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Publié le par Florian Rouanet
« J’écris ceci pour le paysan français, celui qui se tient là-bas dans sa terre de Beauce, ou dans son champ d’Artois, dedans son clos de Loire, ou sur sillon d’Agoumois, ou sur son beau labour de Poitou, celui que je connais tant, l’homme dont la main, lorsque je la lui prends, sent la pomme et la glaise ; qui, maître de son sillon, l’aime d’un amour immortel, pour la bonté de son fruit, et aussi sa beauté, l’aime pour tout le travail qu’une pareille terre lui commande, et rude poète de son labour, rude poète de sa ferme et de ses bâtiments, grand connaisseur d’une terre incomparable, aime son champ fertile, et aime ses oignons, qu’il tient à poignée dans ses mains, en les contemplant avec tendresse.
Les chaleurs de sa terre entourent son toit rustique ; et tout l’élément sur quoi repose ce qu’il sait, ce qu’il fait, ce qu’il espère, bois, pierre, eau, humus, tout est là, présent sous sa main. Et toutes ses pensées, comme tout ce qu’il vit là, sont brunes et vertes, sa gloire est pleine de choux-fleurs, son désir est un champ de blé mûr aux épis plus dorés que les abeilles, son espérance a la cosse verte de ses fèves, la terre est son livre inouï, sa bible brune.
Auprès de sa terre, les manuscrits sur parchemin des grands siècles de l’enluminure et les lettrines dorées du roman de la rose sont d’un prix bien méprisable ! Car, dans sa pensée, où toutes les mesures s’enchevêtrent, et se mêlent le génie des quatre saisons, sa terre est le vivant cahier des senteurs, de chants, de scènes géorgiques, de préceptes et de floraisons qui laissent bien loin derrière elle les Riches Heures de Mgr. Le Duc de Berry. »
Alphonse de Chateaubriant. La Gerbe des Forces. (Augustin)

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