• John Milton, poète épique anglais



    Quand la Grande Bretagne accouchait du monde moderne.

  • Ce grand poète anglais, contemporain de peu de Shakespeare, était un puritain en opposition essentiellement avec l’anglicanisme. D’origine bourgeoise, il fut assez aisé. Il est surtout le dernier poète médiéval et le premier poète moderne. Il maîtrisait le latin, le grec (lisant les auteurs antiques dans le texte), l’hébreu et l’araméen. Ces faits à eux seuls permettent de déterminer que l’élitisme d’époque avait encore une raison légitime d’exister et était moins parasitaire. Milton n’était pas réactionnaire pour un sou (même si les siècles d’écarts nous font penser le contraire), il est de son temps et même très en avance sur son temps.

    Bien que jusqu’à l’époque victorienne, l’université menait nécessairement à l’état ecclésiastique, il y réchappa en continuant d’étudier. L’influence de Dante et de Pétrarque se ressent dans ses sonnets. De 1640 à 1660, sous Elizabeth 1ère, le conflit entre le Roi et les Parlements n’était pas réglé et ne faisait que s’aggraver. Il est un des rares à avoir réussi à combiner le puritanisme avec l’humanisme de la Renaissance : néoplatonisme, mythologie grecque et évangile sont omniprésents dans ses poèmes et raisonnements.

    Les mêmes questionnements et les mêmes anxiétés n’ont pas changé dans notre monde : l’idée d’abolition de la propriété privée, l’idéologie de la dignité humaine à l’image de Dieu, la liberté d’expression (défense des bons et des mauvais livres), de la liberté totale de divorcer (émancipation sur un coup de tête, sans même un encombrement juridique – sic) ou de couper librement la tête du Roi étaient toutes déjà pensées 150 ans avant la Révolution française.

    Ce type d’auteur doit également être connu, ne serait-ce que pour la culture générale et afin de mieux saisir le continuum historique. Ces variantes de protestants radicaux étaient violentes. La révolution anglaise et la Réforme auguraient déjà le monde libéral, capitaliste et contenaient même les germes d’un proto-communisme. Le XXe siècle – et plus encore le XXIe siècle – verra l’aboutissement de ces (faux) principes. On observe derechef que le protestantisme mène à une judaïsation mentale des chrétiens, car c’est une « religion » qui, tout en paraissant très surnaturaliste, se conforme au monde et à la dégénérescence de la modernité.

    Il est triste de voir cette île antifasciste maudite qu’est l’Angleterre (hérésies en tout genre, anti-nationalisme généralisé), soit tombée si bas depuis. Ce sera peut-être le premier pays d’Europe à succomber et à être rayé de la carte par manque démographique, absence de loi naturelle et de vraie foi. Bien que leur langue raffinée soit pompée vulgairement du français, les Britanniques avaient réussi à élever le reste de la culture européenne par la notion de gentleman, leur esthétique, l’omniprésence de l’aristocratie, etc.

    Ce personnage un peu torturé dans l’esprit, mais se basant sur les paroles d’Évangile, vous pouvez commencer à le découvrir dans l’émission ci-dessous de France culture, ou au travers de sa poésie la plus connue :

    « Les mêmes qui leur ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle. »

    John Milton, Paradis perdu (les citations).

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  • 2 commentaires




    Je connais de nom ce fort réputé auteur anglo-saxon. Quand je lis puritain, parlant hébreu et araméen, je subodore un cabaliste. Le titre de son œuvre la plus célèbre, Le Paradis perdu, va dans le même sens. Et quand je lis par vous qu'il fut influencé par Pétrarque et par Dante, ce fort indice supplémentaire renforce ma supposition. « On observe derechef que le protestantisme mène à une judaïsation mentale des chrétiens » Je citerai ici M. Vincent Peillon (Une Religion pour la république) : « Avec la Révolution, la Providence a fait sa part de l’œuvre, et c’est du côté humain qu’elle n’est pas encore accomplie … Ce thème du concours de l’homme à la création de Dieu fait jonction entre la kabbale juive, l’illuminisme et les philosophies de l’histoire républicaine … dès lors que, fondamentalement, l’admirable hérésie protestante conduit, comme la kabbale ou l’illuminisme, à considérer que l’action de Dieu exige d’être continuée par l’action de l’homme, que la créature est elle-même créatrice, que la révélation est devant nous, nous nous trouvons face à une anthropologie républicaine qui repose sur une disposition onto-théologico-politique spécifique. » | Paul Hazard avait bien expliqué (La Crise de la conscience européenne) que l'idéologie apparue à la Renaissance (un temps repoussée par la Contre-Réforme et le classicisme français, ajouterais-je) avait triomphé en France entre 1680 et 1715, grâce aux ouvrages imprimés en Hollande (une vraie conquête des esprits par la presse entre les mains du capital). L'assimilation, mensongère, de la foi à l'obscurantisme (grâce à Pierre Bayle et à la sottise maximaliste de ses maladroits contradicteurs) et de la monarchie absolue au despotisme effréné (par les livres venus de Hollande, dont l'écho se retrouva chez le F.·. Montesquieu, naïf passablement balourd) ruina le fondement de la société telle qu'elle avait existé pendant ce millénaire qu'on appelle Moyen Âge. La révolution fut admise implicitement avant d'être perpétrée. | Qu'on ne croie pas que les questions de gnosticisme ou de cabale seraient secondaires : elles sont cruciales. On peut tout lire mais jamais passivement ; on doit tout critiquer.


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    Le premier des douze livres de l'édition définitive (1674) de Paradise Lost, en anglais : https://www.poetryfoundation.org/poems/45718/paradise-lost-book-1-1674-version


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