• L’anatomie de l’amitié chez Baltasar Gracián : traité de géométrie prudentielle et de guerre courtoise



    Chez Gracián, l’amitié devient géométrie de prudence et guerre courtoise : l’art de choisir ses alliés pour bâtir une forteresse intérieure face à la décadence du siècle.

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    L’anatomie de l’amitié chez Baltasar Gracián : traité de géométrie prudentielle et de guerre courtoise

    Chez Gracián, l’amitié n’est point un refuge sentimental, mais une discipline de prudence : choisir ses alliés, mesurer ses bienfaits, bâtir une forteresse intérieure.


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    Voilà un rappel à l'abécédaire sur la condition humaine d'une importance très idoine. Si l'homme est un animal social, cela suppose que président à la société des liens d'interdépendance, où chaque membre n'est rien en soi, mais n'existe que pour le tout vivant. De là, le rapport à l'Autre, abstraitement parlant, est indispensable pour prendre conscience de soi, où le Moi trouve caution à partir du regard externe de sa plénitude induite par l'alignement entre l'être en soi et l'être pour soi (c'est ce que Hegel qualifiait de « concept » pour définir cette union entre la pensée et l'action). C'est pourquoi, l'amitié est importante, mais aussi, et surtout comme tu l'évoques, l'hostilité, car si, dans le cas de la première, on n'attirera que ce qui nous ressemble - chose pouvant faire fonction de spéculaire ontologique -, c'est davantage la seconde qui nous expose face à nos angles morts, et nous permet de nous réformer en conséquence si tant est qu'on ait encore l'humilité de s'introspecter. En plus, l'amitié, si indéfectible et conditionnelle qu'elle peut - et même doit - être, ne saurait nous dispenser d'une certaine autonomie, puisque notre environnement influence inconsciemment notre éthos, et un contact trop prégnant avec autrui ne ferait que diluer notre ipséité dans la masse informe. Étant personnellement de tempérament introverti - ce qui n'est pas à confondre avec la timidité, quoique les deux peuvent être corrélées -, il m'est naturel, après avoir été en relation avec un semblable, de m'éclipser subséquemment pour recharger la batterie si je puis dire, car de tels échanges sont assez coûteux en énergie mentale, et la solitude devient un sas d'épanouissement. Sans distraction de bas-étage, sans échappatoire émotionnelle, sans autre refuge que l'ancrage même dans l'instant présent, cette solitude - choisie plutôt que subie - peut nous reconnecter à soi, permettant d'affiner sa pensée critique, de « sonder » son esprit, bien loin du vacarme quotidien auquel nous adjure l'avancée technique. Mais inversement, afin de ne pas s'auto-cloisonner dans un asile mental (au risque de devenir un intellectuel hors-sol en robe de chambre !), il faut complémenter cet enrichissement en se confrontant à autrui, en nouant des amitiés solides, contre toute atomisation sociale. Quant à l'adversité, a fortiori dans cette société égalitaire, elle ne peut être qu'un gage de grandeur et de liberté intérieure, et il n'y a rien de plus aisé de nos jours que de la déclencher : exprimez-vous dans un vocabulaire châtié avec un débit fluide et structuré - sans tics de langage ni mimiques de mongols finis -, redressez votre posture en toute verticalité (sans rigidité non plus), ou pis, osez encore sortir apprêté avec un style raffiné - et même sur mesure - et vous verrez les regards des sous-hommes et autres gredins aseptisés s'enivrer de ressentiment à votre endroit (principalement en communes post-industrielles et ouvrières, ou encore en région parisienne). Mais aussitôt que vous les prenez au dépourvu, en les confrontant dans l'immédiat, considérez combien cette piétaille se dérobe verbalement - contact visuel fuyant et gestuelle tremblotante en règle : de la lâcheté à revendre face à l'individu d'exception qui, par sa simple présence, leur tend un imparable miroir existentiel, leur rappelant leur médiocrité. Pour ma part, Dieu sait que je souhaiterais leur être totalement indifférent, mais je ne peux m'empêcher de leur nourrir un mépris viscéral ; ce qui me rend extrêmement hautain, au point de prêter paradoxalement une consistance à l'insignifiance. D'autre part, je ne nie pas qu'il y aura toujours des inconnus - et fort heureusement - qui se montreront avenants et en phase avec l'excellence à laquelle vous vous astreignez, mais je crains bien, qu'en France, ce soit surtout leur envers qui tienne lieu de référent normatif. C'est ici qu'on constate à quel degré ce pays est aliéné jusqu'à la moelle : pour être libre, il faut se sentir chez soi dans l'autre (Hegel), et comme l'amitié est une extension de soi (Aristote), elle sous-tend une reconnaissance réciproque qui n'est possible que par l'individuation. Or, étant donné qu'il n'y a, dans notre société, plus de sujets, mais pratiquement que des esclaves grégaires - ou des golems -, il en résulte que l'amitié politique, partant le bien commun, soit impossible. Le libéralisme est vraiment le pire fossoyeur de la valeur individuelle, dont il se targue d'être le rempart mais qu'il a liquidée en érigeant la subjectivité en absolu.


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    *inconditionnelle


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    Alain Delon, avec son intuition - aiguisée comme la promesse d'un secret murmuré entre deux ombres -, à propos de l'amitié : https://www.youtube.com/shorts/hObSoP7yZG0


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