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Publié le par Florian Rouanet
Le Katechon est en quelque sorte la force morale (Chrétienté romaine) qui retient le Mal jusqu’à la Fin des Temps, si vous n’êtes pas familier de ce concept biblique et saint-paulien, vous pouvez lire la première partie de cet article à propos de la théologie politique de Carl Schmitt :
« L’idée du katechon (κατέχων), que l’on pourrait traduire par « rétenteur » ou « retardateur », est largement ignorée des chrétiens eux-mêmes. Saint Paul s’adressant aux Thessaloniciens affirme pourtant, s’agissant de l’Antéchrist : « Maintenant vous savez ce qui le retient, de sorte qu’il ne se révélera qu’au temps fixé pour lui. Car le mystère d’iniquité est déjà à l’œuvre ; il suffit que soit écarté celui qui le retient à présent » (II Thessaloniciens 2, 6-7). Puissance qui empêche l’avènement du mal absolu et la fin du monde, le katechon atténue profondément l’eschatologie chrétienne dans son acception la plus fataliste, qui tend à considérer que le cours de l’histoire est tout entier entre les seules mains de la Providence. » (…)
« La foi en une force qui retient la fin du monde jette le seul pont qui mène de la paralysie eschatologique de tout devenir humain jusqu’à une puissance historique aussi imposante que celle de l’Empire chrétien des rois germaniques. »
Carl Schmitt, Nomos de la Terre, paru en 1950.
Vous avez aussi cette rapide définition de Theodon de Radio Regina dans sa missive du jour :
« On peut l’entendre ainsi. C’est une interprétation possible. Le Katechon est également une réponse au gnosticisme, qui, en voulant fuir et condamner le monde, se rend donc complice de l’antéchrist, car il accélère le chaos ; c’est aussi une réponse aux utopies qui veulent réaliser le bonheur et la paix de tous ici bas (libérale, marxiste, démocrate, anarchiste, technocrate, etc.) : pour un chrétien, la seule action possible en politique n’est pas pensée en vue de réaliser le bonheur de tous, mais d’empêcher le triomphe de l’antéchrist en rendant possible une ère chrétienne qui retarde sa venue. On peut ainsi envisager une politique à la fois authentiquement chrétienne et authentiquement politique, c’est-à-dire qui distingue l’ami de l’ennemi en vue de ce qui est censé être atteint, combattu, contesté et réfuté. La société chrétienne se définit à la fois par son objectif et par son antagonisme. Le libéralisme pseudo-catholique et la démocratie pseudo-chrétienne ont totalement abandonné l’aspect « katechonique » du politique au profit d’un irénisme et d’un romantisme politiques complètement idiots et dangereux pour les âmes. »
☧Ce qui suit est une succession de citations émanant de théologiens et de Pères de l’Église latine traitant de ce principe biblique assez méconnu des chrétiens eux-mêmes :
Tertullien, Apologétique, XXXII, 1 : « Nous avons un autre motif, plus pressant encore, de prier pour les empereurs, pour la conservation de l’empire tout entier et pour la puissance romaine : nous savons, en effet, que la terrible catastrophe suspendue au-dessus de la terre entière et la clôture du temps elle-même, qui nous menace d’horribles calamités, n’est retardée que par le répit accordé à l’empire romain. Nous ne tenons nullement à faire cette expérience et, en demandant qu’elle soit différée, nous contribuons à la longue durée de l’empire romain. »
Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse mystagogique, XV, 12 : « Aussi quand le Christ sera prêt de venir pour la seconde fois, le même ennemi abusant de la crédulité des simples et principalement des Juifs, fera paraître un homme extraordinaire, qui par ses prestiges et ses adresses usurpera l’Empire Romain, se fera appeler le Christ pour tromper les Juifs qui l’attendent encore, et qui séduira les Gentils par la magie et par ses enchantements. Or cet Antechrist viendra, quand l’Empire Romain cessera de subsister, et que la fin du monde approchera. Cet Empire commencera par être divisé en dix Royaumes, qui auront chacun en même temps leurs Rois, et après eux il en viendra un onzième. C’est l’Antechrist, qui par ses enchantements usurpera l’Empire Romain, et détruira ces dix Rois. Il commencera par détruire trois de ces Royaumes, puis il s’assujettira les sept autres Rois ; il fera d’abord paraître beaucoup de douceur, et de bonté, accompagné de ses prodiges, et de ses impostures, et trompera les Juifs, leur faisant accroire qu’il est le Christ qu’ils attendent, et après les avoir ainsi trompé, il les traitera avec rigueur et avec cruauté, surpassant en malice et en fureur tout ce qu’il y a jamais eu de méchanceté. »
Saint Jérôme, Lettre CXXI à Algasia : « Les Thessaloniciens donc n’ayant pas bien compris le sens de la première épître que saint Paul leur avait écrite, ou s’étant laissé séduire par quelque prétendue révélation qu’ils croyaient avoir eue durant leur sommeil, ou par les fausses conjectures de quelques visionnaires, s’imaginaient que ce qui avait été prédit de l’Antéchrist par les prophètes Isaïe et Daniel, et par Jésus-Christ même dans l’Évangile, devait s’accomplir de leurs jours. C’est ce qui les avait ébranlés et jetés dans le trouble, prévenus qu’ils étaient que le fils de Dieu devait bientôt venir dans tout l’éclat de sa gloire et de sa majesté. Mais l’apôtre saint Paul, pour les détromper et les faire revenir de leurs préjugés, leur explique ici toutes les choses qui devaient précéder l’avènement du Sauveur ; afin que par leur accomplissement ils pussent juger de l’avènement de l’Antéchrist, « de cet homme de péché, de cet enfant de perdition, de cet ennemi de Dieu qui s’élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu. » « Le Seigneur, » dit-il, « ne viendra point que la désertion, » ou, comme porte le texte grec, « l’apostasie ne soit arrivée auparavant, » c’est-à-dire : que toutes les nations qui sont soumises à l’empire romain ne se soient soustraites par une révolte déclarée à la domination des empereurs ; « et qu’on ait vu paraître cet homme de péché » prédit par tous les prophètes, qui est la source et le principe de tous les péchés ; « de cet enfant de perdition » c’est-à-dire du démon qui est la cause de la perte de tous les hommes ; « de cet ennemi déclaré de Jésus-Christ, » ce qui fait qu’on l’appelle « Antéchrist, » qui s’élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, » se faisant passer pour le Dieu de toutes les nations, foulant aux pieds la véritable religion et le culte du vrai Dieu, et portant son orgueil « jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, » c’est-à-dire, comme l’expliquent quelques auteurs, dans le temple de Jérusalem, ou plutôt dans l’Église, où il se fera passer pour Jésus-Christ et pour fils de Dieu.
« La décadence de l’empire romain et la naissance de l’Antéchrist doivent donc précéder l’avènement de Jésus-Christ, qui ne viendra que pour détruire cet ennemi de sa gloire et de sa religion. Vous devez vous souvenir, dit l’Apôtre, que lorsque j’étais à Thessalonique, je vous ai dit de bouche ce que je vous écris maintenant, que l’avènement de l’Antéchrist devait précéder celui du Sauveur ; « et vous savez bien ce qui empêche qu’il ne vienne, afin qu’il paraisse en son temps ; » c’est-à-dire : Vous n’ignorez pas pourquoi l’Antéchrist ne parait pas encore. Il ne veut pas parler ici ouvertement de la ruine de l’empire romain, que les empereurs croyaient devoir être éternel. De là vient que cette femme prostituée et vêtue de pourpre, dont saint Jean parle dans son Apocalypse, portait sur son front ce nom de blasphème, « Rome l’éternelle. » Car si saint Paul eût dit sans détour et sans allégorie que l’Antéchrist ne devait venir qu’après l’entière destruction de l’empire romain, il semble qu’il eût donné par là un juste sujet de persécuter l’Église qui ne faisait que de naître.
«Car le mystère d’iniquité,» continue l’Apôtre, « se forme dès à présent. Seulement que celui qui a maintenant la foi la conserve jusqu’à ce que la désertion arrive, et alors cet impie paraîtra; c’est-à-dire : Néron, le plus infâme et le plus corrompu des Césars, prépare déjà les voies à l’Antéchrist par les maux infinis et les crimes énormes dont il accable et fait gémir toute la terre; l’on remarque dans celui-là des traits de l’impiété et de la cruauté dont on verra un jour la consommation dans celui-ci. Il ne reste plus qu’à voir tomber l’empire romain par la révolte et la désertion de tous les peuples qu’il tient aujourd’hui sous sa puissance ; et alors l’Antéchrist, qui est la source de toutes sortes d’iniquités, viendra au monde ; mais « le Seigneur Jésus le détruira par le souffle de sa bouche, » c’est-à-dire : par le poids de sa majesté, et de cette puissance divine dont les mandements portent leur exécution avec eux. Il n’emploiera point contre lui ni de nombreuses armées, ni la force des soldats, ni le secours des anges; il l’exterminera par sa seule présence ; semblable au soleil qui chasse et dissipe les ténèbres de la nuit dès qu’il commence à paraître, le Seigneur perdra et détruira l’Antéchrist par le seul éclat de sa majesté. « Il n’agira,» cet impie, «que par la puissance de Satan. Comme toute la plénitude de la divinité a été en Jésus-Christ corporellement, de même l’Antéchrist sera revêtu de la puissance de Satan pour faire des prodiges et des miracles, mais faux et trompeurs, semblables à ceux que les magiciens de Pharaon opposèrent aux prodiges que Dieu opérait par Moïse ; mais comme la verge de ce prophète dévora celle de ces imposteurs, de même la vérité de Jésus-Christ triomphera des mensonges de l’Antéchrist. » Ce séducteur n’imposera par ses artifices qu’à ceux qui doivent périr. »
Saint Jean Chrysostome, Homélie IV sur la seconde épître aux Thessaloniciens : « La première question à s’adresser, c’est d’abord que signifie « Ce qui empêche? » On peut aussi se demander pourquoi Paul s’exprime d’une manière si obscure ? Que signifie donc cette expression : « Ce qui empêche qu’il ne vienne, afin qu’il paraisse », c’est-à-dire, où est l’obstacle ? Les uns disent que c’est la grâce de l’Esprit, les autres que c’est la puissance Romaine; pour moi, je suis fort porté à prendre ce dernier sens, pourquoi ? C’est que s’il eût voulu dire l’Esprit, il ne l’aurait pas dit d’une manière obscure; il aurait dit ouvertement que ce qui l’empêche de venir, c’est la grâce de l’Esprit, c’est-à-dire les dons de l’Esprit. Il serait d’ailleurs déjà arrivé, s’il devait arriver lorsque les dons de l’Esprit cesseraient, car il y a longtemps qu’ils ont cessé de se manifester aux yeux. Mais comme il veut parler de la puissance Romaine, il s’enveloppe d’énigmes et il s’exprime d’une manière obscure ; il ne voulait pas susciter des haines superflues, ni provoquer des dangers inutiles. S’il avait dit qu’on verrait bientôt la puissance Romaine détruite, on l’aurait sur-le-champ exterminé comme un homme pernicieux, et, avec lui, tous les fidèles vivant et combattant sous ses ordres.
« Voilà pourquoi il s’exprime d’une manière obscure, pourquoi il ne dit pas nettement que cet antéchrist viendra prochainement, quoique d’ailleurs il dise l’équivalent. Que dit-il ? «Afin qu’il paraisse en son temps, car le mystère d’iniquité se forme dès à présent » . C’est Néron qu’il désigne, car c’est le type de l’antéchrist. Cet homme en effet voulait être regardé comme un Dieu, et l’apôtre a raison de dire « le mystère » ; car Néron ne rejetait pas tous les voiles comme doit le faire l’antéchrist ; il gardait encore quelque pudeur. Or, si, avant le temps de l’antéchrist, un homme s’est rencontré qui ne le cédait pas beaucoup à l’antéchrist pour la perversité, qu’y a-t-il d’étonnant que l’antéchrist doive bientôt paraître ? Voilà, donc pourquoi l’apôtre parle ainsi d’une manière obscure. S’il ne s’est pas exprimé clairement, ce n’est pas qu’il eût peur, mais il voulait nous apprendre à ne pas exciter contre nous des haines superflues, quand rien ne presse. Ainsi, voici ce qu’il dit : « Il faut seulement que celui qui le retient maintenant, le retienne encore jusqu’à ce qu’il soit ôté du monde ». Cela veut dire : L’antéchrist viendra quand la puissance Romaine aura disparu, et l’apôtre a raison. En effet, tant que cette puissance inspirera la terreur, nul ne viendra s’y heurter; mais une fois cette puissance détruite, ce sera l’anarchie, et l’antéchrist essaiera de prévaloir contre les hommes et contre Dieu. De même que, dans les âges passés, les empires ont été renversés, les Mèdes par les Babyloniens, les Babyloniens par les Perses, les Perses par les Macédoniens, les Macédoniens par les Romains; de même Rome sera renversée par l’antéchrist, et l’antéchrist par le Christ, et il n’y aura plus d’empêchement ; c’est ce que Daniel nous enseigne avec une grande évidence. »
Saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre XX, chapitre 19, 2-3 : « Quant à ce qu’il dit « vous savez ce qui le retient, » c’est-à-dire ce qui retarde sa venue, « afin qu’il paraisse en son temps, » vous le savez ; et parce qu’ils le savaient, l’Apôtre ne parle pas ouvertement. Mais pour nous qui ignorons ce qui leur était connu, malgré nos désirs et nos efforts, nous ne pouvons saisir la pensée de l’Apôtre. Ce qu’il ajoute rend surtout le sens encore plus obscur : que signifient, en effet, ces paroles : « le mystère d’iniquité se forme dès à présent ; seulement que celui qui tient, tienne jusqu’à ce qu’il soit détruit, et alors se découvrira l’impie ? » J’avoue l’ignorer. Toutefois je rapporterai les conjectures que j’ai pu lire ou entendre.
« Il en est qui pensent que ces paroles s’appliquent à l’empire Romain, et que l’apôtre saint Paul n’a pas voulu se servir des termes plus clairs, de peur d’être accusé de faire des voeux contre l’empire romain que l’on espérait devoir être éternel. Ces paroles : « le mystère d’iniquité se forme dès à présent » devraient selon d’autres s’entendre de Néron dont les oeuvres semblaient être celles de l’Antéchrist : c’est ce qui a donné lieu à quelques-uns de penser qu’il ressusciterait un jour et qu’il serait l’Antéchrist. D’autres, au contraire, croient qu’il n’a pas été tué, mais qu’il a été enlevé afin qu’on le crût mort, et mis dans un lieu secret, conservant la vigueur de l’âge qu’il avait à l’époque de sa mort supposée, jusqu’à ce qu’il paraisse en son temps et soit rétabli sur le trône. Je ne saurais approuver l’étonnant présomption de ceux qui ont formé ces conjectures. Toutefois, il ne me semble pas absurde d’appliquer à l’empire romain ces paroles : « seulement que celui qui tient, tienne jusqu’à ce qu’il soit détruit, » si on les entend dans ce sens : seulement que celui qui commande maintenant, commande jusqu’à ce qu’il soit détruit. »

Les quatre Pères de l’Église latine par Jordaens (Baroque Flamand)

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