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Publié le par Florian Rouanet
⁂ 𝔄rène du Pontifical
Six crosses, 𝔬̂ lecteur, six vieilles crosses de buis ou d’argent, voilà tout ce qui demeure, sur la terre des vivants, des évêques sacrés selon le Pontifical romain d’avant le 18 juin 1968. Trois centenaires, trois nonagénaires ; tous « émérites », aucun sur un siège. Le sablier coule, et chaque grain emporte avec lui un pan de certitude sacramentelle.
Un ami de la revue en dressait la liste un soir, sur un fil de bons compagnons.
Nous la reprenons, vérifiée, pour en tirer trois leçons : ce que fut la querelle des formes entre l’ancien et le « nouveau » rite du sacre ; pourquoi le doute, fût-il contesté, pèse de tout son poids en matière de sacrements ; et comment cette horloge gériatrique met au supplice la thèse de Cassiciacum dans sa version la plus étroite, celle qui refuse tout « sacre sans mandat » et attend sagement que la « hiérarchie matérielle » (quésaco ?) veuille bien se réveiller.Les belmontiens, à ce compte, doivent se hâter : leur réservoir d’évêques certains se compte désormais sur les doigts d’une main, plus un pouce. Ainsi la question qui taraude tout le modne : M. l’abbé Belmont va-t-il se suicider lorsque Mgr Sahagun mourra ?
- Six mitres, un sablier : quand l’Église dépend de la longévité de vieillards, ce n’est plus de l’ecclésiologie, c’est de la gériatrie 🎯
- Sacres épiscopaux – Pontificalis Romani – Sacramentum Ordinis – validité – thèse de Cassiciacum – abbé Belmont – materialiter – indéfectibilité 📌
🎙️ 𝔄ntenna
I.O. Vox Frequencia (capsule auditive)

☧ 𝔏exique martial
Trois mots-balises pour arpenter le terrain sans glisser dans l’ornière.
« PONTIFICAL », nom masculin, Religion catholique : « Recueil contenant le rituel des cérémonies réservées à l’évêque; son contenu. » – TLFi (CNRTL), art. « Pontifical »
« SUCCESSION APOSTOLIQUE », nom féminin, Religion catholique : « Continuité vitale et institutionnelle que garde et doit garder l’Église du Christ avec la foi, la mission, les pouvoirs de sanctification et de gouvernement confiés par le Christ aux Apôtres. » – TLFi (CNRTL), art. « Succession », citant Foi, t. 1, 1968
« INDÉFECTIBILITÉ », nom féminin : « Caractère de ce qui est indéfectible (notamment dans le domaine théologique). » – TLFi (CNRTL), art. « Indéfectibilité »
ᛟ 𝔄ncienne école
L’Évangile, un Pape d’avant la nuit et un concile qui n’est pas suspect de modernisme fixent le cadre.
« Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. »
– Matthieu XVI, 18 (trad. Crampon).« Comple in Sacerdote tuo ministerii tui summam, et ornamentis totius glorificationis instructum coelestis unguenti rore sanctifica. »
– Pie XII, Sacramentum Ordinis (30 novembre 1947), n. 5, forme essentielle du sacre épiscopal, AAS 40 (1948).« … perpetuos successores… »
– Concile du Vatican, Pastor aeternus (18 juillet 1870), chap. II, canon : Pierre a, de droit divin, des successeurs perpétuels dans la primauté.Σ 𝔓lan d’attaque
Un recensement, une querelle, une horloge.
Sommaire
- Ⅰ. 🧭 Le rôle des six : un sablier à l’ancien Pontifical
- Ⅱ. ⚔️ Spiritum principalem contre Comple in Sacerdote : la querelle des formes
- Ⅲ. 🛡️ La jambe de la sessio : l’horloge belmontienne
Le dernier carré des mitres, ou la gériatrie promue ecclésiologie
Ⅰ. 🧭 Le rôle des six : un sablier à l’ancien Pontifical
Chers lecteurs, souffrez que je me répande derechef sur cette matière du plus noble aloi. Le 18 juin 1968, Giovanni Battista Montini, Paul VI, signait la constitution Pontificalis Romani, qui substituait un rite nouveau à l’ancien pour l’ordination des diacres, des prêtres et des évêques. Le décret de la Sacrée Congrégation des Rites du 15 août suivant, promulguant ledit nouveau livre, laissait le choix entre les deux rites jusqu’au 6 avril 1969, jour de Pâques ; passé cette date, seuls les nouveaux pouvaient servir.
D’après le recensement de Catholic-Hierarchy, arrêté au 31 octobre 2026, six évêques sacrés avant le 18 juin 1968 respirent encore :
- José de Jesús Sahagún de la Parra, sacré le 8 septembre 1961, évêque émérite de Ciudad Lázaro Cárdenas (Mexique), doyen des évêques du monde à cent quatre ans, et le seul nommé sous Angelo Giuseppe Roncalli, Jean XXIII ;
- Victorinus Youn Kong-hi, sacré le 20 octobre 1963, archevêque émérite de Gwangju (Corée du Sud) ;
- Francis Arinze, sacré le 29 août 1965, préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin ;
- Manuel Edmilson da Cruz, sacré le 6 novembre 1966, évêque émérite de Limoeiro do Norte (Brésil) ;
- José da Silva Chaves, sacré le 11 février 1968, évêque émérite d’Uruaçu (Brésil) ;
- Ignacio Nazareno Trejos Picado, sacré le 8 mars 1968, évêque émérite de San Isidro de El General (Costa Rica).
Deux nuances s’imposent à l’esprit probe. La première : être Père conciliaire n’est pas être sacré à l’ancienne. Mgr Daniel Verstraete, préfet apostolique présent à la dernière session de Vatican II, ne reçut la consécration épiscopale que le 14 mai 1978, donc certainement selon le rite nouveau. La seconde : entre juin 1968 et avril 1969 s’ouvre une zone grise. Friedrich Wetter, sacré le 29 juin 1968, ou Daniel Cronin, le 12 septembre suivant, l’ont été pendant que les deux livres coexistaient ; les registres ne disent pas lequel fut ouvert, et nous nous garderons de le deviner.
Tous les six sont émérites. Aucun n’occupe de siège. Retenons ce détail : il fera, plus bas, toute la saveur de l’affaire.
Ⅱ. ⚔️ Spiritum principalem contre Comple in Sacerdote : la querelle des formes
En 1947, Pie XII avait tranché un débat séculaire : pour le sacre, la matière est l’imposition des mains, la forme une phrase précise de la préface consécratoire, citée plus haut. Vingt et un ans plus tard, la forme nouvelle devint tout autre : « Et nunc effunde super hunc electum eam virtutem, quae a te est, Spiritum principalem… ».
Montini la disait reprise de la Tradition apostolique attribuée à Hippolyte de Rome, encore en usage, pour une large part, chez les Coptes et les Syriens occidentaux.Le monde traditionnel s’est fendu en deux sur cet écueil :
- D’un côté, les tenants du doute ou de l’invalidité : le bénédictin Athanasius Kroeger dès 1978, Rama Coomaraswamy, le collectif de Rore Sanctifica en 2005, puis l’abbé Anthony Cekada, dont l’étude de 2006 emprunte son titre à la condamnation des ordinations anglicanes par Léon XIII : Absolutely Null and Utterly Void. Leur grief : une forme qui ne signifie plus de manière univoque le pouvoir d’ordre conféré, et une intention de rite façonnée pour servir la pseudo-collégialité conciliaire.
- De l’autre, le Père Pierre-Marie, dominicain d’Avrillé, conclut dans Le Sel de la terre (n° 54, automne 2005) à la validité du rite pris en lui-même, tout en concédant que des traductions fautives ou des adaptations trop libres pouvaient, ici ou là, jeter le trouble ; la Fraternité Saint-Pie-X en fit sa position.
Nous ne trancherons point ici ce qu’un concile général, fût-il « imparfait », aura seul qualité de juger – en devant certainement en se dotant du retour de Pierre avant. Mais il sied de rappeler une règle de bon aloi : en matière de validité des sacrements, on ne joue pas aux probabilités, on suit le parti le plus sûr. Un doute sérieux, débattu depuis un demi-siècle par des théologiens qui ne sont ni saltimbanques ni charlatans, suffit à faire préférer « l’ancien Pontifical » là où on le peut. Et c’est précisément là que le sablier devient cruel !
Ⅲ. 🛡️ La jambe de la sessio : l’horloge belmontienne
« Nos évêques materialiter« , de moins en moins materialiter !
La thèse de Cassiciacum, élaborée par R.P./Mgr Guérard des Lauriers (Cahiers de Cassiciacum, n° 1, 1979), distingue le Pape formaliter, revêtu de l’autorité, du Pape materialiter, simple sujet désigné qui occupe le siège sans autorité. L’abbé Hervé Belmont en tient la conclusion principale ; mais il en tire une version d’une rigueur toute janséniste, puisqu’il refuse, de son propre aveu, « tout sacre avant la restauration de l’Autorité » : ci-gît un vétéro-guérardisme poussé à l’extrême. Point d’évêques à soi, donc. Pour confirmer et ordonner, il ne reste que la hiérarchie matérielle, celle des évêques désignés et occupant leurs sièges.
La revue Sodalitium a rapporté que des fidèles de l’abbé reçurent ainsi la confirmation de Mgr Dominik Kalata, jésuite slovaque sacré clandestinement en 1955, donc à l’ancienne. Mgr Kalata est mort en août 2018.Soit : jouons-le jusqu’au bout. À supposer que le belmontien accorde au nouveau rite le doute que la prudence commande, sa hiérarchie matérielle se partage en deux moitiés qui ne se rejoignent plus :
- D’un côté, ceux qui occupent les sièges, la « sessio », et qui furent presque tous sacrés selon le rite de 1968.
- De l’autre, six vieillards au sacre certain, tous émérites, qui n’occupent plus rien.
La jambe de la sessio et la jambe du sacre ne portent plus le même corps : voilà une Église matérielle unijambiste, qui sautille à cloche-pied vers l’an 2030. La Providence ne manquant pas d’humour : l’un des derniers dépositaires certains de l’ancien sacre fut préfet de la nouvelle liturgie.
Les belmontiens doivent donc se précipiter ! Dans dix ans, peut-être moins, le dernier « évêque à l’ancienne » aura rendu l’âme, et la thèse stricte se retrouvera devant une hiérarchie matérielle tout entière suspendue au rite qu’elle soupçonne.
Gageons que l’Église ne disparaisse pas alors ! Notre-Seigneur a promis que les portes de l’enfer ne prévaudraient point ; le concile du Vatican a défini que Pierre aurait des successeurs perpétuels. Ces promesses ne sauraient dépendre de la tension artérielle d’un prélat mexicain de cent quatre ans.
Le nœud se dénoue autrement. L’Église n’a jamais attendu la grâce des émérites : elle compte sur les successeurs des Apôtres, sacrés selon le rite certain, qui gardent la Foi et transmettent l’ordre. Les lignées issues de Mgr Marcel Lefebvre, sacré en 1947, et de Mgr Pierre-Martin Ngô Đình Thục, sacré en 1938, procèdent toutes deux de l’ancien Pontifical ; c’est à leur pouvoir d’ordre, et à l’autorité qu’un concile général imparfait saura reconnaître, que revient la tâche de rendre à l’Église sa tête visible. Refuser ces lignées au nom du mandat, puis courir mendier la confirmation auprès des prélats conciliaires de l’ancien rite tant qu’il en reste, c’est faire de la légitimité une affaire de calendrier.
☩ ℭoup de grâce
Six mitres, et le sable qui file. Le monde « conciliaire » n’en a cure : il a son rite, ses évêques, ses certitudes de commission. Le monde traditionnel – véritablement catholique de foi, de mœurs et d’intention -, lui, devrait y lire une leçon d’urgence : la continuité apostolique ne se conserve ni au musée ni à l’hospice, elle se transmet par des mains sûres, selon des paroles sûres.
Quant aux belmontiens, que leur dire, sinon de presser le pas ? Leur Église matérielle tient debout sur une jambe de sessio aux ordres douteux et sur une béquille de six centenaires et nonagénaires, qui ne siègent plus nulle part. Le jour où la béquille cédera, il ne restera de la thèse stricte qu’un bel édifice de papier, admirable de logique et vide d’évêques.
Gong final : on ne sauve pas l’indéfectibilité en comptant les bougies des gâteaux d’anniversaire – sinon en comptant les gâteux !
En effet, une structure théologique fondée pour les siècles se retrouverait soudainement avec une existence fragile : à la merci d’un électrocardiogramme…À savoir
- Le nouveau rite d’ordination fut approuvé par Pontificalis Romani (18 juin 1968) ; les deux Pontificaux purent être employés jusqu’au 6 avril 1969 (décret de la Sacrée Congrégation des Rites, 15 août 1968).
- Pie XII avait fixé la matière et la forme du sacre par Sacramentum Ordinis (30 novembre 1947) ; la forme de 1968 en est entièrement distincte.
- Six évêques sacrés avant le 18 juin 1968 vivent encore au 31 octobre 2026 ; tous sont émérites.
- La Rédaction pugilistique-lettrée !
📚 Pour approfondir
- Pie XII, Sacramentum Ordinis, constitution apostolique, 30 novembre 1947, Acta Apostolicae Sedis 40 (1948).
- Paul VI, Pontificalis Romani, constitution apostolique, 18 juin 1968 ; décret de la Sacrée Congrégation des Rites, 15 août 1968.
- Hippolyte de Rome (attribuée à), La Tradition apostolique, IIIᵉ siècle.
- Père Pierre-Marie, O.P., étude sur la validité du nouveau rite de sacre épiscopal, Le Sel de la terre, n° 54, automne 2005, p. 72-129.
- Abbé Anthony Cekada, Absolutely Null and Utterly Void. The 1968 Rite of Episcopal Consecration, 2006.
- Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers, Cahiers de Cassiciacum, n° 1, 1979.
- Abbé Hervé Belmont, Les sacres épiscopaux sans mandat apostolique en question, Saint-Maixant, Grâce et vérité, 2000.
🥊 𝔑𝔬𝔰𝔞𝔯𝔱𝔦𝔠𝔩𝔢𝔰𝔡𝔢𝔩𝔞𝔖𝔱𝔯𝔞ß𝔢
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