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Publié le par Florian Rouanet

Post officiel Telegram — Fil X de l’échange (F.R./I.O.)
Nous avons un vainqueur. Hier, un partisan de la Thèse – installé confortablement dans la vacance – nous écrivait sans ciller sur X : « La thèse de Cassiciacum est par principe démonstrative. Elle ne se réfute pas. Soit on l’accepte, soit la refuse dès le départ. » Et d’ajouter que toutes les réfutations naissent de l’incompréhension des détracteurs, ce dont l’abbé Belmont « se moque gentiment ».
Une démonstration qu’on accepte ou qu’on refuse « dès le départ », avant d’en avoir examiné les prémisses, n’est plus une démonstration : c’est une adhésion. Le mot est lâché, et il est énorme.
1. La démonstration se discute par nature
Aristote fonde la démonstration sur des prémisses vraies, premières et mieux connues que la conclusion (Seconds Analytiques, I, 2) : on peut toujours en éprouver les prémisses et la conséquence. Seuls les premiers principes échappent à la dispute, et la Thèse n’en est pas un : c’est une conclusion d’école, élaborée au XXe siècle.
Saint Thomas, face à qui nie les principes, ne baisse pas les bras : il reste à résoudre ses objections (Ia, q. 1, a. 8). Le Docteur angélique discute avec l’incroyant ; le thésiste, lui, ne discute plus avec le catholique.
2. L’extrait se contredit lui-même
La capture de l’abbé Belmont, brandie comme une estocade, parle d’« induction » et de la « vérification qui achève l’induction ». Une induction qui attend sa vérification n’a rien d’une démonstration close. Le témoin à charge est cité par la défense.
3. Le régime de la Foi, détourné
Accepter d’un bloc et dès le départ, c’est le régime de la Foi. Encore le concile du Vatican précise-t-il que nous croyons « propter auctoritatem ipsius Dei revelantis », en raison de l’autorité de Dieu qui révèle, et que l’hommage de la Foi demeure conforme à la raison (Dei Filius, ch. 3, 24 avril 1870). Or la Thèse n’est pas révélée, et nul ne l’a définie.
Un dogme suppose un Magistère qui le propose. Le Siège étant vacant, selon les thésistes eux-mêmes, qui donc a défini le dogme de Cassiciacum ? Le Pape formaliter manquant, il ne reste qu’un dogme materialiter.
4. La pétition de principe
Admettre la conclusion pour la prouver, Aristote nommait cela pétition de principe (Premiers Analytiques, II, 16). Le catéchisme appelle cela un acte de foi, la logique un sophisme : la Thèse cumule les deux.
Quant à la distinction materialiter / formaliter, nul ne la conteste en soi. On conteste qu’un élu demeure « materialiter » plus de soixante ans, d’élection en élection, sans que la forme vienne jamais. La pâte n’est pas à modeler, assure l’abbé Belmont : soit, elle est au congélateur.
5. Retour à la charge : plus on le lit, plus cela s’aggrave
Sommé de dire qui a défini ce dogme, notre homme répond : « Visiblement, vous ne l’avez pas lue », puis renvoie aux Cahiers, « trouvables gratuitement en PDF ». Trois aveux de plus.
D’abord, il invite à lire avant de juger : c’est donc que la Thèse s’examine, et ce qui s’examine se discute. Le second message réfute le premier.
Ensuite, il assure qu’on répond aux objections « depuis des dizaines d’années ». Une thèse irréfutable qu’il faut défendre depuis 1979 : voilà bien des efforts pour une forteresse imprenable.
Enfin, la question est restée sans réponse. Un renvoi au PDF n’est pas une réponse, c’est une bibliographie. Qui a défini ? Une page suffirait ; elle n’est pas venue.
6. Le rire change de camp
On nous dit que l’abbé Belmont se moque gentiment des détracteurs. Nous lui rendons la politesse : c’est nous qui nous gaussons, et de bon cœur, d’une démonstration qu’il faut croire avant de la démontrer.
Conclusion. Proclamer une thèse irréfutable, ce n’est pas remporter la dispute : c’est refuser de monter sur le ring. Qui renonce à être réfuté renonce à prouver. Notre adversaire a jeté l’éponge avant le premier round ; revenu dans les cordes, il nous la tend à lire, en PDF. Nous livrons gratuitement – par charité – cette panoplie complète : direct, uppercut, crochet !
Florian Rouanet.
Annexe bonus : la suite du fil, ou la dérobade en robe de chambre
Nous aurions pu poser là les gants. Mais le fil de X comptait d’autres reprises, et notre « tranche-montagne théologique » du moment, d’une attitude princière du plus mauvais effet, ne s’est point avoué vaincu. Voici le reste du combat, pour les amateurs de bonne tenue.
L’aveu qui tue. L’extrait cité par notre adversaire reconnaît lui-même que la Thèse porte sur un point « encore mal exploré », en attendant le jugement de « l’Autorité légitime ». On ne saurait mieux plaider contre soi : un point mal exploré se discute, une opinion qui attend l’Autorité est une opinion d’école, et une opinion d’école n’a rien d’une forteresse. Notre intellectuel hors sol en robe de chambre n’a donc pas défendu la Thèse : il l’a mise à la retraite, avec pension de vacance.
Le néant ne délègue rien. Puisqu’on réclamait des objections, en voici une : des cardinaux créés par des élus sans autorité, de quel pouvoir désignent-ils ? On ne tire point de procuration d’un sas d’épanouissement : on y entre, on s’y épanouit, on n’en sort jamais. Quant au relativisme dont on nous gratifie, il met chaque opinion à l’abri de l’examen : c’est précisément ce que l’on fait des « Cahiers ».
Thomistes et molinistes. Dominicains et jésuites ont disputé de la grâce pendant des années devant la Congrégation de Auxiliis. Que fit Paul V en 1607 ? Il ne trancha point : il laissa chaque école maintenir son sentiment et leur défendit de se censurer l’une l’autre. Aucune ne se disait irréfutable. Voilà ce que c’est qu’une opinion d’école : elle se défend, elle se discute, elle se pique de répondre, sans jamais se draper dans le dogme.
Le syllogisme sans faille. La cohérence interne prouve que la conclusion suit, non qu’elle est vraie : un syllogisme impeccable peut très bien partir d’une prémisse fausse. Une daube ennoblie, en somme : longuement mijotée, joliment nappée, mais la viande a tourné. Et ce « constat » qu’il faudrait accepter n’est plus un constat, c’est un constat amiable : on y appose sa signature, et l’on se range de bonne grâce au tort du voisin.
Pas un dogme, mais. « Personne ne l’a jamais érigée en dogme. » Dont acte. On lui en laisse pourtant tous les privilèges : on l’accepte ou on la refuse, les objections naissent de l’incompréhension, les arguments contraires n’existent pas. Pas un dogme, donc, mais une infaillibilité sans Magistère : la tiare en moins, la prétention en plus.
Le bestiaire du fil. À la question « qui a défini ? », un silence, puis un raclement : chat dans la gorge. D’autres, moins délicats, diraient qu’autre chose est coincé ; nous laissons à la clinique le soin du diagnostic. Vient ensuite la réplique en boucle, « lisez les Cahiers », servie par la tourbe des PNJ affaissés, qui rabâchent leur ligne jusqu’à ce que le joueur passe son chemin. On nous menace du ridicule ; mais à un certain niveau – celui du caniveau -, le ridicule ne guette point : il coule, et il coule de source quand la source est un PDF bogué.
Ils ne sont peut-être pas des Alpes, ces tranche-montagnes ; mais ce qui est porté en fait un argument crétin congénital : il est né ainsi, et nul Cahier de Cassiciacum n’y changera rien. Philistins en couronne, ruineurs de bon sens, ils nous ont servi la thèse, l’antithèse… et une hypothèque en guise de synthèse !
Reste la règle du ring : qui monte sans gants ni arguments ne sera pas réfuté ; il sera simplement compté.
Ce brave homme perdu en chemin donc, laissons-le réciter du P. Guérard comme un évangélique sa Bible mal traduite : le verset sans l’Église, le libre examen sans le Magistère, et l’infaillibilité à domicile.

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