• Cinquième centenaire et vie synthétique de Josquin des Prés, un compositeur “renaissant” franco-flamand de renom !



    Instruire ses goyims est une vocation

  • Cet été nous allons fêter quelque chose d’autrement meilleur que le Très Discriminatoire « passeport vaccinal » de l’Union européenne, il s’agit du cinquième centenaire de la mort de Josquin Desprez (le 27 août 1521). Il fut une grande figure de la Renaissance musicale européenne qui a servi à la Chapelle Royale de Louis XI, à la Chapelle papale à Rome et d’autres. Comme nous allons le voir, il est encore difficile pour les historiens de sourcer les évènements de sa biographie.

    Nous lui devons 18 messes polyphoniques complètes, un Gloria, 4 Credo et 2 Sanctus, 2 Magnificat et 4 autres polyphonies de chants liturgiques, une bonne cinquantaine de motets (compositions vocales polyphoniques et religieuses) dont 34 motets en l’honneur de la Vierge Marie, et plus de 70 chansons profanes polyphoniques, sans compter les œuvres douteuses ou mésattribuées… la liste est longue et belle.

    Né Lebloitte, Desprez – probablement son simple surnom hérité de ses ancêtres , ou Josquin – le diminutif de Josse, le nom d’un saint Breton -, vit le jour quelque part dans le Hainaut (nord de la France), entre les terres du roi Louis XI et celles du duc de Bourgogne Philippe le Bon vers les années 1450.

    Diverses archives dans le nord laissent à penser que son père et son grand-père étaient policiers et officiaient d’ailleurs pour le duc de Bourgogne. Et alors que les états de services réguliers du grand-père de Josquin montrent un policier consciencieux et droit, ceux du père de notre compositeur laissent entrevoir un homme emporté et violent, qui fit même de la prison pour avoir verbalisé sans raison sur le sol français. Drôles d’ancêtres pour un musicien. Josquin avait de qui tenir, ne raconte-t-on pas qu’un jour, il s’emporta contre un chanteur qui interprétait une de ses compositions avec trop d’ornementation ?

    Le petit Josquin fut donc d’abord enfant de chœur, c’est-à-dire aussi petit chanteur, à la collégiale Saint-Géry de Cambrai, ou il reçut son payement en 1466. On ignore ensuite ses activités jusqu’à 1477, où on le retrouve en France, à la chapelle d’Aix-en-Provence du duc René d’Anjou. A la mort du duc d’Anjou, la chapelle de celui-ci fut alors transférée à la Sainte Chapelle de Paris, et Josquin y resta jusqu’à la mort du roi Louis XI en août 1483. On dit qu’il composa un motet pour ce dernier, Misericordias Domini in æternum cantabo sur un psaume que le roi aimait beaucoup et dont le verset « In te Domine speravi, non confundar in æternum » (En vous Seigneur j’ai espéré, je ne serais point confondu pour l’éternité) fut sur ses lèvres en mourant. Louis XI avait aussi été un roi très dévot à la sainte Vierge, puisqu’il institua la récitation de l’Angélus, qu’il ne manquait lui-même jamais, dans le Royaume de France.

    Le roi mort, Josquin, en 1483, retourna alors en février et mars dans le nord à Condé-sur-l’Escaut, réclamer l’héritage de son oncle et de sa tante, qui avaient probablement péri durant la guerre ayant opposé Louis XI au duc de Bourgogne. La France et la Bourgogne, ou plutôt l’empereur Frédéric III de Habsbourg à l’empire duquel la Bourgogne venait d’être rattachée, étaient alors en guerre depuis la mort du duc Charles le Téméraire en 1477 et ce jusqu’en 1483. Condé était juste en bordure du territoire impérial, et fut assiégée et prise par Louis XI en mai 1478. Mais juste un mois plus tard, sous la menace de l’armée de Maximilien de Habsbourg, les forces royales abandonnèrent Condé après avoir enfermé la population dans l’église et mis le feu à la ville.

    La même année 1483, Josquin Desprez débarque en Italie, à Milan, et entre au service du duc Antonio Sforza. Il est alors déjà connu comme un excellent compositeur et nombre d’œuvres copiées dans des manuscrits lui sont attribuées. A Milan, il compose son cycle de motets, le plus célèbre : Vultum tuum, sur des textes en l’honneur de la Vierge Marie (dont 1 Ave Maria) et destiné à être chanté durant la messe.

    En 1489, il rejoint la Chapelle Papale à Rome, jusqu’en 1494 sous les papes Innocent VIII et Alexandre VI, et un témoignage suggère qu’il alla même un temps à la cour de Hongrie. Il revint en France 1494 à au moins 1501, puisque des documents montrent sa présence à Cambrai en 1494 et deux visites à Troyes en décembre 1499 et en août 1501. On pense également qu’il resta quelques temps au service de Louis XII. Dans les années 1503-1504, il retourna en Italie à la cour de Ferrare, et la quitta en 1504 pour Condé-sur-l’Escaut, ou un document daté du 3 mai le mentionne comme l’un des quatre nouveaux chapelains pour le chapitre de la collégiale Notre-Dame. Alors centre musical actif, Condé supportait tout à fait la comparaison avec les autres villes du Nord, comme Cambrai ou Saint-Quentin.

    Josquin passa la reste de sa vie à Condé-sur-l’Escaut ou il fut prévôt de la collégiale Notre-Dame (la première dignité dans le collège de chanoines) et y fut inhumé dans le chœur. Celle-ci, après avoir été ravagée par les Huguenots durant les Guerres de Religion, a été détruite par le feu à la Révolution Française. Aujourd’hui, le lieu est un square planté d’arbres, et il n’y a plus trace de la tombe de Josquin, dont l’inscription fut découverte dans un manuscrit du XVIIe siècle recensant des inscriptions funéraires des Flandres, du Hainaut et du Brabant.

    « Chy gist Sîre Josse des pres
    Prevost de cheens fut iadis
    Priez Dieu pour les trepasses
    Qui leur donne son paradis
    Trepassa l’an 1521 le 27 d’aoust
    Spes mea semper fuisti »

    Auparavant, il s’était fait enregistrer comme étranger auprès des autorités pour s’affranchir des lois françaises en vigueur sur les héritages et disposer de sa maison, située sur la place du marché de Condé, comme il l’entendait. Il la légua à l’Église, pour un usage tout à fait particulier. Fondant en même temps une « Fondation du Salut » à laquelle servirait sans doute sa maison, il demanda que l’on fasse station devant celle-ci à toute les processions générales, que l’on mette le Saint-Sacrement sur une table sous une image de Notre-Dame accrochée au mur de la maison, et que l’on chante une de ses compositions. Cette composition, qu’on pense composée durant l’année à Ferrare en Italie, il la précise : ce sera son double-motet Pater Noster – Ave Maria. Deux prières indispensables de la vie chrétienne. On se rappellera qu’on ne peut pas comprendre Josquin, et à travers lui toute son époque, si on laisse de côté la dimension profondément religieuse de ces temps passés.

    Merci à Jacynthe Brochard pour ses notes d’étude.

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    Quelques notations :

    [1] La majorité des informations sont tirées de l’excellent article « Josquin (Lebloitte dit) des Prez, du New Grove  Dictionnary of Music and Musicians.

    [2] Kiraly P,  « Un séjour de Josquin des Prés a la cour de Hongrie? », Revue de Musicologie, 78, 1992, p. 145–50.

    [3] Pour l’hypothèse durant laquelle il resta à Cambrai de 1494 à 1498 voir David Fallows, Josquin, Brepols, 2011.

    [4]     Ibid. ; Rob Wegman, « Ockeghem, Brumel, Josquin : new documents in Troyes », EMc, 36, 2008.

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    Quelques compositions musicales :

    Le motet Ave Maria… virgo serena :

    Sans doute le plus connu et le plus étudié, les chercheurs américains se battent sur sa datation et son lieu de composition. Selon l’hypothèse la plus vraisemblable, il a été composé dans le Nord au début des années 1470.

    Un autre motet Ave Maria… benedicta tu :

    Un Inviolata à cinq voix :

    Une chanson sur un grillon espagnol : El Grillo :

    Plaine de Deuil, une autre chanson aux accents de tristesse :

     Petite Camusette :

    Une Spagna « à cinq voix », basse-danse de cour très populaire durant les XVe et XVIe siècles, jouée aux instruments à vents, ici interprétée par Jordi Savall et ses musiciens :

    Le fameux Pater Noster – Ave Maria du testament de Josquin :

    Le Liber generationis :

    Un tour de force musical que ce motet qui met en musique l’évangile de la généalogie de Jésus-Christ.

    Le motet Nunc dimittis :

    La missa (messe polyphonique – mise en musique de l’ordinaire de la messe).

    Hercules dux Ferrariæ :

    Messe composée pour le duc de Ferrare, Ercole d’Este.


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  • 1 commentaire




    Heureux de voir qu'il n'est pas publié de tous, malgré l'É.N., les journalistes et Hollywood réunis !


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