-
Publié le par Florian Rouanet
Nous sommes en 481, Clovis, fils de Childéric et jeune homme d’une quinzaine d’années, est élu roi des Francs saliens. La tribu était assez petite certes, mais sa réputation la précédait déjà.
Dès le début, le jeune Clovis montrait pour l’Église une certaine attirance, une proximité particulière que Dieu saura récompenser quelques années plus tard. Il était notamment dès le début en très bons termes avec le grand évêque de Reims connu aujourd’hui sous le nom de saint Rémi. Voici, pour appuyer mes propos, une lettre pleine de bons conseils de ce dernier, félicitant Clovis qui venait tout juste d’obtenir le titre de patrice :
« Une grande nouvelle nous arrive, vous êtes placé à la tête des armées franques. Il importe de répondre aux desseins de la Providence qui récompense votre mérite en vous élevant au comble des honneurs. Prenez pour conseillers des personnes sages. Soyez prudent, chaste et modéré. Rendez honneur aux évêques et ne dédaignez pas leurs conseils. Élevez l’âme de vos peuples. Soulagez les veuves, nourrissez les orphelins qui, plus tard, vous serviront. Que la justice soit dans votre cœur et sur vos lèvres, et que votre prétoire soit ouvert à tous. Rappelez-vous qu’à votre audience nul ne doit s’apercevoir qu’il est étranger. À vos jeux appelez, si vous voulez, les jeunes gens de votre âge : mais ne traitez les affaires qu’avec les vieillards, et vous régnerez glorieusement ! »
Saint Rémi.
Nous pouvons ici remarquer le rôle important que jouèrent l’Église et ses évêques dans le lien qu’ils formèrent entre l’ancienne société romaine et les tribus barbares. Ceci étant rendu possible grâce au respect du peuple dont l’Église et ses représentants bénéficiaient. Ce qui n’empêchait pas que les clercs, à l’époque, de se trouver tout de même dans une situation pour le moins précaire. Les envahisseurs, Burgondes, Vandales ou encore Wisigoths pratiquaient l’arianisme et persécutaient les catholiques. Pour ne rien arranger aux affaires de l’Église, Zénon, l’empereur d’Orient, fit publier en 482 l’Hénotique (du grec »unir ») qui devait, comme son nom l’indique, réunir catholiques et eutychiens. Celui-ci donna lieu à de nombreux désaccords et aboutit forcément au grand schisme.
De toutes parts, la Gaule subissait l’assaut et le bon vouloir des envahisseurs. Ses habitants ne souhaitaient plus que vienne un libérateur. Petit à petit, quelques affinités naissaient avec la nation Franque. Ces affinités, bien évidemment, étaient des plus discrètes au début et c’est Grégoire de Tours (538-594), historien du haut moyen-âge, qui nous le confirme dans cet extrait tiré de son ouvrage intitulé »Histoire des Francs » :
« Bien que la terreur des Francs retentît déjà dans ces contrées, tous désiraient ardemment leur règne. »
C’est alors que Dieu envoya quelques grâces à l’évêque de Reims pour une inspiration des plus providentielle, à n’en point douter. Saint Rémi (qui n’était pas encore ‘Saint’ bien sûr, mais c’est ainsi que nous le nommerons dès à présent), ayant eu vent de la réputation admirable dont faisait preuve une dénommée Clotilde (fille de Gondebaud, roi des Burgondes) pour sa grande piété, eut alors la divine idée de conseiller au roi franc d’épouser la princesse catholique. Aussitôt, en ces temps assombris, des négociations débutèrent, comme annoncées dans les chroniques de Frédégaire.
« Nommer sainte Clotilde, c’est rappeler les origines de la royauté et de l’Église de France ; c’est rappeler l’alliance immortelle de la religion avec la patrie. Clovis, Rémi, Geneviève ; le champ des batailles de Tolbiac, les fonds baptismaux de Reims ; la royauté chrétienne, l’épiscopat chrétien, la virginité chrétienne ; tous ces noms, tous ces faits, toutes ces institutions rayonnent et se groupent autour de la noble figure qui surgit de là comme le type sacré de l’épouse, de la mère et de la reine chrétienne. »
Panégyrique de Mgr Freppel.
Le très attendu mariage eut enfin lieu. Clovis et son peuple restaient païens, mais cela était sans compter sur les arguments et la persistante douceur de la très chrétienne nouvelle reine Clotilde.
« Les dieux que vous adorez, lui disait-elle, ne sont que vanité ; impuissants par-eux-mêmes, ils ne peuvent vous être d’aucuns secours : ce sont des dieux de bois, de pierre ou de métal. Le Dieu qu’il faut adorer, c’est celui qui de rien a fait toute chose, qui a crée le ciel et la terre et formé l’homme de sa propre main. »
Les grandes journées de la chrétienté. Ferdinand Hervé-Bazin.
La graine était plantée… Les années s’écoulèrent, mais Clovis restait, pour l’instant, imperméable aux arguments de sainte Clotilde. C’est ainsi que nous le rapporte Grégoire de Tours :
« La reine ne cessait de presser son époux, lui montrant la nécessité de reconnaître le vrai Dieu et d’abandonner le culte des idoles. Mais elle ne pouvait rien gagner sur son esprit. »
Il faut comprendre Clovis. Il aimait sainte Clotilde autant qu’il écoutait pieusement les conseils de l’évêque de Reims. Mais les Francs, son peuple restait encore fidèle aux traditions du culte d’Odin (dédicace à Oleg !). Abandonner ainsi brutalement la foi non seulement de son peuple, mais aussi celle de ses fidèles guerriers qui ont tant de fois versés leur sang pour lui. Cela n’était pas chose concevable. Et l’on peut aisément imaginer le tiraillement interne que Clovis dû subir durant toutes ces années.
Pour passer les pas, pour convaincre Clovis et son peuple d’épouser entièrement la vérité catholique, il fallait un prodige, un miracle. Dieu décida qu’il aurait lieu sur les champs de la bataille de Tolbiac.
Passons outre les crêpages de chignon d’historiens s’houspillants sur le lieu exact de la bataille ainsi que quelques futiles détails. Le but de cet article n’est pas de connaître en détail le déroulement de cette bataille dont nous n’avons à notre connaissance que très peu de faits avérés. Notre but ici, est de mettre sous le feu des projecteurs le rôle capital qu’eut l’Église dans les plus grands moments historiques qu’ait connu l’Occident. Cette dernière étant d’ailleurs grande coutumière de ce genre de miracle et cela n’est certainement pas un hasard. À nous de les raconter dignement, car c’est lorsque nous montons au sommet des victoires acquises par l’Église que nous pouvons en contempler l’étendue de son immense et glorieuse vallée.
Alors… alors…. alors pour raconter la bataille de Tolbiac qui mieux que le célèbre Grégoire de Tours. Voici un extrait d’un de ces ouvrages écrit vers l’an 580, rapporté jusqu’à nous et qui lui valut le titre de ‘Père de l’histoire de France’. Rien que ça ! C’est le texte, au niveau de la datation, le plus proche des évènements qui nous concerne. Il n’en existe pas de plus ancien. On ne peut pas faire plus proche de la source :
« Une guerre éclata entre les Alamans et les Francs. Clovis fut alors contraint par les événements de faire ce qu’il avait toujours refusé jusque-là. Au moment où les deux armées étaient aux prises, les troupes franques furent repoussées en tel désordre, que les bataillons refoulés les uns sur les autres se donnaient mutuellement la mort. À ce spectacle, Clovis ne put retenir ses larmes. Le cœur brisé, il leva les yeux au ciel et s’écria :
» Jésus-Christ, vous que Clotilde appelle le Fils de Dieu vivant, s’il est vrai que vous protégez ceux qui vous invoquent et donnez la victoire à vos serviteurs, j’implore votre assistance. Si vous me faites triompher de mes ennemis, si vous étendez sur moi cette puissance dont votre peuple reconnaît l’efficacité, je jure de croire en vous et de me faire baptiser en votre nom. J’ai prié mes Dieux : ils ne m’ont point écouté. J’en ai la preuve. À vous de m’arracher au péril ! »
À peine eut-il parlé ainsi que le combat changea de face. Les Francs reprirent une ardeur nouvelle. Bientôt les Alamans plièrent et mirent en pleine déroute. Leur roi fut tué. Les vaincus implorèrent alors la clémence du roi des Francs. » Faites cesser le massacre, lui dirent -ils. Nous sommes prêts à reconnaître votre autorité et à devenir votre peuple. »
Clovis donna aux siens l’ordre de cesser le carnage et ramena ses troupes sous la tente. Au retour, il raconta à la reine comment il devait la victoire à l’invocation du nom de Jésus-Christ. »
Histoire des Francs. Grégoire de Tours.
Voici tout ce qui nous reste de la bataille de Tolbiac. Quelques lignes qui nous suffisent par leur grandeur. Elles nous suffisent à comprendre que Dieu exauça les prières de sainte Clotilde et entendît les supplications du roi des Francs pour donner naissance à la nation chrétienne de France et faire de celle-ci la fille ainée de l’Église.
Le retour de Clovis au pays fut triomphal. Avant cela, l’histoire raconte que Clovis, chemin retour faisant, prit pour compagnie un vieux pieu solitaire, du nom de Védastus, qu’il trouva sur les rives de la Meuse. À la demande de Clovis, Védastus commença son instruction catholique.
À Reims, saint Rémi l’attendait. Encore une fois, rien ne peut-être plus proche de la vérité que Grégoire de Tours et voici ce qu’il nous dit :
« Cependant Rémi, exactement informé par Clotilde des dispositions du roi, achevait de l’instruire de toutes les vérités du christianisme et le pressait de déclarer enfin sa conversion. »Père saint, lui répondit Clovis, je suis prêt. Pourtant, une considération me retient encore. Le peuple qui me suit ne veut pas qu’on abandonne ses dieux. Je vais convoquer les Francs, et je leur parlerai dans le sens de vos instructions. »
L’assemblée eut lieu. Sans doute le projet royal était connu de tous, car avant même que Clovis eût prit la parole, aussitôt qu’on le vit paraître, une acclamation générale se fit entendre :
» Pieux roi, dirent les Francs, nous abjurons le culte des dieux mortels, nous voulons servir le Dieu immortel que Rémi adore ! »
Le bienheureux évêque, en apprenant cette décision nationale, fut rempli d’une grande joie, et prépara le baptême solennel. »
Histoire des Francs. Grégoire de Tours.
Dans la foulée, saint Rémi appela à la rescousse plusieurs de ses collègues ainsi qu’un nombre conséquent de prêtres afin d’instruire dans la foi le peuple des Francs que le miracle de Tolbiac avait convaincu. Seul le christianisme est capable de scènes si majestueuses. Selon Aimoin de Fleury (env 960-1008), historien médiéval, un jour que Clovis s’instruisait de la passion du Sauveur, il aurait clamé, rouge de rage :
« Si j’avais été là avec mes Francs, j’aurais vengé les injures de mon Dieu ! »

Le baptême se préparait. Il eut lieu le jour de Noël 496. Pour nous rapprocher, encore une fois et toujours au plus prés de la vérité, je vous propose l’extrait d’un texte de ce grand personnage qu’est Hincmar de Reims (806-882), archevêque de Reims, éminent juriste et conseiller à la cour de Charles II le chauve :
« Dans la soirée qui précéda la cérémonie, le saint et vénérable Rémi passa quelques heures en prière devant l’autel de l’église de Sainte-Marie pendant que la reine Clotilde priait elle-même dans l’oratoire de Saint-Pierre, à proximité de la demeure royale. Après son oraison, le pontife se rendit prés du roi, voulant profiter du silence de la nuit pour lui donner ses dernières instructions. Les chambellans lui ouvrirent les portes et l’introduisirent près de leur maître. Clovis s’avança à sa rencontre, l’embrassa et le conduisit près de la reine, dans l’oratoire du très bien heureux Pierre, prince des apôtres. On disposa des sièges pour le roi, la reine, les clercs qui avaient accompagné le pontife et un certain nombre de serviteurs du palais, seuls témoins de cette scène imposante. Rémi, dans une allocution paternelle, résuma pour la dernière fois les instructions évangéliques des jours précédents. Pendant qu’il parlait, une lumière céleste éclata soudain dans l’église, effaçant la lueur des cierges allumés, et une voix se fit entendre qui disait : » La paix soit avec vous ! C’est moi, ne craignez point. Persévérez dans mon amour. » Après ces paroles, la lumière surnaturelle disparut et un parfum d’une suavité céleste se répandit dans l’enceinte. Le roi et la reine se précipitèrent aux genoux du saint pontife, en versant des larmes d’émotion et de joie . L’homme de Dieu, illuminé lui-même par l’esprit prophétique, s’écria : » votre prospérité gouvernera noblement ce royaume. Elle glorifiera la Sainte Église, et héritera de l’empire des Romains. Elle ne cessera de prospérer tant qu’elle suivra la voie de la vérité et de la vertu. Mais la décadence viendra par l’invasion des vices et des mauvaises mœurs ! » »
Vie de saint Rémi. Hincmar de Reims.
« Saint Rémi à Clovis et à sainte Clotilde : « Il leur dit comment leur postérité était destinée à propager et gouverner très noblement le royaume, à glorifier la sainte Église, à entrer en possession de la dignité et de l’empire des Romains et à remporter des victoires contre les assauts des autres nations ; à moins qu’en se détournant du bien, ils n’abandonnent la voie de la vérité et suivant les chemins tortueux des vices par lesquels on a coutume de négliger la discipline ecclésiastique et d’offenser Dieu ».
Vie de saint Rémi. Hincmar de Reims.
« Par égard pour cette race que j’ai baptisée, que j’ai reçue dans mes bras, ruisselante des eaux du baptême, cette race que j’ai marqué des sept dons du Saint-Esprit, que j’ai oint de l’onction des rois, par saint chrême du même Saint-Esprit, j’ai ordonné ce qui suit : (…) que Notre Seigneur Jésus-Christ daigne écouter les prières que je répands tous les jours en sa présence, spécialement pour la persévérance de cette race royale, suivant mes recommandations dans le bon gouvernement de son royaume et le respect de la hiérarchie de la sainte Église de Dieu. »
Testament de saint Rémi.
Toutes ces paroles… Toutes ces prédictions… Tous ces avertissements offerts à la naissance de notre belle France. L’histoire nous les confirme tous les jours ! Il ne tient qu’à nous, fidèles catholiques, d’en tenir compte et ré inversé la tendance.
Hincmar de Reims nous conte encore dans son ouvrage »Vie de saint Rémi », cette fameuse nuit de Noël 496 où Clovis fut baptisé:
« Le parcours depuis la demeure royale jusqu’au baptistère de l’église, avait été tendu de tapisseries et de guirlandes ; les rues étaient couvertes de riches étoffes. Le portail de la basilique étincelait de mille feux. On brûlait des parfums qui embaumaient l’atmosphère. Clovis dit au pontife qui le tenait par la main :
-
Père saint, est-ce là le royaume de Dieu que vous m’avez promis ?
-
Non, répondit l’évêque, c’est l’entrée du chemin qui y conduit. »
C’est à saint Grégoire de Tours que nous devons l’honneur de nous décrire le baptême de Clovis et ainsi graver à jamais dans le cœur et l’esprit de tous les catholiques, ces paroles mémorables :
« Courbe doucement ta tête, fier Sicambre ! Adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré ! »
Clovis reçut l’onction du saint chrème, puis tout à tour, spectacle incroyable dont seul le catholicisme détient le secret, plus de 3000 guerriers francs sortirent chrétiens du baptistère de Reims.
Par le pacte de Tolbiac, de l’alliance sublime de la vierge chrétienne Ssinte Clotilde et de Ssint Rémi, un prêtre de Dieu, naquit la Monarchie Française et le très chrétien royaume de France.
Ne doutons pas que, par la suite, l’éducation chrétienne totale des Francs ne se fit pas en un jour. Il ffallutdes siècles à l’église pour les civiliser. Mais le coup était porté.
Nous clôturerons cet article par ce merveilleux panégyrique de Monseigneur Freppel :
« Dieu qui destinait la France à devenir le soldat de sa providence, vvouluque la foi de la nation soit scellée sur un champ de bataille et qu’une victoire l’enchaine au Christ par la reconnaissance. Lorsqu’au fort de la mêlée, dans les plaines de Tolbiac, le chef des Francs jeta vers le Dieu de Clotilde le cri de la détresse, il écrivit sur la première page de notre histoire ce qui la remplira tout entière : il conclut pour les siècles futurs ce pacte sublime où la France engageait son dévouement, et Dieu, ses bénédictions. C’est ainsi que le christianisme naquit en France, d’une prière et d’une victoire… Debout, les mains étendues vers les fonts baptismaux de Reims, Clovis, et la nation Ffrançaiseavec lui, jurèrent de rester fidèles au Dieu de Clotilde. Dieu reçut le serment de la patrie et, dans leur touchante simplicité, nos pères purent écrire en tête de la loi salique : »Vive le Christ qui aime les Francs ! » Un lien d’amour unissait à jamais au Christ le royaume très chrétien et à l’Église sa fille ainée.
AUGUSTIN

-

Réagissez à cet article !