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Publié le par Florian Rouanet
Ceci est une traduction que la Rédaction vous propose en français à partir de l’espagnol castillan. En résumé, le « Siège de la connaissance » est le site d’un « sédévacantiste complet non acéphaliste »,comprenant ainsi la nécessité d’avoir une tête pour une institution religieuse comme l’Église. Il est plutôt philosophe dans cet article, même si sa prédilection rédactionnelle va vers la théologie. Si nous avions plus d’hispanophones dans notre « camp » – qui n’est jamais que celui de l’enseignement Magistériel – nous pourrions avoir d’autres dossiers fort intéressants (émanant de ce site) pour la compréhension de l’actuelle crise de spiritualité et d’autorité que nous vivons, nous catholiques.
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Un mal de l’intelligence :
Il y a plusieurs années, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt certains écrits de « Monseigneur » Octavio Derisi, un philosophe thomiste argentin. Dès le début, j’ai été frappé par son insistance percevable dans presque tout ce qu’il a écrit, à savoir que le mal essentiel des temps modernes était avant tout un mal de l’intelligence. Il affirmait, en résumé, que la pensée moderne, qui était basée sur le nominalisme ockhamiste et plus tard sur Descartes, s’était écartée du réalisme modéré, tant en métaphysique qu’en gnoséologie, s’orientant de plus en plus vers des systèmes philosophiques marqués par un immanentisme croissant qui enferme la personne humaine dans la prison de ses propres constructions mentales, en oubliant le contact donnant vie à la réalité, à l’être.
Il faut considérer que ce mal est répandu chez l’homme d’aujourd’hui à un point tel que même les esprits « traditionalistes » n’y échappent pas, eux qui ne cessent de développer, ainsi, des théories subjectivistes bizarres, pour expliquer la crise actuelle, favorisant des solutions philosophiquement absurdes telles que la thèse de Cassiciacum ou les thèses apparitionistes.
De ce qui précède, toujours selon Derisi, il y aurait tôt ou tard des conséquences dans le domaine de la moralité, car, avec l’abandon du réalisme, il ne restait plus qu’à construire la moralité sur des bases subjectives, qu’il s’agisse d’un subjectivisme individuel dans lequel la source et la norme de la morale adviennent dans chaque sujet humain, ou un subjectivisme « historiciste » dans lequel la moralité dépend de dates, de lieux et de cultures.
Peut-être Derisi ne voulait-il pas, ou ne savait-il pas, comment s’exprimer sur les conséquences théologiques de ce mal de l’entendement, puisqu’il les avait lui-même endurées en embrassant l’hérétique « concile Vatican II », les réformes post-« conciliaires » et le « magistère conciliaire », de sorte qu’il ne savait pas comment appliquer de si bons principes à lui-même. Mais c’est toutefois dans le domaine théologique que ce mal de l’intelligence a fait des ravages et ce, pas seulement dans la secte issue du « concile Vatican II », mais aussi dans la « faune » traditionaliste. Ainsi, nous voyons, comme dans l’application du subjectivisme, les sédévacantistes acéphalistes, qui n’acceptent plus et n’interprètent plus que selon leur propre compréhension et attachement sectaire, la doctrine infaillible selon laquelle il doit y avoir des Papes à perpétuité et qu’en période de vacance du Saint-Siège, il pèse sur l’Église le devoir le plus grave de choisir le Pape, selon les enseignements de saint Pie X et Pie XII (cf. Constitution apostolique Vacantis Apostolicae Sedis du 8 décembre 1945). Certains insistent même pour que ce soient les cardinaux, alors même qu’il n’y a plus aucun cardinal catholique dans l’Église en ce moment. Où irons-nous si ce mal de l’intelligence n’est pas arrêté ? Il est facile de le savoir ; il n’est pas nécessaire d’être prophète : division en des milliers de sectes disséminées et confrontées les unes aux autres, sans unité ni communion entre elles. En fait, il y a déjà le traditionalisme sédévacantiste acéphale dans cette mitose, division que tout le monde peut observer. Mais dans aucune de ces sectes divisées, l’Église ne jouit de la note d’unité qui leur manque ; unité qui ne peut venir que de la communion avec le Vicaire du Christ. L’Église a l’obligation sérieuse d’élire le Pape, ou en conclave ou en concile, le Siège de Saint-Pierre étant apparemment usurpé par des imposteurs depuis 1958 [NDT : ce n’est pas le Saint-Siège, pur de toute erreur, qui est usurpé, c’est une chaire de pestilence assise à côté, ou « dessus » le Saint-Siège, qui est remplie par des baptisés hérétiques, schismatiques, apostats], le corps mystique du Christ ne pouvant manquer de Tête visible.
Dans les deux cas, le résultat fut le même : la destruction d’une théologie morale et catholique revendiquant l’objectivité et l’universalité. C’était le début du domaine de la liberté humaine « rendue folle ».
Pour Derisi, tout cela était dû à l’abandon d’une doctrine philosophique qui était fondamentale lors de la Chrétienté médiévale : la doctrine sur l’intelligence humaine. En résumé, une telle doctrine enseignait que l’intelligence humaine était une faculté de connaissance différente de celle des sens et qu’elle pénétrait davantage dans le cadre du réel, jusqu’à atteindre la nature des choses, les aspects essentiels du réel, les valeurs intelligibles de toute entité réelle ou possible. Par cette plus grande pénétration dans la réalité, l’intelligence a ouvert l’homme à la connaissance des causes premières et supérieures de tout ce qui existe, jusqu’à aboutir à la première Cause sans cause, Dieu. L’effort philosophique a abouti de manière naturelle à la démonstration de l’existence de Dieu, pierre angulaire de tout effort spéculatif humain et, en même temps, norme directrice et fondatrice de l’ordre de la moralité.
Mais tout cela s’est effondré avec la transformation radicale de la doctrine sur l’intelligence humaine mise en œuvre par les nouveaux philosophes tels que Guillaume d’Ockham et Descartes, quelques siècles plus tard. L’intelligence a progressivement perdu ses prérogatives jusqu’à devenir une secrétaire des connaissances sensibles, toujours matérielles et finies. Les portes pour accéder à l’univers métaphysique étaient ainsi fermées, à l’ordre des premières causes du réel, au chemin qui mène à l’existence de Dieu. À partir de là, l’univers socio-culturel devait être construit de manière à transcender et élever tout sur des bases purement humaines et terrestres. Il n’y avait plus de paradis.
Ainsi, Derisi répète avec insistance que la solution à la situation regrettable qu’il a envisagée autour de lui doit provenir d’un rétablissement de la doctrine sur l’intelligence humaine, d’une restauration des droits de l’intelligence. De cette manière, une fois que les visions réductionnistes sur la raison humaine auront été vaincues, l’univers métaphysique, gnoséologique et éthique pourra être rétabli, ce qui permettra de freiner le déclin écrasant qu’il a observé dans les domaines de la culture, de la politique, de la société, du savoir, de la famille, etc.
Eh bien, au fil des ans, je suis de plus en plus convaincu du diagnostic correct posé par le « Monseigneur » argentin. L’intelligence détrônée de son siège d’honneur, une nuée de fantaisies humaines, de plus en plus basses et ruineuses, s’est substituée à elle, luttant pour détruire le peu qui reste de l’ordre naturel, afin de pouvoir jouir à loisir d’une société faite à la mesure des joies sensibles que nous partageons avec le règne animal. Comme le disait un auteur connu dans un livre intéressant, c’est le libre développement de notre animalité.
L’idéologie du genre, pour ne donner qu’un exemple assez actuel et résonnant, démontre brutalement cette claudication de l’intelligence et sa substitution totale au caprice subjectif, de vouloir une liberté sans faille détachée du réel. Dans l’idéologie du genre, la réalité disparaît pour laisser place à la volonté humaine nue, opérant une substitution de l’ordre des choses : ce n’est plus l’homme qui adapte sa pensée et son action au réel, mais le réel qui doit attendre passivement d’être façonné par le besoin d’action humaine aveuglé par la passion. C’est le royaume de l’homme sur les ruines du réel… c’est un royaume construit dans l’air du néant.
L’idéologie du genre, en effet, vise à donner à l’individu la liberté suprême de refuser le réel pour obéir à son caprice, la réalité doit se plier devant le caprice humain et être ce que lui veut. C’est l’impossibilité d’une liberté humaine devenue créateur du réel, c’est au fond l’apparition de l’homme « dieu », créateur des réalités, c’est la rébellion suprême de la créature contre sa condition en tant que créature. Au-delà, il est déjà impossible de prévoir où s’achèvera l’ivrognerie de la « divinité » qui consume l’homme moderne, moderniste et traditionaliste, libre des liens du réel.
Encore une fois, à l’instar du « Monseigneur » argentin, nous pensons également que la restauration de l’ordre naturel, si elle devait se produire, ne se produira qu’après la restauration de l’ordre de l’intelligence humaine. Et nous pensons que seule la doctrine de saint Thomas d’Aquin nous permet de trouver une doctrine d’intelligence profonde, réelle et cohérente, capable d’assumer et de relever les défis de la bataille culturelle actuelle qui se déroule sous nos yeux.
Que Dieu nous aide dans cette entreprise, et que Saint Thomas nous accompagne avec un peu de sa lumière.

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