-
Publié le par Florian Rouanet
La Révolution de 1789, et ses débouchés de 1793-1796, est elle-même le résultat des mouvements de pensée qui ont secoué tout le XVIIIe siècle en France, avec tout ce que cela incarne en terme de remise en question de l’Ordre Ancien : royauté, ordre naturel, chrétienté, Église, juste équilibre entre « libéralité » et socialité, etc. Ce courant de pensée ne vient cependant pas de nulle part et les causes peuvent être multiples : faiblesses de la royauté contre ses ennemis, aristocratie de plus en plus inepte, désenchantement populaire progressif à propos du « bon » fonctionnement social, perte de confiance et crise de l’autorité religieuse en général (la France était déjà crypto-gallicane en acte : il faut savoir que les bulles du Pape devaient être validées par le Parlement avant d’être diffusées et lues en masse). Cependant, lorsque des choses tournent au vinaigre, tout le mal – disons la moindre virgule – ne vient pas forcément de nos ennemis, même des plus mortels !
L’aristocratie tournoyait autour de Louis XIV, grâce au culte du Roi soleil, lorsque celui-ci eût trépassé, l’aristocratie s’est mise à s’occuper différemment en lisant les encyclopédistes et le courant des Lumières. Et voici un premier document qui permet de jauger de la situation de jadis, afin de se rendre compte que la Révolution, encore une fois, n’est pas arrivée par hasard (au-delà de toute considération conspirationniste et anti-maçonnique…) :
« Il est à craindre, dit Barbier en 1751, que cela ne finisse sérieusement ; on pourrait voir un jour dans ce pays-ci une révolution pour embrasser la religion protestante. (…) La haine contre les prêtres, écrit d’Argenson en 1753, va au dernier excès. À peine osent-ils se montrer dans les rues sans être hués…. Comme notre nation et notre siècle sont bien autrement éclairés qu’au temps de Luther, on ira jusqu’où on doit aller ; on bannira tous prêtres, tout sacerdoce, toute révélation, tout mystère…. »
Hippolyte Taine, in. Les origines de la France contemporaine.
Il est impressionnant de constater que ce qui est écrit a été en bonne partie matérialisé, et ce, jusque dans le giron romain lorsque culmina le par trop célèbre « Vatican d’Eux » dans les années 1960 (un des fruits – pourris – post-défaite de 1945) !
Et, bien plus tard, presque un siècle et demi après, nous pourrions mentionner, à propos du – paradoxal – manque de réaction de la part des « réactionnaires » (sic), la provocation enflammée de Jaurès à l’Assemblée :
« Nos adversaires nous ont-ils répondu ? Ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution l’entière pensée catholique qui revendique pour Dieu, pour le Dieu de la révélation chrétienne, le droit non seulement d’inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés ; ils ont chicané sur des détails d’organisation. Ils n’ont pas affirmé nettement le principe même qui est comme l’âme de l’Église. »
Jean Jaurès, apostrophe à l’Assemblée aux députés catholiques en 1905 [Cité in. Jean Ousset, Pour qu’Il règne].
La « foirade pérenne » de la droite nationale durant ces deux derniers siècles, son incapacité à incarner le régime (excepté durant l’intermède de l’État français du Maréchal Pétain), s’explique de nos jours 1. par ses points faibles : nos (pour s’inclure dedans) sempiternelles formulations de critiques négatives plutôt que d’avoir des propositions positives, notre attentisme parfois (absence de volonté, quiétisme, etc), notre passéisme caricatural qui constitue souvent un véritable repoussoir en dehors de tout « troll» (« I’m the mix of Clovis and Hitler, forever »), mais 2. cela peut également s’expliquer à cause de l’exigence (nécessaire) que demande la vraie Droite : celle qui contraint les hommes à se surpasser, à s’améliorer dans toutes les catégories de la vie et à lutter contre leurs mauvais penchants naturels avant toute chose (et non contre la nature en soi évidement : gauchisme débile), ou encore 3. cela peut aussi venir du fait que notre courant est longtemps resté bloqué sur des chimères telles que le royalisme nostalgique ou celui qui se prétend obligatoire et « seul valable » (et autres pensées magiques avec des grands Papes/Monarques) ; sans parler de la foule de bien-pensants et de beaux esprits toujours trop naïfs, trop gentils, trop mous et trop bêtes. À notre notre corps défendant, on ajoutera qu’il est certes difficile d’organiser quelque chose lorsque nous avons toutes les lois contre nous (et pas les plus grandes sources d’argents de notre côté : le nerf de la guerre) : ce qui ne favorise d’ailleurs pas l’esprit légaliste qui n’est pourtant pas mauvais à la base (une société possède une loi anthropologique propre, afin de se maintenir pour le plus grand bien de chacun de ses membres, du haut vers le bas, en revanche, ces lois doivent elles-mêmes viser le Bien et la Justice (principes qui les légitiment justement).
Une fois que cela est acquis, nous ne devons certes pas perdre de vue que les principes de 89 (généralisation) sont mortifères en ce qu’ils sont fondamentalement subjectivistes et égalitaristes ; et cela amène à la ruine, à la désagrégation sociale la plus totale (à moins de contrevenir dans l’application à ses faux principes : pour se défendre, une démocratie est autoritaire et élitiste, ce qui contrevient a ses fondements !), mais force est de constater d’un autre côté que, pour ne pas avoir un métro de retard, certains de ses effets peuvent être assimilés, car ils ont été bénéfiques dans une relative mesure (où du moins sont à réajuster) : démocratisation, progrès techniques accélérés, accès du peuple à la culture, possibilité de se hisser économiquement, Ethnarchie (ou loi internationale), etc. Ce qui est assez paradoxal, vu comment le cadre social, philosophique et moral fut ébranlé à ce moment-là, mais c’est que le monde de 89 a accouché de choses que les anciens ont méconnues, méprisées ou voulus enfouir.
Dans les expériences politiques favorables passées, relevons que seuls les régimes/mouvements fascistes – ou fascisants – ont su mêler l’urbanité et le monde rural, l’élite et le peuple, les différentes classes sociales au sein la nation ; sans renier toutefois l’idée impériale et universelle. En un mot, les « fascistes » ont su allier le meilleur des temps jadis, qu’ils soient antiques ou médiévaux : gréco-romanité, époque carolingienne, etc ; (sportivité, culture, science, foi, etc.) avec la modernité, prise encore dans une acception positive, et sans qu’il soit question d’une simple synthèse heureuse.

3 commentaires
Réagissez à cet article !