• « Économie médiévale et société féodale » de Guillaume Travers (Extraits)



    Pour le rétablissement des corps intermédiaires contre le libéralo-marxisme.

  • « Après la chute de l’Empire romain d’Occident, l’Europe se rétrécit, livrée aux invasions, à l’insécurité, au délitement de ses institutions. Le féodalisme, mélange d’attachement à la terre et de serments liant les hommes, fut la réponse du Moyen Âge à l’effondrement, et la source d’un renouveau éblouissant : édification des cathédrales et essor urbain, financement des croisades et de la Reconquista. Les institutions féodales européennes – vassalité, corporations, interdit de l’usure, douanes intérieures, etc. – ont été caricaturées par les Modernes. Leur esprit est ici restitué : celui d’un monde de communautés plus que d’individus, subordonné à des valeurs spirituelles et guerrières plutôt qu’à des intérêts matériels. Entrer dans la société féodale, c’est donc trouver un contre-modèle au capitalisme libéral.»

    IVème de couverture, « Économie médiévale et société féodale. Un temps de renouveau pour l’Europe », Guillaume Travers, La Nouvelle Librairie Éditions, coll. Longue Mémoire, 2020, 72 p.

    Longtemps avant la fondation de ce site, nous défendions déjà l’idée d’un retour nécéssaire à une organicité corporative, cela faisait déjà partie de nos fibres et constituait une de nos marques de fabrique. Nous avons toujours témoigné un grand attachement à ce grand projet de rénovation : qui était, qui est et qui sera encore d’actualité demain, contre les destructions opérées par la loi d’Isaac Le Chapelier datant du 14 juin 1791.

    Nombre de nos malheurs viennent de cette absence, de ce vide inique. Il est urgent de réactiver ce corps primordial, en l’actualisant, et selon les besoins de l’époque moderne, certes. C’est ce que propose ce billet, dont la lecture devrait être une félicité pour nombre de nos internautes.

    Ce paquet de passages clefs, tirés du fascicule susmentionné, vous permettront d’avoir une culture minimale, permettant de saisir les différents contextes, le fil de notre histoire et ses évolutions sociales et sociétales à travers l’Europe  (de l’Antiquité à la période contemporaine en passant par le Haut-Moyen Âge, le Moyen Âge – surtout -, ainsi que la Renaissance).

    PS. Nous regrettons seulement que l’auteur, dans les extraits soumis ci-dessous comme dans la brochure concernée, ait omis de bien distinguer ce qui est proprement romain : vie urbaine, droit écrit, État et autorité étatique unique qui ne souffre pas des contre-pouvoirs (cette culture hostile aux villes est d’ailleurs très marquée dans les pays germaniques).

    -*-

    « Contre le déploiement des seuls intérêts individuels, l’économie médiévale donne à voir un ordre tout entier subordonné au bien commun, défini comme le bien d’une communauté particulière. L’économie médiévale ne jouit d’aucune autonomie ; selon la formule de Karl Polanyi [La grande transformation, Gallimard, 2009], elle est « encastrée » dans des relations communautaires qui reflètent une vision organique de l’ordre social. (…)

    La fondation de royaumes barbares, à partir du Ve siècle, par des peuples d’origine germanique – Franc, Vandales, Wisigoths, Ostrogoths, etc. – est une source tant de morcellement territorial que de valeurs nouvelles. Cependant, ainsi que la montré Henri Pirenne, l’irruption des Barbares ne modifie pas fondamentalement l’équilibre économique du continent : comme sous l’Empire romain, le centre de gravité des flux commerciaux demeurent la Méditerranée. Un changement brusque se produit en revanche au VIIe siècle, avec l’essor rapide de l’islam, qui conquière en un siècle une large part du pourtour méditerranéen (nord de l’Afrique, Espagne, mer Tyrrhénienne). Les conséquences sont immenses : de centre des échanges, la Méditerranée devient, sinon une barrière fermée au commerce, du moins une périphérie peu sûre. Pour l’Europe, il en résulte un changement du centre de gravité : celui-ci n’est plus la mare nostrum des Romains, mais le nord de l’Europe. Clovis fait de Paris la capitale du royaume franc, Charlemagne élit Aix-la-Chapelle comme capitale de l’Empire, où les empereurs du Saint Empire romain germanique, à partir d’Otton 1er, continueront d’être couronnés jusqu’au XVIe siècle. Ce basculement vers le nord a une autre implication : là où l’économie antique reposait sur un important commerce maritime, l’économie médiévale sera fondée sur la terre. (…)

    Durant le haut Moyen Âge, jusqu’au Xe siècle, les villes perdent toute signification économique et ne demeurent parfois, considérablement amoindries, que comme résidences des évêques et centres de l’administration diocésaine. Il en découle un autre caractère majeure de l’économie médiévale : celle-ci sera essentiellement rurale, là où la civilisation romaine était avant tout urbaine. (…) Au Moyen Âge, est puissant celui qui contrôle la terre, non des richesses monétaires (…)

    La mise en place des institutions féodales répond à un intense besoin de sécurité, consécutif à l’effondrement des institutions de l’Empire romain. Pour la population européenne, du IVe au Xe siècle, la crainte de l’insécurité est constante, notamment du fait de l’avancée musulmane jusqu’au VIIIe siècle (bataille de Poitiers en 732) et des raids vikings jusque dans la première moitié du Xe siècle. (…)

    Chacun cherche la sécurité à un niveau plus local, plus proche, de sorte qu’il en résulte un remodelage progressif des rapports de protection et de subordination, une fragmentation de la souveraineté qui est peu à peu appropriée par une aristocratie locale. (…) Ainsi que la noté Edward P. Thompson [The Moral Economy of the English Crowd in the Eighteenth Century, 1991], « le concept central de la coutume féodale n’est pas celui de propriété, mais d’obligations réciproques. » (…)

    La territorialisation de l’économie se manifeste aussi par l’émergence de villages (puis de communes…), qui encadrent la vie des communautés organiques. (…) Les fêtes sont communautaires, et les morts jouent un rôle important : par contraste avec l’Antiquité, les morts sont enterrés dans le centre des villages. Les cimetières paroissiaux, adjacents aux églises, sont des lieux de vie collective, en lesquels l’unité du groupe villageois se manifeste. (…)

    L’idée impériale – comme manière d’organiser l’unité dans la diversité – n’a jamais complètement disparu en Europe, ainsi qu’en témoignent l’expérience carolingienne d’avant le traité de Verdun (843) et celle du Saint Empire romain germanique à partir du Xe siècle. Par ailleurs, l’Église joue indéniablement un rôle unificateur. Elle est, dans une large mesure, la garante de l’unité du système féodal. (…)

    Les échanges non-monétaires caractéristiques du féodalisme sont personnels et concrets : ils lient entre eux des hommes particuliers et des lignées spécifiques. (…) La rareté de la monnaie – comprise dans sa fonction d’intermédiaire des échanges – limite l’étendue des rangés commerciaux. (…)

    À partir du XVIe siècle, l’afflux d’or sud-américain, à la suite des grandes découvertes, contribuera à affaiblir encore davantage les structures féodales, dont certaines persisteront jusqu’à la Révolution française.

    L’économie médiévale se caractérise enfin par un esprit spécifique : le refus de valoriser la monnaie pour elle-même, et la réticence à l’idée de profit. (…) Le Moyen Âge perpétue la vision, héritée des peuples indo-européens, d’un ordre social organisé autour de trois fonctions: une fonction sacerdotale (relative au sacré), une deuxième fonction guerrière, et une troisième fonction « économique », relative à la production et à la fécondité. [Le « oratores, bellatores, laboratores » perdurera jusqu’en 1789] (…) Ainsi, les figures tutélaires du Moyen Âge sont le saint… et le chevalier…, non le riche. Toute la littérature médiévale témoigne de cet imaginaire, depuis les écrits religieux (Cantilène de sainte Eulalie, vers 880) jusqu’aux chansons de geste (Chanson de Roland, XIe siècle) et aux romans de chevalerie (Perceval ou le Conte du Graal, XIIe siècle). (…) Ces trois ordres ne sont pas pensés sur le mode de l’opposition, mais de la complémentarité : chacun a résolument besoin des deux autres, 1) pour son salut, 2) sa sécurité, 3) et ses besoins quotidiens. (…) L’homme n’est pas défini par ce qui le distingue des autres (individualisme) mais par ce qui le relie aux autres (holisme).

    L’Église a joué un rôle fondamental dans la condamnation de la richesse pour elle-même. (…) Cette condamnation est sans cesse rappelée dans les textes, depuis Isidore de Séville (Étymologies, VIIe siècle) jusqu’à Dante (La Divine Comédie, XIVe siècle), comme dans l’imagerie : une représentation courante est celle du riche portant à son cou une bourse qui l’entraîne en enfer. (…)

    L’enrichissement au XIIIe siècle entraine l’adoption des lois somptuaires, qui limitent la consommation des biens luxueux. Par exemple, en 1294, Philippe Lebel interdit aux bourgeois le port de certains objets en or, de fourrures, de pierres précieuses, etc. [Sans jamais interdire le prêt en soi, mais l’usure, qui rompt l’équilibre social.] (…)

    Au Moyen Âge, la prison joue un rôle absolument secondaire ; la peine non-corporelle la plus rude est le bannissement, c’est-à-dire l’exclusion de la communauté. (…)

    Le « juste prix » dans la pensée médiévale est celui qui introduit une forme de justice, d’équilibre, dans les relations sociales ; il est donc nécessairement lié à une conception relationnelle de l’homme, et à une vision du bien commun. (…)

    Dans chaque ville, avec des variantes régionales, la communauté des artisans ou des marchands est à l’origine d’une réglementation stricte de l’activité économique, et encadre la concurrence. Hors d’une corporation, il n’est généralement pas possible d’exercer un métier particulier. Les communautés de métiers sont un phénomène essentiellement urbain, et apparaissent avec la croissance des villes dès le XIIe siècle, mais sont mieux connues à partir du XIIIe siècle (notamment par Le livre des métiers, d’Étienne Boileau, vers 1268). (…)

    Les corporations ont ceci de typiquement féodal qu’elles résultent historiquement d’un processus d’auto-organisation des métiers. Ce processus est reconnu et sanctuarisé par l’autorité politique (seigneur) : le mot même de « corporation », en termes juridiques, fait référence à l’existence d’un « corps » constitué, qui dispose de « libertés » (capacité à s’auto-organiser et à juger de certaines affaires), en contreparties de devoirs vis-à-vis de la communauté. Par exemple, la corporation veille scrupuleusement à la qualité des biens produits. Elle n’est pas indépendante du corps politique, mais en est un composant fonctionnel. (…) Chaque corporation a son saint patron, ses propres fêtes (ce qui explique que les juifs et les musulmans en sont exclus). (…)

    Les corporations ont ceci de médiéval qu’elles visent avant tout la stabilité des métiers et de l’ordre social, plutôt qu’une accumulation sans fin de profits. Nombre de leurs activités ne sont pas réductibles à une logique marchande ; par exemple, l’apprentissage y est gratuit.

    De nombreuses descriptions caricaturales des corporations ont été faites à partir du XVIIIe siècle : on n’y a plus vu que des monopoles fermés protégeant leurs intérêts. Il ne s’agit pas là d’une description juste des corporations durant la majeure partie du Moyen Âge. (…)

    Contrairement à une idée reçue, les corporations ont, au fil des siècles, intégré nombre d’innovations techniques, ainsi que l’a montré Steven Epstein. Si le système corporatif a été dénaturé au fil des siècles, au point de susciter des abus intolérables, c’est moins en raison de ses faiblesses internes qu’à la suite d’interventions royales qui en ont progressivement altéré le fonctionnement. (…)

    Le prêteur à intérêt n’enfreint pas seulement un principe religieux, mais une règle de vie en communauté. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le prêt a intérêt fut presque toujours le fait de minorités extérieures aux communautés dominantes (Juifs, Lombards). (…)

    Une question essentielle est de savoir si ce dynamisme [corporations] – qui a notamment permis de financer les croisades, la Reconquista et la construction de cathédrales – est une produit des structures féodales, ou s’est fait contre elles [évidement, ça s’est fait avec elles !]. (…)

    Dès les Xe-XIe siècles, il y a tout d’abord une reprise du commerce à longue distance, notamment en Méditerranée, avec le développement des ports comme Venise ou Gènes, et dans la mer du Nord et la mer Baltique, autour des villes comme Bruges. (…)

    Alors que les usuriers – condamnés durant tout le Moyen Âge – sont relégués en périphérie des villes, les foires et le commerce prennent place en leur cœur. Dans la géographie des villes, la place du marché est centrale, proche de l’hôtel de ville et de l’église. (…)

    Le « droit des marchands » est un droit dont l’application est limitée : ses principes le distinguent du droit civil (…), et ne déteignent pas sur lui. Enfin, si le marchand est toléré, son relatif déracinement est toujours suspect. (…)

    L’installation dans les villes est le fait d’artisans et de marchands, dont la capacité à vivre suppose des échanges commerciaux suffisants. La ville va ainsi devenir le lieu d’une nouvelle classe sociale, la « bourgeoisie », qui doit son nom au milieu urbain qu’elle occupe : burg désigne alors le lieu fortifié, la place forte, et burgensis celui qui habite. Progressivement, s’affirme un « mouvement communal », par lequel les villes s’organisent en « communes », et accèdent à une forme d’autonomie : les « libertés municipales ». (…) Les communes peuvent lever des taxes, édicter des réglementations commerciales, construire des infrastructures, etc. (…) Par le mouvement communal, les bourgeois affirment leur existence non en tant qu’individus, mais en tant que communauté. (…) Ce qu’obtiennent les bourgeois n’est pas alors la « liberté » (au singulier) abstraite des Modernes (…) mais l’une des nombreuses libertés (au pluriel) concrètes qui caractérisent la période médiévale. (…) Un « bourgeois » est toujours d’une ville particulière, donc d’une communauté ayant ses propres règles et sa fierté. (…) Des règles strictes fixent les jours ouvrables et les jours chômés, qui sont nombreux. La « police des marchés » veille à ce que des intermédiaires ne s’enrichissent pas de manière indue au détriment des besoins de la commune. (…)

    Sans souscrire à la totalité de l’analyse marxiste (qui insiste beaucoup trop sur les oppositions au sein de la société féodale, et échoue donc à comprendre son caractère organique), la thèse du capitalisme médiéval nous semble peu recevable. (…) Si le capitalisme est un esprit – une relation purement marchande au monde, la volonté de maximiser rationnellement les intérêts et les profits individuels -, alors il n’est guère douteux que le Moyen Âge n’est pas capitaliste [au contraire, il l’ignore plutôt !]. (..)

    Le capitalisme, dont nous avons vu qu’il n’est pas un fait médiéval, prend son essor à l’époque moderne par un certain nombre de ruptures nettes d’avec avec le féodalisme. (…) La centralisation monarchique (puis étatique)  et l’expansion du domaine marchand sous l’impulsion du libéralisme. Concernant la centralisation, elle est le fruit d’un long processus, bien antérieur à la Révolution française, et dont on peu, dans le cas français, dater l’accélération du règne de Philippe Lebel (1285 à 1314) [un pré-souverainisme souvent en réaction au Saint Empire et au Vatican]. Celui-ci régularise une véritable administration des finances du royaume, et commence à sentir le besoin d’une armée permanente. Mais la centralisation procède de manière décisive par l’affirmation d’un droit royal, contre la conception arbitrale du droit féodal. Les légistes royaux mettent par écrit les coutumes, en même temps qu’ils redécouvrent le droit romain. Il en résulte un changement considérable : là où le droit féodal est local, coutumier, et circonscrit à la seigneurie, le droit des légistes est plus abstrait et commence à apparaître comme le fruit de principes théoriques. (…) Aussi bien les communes que les seigneuries seront affaiblies au fur et à mesure que le droit, la fiscalité et l’armée deviennent des prérogatives royales. Le fonctionnaire prend le pas sur le châtelain. L’État sera néanmoins dégagé de la féodalité qu’avec la Révolution française, qui achève définitivement les corps intermédiaires qui faisaient écran entre l’individu et l’État. (…)

    La France, qui mène ce mouvement, vient à être considérer comme une entreprise dont il faut maximiser les produits. C’est alors qu’en Europe s’affirment les frontières nationales, qui avaient été absentes durant la période médiévale, laquelle ne connaissait que les frontières locales et provinciales au sein d’un continent majoritairement uni par l’Église. La théorie économique qui découle de cette montée en puissance de l’État entrepreneur est le mercantilisme, et est illustrée par des hommes tels que Colbert au XVIIe siècle. (…)

    De nombreuses fonctions qui étaient électives deviennent héréditaires et monnayables. Certains métiers rachètent leur liberté, mais à un prix élevé, qui ne peut être que payé qu’en renseignant davantage encore l’accès aux corporations ou en le rendant héréditaire. Celles-ci, autrefois fondées sur l’excellence artisanale, se renferment et perdent leur sens [tout en augmentant l’impôt et créant un marché national]. (…)

    Dans ce processus, il y a convergence des intérêts royaux et des intérêts bourgeois – centralisation et extension du marché vont de pair – contre les intérêts du petit peuple et ceux des féodaux. (…) On parle de « bourgeois du roi », qui sont inscrits dans une ville mais dont les obligations de résidence sont réduites (…). Le bourgeois apparaît comme un être de plus en plus déraciné, se sépare peu à peu de la communauté urbaine. (…) [et de surcroît] La bourgeoise remplace progressivement les féodaux dans l’entourage du roi, et commence à jouer un rôle politique. (…) Des pressions bourgeoises apparaissent là vénalité des charges et la noblesse de robe, qui dénaturent profondément le féodalisme : il devient alors possible d’être noble parce que l’on est richesse, sans plus jouer aucun rôle militaire [la notion de noblesse d’épée, de bonne moisson du temps des croisades, est enterrée]. (…)

    Pour sortir complètement de l’économie médiévale, une dernière étape était nécessaire : l’essor de l’individualisme. (…) L’homme n’est plus défini par une appartenance nécessaire à certains corps, mais est pensé comme préexistant à tout corps social. Cette philosophie est avant tout portée par la classe bourgeoisie ; après s’être détaché de sa ville pour s’attacher au roi, le bourgeois se détache du roi pour ne plus s’attacher qu’à lui-même. (…)

    Il est habituel de marquer la fin du Moyen Âge soir par la chute de l’Empire romain d’Orient (prise de Constantinople par les troupes ottomanes en 1453), soit par la « découverte » du continent américain par Christophe Colomb en 1492. La Renaissance des XVe et XVIe siècles marquerait ensuite une rupture radicale. (…) [nonobstant] Comme le note Jacques Le Goff, la Renaissance est un thème spécifiquement médiéval et non moderne : « Loin de marquer la fin du Moyen Âge, la Renaissance – les Renaissances – est un phénomène caractéristique d’une longue période médiévale, d’un Moyen Âge toujours en quête d’une autorité dans le passé [redécouverte de l’Antiquité], d’un âge d’or en arrière ». Ainsi parle-t-on de « renaissance carolingienne », de « renaissance du XIIe siècle ». (…) La thèse du « long Moyen Âge » a pour atout de faire saisir le changement radical que constituent, dans l’ordre portique et économique, la modernité et le capitalisme [incarnés par un Adam Smith par exemple. Ici est rejetée la thèse dudit « capitalisme médiéval »].

    La naissance de la sociologie, toujours au XIXe siècle, procède d’une tentative pour appréhender les conséquences de la subversion de l’ordre social prémoderne par les seuls intérêts individuels, ainsi que la montré Robert Nisbet (La Tradition sociologique) [opposition entre solidarité mécanique et solidarité organique, entre communauté et société]. (…) En termes contemporains, l’économie médiévale peut-être une source d’inspiration pour penser le localisme, de nouvelles formes de protectionnisme à l’échelle des petites patries charnelles. »


  • Vous avez aimé cet article ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !

    [Sassy_Social_Share]

  • 2 commentaires




    […] un des types de très haute valeur que nous avons avec Guillaume Travers, connu pour son fascicule sur l’économie féodale. C’est un authentique « fasciste » au sens où nous l’entendons : ultra-moderne et […]


    Répondre

    […] « Économie médiévale et société féodale » de Guillaume Travers (Extraits) […]


    Répondre