Voy. La Documentation Catholique, 6 juin 1936, col. 1435

    [18] Ibid., 6 juin 1936, col. 1411

    [19] Ibid., 5 décembre 1936, col. 1076

    [20] Voy. La Documentation Catholique, 22 août 1936, col. 278

    [21] Arthur W. Kitson dans une lettre adressée à Adrien Arcand

    [22] Courrier d’Adrien Arcand du 25 décembre 1965

    [23] Adrien Arcand, dans une lettre adressée au chanoine Panneton le 12 août 1966, résumant sa rencontre avec le Bund canado-allemand

    [24] Voy. Karl A. Hasselbalch, cité dans le Frankenpost, le 12 Mars 1947

    [25] Les Carnets du cardinal Baudrillart, 1939-1941

    [26] Austin App, A Straight Look at the Third Reich, p.44

    [27] Cardinal Bertram, dans une lettre du 12 décembre 1930, publiée dans La Documentation Catholique, t. XXV, 1931, col. 704-5

    [28] Ibid., t. XXIX, 1933, col. 1184

    [29] Rabbi Schlomo Aviner, L’Église chrétienne est en feu, faut-il s’en attrister ou s’en réjouir ?, Srugim, 16 avril 2019

    [30] Voy. David Irving, dans sa lettre du 2 décembre 1983 au rédacteur de The Jewish Chronicle

    [31] Au cœur du Troisième Reich, p.232

    [32] Cité par le général Gerhard Engel, repris in. revue Le choc du mois, n°17, avril 1989, p.43

    [33] Claude Nancy, Hitler contre Judas

    [34] Discours du 15 février 1933 à Stuttgart

    [35] Adolf Hitler, Principes d’action, p.117

    [36] Léon Degrelle, dans un article paru dans la revue Rebelle, n°2, automne 1984, réimprimé dans la Revue d’Histoire non-conformiste, pp.107-113

    [37] Adolf Hitler, extrait de son discours au congrès du NSDAP à Nuremberg du 6 septembre 1938

    [38] Léon Degrelle, dans une interview accordée à Jean Kapel, in. Histoire magazine, n°19, septembre 1981

    [39] Discours du 2 juillet 1936 dans la cathédrale de Quedlinbourg

    [40] Mémorandum du 28 juin 1937 intitulé « à tous les leaders SS à partir du Standartenführer »

    [41] Gunther d’Alquen, dans un article intitulé « D’estoc et de taille », du journal Das Schwarze Korps, en 1937

    [42] Handbuch der Religösen Gegenwartsfragen, 1937, p.535

    [43] La guerre inconnue, pp.41-42

    [44] Au cœur du Troisième Reich, pp.233-234

    [45] TMI, série rouge, supplément “B”, pp.1255-6

    [46] Ibid., p.1490

    [47] Cité par Timothy W. Ryback, Dans la bibliothèque privée d’Hitler, p.190

    [48] Hitler : Memoirs of a Confidant, p.280

    [49] Ibid., pp.140-141

    [50] Ibid., p.10

    [51] Ibid., p.277

    [52] Voy. TMI, XI, 468

    [53] Voy. Bulletin périodique de la presse allemande, n°440, dernière page, col. B

    [54] TMI, XI, 468

    [55] TMI, XI, 469

    [56] Marie-Laurence Haack, Revue Historique, n°673, 2015, pp.149-170

    [57] Discours du 12 septembre 1938 à Nuremberg

    [58] Voy. Cajus Fabricius, Positive Christianity in the Third Reich

    [59] Déclaration signée le 8 octobre 1928 à München, par J. Goebbels, H. Göring, W. Kube, R. Bultmann, et H. Kerrl

    [60] Goebbels Reden, 1932-1945, pp.274-276

    [61] Claude Nancy, Hitler contre Judas

    [62] Voy. Annexée au mémorandum n°95 du 4 mai 1937

    [63] Voy. Julius Streicher, TMI, XII, 315

    [64] Zwölf Jahre mit Hitler


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  • 10 commentaires




    Ouh qu'ils sont patients chez « Aryan France ! » | « Hitler était d’abord allemand et son seul but, son seul dessein, son seul souhait, était que l’Allemagne vengeât d’abord l’affront du traité de Versailles et que son peuple prenne ensuite la place qui lui revienne dans l’ordre de la civilisation, de la culture et de l’évolution de l’humanité, c.à.d la première. Cela dit, il eût été mieux de ne pas le faire en employant des méthodes de voyou, que Maurice Bardèche a déjà énumérées. » | L'auteur de Mein Kampf souhaitait une vengeance de l'Allemagne après le traité de Versailles, mais dans la politique du chancelier, je vois seulement la volonté de défaire les liens de ce traité – ce que voulaient même les Allemands les plus modérés ; comme vous n'êtes pas intentionaliste, Florian, je suis intrigué. Par ailleurs, n'ayant pas lu Bardèche (mais ayant lu Rassinier, politiquement opposé tant à Hitler qu'à Bardèche), je sollicite respectueusement un (pas dix, mais un, bien précis et bien choisi) exemple de méthode de voyou… | Pour moi Pie XI et Pie XII son clone n'étaient pas catholiques du tout. Entre saint Jean dans son Évangile (8 44) et Pie XI devant des pèlerins belges en 1938, il n'y a pas de l'écart de la maladresse mais celui de l'antichristianisme. D'ailleurs un homme que voys avez qualifié de « catholique » (au parcours typique des FF.·.) prêtait à Pie XII des confidences révélant qu'il avait bien voulu dans Mit brennender Sorge suggérer ce qu'il n'avait pas dit formellement. | « En même temps », ambiguité et serpentisme, déjà.


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    Ce n'est pas Aryan France, mais moi même qui écrit ça, pour ne pas tomber non plus dans l'hitlerolâtrie. Il ne servait à rien de séquestrer quasi l’entièreté de la population juive, s'attaquer seulement aux éléments troubles, juifs ou non aurait été amplement suffisant. Dire qu'un vrai Pape n'est pas catholique, lui dénier sa foi et son appartenance est d'une gravité sans nom...


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    J'ai bien vu que c'était vous qui disiez cela, Florian, et l'ai précisé (« comme vous n'êtes pas intentionaliste, Florian »). Oui, après la nuit de cristal quelques dizaines de milliers de Juifs ont été internés en camps de concentration, mais quelques dizaines de milliers (à moins qu'il ne s'agisse de votre part d'une référence à la guerre, ce qui me paraît hors de propos, et tombant sous le coup de la loi Fabius-Gayssot) sur quelques centaines de milliers, ce n'est pas « quasi l'entierté » ; tous furent relâchés avant la guerre selon des auteurs aussi peu suspects d'hitlérolâtrie qu'Hilberg (par exemple). Il s'agissait de chantage pour obtenir le payement d'une amende d'un milliard de marks (dont un quart pour les seuls Rothschild). Méthode de voyou, mais qu'en est-il alors des expulsions d'après-guerre et des viols, et de l'internement de civils en camps de concentration une fous le confilt passé ? Autant de méthodes à ma connaissance jamais dénoncées par Pie XII (je ne demande qu'à être détrompé, merci d'avance). Sinon le critère de défintion du voyou me semblera quelque peu élastique (vous avez sûrement lu Other Losses, de James Bacque). | « Dire qu'un vrai Pape n'est pas catholique, lui dénier sa foi et son appartenance est d'une gravité sans nom... » | La bonne blague, puisque venant d'un sédévacantiste ! De « Pie XII » à « Paul VI » ou « François 0 », seul change le calibre de l'hérésie à gober ici ! N'est pire aveugle ! La citation de « Pie XI » devant les pèlerins belges n'est pas de moi : on peut toujours prétendre que c'est de la « maladresse », et autant pour la Pachamama : j'appelle cela « rejet du christianisme ». Et saint Paul dit que c'est inadmissible, même d'un pape. Qui a dit : « gravité sans nom » ? | De même, c'est quelqu'un que vous avez qualifié de catholique, mais au typique parcours de F.·., qui a prêté à Pie XII les sentiments pour suggérer que ce que ne disait pas implicitement Mit brennender Sorge y était implicite. Et depuis quand un catholuque pratique-t-il l'ambiguité, le double sens ? la langue fourchue ? | Un certain agacement transparaît dans votre réponse, pour une fois dépourvue d'aménité. Si vous souhaitez que je m'abstienne de commenter, dites-le ; mon but n'est pas de vous importuner. Mais en l'absence de cette demande explicite, je commenterai encore. | En vous espérant les meilleurs sentiments,– J.


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    Et j'ajoute qu'entre l'internement de Juifs en camps de concentration et la prétendue « vengeance » du traité de Versailles, je ne vois pas le rapport (et suis étonné si Bardèche a fait un tel lien).


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    Gros lapsus, il fallait lire bien sûr : « … qui a prêté à Pie XII les sentiments pour suggérer que ce que ne disait pas EXPLICITEMENT Mit brennender Sorge y était implicite. » | Et avant tout, je souhaitais saluer ce remarquable article signé « Aryan France » : je le trouve fort impressionnant ; je crois connaître pas trop mal ce sujet, mais je serais bien incapable de faire le même travail, encore que tout ce que j'en ai vérifié donne entièrement raison à cet auteur. | Et merci à vous de l'avoir relayé.


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    Cette magnifique verve m'en voit ravi!


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    https://telegra.ph/Seconde-et-dernière-réponse-à--Aryan-France-02-25


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    Eh bien ! C'est une histoire quasi sans fin. ;)


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    Simple commentateur découvrant ce débat par cet article, je ne sais pas ce que va faire « Aryan France », mais je vois à redire à l'argumentaire de notre varan de Komodo. | Je n'ai pas lu toute la discussion, seulement l'article ci-dessus et la « seconde et dernière réponse » de « Komodo » mais l'appel de ce dernier au calme m'étonne : c'est lui je crois qui a passé le premier à la coprolalie, et la réplique qu'il a eue est donc honnête et on est moins du « pur ressentiment » qu'il voit chez autrui (in alio pediculum vides, in te ricinum non vides). Je rends hommage toutefois à ces mots : « Un vrai guerrier ne hait pas son ennemi ». Bravo. C'est même le comportement d'un homme, comme aussi d'assumer ses responsabilités. Et ne pas déchoir (par l'injure ordurière e. g.) Errare humanum est. Que celui qui n'a jamais… | « les Sémites dont les chrétiens font partie, même si, et encore plus dans le catholicisme, on trouve un certain nombre d'éléments aryens issues de l'héritage gréco-romain et germain » : incompréhensible. Est-on sèmite par la race ? Alors il n'y a aucun lien avec la religion. Par l'esprit ? Alors en quoi les chrétiens, qui ont tant à voir avec la Grèce et rappellent le Bouddha, seraient sémites ? Et dans ce cas, pourquoi ceux qui se réfèrent au dieu gaulois Teutatès, donc à la religion de Cernunnos et de Borvo, divintés hybrides vraisemblablement non européennes à l'origine, seraient « aryens » en suoi que ce soit ? Quant aux néo-païens, leurs maîtres ont collé sur la cabale, religion majoritaire des rabbins, des bribes aryennes (Wotan, Taranis…) pour attirer à la religion « noachique » ceux qui veulent que l'esprit soit, par la chair et le sang (!) divin. | L'accumulation d'une centaine de citations ne prouve rien : on en trouve des milliers chez Hilberg comme chez Faurisson. Ce n'est pas suffisant pour passer du mythe à la science. | « Nous tenons à préciser, en guise de conclusion à cette introduction, que bien que nous avons sorti un document d'une centaine de pages sur le sujet en juin dernier, celui-ci ne nous intéresse bien moins qu'avant - si ce n'est très peu. La raison de ce désintéressement est que nous voyons de plus en plus le fascisme — et sa forme allemande qu'est le national-socialisme —, comme une doctrine purement temporelle, comportant des éléments plébéiens et jacobins, dénouée de toute conception d'ordre supérieur, faite de compromis et dont la renaissance est illusoire. D'une manière générale, à ce jour, ce qui s'est passé historiquement le siècle dernier nous importe peu. » | Discuter longuement de ce qui intéresse peu et qu'on ne connaît ni ne comprend me paraît oiseux et garantit l'ignorance grave, donc l'erreur. | « notre but était de « démontrer […] que le fascisme italien comme le national-socialisme s’opposent ontologiquement au christianisme, mais aussi à l’ensemble des religions abrahamiques ». » Les religions « abrahamiques » sont un mythe F.·.M.·. ; les religions noachiques comprennent la F.·.M.·. et leurs disciples inconscients. | « qu'Hitler ait été chrétien ou non importe peu, ce serait comme dire que le “nietzschéisme” est compatible avec le christianisme puisque son théoricien a écrit des propos favorables sur la figure du Christ. » Comparaison aberrante et puérile : des points d'accord ne font pas une compatibilité ; en revanche, si un dirigeant est chrétien, nul ne peut sans mentir prétendre que son régime est incompatible avec le christianisme. | « Ce que l'on doit chercher c'est si le national-socialisme est compatible ou non avec le christianisme, ce qui dépasse la simple figure du “Führer”. Et cela implique d'aller étudier l'ensemble des acteurs du national-socialisme, dont les écrits de la SS, ceux des raciologues et de bien d'autres, ce que nous avons fait dans notre essai, et dont il serait inutile de refaire ici. » Absurde encore, comme la référence à la revue de la SS, condamnée par le régime pour ses attaques contre le christianisme ! Alors, que révèle cette condamnation du rapport de la SS du régime, sinon qu'elle lui était subordonnée et accessoire ? Et quelle est l'autorité de subordonnés ? Si la doctrine se définit d'après le chef, que valent des factotums de cinquième ordre ? Si elle se définit d'après la masse, pourquoi cacher la forêt derrière l'arbre ? C'est un fait : le régime n'avait pas de doctrine explicite, seulement un chef (dont Vincent Reynouard dit avoir démontré qu'il avait une doctrine, quoique implicite), et ce chef était chrétien (catholique). Il avait une masse, et cette masse était chrétienne (surtout protestante). Point final. | Le reste n'est que chicaneries : « Nous aurions dû préciser dans notre première réponse, que nous parlions du uniquement du christianisme, dont le christianisme primitif en est la forme la plus pure. Les peuples européens l'ayant adopté ont pris bien soin de le « paganiser » et ainsi de rompre avec la tradition des premiers chrétiens qui, par exemple, condamnaient la guerre en soi. » Et plus bas : « Nous avions dit plus haut que les premiers chrétiens — dont certains deviendront des Pères de l'Église et d'autres des Saints — condamnaient la guerre en soi, en voici quelques extraits piochés par nos soins : … » Toujours l'erreur de celui qui ne connaît pas et prend ce qui ne le contredit pas pour des preuves, et le périphérique pour le central. C'est entièrement faux : Jésus permettait qu'on fût soldat (si on s'abstenait d'exactions) donc depuis au moins saint Augustin l'Église a respecté le Christ ici. Même en commettant l'erreur de notre Varanus komodoensis on devrait conclure pourtant que le catholicisme réel est compatible avec un certain type de guerre, et si c'était la preuve de son « aryanisation » alors il faudrait le dire aryen sur ce point ! Ne pas l'avoir vu est pour le moins une preuve de pur aveuglement partisan, on l'espère, ou le résultat de l'atteinte de notre civilsation noachique sur la structure même des cervraux des nôtres, définitivement passés de la raison au mythe, er d'Aristote au totem (« teutatésien » ou autre). | « L'Occident a été bien plus grand et craint lorsqu'il fut uni sous la coupe de l'Imperium de l'Empire Romain, préservé de ce poison sémite qu'est le christianisme. » | Quel Occident ? L'empire romain était oriental et occidental, mondialusé, autant que les moyens du temps le permettaient, comme toutes les hégémonies. Il importa des esclaves, qui firent souche ; dès les Sèvères (193-235), alors que les chrétiens étaient dans les catacombes, il y eut des empereurs sémites, et païens ; ce fut l'un d'eux, Caracalla (racine identique à celle d'Allah : nom sémite de Dieu ; NB : les chrétiens disent Dieu, qui vient de Deus, qui serait une forme de Zeus : ὁ Ζεύς, τοῦ Διός) qui accorda la citoyenneté à tous les hommes libres, de la (Grande) Bretagne à la Jordanie, du Maghreb au Danube. Un autre, Philippe l'Arabe, fêta les mille ans de Rome. | Le siècle du déclin de l'empire fut le troisième : les chrétiens y étaient une minorité persécutée. Quant à Constantin, c'est un hors-sujet, ne pouvant viser qu'à l'objet immature de vexer autrui : des historiens chrétiens comme antichrétiens ou indifférents ont décrit Constantin tantôt comme sincère et tantôt comme comme calculateur – et après ? Puérile volonté de moquer autrui sans qu'il y ait la moindre conséquence dans la discussion. | « Décrire comment une religion si loin du “dieu patricien, celui des âmes fières qu'on prie debout et le front haut, non le patron des misérables, le consolateur des affligés, qu'on implore avec des larmes d'extase au pied du crucifix dans la défaite de tout son être”[2] du dieu de Celse » N'importe quoi : Celse ne croyait pas ! Et la religion païenne n'existe pas : il y avait une multitude de religions qui changèrent sans cesse. Et Thor protégeait les paysans contre les géants. Et les optimates et les patriciens sont deux choses opposées (comme le capitaliste et le chevalier). La religion romaine de la République et du Bas Empire assimilait les élites exogènes, qui devenaient citoyens et « nobiles » et l'unissait à l'élite gouvernant les prolétaires indigènes : ce que fait aussi le monde de Kalergi et d'Attali. Voilà ce que regretre le varan. La chute du christianisme a ramené le même mal : l'élitisme détruit les peuples. | « Nous nous contenterons d'évoquer le Code théodosien, qui montre que les chrétiens — tout en interdisant le paganisme — donnent des privilèges aux juifs. » On ose espérer que ce n'est qu'une parfaite ignorance : ce fut l'empire païen qui donna ces privilèges ; Théodose les limita. Et des mesures les compensèrent. Ahurissant. On est ébahi d'un tel degré d'ignorance. | « Nous ne nous appuyons pas sur la fameuse parabole de [Jésus] “tendre l'autre joue”. » Le sens n'en a manifestement pas été compris par notre Varanus komodonsis (reptile figé au temps antédiluvien du Carbonifère) : on a le droit d'être complètement ignorant d'une religion, mais alors on s'abstient de la juger. Merci. | « Les préceptes de la morale chrétienne, dans ce qu'elle peut avoir de meilleur, ont donc été enseignés par les païens avant eux. Même la critique de l'idolâtrie ne leur est pas propre, Héraclite dans ses Fragments a écrit : “Et ils font des prières à ces statues comme quelqu’un qui parlerait à des maisons, ne connaissant en rien ce que sont les dieux et les héros.”[4]. » Bravo : c'est très sage. Et ça prouve qu'une religion n'a pas de race, donc que toutes ces arguties sont puériles. (Ajoutons que les Celtes de la haute époque n'adoraient aucune image mais seulement la nature, au contraire des Celtes de la période pré-romaine). Dès lors, à quoi bon ces chicanes ? Vanité pure, sans conséquences aucune. | « En tout cas, lorsqu' “Aryan France” critique le néo-paganisme — que nous abhorrons aussi —, il montre bien qu'en dépit du titre qu'il a choisit “Pour en finir avec l’Ordre de Teutatès”, et des rumeurs qui lui sont parvenus, il n'a pas la moindre connaissance de ce que nous prônons par le biais de l'ODT. L'homme de paille semble être le fer de lance de notre contradicteur, lui permettant ainsi des longs hors-sujet qui viennent malheureusement obscurcir ses arguments les plus intéressants » Delirium tremens : soit c'est l'argument de l'homme de paille, et alors il est monstreusement illogique de prétendre qu'il y aurait méconnaissance ; soit c'est de l'ignorance, et ce ne peut alors pas être la tactique de l'homme de paille. Il faut choisir. | Je ne connais ni « Aryan France » ni l' « ordre de Teutatès » ; toutefois, quand un barbu en djellabah crie Allah akbar avec un couteau entre les mains, je le traite en djihadiste ; et quand on colporte des sornettes noachides et néo-païennes sur le christianisme (ou sur le national-socialisme), en se réclamant de Teutatès, j'appelle ça du néo-paganisme ; s'il y a une différence, je demande à la voir. C'est tout. | « Pour répondre à sa question “en quoi les positions philosophiques d’Adolf Hitler pouvaient-elles être contraires à la pensée de l’Église, qui elle, a toujours admis une hiérarchie dans l’humanité selon le niveau moral et celui de compétence ?”, elle se trouve dans l'encyclique Mit brennender Sorge susmentionné : “Quiconque identifie, dans une confusion panthéistique, Dieu et l’univers, abaissant Dieu aux dimensions du monde ou élevant le monde à celles de Dieu, n’est pas de ceux qui croient en Dieu” » La réponse est dans Une Encyclique singuliére, déjà cité : Pacelli (futur « Pie XII ») et « Pie XI » ont reconnu que Mit brennender Sorge ne visait justement pas Hitler (qui refusait la divinisation, rappelons-le ! encore ici la passive acceptation et le colportage reptile et primaire d'un mensonge noachique et néo-païen !) ni le N.S.D.A.P. dans son ensemble, mais seulementvune branche minoritaire : confusion à la fois de la partie avec le tout, et de l'essentiel avec l'accessoire. | Rappelons que la Palestine n'est pas un désert plat aux ignorants de toute géographie (au contraire d'une bonne part de la Germanie continentale antique), plate, horizontale, comme la Hollande ou la Belguque, qui a des oppidums pour uniques montagnes selon Brel) : on n'est pas ici dans la science, mais dans la pensée magique primitive. | « En tout cas, nous semble-t-il, après la mort, les chrétiens comme les hérétiques ne reviennent pas sur Terre, et la résurrection n'est pas celles des corps matériels mais spirituels. » C'est faux : Jésus enseignait la résurrectio des corps, et l'erreur de « Komodo » est celle que saint Augustin disait révèler une complète incapacité à échapper au matérialisme – qu'il dénonce ! | Quel malheur que ces êtres élevés sans spiritualité, qui veulent en trouver, er ne boivent, quoi qu'ils fassent, que cette eau de mer qui rend la soif plus brûlante encore. | Ils voudraient trouver un esprit, et ne le trouvent nulle part : ils ne voient même pas qu'ils confondent la chair et l'esprit, le sang et la pensée, et sont donc à jamais incapables de boire l'eau qui sauverait le naufragé. | La mer, la platitude sont un même mot : ce n'est pas pour rien.


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    Une traduction du fameux historien Edward Gibbon que j'ai copiée d'un commentire sur un site dissident (traduction apparemment originale et signée seulement de deux lettres) : « Sans répéter ce qu'on a déjà mentionné de la révérence des princes et gouverneurs romains pour le temple de Jérusalem, nous observerons seulement, que la destruction du temple et de la ville fut accompagnée et suivie de toutes les circonstances qui pouvaient exaspérer l'esprit des conquérants, et autoriser la persécution religieuse par les arguments de justice politique et de sécurité publique les plus plausibles. Depuis le règne de Néron [ 54/ 68] jusqu'à celui d'Antonin le Pieux [ 117/ 138], les Juifs dévoilèrent une féroce impatience de la domination romaine, qui de manière répétée se déchaîna dans les plus furieux massacres et insurrections. L'humanité se choque au récit des cruautés horribles qu'ils commirent dans les villes d'Égypte, de Chypre et de Cyrène, où ils résidaient en une amitié perfide avec les indigènes confiants [note : à Cyrène, ils massacrèrent 220.000 Grecs ; à Chypre, 240.000 ; en Égypte, une très grande multitude. Nombre de ces malheureuses victimes furent sciées en morceaux, selon un précédent auquel David avait donné la sanction de l'exemple. Les Juifs victorieux dévorèrent la chair, léchèrent le sang, et enroulèrent les entrailles comme des ceintures autour de leurs corps.] ; et nous sommes tentés d'applaudir les représailles sévères que les armes des légions exercèrent contre une race de fanatiques, dont la superstition affreuse et crédule semblait les rendre les implacables ennemis non seulement du gouvernement romain, mais du genre humain [note : sans répéter les récits bien connus de Flavius Josèphe, nous pouvons apprendre de Dion (livre LXIX page 1162) que dans la guerre d'Hadrien 580.000 Juifs furent passés au fil de l'épée, à côté d'un nombre sans bornes qui périrent par la famine, par la maladie, et par le feu.]. L'enthousiasme des Juifs s'appuyait sur l'opinion, qu'il leur était illégal de payer des taxes à un maître idolâtre ; et sur la promesse flatteuse, qu'ils tiraient de leurs antiques oracles, qu'un messie conquérant viendrait bientôt, destiné à briser leurs liens entraves et à élever les préférés du Ciel à l'empire de la Terre. Ce fut en s'annonçant lui-même comme leur libérateur longuement attendu, et en appelant tous les descendants d'Abraham à affirmer l'espoir d'Israël, que le fameux Bar-Kochba rassembla une armée formidable, avec laquelle il résista pendant deux ans à la puissance de l'empereur Hadrien [note : pour la secte des zélotes, voir Basnage, Histoire des Juifs, L I C 17 ; pour les caractéristiques du Messie selon les rabbins, L V C 11, 12, 13 ; pour les actions de Bar-Kochba, L VII C 12.]. Malgré ces provocations répétées, le ressentiment des princes romains expira après la victoire. Leurs inquiétudes ne se continuèrent pas non plus au-delà de la période de guerre et de danger. Par l'indulgence générale du polythéisme, et par le doux tempérament d'Antonin le Pieux, les Juifs furent restaurés dans leurs antiques privilèges, et une fois de plus obtinrent la permission de circoncire leurs enfants, avec cette confortable restriction, qu'ils ne conféreraient jamais à un prosélyte étranger cette marque distinctive de la race hébraïque [note : c'est à Modestinus, légiste romain (L VI Regularia) que nous devons une connaissance indépendante de l'édit d'Antonin. Voyez Casaubon Hist. August. p. 27.]. On permit aux restes nombreux de ce peuple, bien qu'ils fussent encore exclus de l'enceinte de Jérusalem, de former et de maintenir des établissements considérables à la fois en Italie et dans les provinces, d'accéder à la liberté de Rome, de savourer les honneurs municipaux, et d'obtenir en même temps une exemption des offices pesants et coûteux de la société. La modération ou la complaisance des Romains donna une sanction légale à la forme de police ecclésiastique qu'avait instituée la secte vaincue. Le partriarche, qui avait fixé sa résidence à Tibériade, reçut le pouvoir de nommer les clercs et assistants prêcheurs qui lui étaient subordonnés. Et de recevoir de ses frères dispersés une contribution annuelle [note : voyez Basnage, Histoire des Juifs, L.III C 2, 3. L'office de patriarche fut supprimé par Thédose le Jeune.] On édifiait fréquemment de nouvelles synagogues dans les principales villes de l'Empire ; et les festivités, qui étaient soit commandées par la loi mosaïque, soit exigées par les traditions des rabbins, étaient célébrées de la manière la plus solennelle et la plus publique [note : nous n'avons besoin que de mentionner Pourim, ou délivrance des Juifs de la rage de Haman, qui, jusqu'au règne de Théodose, était célébrée avec un triomphe insolent et une intempérance émeutière. Basnage, Histoire des Juifs, L VI C 17, L VIII C 6.]. Un si doux traitement insensiblement adoucit le tempérament dur des Juifs. Réveillés de leur rêve de prophétie et de conquête, ils adoptèrent le comportement de sujets paisibles et industrieux. Leur haine invétérée du genre humain, au lieu de s'enflammer en actes de sang et de violence, s'évapora en de moins dangereuses satisfactions. Ils embrassèrent toute occasion de surpasser les idolâtres dans le commerce ; et ils prononçaient des imprécations secrètes et ambiguës contre l'arrogant royaume d'Edom [note : selon le pseudo-Josèphe, Tsephon, petit-fils d'Esaü, mena en Italie l'armée d'Énéas, roi de Carthage. Une autre colonie d'Iduméens, fuyant l'épée de David, trouva refuge dans les dominions de Romulus. Pour ces raisons, ou d'autres de même consistance, les Juifs appliquèrent le nom d'Edom à l'empire romain.]. » | Et qu'on ne croit pas que ce fut sous l'empire seulement : sous la République, un personnage comme Cicéron dut plaider à voix basse, à Rome même, pat crainte de la diaspora judéenne. | Rien de tel n'exista sous la chrétienté, ou le sort des Juifs fut tout sauf dominant, là du moins où l'État s'appuyant sur l'Église avait quelque force. Prétendre, comme le fait le varan de Komodo, que l'empire romain païen (période impériale stricto sensu ou bien encore républicaine) n'aurait pas privilégié les Juifs au contraire du christianisme, c'est décrire la nuit en plein jour, et le jour en pleine nuit. C'est de la philosophie, de la supersition, bref : du Yuliush-Hewolisme (ça va mieux que julius-evolisme) ; ce n'est pas de l'histoire, mais un mythe de primitif. Evola, pas plus évolué qu'un reptile du carbonifère.


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