• « Catholique et Fasciste toujours » par Deus Vult France

  • — Catholique et Fasciste toujours —

    « C’est un fait : il y eut des catholiques antifascistes, et des fascistes anticatholiques. Et si les seconds furent en grand nombre anticatholiques, ce fut précisément parce que les premiers étaient, pour beaucoup, a priori hostiles au fascisme.

    Cependant, c’est aussi un fait avéré que certains catholiques, qui plus est de grands hommes – pour certains clercs, pour d’autres simples laïques, – firent le choix du fascisme.

    Mais il nous faut d’abord préciser ce que nous entendons par ce mot de « fascisme », car il semble bien qu’il rivalise avec les termes les plus équivoques.

    À la suite de Joseph Mérel (docteur, professeur agrégé de philosophie, spécialiste des questions politiques), nous définirons volontiers le fascisme, en tant que phénomène historique, comme « une tentative européenne, personnalisée par le génie des nations qui ont essayé de le promouvoir, de refonder l’Ordre d’Ancien Régime – c’est-à-dire l’Ordre européen d’avant la Révolution de 1789, – mais en évitant de reproduire les travers qui ont précipité sa chute » (cf : Fascisme et Monarchie, Essai de conciliation d’un point de vue Catholique) ; en tant qu’attaché à l’Ordre, le mouvement fasciste fut contre-révolutionne ; en tant qu’aspirant à un progrès authentique – et non à un retour en arrière plus nostalgique que rationnel, – il fut anti-réactionnaire (on songera ici à la devise de la SA : « Contre les Rouges et la Réaction »).

    Aussi le fascisme, entendu comme doctrine, se caractérise-t-il dans son essence par quatre notes principales : mono-archisme, corporatisme, nationalisme, organicisme ; il est mono-archiste et corporatiste, parce qu’essentiellement lié à l’Ordre d’Ancien Régime ; et en même temps il est nationaliste et organiciste, parce qu’il comprend qu’un régime n’est pérenne que s’il répond à ces deux exigences, et que l’Ancien Régime s’est précisément écroulé en raison de son manque d’esprit national et de son absence d’organicité. Et ces quatre notes sont bien celles qui ressortent de la Doctrine du Fascisme (1932) du Duce Benito Mussolini.

    ♦ Le fascisme est mono-archiste, c’est-à-dire qu’il est favorable au gouvernement d’un seul (qu’il s’agisse d’un roi ou d’un empereur, d’un premier ministre ou d’un dictateur, d’un « Chef » ou d’un « Guide »).

    Il est mono-archiste, parce qu’il se veut autoritaire : l’autorité d’une communauté ayant pour fin de donner l’unité aux membres de cette communauté, et un être ne pouvant donner que ce qu’il a, il est de la nature de l’autorité d’être une. Il est autoritaire parce qu’il aspire au Bien commun, qui, en tant que finalité de la Cité – dont la substance est celle d’un tout d’ordre, – consiste essentiellement dans l’unité de ses membres – ici l’amitié politique, – unité que seule l’autorité peut donner.

    Enfin, parce qu’il est autoritaire, et que l’autorité d’une communauté politique, c’est l’État, le fascisme est étatiste ; de sorte que, pour lui, il est normal que l’État s’occupe de tout ce qui regarde la Cité, à commencer par l’éducation des enfants, dès lors que ces derniers ont atteint un âge rationnel, ainsi l’âge de prendre part à la vie de la Cité.

    Et, de cet État, le fascisme a une conception philosophiquement réaliste : il en fait le principe de l’existence en acte de la nation, du peuple.

    « Ce n’est pas la nation qui créé l’État, comme dans la vieille conception naturaliste, qui servait de base aux études des publicistes des États nationaux du XIXème siècle. Au contraire, la nation est créée par l’État, qui donne au peuple, conscient de sa propre unité morale, une volonté, et par conséquent une existence effective. »
    (Mussolini, Doctrine du fascisme, Chapitre premier : doctrine politique et sociale, 10. Conception de l’Etat).

    L’État étant analogiquement à la nation (entendu comme peuple) ce que la forme est à la matière, c’est bien l’État qui donne l’existence à la nation et non l’inverse, puisque c’est la forme qui actue la matière.

    Et en tant que mono-archiste et autoritariste, le fascisme est radicalement opposé aux idées libérales du « siècle des Lumières » (que Mussolini ne cessera de fustiger), ainsi qu’à toute espèce de démocratie, y compris la « démocratie chrétienne » qui n’en est qu’un sous-produit (et dont l’échec provient de sa contradiction intestinale, à savoir sa volonté de marier l’Évangile et la Révolution).

    ♦ Le fascisme est de plus corporatiste, c’est-à-dire qu’il est favorable à l’organisation étatique de corps rassemblant ouvriers et patrons, dans le but de subordonner leurs intérêts particuliers à l’intérêt général de l’entreprise dans laquelle ils travaillent, intérêt général lui-même ordonné au Bien commun de l’État.

    « Le fascisme s’oppose au socialisme […] ; et de même, il est contre le syndicalisme. Mais il veut que, dans l’orbite de l’État, les exigences réelles qui donnèrent naissance au mouvement socialiste et syndicaliste soit reconnu ; et il les fait valoir dans le système corporatiste, où ses intérêts s’accordent avec ceux de l’État. »
    (Ibid, Chapitre premier, 8. Antisocialisme et corporatisme)

    Aussi le fascisme s’oppose-t-il clairement à la fois au capitalisme libéral héritier de la Révolution française (dont la première œuvre fut, par la loi Le Chapelier, de détruire les corporations qui protégeaient les ouvriers dans leur travail, au nom de l’abolition des privilèges) ; mais aussi au syndicalisme marxiste qui en est résulté au siècle suivant, à cette théorie de la « lutte des classes » qui est certainement une des pires inventions de l’humanité, parce que la plus destructrice de son unité – unité qui est son plus grand bien.

    Mais le fascisme ne s’arrête pas là, sans quoi il serait réactionnaire ; il est aussi nationaliste et organiciste.

    ♦ Il est nationaliste, c’est-à-dire qu’il considère la Nation – « Unité de destin dans l’Universel » pour reprendre l’expression de Primo de Rivera – comme le substrat matériel de la société politique. Aussi approuve-t-il le principe (accidentellement révolutionnaire) d’après lequel à chaque Nation doit correspondre un État, et à chaque État doit correspondre une Nation, puisque la Nation est à l’État ce que la matière est à la forme (personne n’imaginerait un corps avec plusieurs âmes, ni une âme avec plusieurs corps).

    « Le droit à l’indépendance d’une Nation est fondée […] sur une conscience active, sur une volonté politique agissante, et prête à démonter son droit : c’est-à-dire sur une sorte d’État in fieri. »
    (Ibid, Chapitre premier, 10. Conception de l’Etat)

    S’il est donc vrai que « ce n’est pas la nation qui crée l’État », mais « la nation qui est créée par l’État », comme Mussolini le dit lui-même, il faut cependant affirmer qu’il ne peut y avoir d’État sans Nation in potentia ; car, la Nation étant à l’État ce que la matière est à la forme, et la matière étant le sujet de la forme, la Nation est le substrat nécessaire de l’État, qui, bien que non causé par elle, en est cependant éduit.

    En cela, le fascisme se distingue du légitimisme réactionnaire et passéiste, qui considère que la Nation n’est qu’une notion vide de sens, essentiellement révolutionnaire et inventée à des fins antimonarchiques, ou anti-impériales et indépendantistes.

    ♦ Mais le fascisme est aussi, et par-dessus tout, organiciste ; c’est-à-dire qu’il promeut une société organique, vivante, une société dans laquelle chaque membre – en tant que membre – prenne activement part à la poursuite du Bien commun da la Totalité, comme les membres d’un corps prennent naturellement part au bon fonctionnement de ce même corps (si l’estomac se met en grève, le cœur s’affaiblit, et l’estomac en est lui-même affecté).

    En cela, l’État fasciste est effectivement « totalitaire », non pas au sens d’un État tyrannique, mais d’un État réalisant un véritable « totalitarisme du Bien commun » (pour reprendre l’expression de l’Abbé Meinvielle), le Bien commun étant entendu à la fois comme le bien du Tout et comme le meilleur bien de chacune de ses parties.

    Et cela correspond à une certaine conception de la vie ; à une conception de la Vie comme Action.

    « Le fascisme veut que l’homme soit actif et engagé dans l’Action avec toutes ses énergies, virilement conscient des difficultés réelles et prêt à les braver. Il conçoit la Vie comme une lutte […]. Et cela est vrai pour l’individu lui-même, pour la Nation et pour l’humanité. »
    (Ibid, Chapitre premier, 3. Conception positive de la Vie comme Lutte)

    Et en tant qu’organiciste, le fascisme est anticonservateur et antibourgeois. L’organicité est bien ce qui différencie spécifiquement l’État fasciste des autres États de genre nationaliste mais non-fasciste, comme, par exemple, le régime paternaliste de Franco – qui, bien qu’on lui doive d’avoir sauvé l’Espagne d’une dictature communiste, n’a jamais instauré l’État organique que Primo de Rivera appelait de ces vœux, fit le jeu du capitalisme et des sbires de l’Opus Dei, et emporta son régime avec lui dans sa tombe ; le fondateur de la Phalange l’avait d’ailleurs prédit : « ce mouvement (en parlant du franquisme) ne conduira pas à implanter l’État national-syndicaliste […], mais à restaurer une médiocrité bourgeoise, conservatrice, et bordée, comme raillerie suprême, par l’accompagnement chorégraphique de nos chemises bleues. » (Circulaire du 24 juin 1936).

    Les régimes paternalistes, dans lesquels seul le « père » de la nation est actif, s’effondrent logiquement à la mort de ce père (le régime de Vichy rentre aussi dans ce cadre).

    Pour le fascisme, au contraire, la Cité doit être réellement vivante : le Chef ne doit jamais cesser de réformer – non que la réforme soit une fin en soi, mais, sur cette Terre, il est toujours possible de faire mieux qu’avant, d’atteindre un plus grand bien – ; les élites doivent être régulièrement renouvelées, pour éviter que ne s’établisse peu à peu une caste de privilégiés décadents ; enfin, tous les citoyens doivent prendre part, chacun à leur niveau, à la vie de la Cité, qui consiste dans la poursuite active du Bien commun.

    Comme le faisait remarquer Chesterton, qui avait bien selon nous quelques idées propres au fascisme, quoiqu’il ne s’en soit jamais réclamé explicitement, « la corruption inhérente aux choses n’est pas seulement le meilleur argument pour être progressiste ; c’est aussi le seul argument pour ne pas être conservateur » (Orthodoxie, 7. – L’éternelle révolution).

    Une maison qui, une fois bâtie, serait laissée à l’abandon, ou même simplement conservée en ordre, sans être réellement entretenue ni régulièrement rénovée, une telle maison finirait nécessairement par tomber en décrépitude. Et, si cela est vrai pour l’ensemble des substances naturelles, cela l’est a fortiori pour les substances vivantes, et en particulier pour l’homme qui, blessé par péché originel, régresse lorsqu’il est dans l’immobilité. Et, pour cette raison précise, le fascisme est une philosophie du Devenir – ce qui n’exclut pas le fait qu’il soit une philosophie de l’Être, car le Devenir est l’Être-même de la réalité.

    Enfin, il faut ajouter que le fascisme, s’il est vrai qu’il est nationaliste, est en même temps proeuropéen et universaliste.

    Il est politiquement proeuropéen, en ce sens qu’il est partisan d’une Grande Europe, d’une Europe des Nations unifiée – d’un Empire au sens large du terme, – fondée sur les valeurs de la civilisation gréco-romaine, de la race blanche et de la religion catholique.

    En cela, il se distingue bel et bien du maurassianisme nominaliste, par-là nationaliste à l’excès (quasiment idolâtre de la Déesse France), ainsi héritier – sous ce rapport – de la Révolution française.

    « Dans la doctrine du fascisme, l’empire n’est pas fondamentalement une expansion territoriale, militaire ou marchande, mais spirituelle et morale. On peut concevoir un empire, c’est-à-dire une nation qui, directement ou indirectement, guide d’autres nations, sans que la conquête d’un kilomètre carré de territoire soit nécessaire. »
    (Mussolini, Doctrine du Fascisme, Chapitre deuxième : idées fondamentales, 13. Empire et discipline)

    L’Union Européenne d’aujourd’hui n’est que la caricature monstrueuse de ce dont l’Europe aurait dû accoucher au milieu du XXème siècle. Mais les régimes qui ont essayé de promouvoir une telle Europe ont été liquidés par les « Alliés » ; l’URSS, les États-Unis et le Royaume-Unis avaient parfaitement compris que l’existence d’un tel Empire serait loin de servir leurs intérêts propres…

    Et c’est parce que le fascisme se veut le défenseur de l’Occident chrétien qu’il est antisémite : il comprend que la « pourriture juive » (pour reprendre l’expression de l’Abbé Julio Meinvielle) est l’ennemie radicale tant du christianisme que de la civilisation.

    Pour finir, le fascisme est philosophiquement universaliste ; c’est-à-dire qu’il se veut, en tant que philosophie politique, une doctrine politique qui dépasse les circonstances – contingentes – de lieu et de temps.

    Pour parler en termes aristotéliciens, nous dirons que le fascisme est une forme universelle d’État, ou de régime politique, appelée à être individuée par chaque nation – entendue comme substrat matériel de l’État.

    Et il est donc bel et bien distinct, une fois de plus, du maurassianisme agnostique (notamment en matière religieuse), de surcroît relativiste, ainsi à nouveau héritier, sous ce rapport, de la Révolution.

    « Comme toute saine conception politique, le fascisme associe la pensée à l’action. C’est une action animée par une doctrine. Cette doctrine est née d’un système donné de forces historiques, auquel elle reste intimement liée et qui reçoit d’elle son impulsion intérieure. Il a donc une forme correspondant aux contingences de lieu et de temps ; mais il a en même temps un contenu idéal qui l’élève au rang de vérité supérieure dans l’histoire de la pensée. »
    (Ibid, Chapitre premier, 1. Le Fascisme comme Philosophie)

    La mondialisation actuelle n’est elle aussi que l’ignoble caricature de l’emprise civilisatrice que le monde blanc était appelé à avoir – par le moyen d’un saine colonisation – sur le reste du monde, non pour son propre intérêt, mais au contraire pour le bonheur des Nations. Il est d’ailleurs à remarquer que ce sain universalisme fasciste rejoint l’universalisme catholique ; et l’Église Catholique et Romaine aurait très certainement eu bien plus de facilité à remplir sa mission d’évangélisation dans un tel monde impérial.

    Mais voilà : dans les années 30, période de la Croisade des Fascismes, les catholiques étaient soit démocrates-chrétiens – sinon simplement démocrates, – soit royalistes ou bien – en France – acquis aux idées maurassiennes. On comprend alors que la conciliation entre catholicisme et fascisme ait été, historiquement, délicate.

    Lorsqu’un bien déchoit de sa bonté et laisse sa place à un mal, il y a quatre attitudes possibles. La première consiste, par idéologie ou par pragmatisme, à épouser le mal dans sa totalité. La seconde, par un idéalisme nostalgique et plus ou moins sentimental, à se rattacher à tout prix au bien passé, mais sans chercher à comprendre les raisons de sa chute, et encore moins à en tirer les leçons. La troisième, par un faux réalisme, à tenter de concilier le bien et le mal en épousant une partie de ce dernier, ainsi à en faire une espèce de « synthèse ». La dernière attitude, animée d’un réalisme authentique et d’un sain idéalisme – c’est-à-dire d’un idéalisme rationnel, – consiste à réprouver le mal tout en assumant ses parcelles de bontés, ses vérités captives (car ni le mal, ni l’erreur, ne sont jamais absolus), ainsi à rétablir le bien passé tout en le dépassant, à faire accoucher son Aufhebung, son achèvement ultime.

    La première attitude est celle des modernistes en matière religieuse, des rationalistes en matière philosophique, des révolutionnaires acquis aux idées démocrates en matière politique, qu’ils soient libéraux ou marxistes.

    La seconde est celle des « traditionnalistes », des férus du psittacisme thomiste, et des réactionnaires légitimistes.

    La troisième est celle des mous, des partisans de « l’herméneutique de la réforme dans la continuité » et autres spécialistes de la magouille intellectuelle, des néo-thomistes à la sauce Maritain, des démocrates-chrétiens (qui marient l’Évangile à la Révolution), des orléanistes et même, dans une certaine mesure, des maurrassiens (qui marient la Réaction à l’agnosticisme).

    Enfin, la dernière attitude est celle des catholiques fidèles à la Tradition, mais cherchant à résoudre les problèmes réels auxquels Vatican II a apporté de mauvaises réponses ; celle des philosophes fidèles au réalisme, mais souhaitant intégrer au corpus de l’Aquinate les vérités captives du rationalisme d’un Descartes, d’un Malebranche ou d’un Leibniz ; celle, enfin, des hommes authentiquement de Droite, partisans d’un État mono-archique et corporatiste, mais qui soit en même temps soucieux de sa réalité nationale et de son organicité, et qui, loin de tout relativisme, soit en adéquation avec l’ordre politique naturel, la saine philosophie réaliste et la vocation surnaturelle de l’homme ; c’est-à-dire, en somme, celle des fascistes, la notre.

    On pourra peut-être confondre, à première vue, la troisième et la quatrième attitude ; mais, à bien y regarder, on verra que la troisième s’oppose tout-à-fait à la quatrième, qu’elle en est la position inverse.

    Ni la démocratie chrétienne, ni le royalisme maurassien, ne pouvaient donc s’accorder avec le fascisme ; et, de fait, ils ne se sont pas accordés avec lui.

    Les catholiques maurassiens et les démochrétiens libéraux répètent à satiété que l’Église n’a jamais approuvé le fascisme.

    Mais faut-il rappeler aux premiers que Saint Pie X a condamné les fondements-mêmes de cette démocratie chrétienne qu’ils appellent de leurs vœux dans sa Lettre sur le Sillon (1913) ?

    Faut-il aussi rappeler aux seconds que Pie XI a réprouvé la doctrine agnostique de Maurras dans son Décret de condamnation de l’Action Française (1926) ?

    Quant à la doctrine fasciste en tant que telle, si le Saint-Siège ne l’a pas approuvée, il ne l’a jamais condamnée.

    Deux encycliques sont souvent invoquées par nos adversaires : Non Abbiamo Bisogno, et Mit Brennender Sorge ; la première aurait condamné le fascisme ; la seconde, le national-socialisme. Visiblement, il y a beaucoup de gens qui ne lisent pas, ou alors qui ne savent pas lire.

    Non Abbiamo Bisogno parle des tensions réelles qui existaient entre l’Église et l’État italien (notamment en matière d’éducation – domaine « mixte » et donc souvent sujet à dispute), mais ne parle nullement du fascisme en tant que tel, et ne le condamne point.

    Mit Brennender Sorge a pour objet, quant-à-elle, « la situation de l’Église catholique dans l’Empire Allemand », mais non, une fois de plus, le national-socialisme pris dans son essence, quoiqu’elle en critique les dérives (notamment son racialisme, c’est-à-dire sa perception trop matérialiste de la race – chose en soi « nécessaire et honorable » comme le reconnaît lui-même Pie XI).

    Aucune comparaison possible entre ces deux encycliques et Divini Redemptoris, dont l’objet est explicitement le communisme athée, qualifié à juste titre de système « intrinsèquement pervers ».

    Cependant, il faut bien avouer que ces deux encycliques suscitent en nous l’étonnement : pourquoi Pie XI s’en est-il pris au régime fasciste et au régime national-socialiste, alors même que ces deux régimes avaient eu la sollicitude de signer un concordat avec lui ?

    Ces concordats furent pourtant à l’avantage de l’Église : ainsi, les Accords du Latran, signés en 1929 entre le Saint-Siège et l’État italien, mirent fin à cette fameuse « question romaine » qui durait depuis près de cinquante ans et qui désespérait les Papes, et établirent en outre que la religion catholique, apostolique et romaine était la seule religion de l’État fasciste.

    Quant au Concordat signé en 1933 entre le Vatican et le Reich Allemand, il fut selon les mots-mêmes de Pie XI un accord « inattendu et inespéré » (M. Agostino). Il n’y eut par ailleurs jamais autant d’églises construites en Allemagne (2 500) que sous le Reich Allemand (qui, rappelons-le, comprenait alors plus d’un tiers de catholiques) ; jamais autant d’églises pleines en Italie – depuis son unification en 1870 – que sous l’État fasciste.

    Pourquoi Pie XI s’en est-il donc pris à deux régimes qui, objectivement, favorisaient l’Église ? Et pourquoi s’en est-il pris spécialement à eux ? L’Église catholique se trouvait-elle mieux dans l’Angleterre schismatique, dans les États-Unis du franc-maçon Roosevelt (certes « grand ami » de Pie XII…), ou même dans la France du Front populaire ?

    Mais il est vrai que, sous l’État fasciste, les prélats ne pouvaient se livrer tranquillement à leurs magouilles. Il est vrai, aussi, que les hommes étaient éduqués virilement, ce qui déplut certainement au nombre, déjà important à cette époque, de catholiques émasculés.

    Il est vrai enfin que, dans de tels États, les citoyens avaient le devoir de s’ordonner à la Cité comme la partie au tout, ce qui ne plut guère aux clercs généralement imbus de personnalisme – le personnalisme étant cette doctrine néfaste d’après laquelle, si l’individu est ordonné à la Cité, la personne transcende en revanche celle-ci ; ce qui, d’une part, est une division métaphysiquement absurde et, d’autre part, aboutit in fine à l’absolutisation de la liberté de conscience, au libéralisme. »

    Deus Vult †


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