• Du travestissement de la nature par le surnaturalisme



    Enseignements magistériels sur foi et philosophie.

  • « Un surnaturalisme, qui s’écarte, et surtout écarte la religion, des nécessités et des devoirs économiques et politiques, comme s’ils ne concernaient pas le chrétien et le catholique, est chose malsaine, étrangère à la pensée de l’Église. »

    Pie XII, discours aux participants au congrès international de « Pax Christi », 13 septembre 1952.

    Si le surnaturalisme signifiait uniquement le traitement des vérités d’ordre surnaturelle il n’y aurait pas de conflit, c’est lorsque l’on utilise le surnaturel pour mieux nier ou détruire la nature que l’on se trompe gravement.

    L’homme est nécessairement un animal politique et économique (Aristote), et la religion ne s’oppose pas à cette nécessité. Le fond de ce surnaturalisme est d’abord le refus d’assumer pleinement la nature pour ce qu’elle est concrètement, réellement. De facto, son adepte, rend toute vie surnaturelle impossible, car la surnature n’a nulle part alors où se greffer. Il faut une nature saine avant de pouvoir mettre la foi chez un homme, à l’image d’un beau vase spirituel.

    C’est aussi la fuite de leur devoir d’État qui les caractérise. Or, une mère de famille élevant chrétiennement et naturellement ses enfants, participe positivement à la vie de la Cité, à la Res Publica. Un père qui accomplit son devoir d’état et s’intéresse à la vie publique dans la mesure de ses compétences (vie locale en premier lieu, sauf pour l’homme politique public), participe aussi positivement à cette vie organique.

    En revanche, prétendre avoir un avis éclairé sur tout et vouloir l’imposer aux autres, même là où l’on n’a aucune compétence, n’est pas participer au bien de la chose publique, c’est agir contrairement à la nature même des choses (ce que font les hooligans mentaux et les complotistes aigus).

    Ce n’est pas Joseph Mérel qui a inventé ce concept anti-surnaturaliste (bien étayé dans Paganisme versus christianisme), il était déjà au cœur des discussions sur la “Nouvelle théologie” des modernistes et sur la “Nouvelle Chrétienté” de Jacques Maritain. Marcel de Corte utilisait déjà le terme de “surnaturalisme” pour attaquer cette mouvance.

    Cela est d’actualité, car le fidéïsme est un travers fort répandu en milieu tradi (ce qui permet de se trouver un refuge facile sans affronter les difficultés de la vie), or il est à dénoncer avec force :

    « Le grand progrès des sciences naturelles, qui devrait servir uniquement à exalter la sagesse du Créateur et améliorer la condition des hommes, est, au contraire, pour quelques-uns, l’occasion de produire des théories hardies, sans fondements solides, qui sont mises en avant par les intelligences inexpérimentées et imprudentes. On parle, en particulier, de l’origine de l’homme, le faisant provenir, sans plus, de l’animal, sans tenir compte des exigences plus certaines de la philosophie et de la théologie, exigences rappelées pourtant par le Saint-Père, dans le discours qu’il prononça il y a peu d’années, devant l’Académie Pontificale des Sciences ; on met en doute la descendance de tous les hommes d’Adam et d’Eve, faisant naître aussi des doutes sur l’élévation surnaturelle de l’homme, sur le péché originel et sa transmission ; ou bien, tombant dans l’extrême opposé, on propage un certain surnaturalisme qui méprise tous les dons dont le Seigneur doua notre nature : l’éthique rationnelle, la philosophie proprement dite et le droit naturel lui-même que le Souverain Pontife affirma de nouveau, récemment, en recevant les membres de la Rote Romaine. D’autres, favorisant les diverses formes du relativisme, s’expriment de façon à mettre en danger l’immutabilité du dogme. Qui ne voit l’urgence de protéger contre de semblables tendances les jeunes clercs, encore incapables de discerner par eux-mêmes les erreurs cachées sous des apparences d’un pur zèle et sous le voile d’une forme brillante. »

    Lettre de la Sacrée Congrégation des séminaires à l’épiscopat du Brésil, 7 mars 1950.

    « Vouloir tirer une ligne de séparation entre la religion et la vie, entre le surnaturel et le naturel, entre l’Église et le monde, comme si l’une n’avait rien à faire avec l’autre, comme si les droits de Dieu ne s’appliquaient pas à toute la réalité multiforme de la vie quotidienne, humaine et sociale, est parfaitement contraire à la pensée chrétienne, et nettement antichrétien. Par conséquent, plus les puissances de ténèbres accentuent leur pression, plus elles s’efforcent de bannir l’Église et la religion du monde et de la vie, plus il est nécessaire que l’Église elle-même s’emploie avec ténacité et persévérance à reconquérir et à soumettre tous les domaines de la vie et de l’activité humaines à l’empire bienfaisant du Christ, afin que son esprit y souffle plus largement, que sa loi y règne plus souverainement, que son amour y triomphe plus victorieusement. Voilà ce que l’on doit entendre par le règne du Christ.
    Ce devoir de l’Église est bien ardu ; mais ils ne seraient que des déserteurs inconscients ou illusionnés, ceux qui, au nom d’un surnaturalisme mal compris, voudraient enfermer l’Église dans le domaine « purement religieux », comme ils disent, faisant ainsi le jeu de ses adversaires. 
    Contre de tels courants, vous réagissez courageusement, comme l’exige notre époque. Nous avons pris connaissance avec satisfaction de votre programme de formation, de vos travaux, de vos succès. Nous rendons hommage à votre ardeur et à votre activité et Nous appelons sur vous la plénitude de la force et de la grâce du Christ. »

    Pie XII, Discours aux groupes de « Renaissance Chrétienne », 22 janvier 1947.

    « Encore qu’il soit triste de noter que la présente scission de la famille humaine s’est produite à l’origine entre hommes qui connaissaient et adoraient le même Sauveur Jésus-Christ, il Nous paraît néanmoins justifié d’avoir confiance qu’en ce Nom même on puisse encore jeter un pont de paix entre les rives opposées et rétablir le lien commun douloureusement brisé.
    On espère, en effet, que la coexistence actuelle rapproche de la paix l’humanité. Mais pour légitimer cette attente, il doit s’agir en quelque mesure d’une coexistence dans la vérité. On ne peut toutefois construire dans la vérité un pont entre ces deux mondes séparés, si ce n’est en s’appuyant sur les hommes qui vivent de part et d’autre et non pas sur les régimes ou systèmes sociaux. En effet, tandis que l’une des deux parties s’efforce encore dans une large mesure, consciemment ou non, de préserver le droit naturel, le système en vigueur dans l’autre s’est complètement détaché de cette base. Qu’un surnaturalisme unilatéral ne veuille point faire cas de semblable attitude sous prétexte que nous vivons dans le monde de la rédemption et sommes soustraits de ce fait à l’ordre de la nature ; ou bien qu’on prétende reconnaître comme « vérité historique » le caractère collectiviste de ce système, en ce sens qu’il correspond lui aussi au vouloir divin : ce sont là erreurs auxquelles un catholique ne peut en aucun cas souscrire. La voie droite est tout autre. Dans les deux camps ils sont millions ceux qui ont conservé, d’une façon plus ou moins vive, l’empreinte du Christ : ils devraient, au même titre que les croyants fidèles et fervents, être appelés à travailler ensemble pour rénover la base d’unité de la famille humaine. Il est vrai que, dans l’une des parties, la voix des hommes, qui sont résolument pour la vérité, pour l’amour, pour l’esprit, est étouffée par la pression des pouvoirs publics, et que, de l’autre côté, il y a trop de timidité à proclamer bien haut les bons désirs. Mais c’est le devoir de la politique d’unification d’encourager les uns et de se faire l’écho des autres. Surtout du côté où ce n’est pas un délit de s’opposer à l’erreur, les hommes d’État devraient posséder une plus grande confiance en eux-mêmes ; et ils devraient montrer aux autres un plus ferme courage pour dénoncer les menées des forces obscures qui tendent encore à instaurer des hégémonies de puissance, et une sagesse plus active pour conserver et accroître les rangs des hommes de bonne volonté — et d’abord des croyants en Dieu — que la cause de la paix compte partout en grand nombre. »

    Pie XII, Radio-message de Noël, 24 décembre 1954.


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  • 2 commentaires




    […] Lire aussi notre billet contre le surnaturalisme (sophisme/hérésie qui rejoint le naturalisme dans certaines conclusions comme dans l’idée qu’un magique « Grand Monarque » vienne rétablir le temporel – Royaume de France – ici-bas). […]


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    […] qu’il y eut un accommodement ou une influence de la culture européenne d’alors (réalisme, surpassement, ordre naturel…) – saint Jérôme ne s’accusait-il pas d’avoir un attachement trop grand envers […]


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