• Explication du Männerbund et des mouvements de jeunesse – David Veysseyre



    Hans Blüher – Courrier des lecteurs Rivarol, courant 2018

  • Il est roboratif de constater depuis la semaine dernière et l’article sur Moeller van den Bruck que Rivarol entreprenne une série de portraits sur quelques champions de la Révolution conservatrice. Il est encore plus profitable de nous faire découvrir des personnalités complètement méconnues de ce mouvement, mais très importantes dans l’histoire des sciences humaines et de la connaissance de l’esprit humain. La Révolution conservatrice allemande ne fut pas un mouvement d’individus sacrifiant à un narcissisme de très bas aloi en faisant des centaines de vidéos sur Youtube, mais d’abord un mouvement de gentilshommes et d’honnêtes hommes très cultivés et mâles complètement dévoués à la renaissance de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale. J’aurais quelques éléments à rajouter au bel article de Paul-André Delorme. La littérature sur le sujet est malheureusement uniquement en allemand, il n’y a absolument rien en français.

    Blüher est absolument méconnu en France et ailleurs, alors qu’il a révélé par ses travaux un des traits les plus intimes et les plus profonds du caractère de l’homme européen.

    Blüher nous a fait vraiment progresser dans notre connaissance des hommes, de l’homme et de l’humanité, c’est le propos principal des sciences humaines: lever le voile sur une partie de notre être que nous méconnaissons. Quant aux sciences naturelles, elles se proposent de nous donner une meilleure intelligence du monde physique et biologique.

    Ce que dit Blüher avait cependant commencé à être entrevu un peu avant lui. C’est d’abord l’ethnologue allemand Heinrich Schurtz au début du XIXe siècle qui a découvert que l’homme était mû par deux instincts sociaux: l’un conduisant à la formation d’une famille, c’est d’après Schurtz le seul instinct dominant l’homme à l’époque bourgeoise, et l’autre à la constitution de « sociétés masculines ». Il vaudrait d’ailleurs mieux employer le pérégrinisme Männerbund pour rendre la notion de « société masculine ». Mais cet autre instinct menant à la constitution de sociétés masculines fermées et formées par affinités électives (Männerbund), réunies autour d’un chef charismatique, est réprimé aujourd’hui (depuis deux siècles environ) par la société bourgeoise et ses obligations. Il n’existe presque plus.

    Ce n’est que dans l’équilibre entre famille et investissement dans une société masculine qu’un homme s’accomplit réellement, trouve un véritable équilibre et que l’Etat et la société s’affermissent et se renforcent.

    Hans Blüher, un ancien membre des Wandervögel et le théoricien principal des Bündischen (quatrième groupe de la Révolution conservatrice dans la taxinomie de mon maître Armin Mohler, les Bündischen sont des mouvements de jeunesse anti-bourgeois et typiquement allemands en révolte contre la société des adultes, mais il n’y a là rien de gauchiste, c’est une forme de scoutisme typiquement allemand qui veut revenir à l’innocence et la pureté, à la grâce en quelque sorte, mais grâce païenne, celle de la communion avec la nature) va reprendre tout le dossier dans son maître-ouvrage de 1917 : « Die Rolle der Erotik in der männlichen Gesellschaft », « le rôle de l’érotisme dans la société masculine ». Il va ainsi rajouter l’élément érotique dans l’explication de ce phénomène.

    Blüher fait procéder ces deux formes de socialisation (famille et société masculine) de deux dispositions intimes de l’homme qu’il faut appréhender comme deux inclinations érotiques antagonistes animant chaque être masculin.

    La première inclination érotique de l’homme mène donc à la conquête sexuelle de la femme et à la constitution d’une famille; l’autre inclination érotique se porte sur son pareil quant au sexe: l’homme, c’est elle qui autorise la constitution du Männerbund ou société masculine. Par société masculine, il faut entendre, le projet, le projet aristocratique, la moitié de la vie d’un homme sain qui se consacre à tout ce qui est créateur de culture, de civilisation et d’ordre: l’Etat et la politique, l’armée, la science, la vraie culture, tout ce qui partant organise et élève.

    Même un club de skat où des hommes se retrouvent à l’exclusion des femmes, Blüher le considère comme un succédané de Männerbund. Selon Blüher, l’Etat procèderait aussi de ce dernier, c’est aussi une  découverte et je crois qu’il a tout à fait raison. L’Etat n’est pas né, comme le croient tous les théoriciens du contrat (Hobbes, Locke, Rousseau et ensuite les marxistes qui voient dans l’Etat la garantie et la protection de la propriété) par l’accord établi entre les membres d’un même groupe en vue d’abdiquer une partie de leurs droit pour le déléguer à un souverain qui les protègerait ensuite de la violence des autres membres.

    Il faut cependant conjurer l’erreur commise dans l’interprétation érotique du Männerbund, Blüher s’est fait mal voir à cause de ce malentendu jamais dissipé, on a énormément disputé de ses thèses dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. Je pense que c’est simplement une forme d’érotisme sublimée et l’érotisme est à entendre ici comme un désir d’amitié aristocratique et de commerce amical viril (voir le De Amicitia de Cicéron ou l’Ethique à Nicomaque d’Aristote) pour échapper à la médiocrité quotidienne. Le Männerbund n’est pas non plus un anti-féminisme, c’est seulement l’aspiration à retrouver des formes de sociabilité plus traditionnelles et une distribution des rôles beaucoup plus stricte des sexes. On trouvait déjà en Allemagne avant 1914 que la société se féminisait et que les hommes ne tenaient pas leur rang. S’ils revenaient aujourd’hui…

    Depuis les Indo-Européens et la Kriegsgemeinschaft jusqu’au cercle aristocratique autour de Stefan Georges, le Club de Juin de la Motzstrasse à Berlin, en passant par les banquets antiques, les écoles philosophiques antiques (Académie, Lycée, Jardin), la Pléiade (groupe de 7 poètes à la Renaissance en France), la chevalerie médiévale, l’académie néo-platonicienne à Florence (dont les membres les plus illustres étaient Marcile Ficin, Laurent de Medecis, Pic de la Mirandole, Ange Politien) au XVe siècle, les Burschenschaften, l’armée prussienne, et les mouvements de jeunesse allemands de l’entre-deux-guerres (les Bündischen), tout ce qui a été créateur de progrès humain et de civilisation dans notre histoire a été en effet directement ou indirectement le fruit des sociétés aristocratiques masculines. Le sport, la guerre, la politique, la poésie, la philosophie, l’art, la science, la recherche, l’esthétique procèdent toutes peu ou prou de ces dernières et participent tous du projet créateur de tout homme digne de ce nom, c’est en gros l' »héroïsme » qui compenserait la médiocrité de la vie bourgeoise dans le sein familial.

    Chez certains hommes cependant, on peut observer un déséquilibre flagrant et le Männerbund, le désir de sociabilité masculine, le projet aristocratique (poésie, philosophie, sport, recherche, politique, etc.) prévaut totalement au détriment de la vie familial. N’oublions pas que la sociabilité masculine chez les Européens est censée toujours produire de la culture, de l’ordre, de la beauté et de la civilisation.

    Approfondir : Männerbund et son théoricien « KR », Hans Blüher

    Croisade homérique des fascismes


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  • 3 commentaires




    Diriez-vous que le fascisme ait articulé à la fois un masculinisme et un féminisme dans un cadre vertueux et bien compris ?


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    Il y a un anticonformisme qui allait faire penser à certains d'essayer un peu plus loin de "libérer la femme" par rapport à la société réactionnaire. Mais disons que tout un chacun finissait par avoir sa définition du fascisme, bien qu'il y aient des traits essentiels à cette doctrine et qu'il n'y ait pas de féminisme généralisé à proprement parlé. Mais je dirais qu'avec le recul, nous allons éviter de trop modifier le rapport à l'autre sexe... Un "masculinisme" semi-appliqué aux femmes est une mauvaise idée ! Et il y a eu de potentielles dérives en ce sens : https://integralisme-organique.com/2024/12/jutta-rudiger-du-bund-deutscher-madel-section-feminine/


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