• Quelques fameuses expressions traduites à partir du latin antique



    Tant que l’on tient sa langue, on tient la clef de sa prison.

  • Dans le cadre de nos études des Humanités, nous estimons important le fait d’étudier la langue de Cicéron, des Césars et des Augustes. Plus encore, nous avions conscience, en tant que locuteur d’une langue dite néo-latine, que ce serait être un orphelin que de ne pas la travailler.

    Voici une compilation de quelques petites formules connues, rédigées en latin antique et traduit en français, qui sont toutes contenues dans les différents chapitres du livre « Latin pour débutants, vingt leçons pour s’initier et progresser » de Micheline Moreau-Rouault.

    La phonétique sera rappelée toute à la fin pour ceux que ça intéresse.

    « Audentes fortuna juvat » [La fortune/chance sourit aux audacieux] Virgile.

    « Medice, curate ipsum ! » [Médecin, soigne-toi toi-même !].
    (NDL : pensez à Med- chez les Indo-européens qui évoque la pratique médicale, où par analogie, l’homme politique qui soigne la Cité).

    « Fluctuat nec mergitur » [il (le bateau) flotte, mais ne coule pas] devise de Paris .

    « Hic jacet lepus » [C’est là que gît le lièvre (la difficulté)].

    « Dura lex, sed lex » [La loi est dure, mais c’est la loi].

    « Cassus belli » [Un motif de guerre].
    Acte de nature à motiver, pour un gouvernement, un cas/une déclaration de guerre (NDL : pensez à la formation des mots français depuis le latin savant (médiéval) : belliqueux, belligérant, etc)

    « Desinit in piscem » [Elle finit en queue de poisson] Horace.
    Ces mots sont employés pour comparer une œuvre d’art inachevée à une femme qui se terminerait… en queue de poisson ! Cela désigne une chose dont la fin n’a pas de rapport avec le commencement (NDL : ce mot est devenu pesce en italien et pescado en espagnol).

    « In cauda venenum » [Le venin est dans la queue].
    Se dit d’un discours dithyrambique qui se termine par une vive critique (NDL : évolution en coda en italien et en cola en castillan).

    « In vino veritas » [La vérité est dans le vin] traduction d’un adage de Platon in. Le Banquet.

    « Mens sana in corpore sano » [Un esprit sain dans un corps sain], maxime de Juvénal (Satires, X, 356).

    « Nulla dies sine linea » [Pas un jour sans une ligne] expression attribuée par Pline l’Ancien au peintre Apelle qui ne passait pas une journée sans peindre. Aujourd’hui, elle s’adresse surtout aux écrivains.

    « Manu militari » [Par la force militaire], expulser quelqu’un par la force (NDL : celle-ci s’utilise parfaitement dans la langue de Molière].

    « Qui bene amat, bene castigat » [Qui aime bien châtie bien].
    (NDL : voyez castigar dans le langage courant du castillan, traduisible par punir, châtier. Les mots phonétiques en « ca » ont souvent muté en « ch » en français vraisemblablement sous l’influence des prononciations celto-germaniques : camino > chemin, caminar > marcher, Carlo > Charles, etc).

    « Panem et circenses » [Du pain et des jeux] Juvénal.
    Mots méprisants du poète satirique latin (Satires, X, 81) pour critiquer le peuple romain qui ne demande qu’à être nourri et diverti.

    « Omnibus viis Romam pervenit » [Tous les chemins mènent à Rome].
    Cela signifiait que tous les moyens étaient bons pour atteindre un objectif.

    « Quis, quid, ubi, quibus auxilis, cur, quomodo, quando ? » [Qui, quoi, où, par quels moyens, pourquoi, comment, quand ?] Quintilien.
    Le professeur d’éloquence (rhétorique) donne ce moyen à ses élèves afin de n’omettre aucune circonstance lors des plaidoiries.

    « Pro domo » [Pour sa maison] Cicéron.
    C’est le titre d’un de ses plaidoyers signifiant que l’on se fait l’avocat de sa cause propre.

    « Errare humanum est » [L’erreur est humaine].
    (NDL : Là aussi c’est très connu, le latin ecclésiastique – avec les Pères de l’Église – ajoutera ceci à la formule « mais persévérer est diabolique » !).

    « Ubi et orbi » [À la ville et à l’univers].
    Tel est la bénédiction papale donnée à Rome et au monde entier signifiant « partout et en tout lieu ».

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    Sa prononciation phonétique par Wikipedia :

    La prononciation du latin a beaucoup changé au cours de sa longue histoire, mais celle qui nous intéresse est celle du latin parlé et écrit à l’époque de Jules César et de Cicéron, au cours du Ier siècle avant J.-C. On l’appelle prononciation restituée.

    Voyelles :

    Le latin possède cinq voyelles : a, i et o se prononcent comme en français, e se prononce toujours “é” ou “è” et n’est jamais muet, enfin u se prononce “ou” et non “u” (son qui n’existe pas en latin ou presque). Le y quant à lui existe bel et bien en latin mais seulement dans quelques emprunts savants au grec : il se prononce “u” comme en grec. Il n’existe pas de voyelles nasales comme “on” ou “an”. Les lettres i et u peuvent aussi se prononcer comme les semi-voyelles “y” dans “yeux” et “w” dans “oui” ou “weekend” quand elles sont placées devant une voyelle (beaucoup de livres utilisent j et v pour noter ces semi-voyelles mais les Romains ne connaissaient pas le j et ne faisaient pas de distinction entre u et v).

    Chacune des cinq voyelles peut être brève ou longue, la longue durant environ deux fois plus longtemps. Cette différence est importante pour un Romain car elle permet de distinguer des mots : par exemple populus “peuplier” et populus “peuple” ne se distinguent que par la longueur du o, long pour le premier mot et bref pour le second. Malgré cette importance, l’écriture latine ne notait pas la longueur des voyelles (un Romain savait comment prononcer) et beaucoup de manuels de latin ne le font pas non plus. Le signe le plus couramment utilisé est une barre horizontale au dessus de la voyelle pour noter les voyelles longues : pōpulus “peuplier” et populus “peuple” ; on se sert parfois aussi d’une sorte d’accent circonflexe renversé pour les voyelles brèves pǒpulus “peuple” mais en général on ne note que les longues. Ces symboles sont surtout utilisés dans les ouvrages savants et ne serviront ici que s’il peut y avoir confusion.

    Le latin possède de surcroît trois diphtongues, c’est-à-dire une succession de deux sons prononcés en une seule émission de voix. Les diphtongues comptent toujours comme des voyelles longues. Les diphtongues sont les suivantes :

    • ae qui se prononce à-peu-près comme “ail”, un “a” suivi d’un léger “i” prononcé sans insistance (moins que dans “ail”)
    • au qui se prononce comme un “a” suivi d’un léger “ou” prononcé sans insistance (pas deux syllabes distinctes comme dans “caoutchouc”)
    • oe, beaucoup moins fréquente, se prononce comme un “o” suivi d’un léger “i” prononcé sans insistance (un peu comme dans “cowboy“, mais le “i” est plus léger)

    Consonnes :

    L’alphabet latin a moins de consonnes que le nôtre : il n’existe pas de w (création bien plus tardive) et le z ne se trouve que dans des mots grecs, le k est également très rare. La lettre j n’existait pas non plus, le u et le v n’étaient pas différenciés. Toutes les consonnes se prononcent et il n’y a pas de lettres muettes comme en français.

    Pour commencer, b d f k l p se prononcent comme en français ou presque. Les consonnes suivantes méritent plus d’explications :

    • c se prononce toujours comme k dans “casque” et jamais “s” comme dans “cerise”
    • g se prononce toujours comme dans “gare”, jamais comme dans “girafe”
    • gn ne se prononce pas comme dans “agneau” mais on sépare le g et le n comme dans “stagnant”
    • h se prononce avec une légère expiration de l’air, mais il est devenu assez rapidement muet
    • j se prononce “y” comme dans “yeux”, on peut le remplacer par i (les Romains n’avaient pas de j)
    • m et n se prononcent comme en français mais la voyelle qui précède n’est jamais nasalisée
    • qu se prononce “kw” comme dans “quoi” ou “couiner”
    • r se prononçait “roulé” comme en espagnol, on peut toutefois le prononcer à la française
    • s se prononce toujours comme “ss” et jamais comme “z”, même entre deux voyelles
    • t garde toujours sa prononciation “t” et ne devient pas “s” comme dans “potion” ou “démocratie”
    • v se prononce comme “w” dans “oui”, on peut le remplacer par u (les Romains ne distinguaient pas entre u et v)
    • x se prononce toujours “ks” comme dans “fixe” et jamais “gz” comme dans “examen”

    Les consonnes doubles (cc, ff, ll, mm, etc.) se prononcent plus longuement que les consonnes simples : on les appelle aussi consonnes géminées. Ainsi on distinguera par exemple ager “champ” et agger “digue, talus (pour protéger un camp militaire)”. La prononciation géminée existe aussi en français mais elle n’est pas systématique, et on ne s’en sert que très rarement pour distinguer des mots, comme “mourons” au présent et “mourrons” au futur.

    Accentuation :

    Le latin avait un accent chantant sans doute assez proche de l’italien. La place de l’accent se laisse facilement déterminer. Pour les mots de deux syllabes, c’est la première qui est accentuée. Pour les mots de trois syllabes ou plus, c’est l’avant-dernière syllabe qui est accentuée si celle-ci comporte une voyelle longue ou si elle se termine par une consonne (syllabe dite “fermée”). Si ce n’est pas le cas, c’est la syllabe d’avant (ou antépénultième) qui est accentuée. On peut utiliser un accent aigu au-dessus de la voyelle pour marquer l’accent quand c’est utile (comme ceci á é í ó ú) mais cela reste facultatif (le latin ne se servait pas non plus d’accent aigu).

    Par exemple dans fortuna “le destin, la fortune” le u est long, le mot sera donc accentué sur l’avant-dernière fortúna. Dans dominus “le maître”, le i de l’avant-dernière syllabe est bref, donc l’accent porte sur la syllabe d’avant dóminus. Enfin, dans un mot comme superbus “orgueilleux”, l’accent porte sur l’avant-dernière syllabe (supérbus) car celle-ci se termine par une consonne (on le découpe comme cela su-per-bus).


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