• Pour bien comprendre ce qu’est l’universalisme français (David Veysseyre)



    Humanisme et universalité à la française.

  • 3 travaux en particulier :

    • Introduction à l’analyse des textes classiques – 5 avril 2017 – de Georges Forestier.
    • Manuel illustré d’histoire de la littérature Française – G. Lanson & P. Tuffrau.
    • Manuel de l’Histoire de la Littérature Française de Ferdinand Brunetiere.

    « Pour bien comprendre ce qu’est l’universalisme français [soit notre contribution particulière pour l’Europe et l’humanité], il faut lire ces deux petits chefs d’œuvre que sont le Manuel de l’histoire de la littérature française de Ferdinand Brunetière (ça tombe bien plus, il y avait deux pages sur lui dans le dernier Rivarol N°3437) et l’Histoire de la littérature française de Gustave Lanson. Deux ouvrages qui datent du début du XXe siècle, introuvables aujourd’hui et qui ne sont pas réédités. Il y a sinon le travail de Georges Forestier, plus récent.

    L’universalisme français, c’est comme dit Brunetière cette inclination décelable déjà au Moyen Âge de la littérature française à l’universalité. Bunetière dit à raison que les droits de l’homme sont déjà inscrits dans la deuxième partie du roman de la rose de Jean de Meung. 

    La littérature française est à maints égards la littérature la plus universelle après la littérature latine. Elle est la littérature latine moderne dans la mesure où elle veut parler pour l’homme et non pour une nation particulière et cette tendance est perceptible déjà au Moyen Âge dans la littérature populaire qui s’oppose à l’esprit féodal et germanique des institutions et des élites. L’humaniste Jules César Scaliger ne disait-il pas que les Grecs n’ont connu que les Grecs et les barbares, tandis que les Latins ont vraiment connu l’homme ? C’est pourquoi les véritables fondateurs de l’humanisme sont les Latins et non les Grecs, les Latins ont retenu des Grecs ce qui était humain, proprement humain. Plaute est plus proche de Ménandre que d’Aristophane. Molière lui-même va s’inspirer totalement de Plaute. Ancien élève du collège jésuite de Clermont (aujourd’hui lycée Henry IV), Il lisait parfaitement le latin.

    Le fanatisme et la folie de la Croix sont déjà chez les Espagnols; l’épopée, le mysticisme et la littérature héroïque et chevaleresque chez les Allemands, genres aristocratiques à l’honneur en Espagne et en Allemagne, tandis que l’esprit français se manifeste déjà comme universel, sinon comme un esprit de gausserie, d’ironie et déjà de révolte. Ce tempérament est commun à tous les peuples, aux classes inférieures surtout. L’Italie et l’Angleterre seront entre les deux; le genre comique goûté des Français et le genre aristocratiques et religieux des Allemands et des Castillans.

    Ce sont les deux siècles français classiques (XVIIe et XVIIIe siècle) qui vont tempérer et discipliner cet esprit français gouailleur, frondeur et sceptique, mais ils en utiliseront la ressource et l’énergie malgré tout pour continuer à scruter l’âme de l’homme et le décrire, mais avec beauté et style dans la mesure où la culture va s'”aristocratiser” à cette époque, mais tout en restant très française. Cela donnera Molière qui décrira des types et des non des personnages, Harpagon l’avare, la précieuse ridicule, Snagarelle le Cocu, Georges Dandin le bourgeois. Les tragiques français comme Molière et Racine représenteront des passions humaines pures (la jalousie, la haine, la vengeance, etc.) incarnées par des personnages.

    Le genre comique et comme le genre tragique français seront bien plus universels que les autres, ils prétendront parler pour l’humanité. Ça va donner la belle doctrine française classique du goût du XVIIe que l’on peut exprimer par un chiasme, tout l’universalisme français est ici: la beauté vraie, la vérité ou raison belle.

    La doctrine classique française du goût va emprunter aux Anciens (grecs et romains) leur prédilection pour la beauté, il faut essayer de s’exprimer avec goût et art. Elle empruntera au tempérament français propre son inclination à décrire ce qui est véritablement humain et son goût pour la raison.

    Il faut s’exprimer avec goût, mais essayer en même temps d’exprimer la vérité et la raison. Voilà l’universalisme français: exprimer les vérités humaines, mais avec goût, Georges Forestier parle de “primauté du goût tendant à l’universel humain”. Mais au XVIIIe siècle, le gout pour la beauté va de plus en plus s’amenuiser et il ne restera que la volonté de décrire l’homme et les vérités de la raison. C’est le siècle des Lumières qui débouchera sur la Révolution qui voudrait parler elle aussi pour l’humanité.

    Pour bien comprendre ce qu’est l’universalisme français, il faut lire Brunetière, Lanson et Georges Forestier qui est bien plus récent et dont le bel ouvrage sur le classicisme français n’est pas cher du tout… »

    David Veysseyre, Missive du jour.


  • Vous avez aimé cet article ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !