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Publié le par Florian Rouanet
Le véritable conservateur se doit de ne conserver que ce qui a le mérite d’être conservé et de jeter le reste, ou à défaut de l’amender, tant que cela reste encore possible ; c’est ce qu’admire et prône un révolutionnaire-conservateur tel que Armin Mohler, car une révolution « en sens contraire », peut permettre de restaurer le véritable ordre (cependant Burke, sera plus « mesuré » de son côté) !
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Une réflexion sur la tradition sécularisée et son rôle dans la société politique
Sommaire :
I. Bref portrait d’Edmund Burke et de son influence
II. La sécularisation de la notion de tradition
III. Passages illustrant sa conception de la tradition vivante
IV. La Tradition vivante : parallèle avec saint Paul et le ChristI. Bref portrait d’Edmund Burke et de son influence
Edmund Burke (1729-1797), homme politique et philosophe anglo-irlandais, peut être considéré comme un père du conservatisme moderne. Contre-révolutionnaire, observateur et contempteur des bouleversements de son époque, notamment de la Révolution française, il s’opposa avec véhémence à ce qu’il percevait comme un rejet radical des institutions et des traditions les plus élémentaires.
Bien que de famille catholique par ses origines, Burke était un protestant anglican, ce qui lui a permis de siéger au Parlement britannique.Dans son œuvre majeure, « Réflexions sur la Révolution de France » (1790), il élabore une défense de la société politique basée sur l’héritage des coutumes, des lois et des mœurs comme un patrimoine collectif à conserver et transmettre, ce à quoi la Monarchie française a été globalement fidèle, sans toutefois le théoriser.
Prudence politique – Continuité historique – Conception organique de la Cité
II. La sécularisation de la notion de tradition
Il adapte et « sécularise » la notion de tradition, habituellement associée à la religion (Tradition enseignante de l’Église avec un grand T), en l’intégrant au domaine politique.
Chez Burke, la tradition « cesse » d’être un concept exclusivement religieux pour devenir un principe philosophique et universel structurant les sociétés humaines.
Il y voit un contrat implicite entre les générations passées, présentes et futures (réponse à Jean-Jacques Rousseau). Cette transmission vivante permet de préserver l’ordre et la stabilité, tout en laissant une place aux évolutions mesurées.
Dans la pensée burkienne :
• La tradition est vivante, non figée. Elle agit comme un fil conducteur permettant d’intégrer les leçons du passé tout en s’adaptant aux réalités contemporaines.
• Le rôle de la tradition est politique. Elle sert de fondement à la légitimité et à la conservation des institutions, et évite les ruptures brutales qui engendrent le chaos.
• La transmission est un devoir moral, inscrit dans la nature humaine :
« Aucun homme ne saurait être seulement pour lui-même ; il fait partie d’une communauté historique plus vaste (famille et patrie). »Ce modèle s’oppose radicalement à l’idée des révolutionnaires de 1789, pour lesquels la société devait être refaite sur des bases rationalistes, sans égard pour le passé.
III. Passages illustrant sa conception de la tradition vivante
Dans « Réflexions sur la Révolution de France », Burke développe cette idée dans plusieurs passages clés :
1. La tradition comme « contrat social » intergénérationnel :
« La société est, en effet, un contrat… un partenariat non seulement entre ceux qui sont vivants, mais entre ceux qui sont vivants, ceux qui sont morts et ceux qui naîtront. »
2. La conservation comme adaptation prudente :
« Nous chérissons les traditions et les réformes graduelles ; la sagesse nous enseigne à respecter les anciens usages, non pas parce qu’ils sont anciens, mais parce qu’ils ont fait leurs preuves. »
3. Le rejet du radicalisme révolutionnaire :
« En détruisant d’un coup l’ordre ancien, les révolutionnaires ont coupé les liens vivants qui unissent les générations. Ils ont rejeté tout ce qui faisait le ciment de la société pour se jeter dans l’inconnu. »
IV. La Tradition vivante : parallèle avec saint Paul et le Christ
À vrai dire, l’action du Christ elle-même, dépasse les clivages de conservateur et de progressiste, car il n’hésitait guère à confirmer la tradition, en même temps de rénover ou de détruire, ce qui n’avait plus lieu d’être dans l’Ancienne Alliance !
La conception burkienne de la tradition, vivante et non figée, trouve un écho dans la doctrine catholique, notamment dans le rapport entre la loi écrite et la loi orale. Dans la doctrine chrétienne, l’accent est mis sur la fidélité à l’esprit de la loi plutôt qu’à la lettre morte (Sanhédrin, conservateur fossilisé..).
1. La critique de la lettre morte selon saint Paul de Tarse
« Il nous a rendus capables d’être ministres d’une alliance nouvelle, non de la lettre, mais de l’esprit ; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie. »
(Deuxième Épître aux Corinthiens, III, 6, traduction de l’abbé Augustin Crampon, 1923)Cette affirmation met en lumière la supériorité de l’interprétation vivante et dynamique des enseignements divins sur une adhésion rigide et littérale. La lettre, bien que nécessaire, devient mortifère si elle n’est pas animée par l’esprit qui donne sens et vie.
L’apôtre s’est d’ailleurs basé sur les enseignements du Christ Jésus Lui-même.Voici quelques passages significatifs de l’Évangile de la Vie :
Jésus et l’accomplissement de la Loi :
« Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »
(Matthieu, V, 17)Les reproches aux pharisiens :
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et vous laissez ce qui est plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. »
(Matthieu, XXIII, 23)Le sabbat fait pour l’homme :
Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. »
(Marc, II, 27)2. Pensées saint pauliennes et fidélité à l’esprit dans la transmission politique
Le parallèle avec saint Paul est ici saisissant :
• Tout comme la loi mosaïque devait être dépassée par l’alliance nouvelle, Burke considère que les institutions politiques ne doivent pas être figées dans une fidélité servile au passé, mais s’enrichir de l’expérience et évoluer.
• La préservation de l’esprit de la tradition permet d’éviter la sclérose, tout en respectant l’héritage reçu.Conclusion
Entre politique et théologie, la pensée burkienne, bien qu’inscrite dans le cadre séculier, converge avec la foi sur la nécessité d’une tradition vivante.
Cette dynamique de fidélité créatrice illustre une approche où l’esprit prime sur la lettre, rappelant que ce qui est conservé doit être adapté et interprété pour être véritablement transmis.



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