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Publié le par Florian Rouanet
Des huit catholiques que nous tenions à présenter, Mgr Baudrillart est pour ainsi dire le seul à s’être « converti » au fascisme, dans la mesure où il est passé, grâce à un sursaut de clairvoyance, d’une hostilité a priori au fascisme à un soutien radical à ce dernier.
Condisciple de Jean Jaurès, d’Émile Durkheim et d’Henri Bergson à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (promotion 1878), il est agrégé d’histoire en 1881 et docteur de lettres et de théologie. D’abord professeur au lycée de Laval, au lycée de Caen, puis au collège Stanislas à Paris, il entre dans les ordres et rejoint la congrégation de l’Oratoire (oratoriens). Il est ordonné prêtre en 1893.
Historien de formation, il est l’auteur de très nombreux ouvrages dont une monumentale histoire de Philippe V et la Cour de France.
Professeur à l’Institut catholique de Paris, il succède à Mgr d’Hulst en 1907 et devient recteur de cet établissement d’enseignement supérieur catholique auquel il va consacrer toute son énergie au cours de sa vie.
Fondateur des Amitiés catholiques françaises, il participe pendant la Première Guerre mondiale à une importante tournée de propagande en Amérique. Grand patriote, il est aussi fortement belliciste, voyant la guerre comme un occasion pour la France de prendre sa revanche.
Le Saint-Siège reconnaît son zèle et le nomme évêque titulaire d’Himeria en 1921, puis archevêque de Mélitène. Pie XI le crée même cardinal en 1935. C’est le doyen des six cardinaux français qui participent au conclave de 1939, à l’issue duquel Pie XII est élu.
Il est élu membre de l’Académie française en 1918 et nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1920, officier en 1931 et commandeur en 1935.
Au début des années 30, le cardinal Baudrillart a encore quelques réticences vis-à-vis du fascisme, et se montre hostile au national-socialisme, notamment – dira-t-il lui-même – à cause d’une mauvaise interprétation de l’encyclique Mit Brennender Sorge. Mais il est aussi, et depuis longtemps, un ennemi acharné du bolchévisme, au point d’avoir, en 1930, organisé avec Henry Bordeaux un concours de romans sur le sujet.
En 1940, cette haine du communisme le conduit à l’approbation du régime de Vichy, après la défaite subie lors de la bataille de France. Il soutient Pétain « qui regarde la réalité en face » et, influencé par des lectures d’Abel Bonnard et d’Alphonse de Châteaubriant, il penche en faveur de la collaboration avec l’occupant, dès le mois de juin.
Jugeant en juillet, après Mers el-Kébir, la conduite de Churchill « odieuse », il invite publiquement, en novembre, les Français à suivre Pétain, après le discours de celui-ci, radiodiffusé le 30 octobre, en faveur d’une collaboration radicale.
À partir de ce moment, Mgr Baudrillart n’aura de cesse de soutenir la « Croisade contre le bolchévisme » menée par le Fascisme, et s’engagera en conséquence.
Il devient membre du comité d’honneur du groupe Collaboration., groupe d’intellectuels français d’extrême-droite favorables à la collaboration avec l’Allemagne national-socialiste, créé officieusement à l’automne 1940 par l’écrivain fasciste et catholique Alphonse de Chateaubriant, et soutenu par l’ambassadeur allemand Otto Abetz – partisan d’une alliance réelle entre l’Allemagne et la France.
Il adhère en outre au Parti Populaire Français, mouvement politique nationaliste et fasciste, et premier parti de collaboration. Il rencontre même son chef, Jacques Doriot, qui sera à l’origine de la LVF – Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme.
En 1941, il apporte tout son soutien à la création de la LVF. Aussi apparaît-il, début décembre, en tête des membres du comité de patronage de la LVF, au côté du chanoine Tricot, des académiciens Abel Bonnard et Abel Hermant, du président de la Fédération de la Presse Jean Luchaire, du savant Georges Claude, et – bien entendu – d’Alphonse de Chateaubriant.
Pétain avait fini par dire de lui (recevant une délégation d’étudiants de l’Institut catholique) : « Je l’aime beaucoup. Il est si spirituel ! Mais on me dit qu’il se laisse entraîner plus loin qu’il ne faudrait… » En fait, Mgr Baudrillart avait affirmé que la politique de Vichy était « molle », « ambigüe », et que le résultat risquait d’être « nul » …
Le cardinal meurt quasi aveugle, à Paris, dans la nuit du 18 au 19 mai 1942, à l’âge de 83 ans. Son éloge funèbre est prononcé à l’Académie française, le 21 mai, par Paul Hazard ; il est enterré à la chapelle des Carmes de l’Institut catholique le 23 mai.
Une messe de requiem est encore célébrée à sa mémoire, le 25 novembre 1942, en présence d’une trentaine d’archevêques et d’évêques, en l’église Notre-Dame de Paris.
♦ Citations de Mgr Baudrillart :
- Pendant la Seconde Guerre mondiale, un homme réaliste :
Que l’ordre soit assuré par l’étranger, pourvu qu’il soit maintenu.
Carnets, 15 juin 1940
Ce n’est que trop vrai : en ce moment, nous avons besoin des Allemands chez nous pour rétablir un certain ordre.
Ibid, 23 juin 1940
- De Gaulle et Pétain :
Le traître De Gaulle.
Ibid, 9 novembre 1940
Pétain, un homme d’Honneur.
Ibid, 21 novembre 1940
- À propos d’Hitler
On ne peut en méconnaître la grandeur.
25 février 1941
Hitler n’est évidemment pas un pur catholique, mais il lui reste un fond religieux et des tendances catholique. Ainsi, après son premier grand succès politique, il téléphone à un prêtre et lui demande de célébrer pour lui une Messe, à laquelle il assiste.
30 juillet 1941
- Le rêve d’une nouvelle Europe impériale :
Saint Bruno : en lui l’Allemagne, l’Italie, la France ; en lui l’Église éternelle qu’il pousse à la réunion de notre vieux monde occidental, héritier de l’Empire romain, héritier de Charlemagne !
Ibid, 13 mars 1941
- Lucidité sur la politique molle de Vichy :
La politique de Vichy est ambigüe. Elle perdra ainsi toute force active, et n’inspire plus aucune confiance. Le résultat risque d’être nul.
Ibid, 29 juillet 1941
- À propos de l’attitude de beaucoup d’évêques, hostiles à la collaboration :
Décidément, le bon sens et l’esprit de discipline ne sont point la marque des cervelles ecclésiastiques…
Ibid, 28 août 1941
- Un ennemi radical du bolchévisme, et un soutien à la LVF du fasciste Doriot :
Doriot et un certain nombre de nos camarades se compromettent courageusement, et s’organisent pour combattre le bolchévisme.
Ibid, 8 juillet 1941
Comme prêtre et comme Français, j’oserai dire que les Légionnaires de la Croisade antibolchevique se rangent parmi les meilleurs fils de France. Placée à la pointe du combat définitif, notre Légion (la LVF) est l’illustration agissante de la France du Moyen Age, de notre France des cathédrales ressuscitées et je dis, parce que j’en suis sûr, que ces soldats contribuent à préparer la grande renaissance française. En vérité, cette Légion constitue à sa manière une chevalerie nouvelle. Ces légionnaires sont les croisés du XXe siècle.
Que leurs armes soient bénies ! Le tombeau du Christ sera délivré !
Propos rapportés le 14 décembre 1941 par L’Émancipation nationale
- Au sujet des fascistes venus de toute l’Europe pour combattre le bolchévisme en Russie :
Les fascistes […] sont les sacrements de Dieu.
Ibid
(1859 – 1942).


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