• « Défense des Humanités Gréco-Latines » extraits des passages percutants du plaidoyer de Léon Daudet



    L’universalité de l’hellenisme et de la littérature française.

  • Après avoir relayé l’entièreté du texte et sa partie occitaniste, sont mis à votre disposition les passages les plus percutants prononcés du débat de Léon Daudet, car le bouquin de retranscription est au final assez long… Les parties sont sélectionnées, surlignées, classées et commentées par Nous, afin de faire bénéficier aux lecteurs d’un rapide résumé sur ce discours fondateur – de fort importance – à propos des Humanitas dans l’Instruction publique qu’est l’école.

    Réf. Défense des Humanités Gréco-Latines, discours prononcé à la Chambre des Députés le 27 juin 1922 par Léon Daudet (fils d’Alphonse Daudet, bras droit de Charles Maurras).

    1) Paideia grecque, humanités latines et littérature française :

    « (…) Je ne conçois pas de culture générale, c’est à dire de fondement de la connaissance et de la possibilité d’avancer dans la connaissance, au cours des circonstances et des tournants de la vie, tout au moins pour les hommes de notre pays, sans les humanités.

    1. Herriot nous a dit très éloquemment, l’autre matin (…) qu’il y avait un humanisme français. Bien sûr, il y a un humanisme français. Il y a un humanisme français magnifique, qui compte, à mon avis, quelques-uns des plus beaux noms de notre littérature. (…) »

    « Dans l’histoire des lettres françaises, il n’y a rien de supérieur, il n’y a peut-être rien d’égal en poésie à Villon et à Ronsard, en philosophie à Montaigne, le père intellectuel de Pascal, et en littérature violente, ardente, à Rabelais, père de tout le roman contemporain. (…) »

    « Ainsi, il semblerait assez logique de dire : pourquoi aller chercher les Grecs et les Latins, puisque nous avons déjà des modèles parfaits, (…) pour ceux qui voudront avoir le jugement clair, une vie noble, correcte, digne, ouverte aux préoccupations de l’esprit, et plus tard, à quelque métier qu’ils s’adonnent, atteindre à cette vision générale des choses qui permet aux visions particulières leur développement. »

    « C’est qu’il n’est pas possible de lire Montaigne, de lire Rabelais, pour ne prendre que ces deux-là, sans la connaissance du latin et sans une certaine connaissance du grec. (…) »

    « De même pour Rabelais. Le vocabulaire de Rabelais est d’une richesse infinie. Il comprend des termes tourangeaux, gascons, provençaux, en très grande quantité. C’est presque un auteur félibréen, mes chers collègues. Il comprend aussi des mots grecs et latins, qui n’ont pas encore subi les modifications les amenant au français actuel (…). »

    « Il me paraît impossible d’instituer un enseignement des humanités dites françaises, sans un enseignement préalable des humanités gréco-latines. »

    « C’est une réflexion que je fais en passant à propos des humanités, que les humanités sont, en quelque sorte, immortelles. Virgile n’a pas « bronché », Homère tient toujours debout, Ovide, Lucrèce, César, tous ces grands auteurs sont immuables. On ne conçoit pas qu’on puisse les modifier en quoi que ce soit, ni dans l’ordre de l’entendement, ni même dans l’ordre de la sensibilité. »

    « Dans le thème latin, l’homme se pose une difficulté de plus qu’il va chercher et résoudre. C’est la recherche des sérums, c’est l’expérience de Pasteur. C’est l’homme commençant par se poser une difficulté et la résolvant nez à nez avec la nature. »

    « Quant à la question de savoir si l’on peut sans humanités s’élever à la culture générale, je crois qu’elle a été tranchée dans le sens de la négative. »

    « Ce qui est important, dans l’éducation, ce n’est pas la réussite, c’est l’effort. »

    « Je suis pour le thème latin parce que je suis pour l’homme contre la nature. »

    « Je ne concevrais pas un professeur de faculté qui n’aurait pas fait des humanités très approfondies. »

    « Les langues vivantes ne peuvent pas remplacer l’humanisme. Les langues vivantes autres que le français ne nous donnent pas, sauf rarissimes exceptions, des modèles échappant à toutes discussions de tout genre, philosophique ou autre, comme nous en donnent les langues grecque et latine. » [Notre évolution linguistique signifie qu’en langue romane comme le « françois » il faut savoir gérer le latin pour humer toute la quintessence de notre littérature.]

    2) Éducation populaire large et formation de l’enfance :

    « L’éducation de l’enfant s’adresse à lui dans deux périodes de sa formation qui, selon moi, sont différentes. Il y a, pour les jeunes garçons, comme d’ailleurs pour les filles (…) une première partie de l’éducation et de la formation intellectuelle qui va jusqu’à la puberté. A ce moment, les influences héréditaires, les influences transmises, qui sont le plus souvent des influences sages, ne sont pas encore troublées, ne sont pas devenues limoneuses par des préoccupations de l’ordre sexuel. » [depuis l’âge de sept an environ et jusque le début de l’adolescence donc].

    « Messieurs, il y a un point de vue encore supérieur qui doit nous amener à considérer que les humanités seraient utiles – je dis utiles– à tous les enfants de la France et qu’elles sont nécessaires à tous ceux qui veulent, quelque carrière qu’ils aient choisie, si modeste qu’elle soit – d’ailleurs, Messieurs, il n’y a pas de carrière modeste… » [le but étant d’élever culturellement le plus de gens possibles, même ceux des métiers commerciaux et manuels, car c’est aussi ça la civilisation. Là est une conception fasciste, chacun selon ses mérites, ce n’est pas l’idée d’une démocratie idiote par son égalitarisme, mais un bon « démocratisme »].

    « On a dit – et j’approuve pleinement cette parole – que tous les petits Français ont droit à l’enseignement intégral. (…) Il y a de l’or dans les enfants du peuple. Cet or, il faut l’amener à la surface. »

    « Je vous ai dit que je considère les humanités comme indispensables. Je vais jusqu’au bout de ma doctrine : il faut mettre les humanités dans l’école primaire. »

    « La misère d’un pays, c’est de n’avoir pas des intelligences pour le guider. Voilà pour lui la seule et véritable misère ; et l’enseignement, c’est le pain de l’esprit. »

    « Il fera du grec plus tard, s’il montre des aptitudes. Je vous proposerai, en effet, une fois que ce premier pas sera fait, d’envoyer dans les écoles primaires des hommes très compétents, des professeurs d’université, des professeurs en Sorbonne, comme prospecteurs, comme inspecteurs. Il n’y a pas de besogne plus pressante que de préparer les premières intelligences du pays à cette extraction intellectuelle des petits enfants du peuple, auxquels, croyez-le, je m’intéresse autant que vous. » [Voilà ce qui pourrait être une sorte de populisme sérieux, de forte éducation selon les efforts fournis et les mérites obtenus en conséquence, accessible à tous, pour autant que chaque individu s’en donne la peine. Du reste, un programme néo-fasciste hiérarchique et visant l’excellence s’y conformerait volontiers].

    3) Défense de la littérature d’Oc en France :

    « On parle toujours, quand on parle de la littérature française, de la littérature française en langue courante, qui est, en somme, la langue d’oïl. Il ne faut pas oublier qu’il y a une autre littérature française, qui est la littérature en langue d’oc. [Lire « La Renaissance Provençale » d’Emile RIPERT]

    Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a eu, jusqu’à la Renaissance et à partir de la Renaissance, une très forte littérature française en latin.
    (…) et cela ne supprime pas, surtout, la littérature en langue d’oc, qui est une de nos richesses nationales. Il s’est trouvé qu’en dehors de la poésie des troubadours, au dix-neuvième siècle, cette littérature provençale, qui, jusqu’ici, malheureusement, n’a guère été étudiée que hors de France, a donné des auteurs, à mon avis, de premier ordre.
    [Frédéric Mistral fut comparé à Virgile, ou encore surnommé le « Homère provençal »]
    (…) Le poète Aubanel est comparable à Catulle et supérieur à Henri Heine. Vous avez, dans un homme comme Roumanille, un des dons du terroir comme on ne peut en retrouver que dans les Fabliaux.

    (…) Le maintien d’une littérature comme notre littérature de langue d’oc me paraît indispensable. Et il serait très souhaitable d’instituer dans les écoles du Midi, et même pour les provinces au-dessous de la Loire, un enseignement bilingue.

    (…) J’ai vu quelquefois Mistral s’inquiéter de cette thèse du séparatisme et s’indigner. Je l’ai entendu dire : « C’est insensé ! Vous connaissez la belle formule : J’aime mon village plus que ton village, ma province plus que ta province, j’aime la France par-dessus tout !… » C’était la grande formule du Félibrige. 

    (…) C’est, en effet, un droit majeur : l’homme a le droit de parler la langue de son « patelin », et c’est excellent pour sa formation intellectuelle. »


  • Vous avez aimé cet article ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !

  • 1 commentaire




    […] suivants (liens) : tirer profit de la littérature grecque de saint Basile de Césarée ; défense des Humanités gréco-latines de Léon Daudet ; crise de l’esprit européen par Paul Valéry ; Humanisme et Théologie de Werner Jaegger ; […]


    Répondre