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Publié le par Florian Rouanet
Un brave camarade nous transmet ce document d’importance permettant de « conspuer les conspi » des classes de maternelle. En effet, les auteurs contre-révolutionnaires gagneraient à acquérir une plus grande rigueur scientifique dans leurs dires et affirmations.
Pour que la droite radicale arrête de passer pour plus folle qu’elle n’est !
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Notule introductive (Lettre de Marius) :
Si les droitards passent pour des pitres, c’est parce qu’ils le sont !
Nous nous permettons de reproduire ici un excellent article tiré du numéro 69-70 de Sodalitium, la revue doctrinale de l’Institut Mater Boni Consilii. Écrit par un certain Frédéric Chermont. Le texte revient sur quelques fameuses et fumeuses citations que nous voyons souvent fleurir dans des textes conspirationnistes de bas étage. En analysant les prétendues « sources » (qui n’en sont pas) que citent les auteurs qui utilisent ces prétendus « textes », l’auteur de l’article découvre que… ces prétendues « citations » reposent sur du vent !
Le texte le plus représentatif de l’article est la fameuse « Lettre d’Albert Pike à Giuseppe Mazzini », bien trop souvent citée. Qu’Albert Pike ou Giuseppe Mazzini aient été des hommes méprisables par bien des aspects ne doit pas nous faire perdre de vue l’objectivité et le sérieux nécessaire dans le combat des idées et de l’exactitude des sources. Nous ne pouvons pas nous permettre d’utiliser dans notre argumentation des documents qui sont des forgeries. Ajoutons que, comme M. Chermont le remarque dans sa note numéro 12, l’un des deux documents, la « Lettre d’Albert Pike à Giuseppe Mazzini », est bourrée d’anachronismes : comment une lettre écrite avant 1872 (année de la mort de Mazzini) pourrait-t-elle parler de nazisme ? (quelle idiotie !)
Face à cette absence de sérieux, un constat s’impose : il faut que la Droite se ressaisisse et arrête de faire son miel de tout et n’importe quoi. Dorénavant, personne de notre milieu ne devrait citer une phrase du Talmud sans l’avoir vérifiée sur une source autorisée, personne ne devrait citer un Hadîth sans s’être assuré de son authenticité, personne ne devrait accuser quelqu’un d’être un franc-maçon (ou un rose-croix, ou un pédo-sataniste, ou quoi que ce soit d’autre) sans en apporter une preuve formelle et indiscutable.
Rappelons également que proférer de telles accusations confine à la témérité, une notion que le dictionnaire Littré (rédigé par un authentique franc-maçon, mais plus authentique érudit encore !) définit de la manière suivante : « Hardiesse qui va jusqu’à l’imprudence et à la présomption. » Accuser quelqu’un sans preuve est non seulement malhonnête, mais c’est également un péché. Que les catho-conspirationnistes y réfléchissent quelques instants.
En citant des documents sûrs et en vérifiant vos sources, vous vous rendrez donc doublement service. Ainsi, vous ne pécherez pas et le camp catholique et nationaliste arrêtera de passer pour un repaire de bouffons délirants et de guignols à QI négatifs.
Source Sodalitium.eu (pdf), l’article s’étend de la p.22 à la p.263.
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PROBLÈMES DE DOCUMENTATION DANS CERTAINS LIVRES ANTIMAÇONNIQUES :
Les cas de Pie XII et d’Albert Pike
Autour d’une citation de Pie XII
Un lecteur, Joseph R., nous écrit : « Merci d’avoir diffusé cette compilation des condamnations papales envers la franc-maçonnerie. (1). Trop de catholiques ignorent ou veulent ignorer cette incompatibilité radicale, littéralement martelée par les souverains pontifes au fil des siècles. […] J’ai toutefois relevé une différence entre votre version de la citation de Pie XII de 1958 (2) et celle que j’en ai trouvé ça et là sur internet : « Les racines de l’apostasie moderne sont : l’athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, le rationalisme, le laïcisme et leur mère commune : La Maçonnerie […] ».
Voici la réponse de Frédéric Chermont, du Centre d’études sur la franc-maçonnerie, qui collabore à L’Héritage :
La citation que vous évoquez était trop belle, trop « énorme » aussi. Elle est fausse et celle que nous avons livrée est l’exacte version : « La rupture de l’unité chrétienne en Europe, l’athéisme scientifique, le rationalisme, l’illuminisme, le laïcisme, le matérialisme dialectique, la franc-maçonnerie, sont quelques-unes des causes de ce lent processus d’égarement intellectuel et moral dont nous voyons aujourd’hui les ultimes conséquences. »
Avant de la publier, étant donné que plusieurs versions circulent, nous sommes allés consulter un exemplaire de la Documentation catholique de 1958 (3), que chacun peut vérifier de son côté, dans quelques bibliothèques françaises. On regrettera que dans divers livres critiques consacrés à la franc-maçonnerie, ce soit la fausse version qui soit diffusée !
C’est très dommage…
La plupart du temps, les auteurs antimaçonniques font des compilations de ce qui a été écrit avant eux (cela peut avoir une véritable utilité) : mais hélas, souvent, ils semblent reprendre ce que leurs prédécesseurs ont écrit sans aucun travail de vérification ni de recherche. Une erreur instillée il y a des décennies va ainsi se retrouver dans de nombreux ouvrages au fil des générations…
Or, la critique de cette organisation occulte et puissante, jouant de confusion et de mensonge, doit se faire de façon très rigoureuse, sous peine d’être discréditée et donc parfaitement vaine.
Albert Pike et la « doctrine luciférienne »
À ce sujet, on peut aussi évoquer le cas du fameux propos d’Albert Pike sur « la pureté de la doctrine luciférienne ».
L’influent Albert Pike (1809-1891), citoyen des États-Unis d’Amérique, fut un dignitaire maçonnique de très haut niveau, en particulier « Grand Commandeur » de la « Juridiction Sud » du « Rite écossais ancien et accepté » pendant trente-deux ans. (4)
Dans différents ouvrages ou études antimaçonniques, il est souvent fait référence à des « Instructions du Suprême Conseil de Charleston aux 23 Suprêmes Conseils Confédérés », rédigées par Albert Pike (nous mettons en gras le passage le plus important) :
« […] Ce que nous devons dire à la foule, c’est : – Nous adorons un Dieu, mais c’est le Dieu que l’on adore sans superstition.
À vous, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Nous disons, pour que vous le répétiez aux Frères des 32e, 31e et 30e degrés : – La religion maçonnique doit être, par nous tous, initiés des hauts grades, maintenue dans la pureté de la doctrine luciférienne.
[…] Si Lucifer n’était point Dieu, Adonaï, dont tous les actes attestent la cruauté, la perfidie, la haine de l’homme, la barbarie, la répulsion pour la science, si Lucifer n’était point Dieu, Adonaï et ses prêtres le calomnieraient-ils ? […] Oui, Lucifer est Dieu, et malheureusement Adonaï l’est aussi. […] Donc, la doctrine du Satanisme est une hérésie ; et la vraie et pure religion philosophique, c’est la croyance en Lucifer, égal d’Adonaï, mais Lucifer Dieu de Lumière et Dieu du Bien, luttant pour l’humanité contre Adonaï Dieu des Ténèbres et Dieu du Mal. »
Là aussi, « c’est trop beau », la citation est trop sensationnelle, trop accablante, trop commode pour certains antimaçons qui se sont parfois jetés dessus, la reprenant au fil des publications, sans aucune vérification.
La plupart des auteurs qui la reprennent, de 1967 jusqu’à présent, disent qu’elle a été prononcée le 14 juillet 1889 et donnent comme source le journal The Freemason (hebdomadaire ayant paru à Londres) du 19 janvier 1935.
Or, nous avons vérifié : aucune citation de ce type ne figure dans ce numéro de The Freemason ! (5)
Stupéfiant !
D’autres ouvrages antimaçonniques, généralement plus anciens, donnent comme source de cette citation sur « la pureté de la doctrine luciférienne » le livre d’Abel Clarin de la Rive (1855- 1914) La Femme et l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie universelle. (6) Mais en réalité, il semble (7) que la mention de l’instruction de Pike fût faite pour la première fois par Gabriel Jogand-Pagès, plus connu sous le pseudonyme de… Léo Taxil – dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est controversé même dans les milieux antimaçonniques (8) – dans son ouvrage Y a-t-il des femmes dans la franc-maçonnerie ? (9) On y trouve quelques extraits seulement de cette instruction, relatifs aux femmes, mais pas le texte entier. Le passage sur « la pureté de la doctrine luciférienne » n’y est pas.
Puis le texte a été publié entièrement par Adolphe Ricoux dans son ouvrage : L’Existence des loges de femmes (10), sous le titre : « Instructions du Suprême Conseil de Charleston aux 23 Suprêmes Conseils Confédérés ». C’est la première occurrence connue de ce propos luciférien attribué à Pike. Or, Adolphe Ricoux est un pseudonyme de… Léo Taxil.
En conclusion, l’instruction « luciférienne » d’Albert Pike devrait être tenue, jusqu’à nouvel ordre, pour douteuse, loin de l’argument-massue qu’elle est généralement.
La lettre de Pike à Mazzini et les trois guerres mondiales
Dans le même ordre d’idées, on peut se pencher sur la fameuse lettre d’Albert Pike au révolutionnaire italien Giuseppe Mazzini, annonçant en 1871 trois guerres mondiales et leurs buts secrets.
La source la plus connue à son sujet est le livre du canadien William Guy Carr (1895-1959), Des pions sur l’échiquier (11). D’abord, Carr relate le contenu de la lettre, sans la citer directement (il n’utilise pas de guillemets) :
« Le plan de Pike était simple et s’avéra efficace. Il fallait que le Communisme, le Nazisme, le Sionisme Politique et les autres mouvements internationaux fussent organisés et utilisés pour fomenter les trois guerres générales et les trois grandes révolutions.
- La Première Guerre Mondiale devait permettre aux Illuminati de renverser le pouvoir des Tsars en Russie et de transformer ce pays par la mainmise du Communisme athée. Les divergences « naturelles », attisées par les Agents des 24 Illuminati entre les Empires Britannique et Allemand devaient servir à fomenter cette guerre. Le conflit terminé, le Communisme devait se constituer et être utilisé pour détruire les autres gouvernements et affaiblir les religions.
- La Deuxième Guerre Mondiale devait être fomentée en jouant sur les divergences entre Fascistes et Sionistes Politiques. Cette guerre devait permettre la destruction du Nazisme et accroître la puissance du Sionisme Politique de façon à ce que l’État souverain d’Israël pût s’établir en Palestine. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, la puissance du Communisme International devait arriver au niveau de celle de la Chrétienté tout entière. Arrivé à ce point, il devait être contenu et mis en réserve jusqu’à son utilisation pour le dernier cataclysme social.
Toute personne informée peut-elle nier que Roosevelt et Churchill aient mis cette politique à exécution ?
- La Troisième Guerre Mondiale doit être fomentée grâce aux divergences que les agents des Illuminati attiseront entre Sionistes Politiques et dirigeants du monde musulman. On doit diriger la guerre de façon à amener la destruction de l’Islam (le Monde Arabe y compris, la religion de Mahomet) et du Sionisme Politique (comprenant l’État d’Israël). Dans le même temps, les autres nations une fois de plus divisées entre elles à ce propos, seront acculées à se combattre jusqu’à un état de destruction physique, mentale, spirituelle et économique totale. » (Appelons ce morceau « 1ère partie »).
Puis Carr fait cette fois une citation directe de cette lettre : « Nous lâcherons les Nihilistes et les Athées et nous provoquerons un formidable cataclysme social qui montrera aux nations, dans toute son horreur, l’effet de l’athéisme absolu, à l’origine de la sauvagerie la plus sanglante et du bouleversement intégral. Ainsi obligés de se défendre partout contre la minorité de révolutionnaires, les citoyens extermineront ces destructeurs de la civilisation. La multitude, emplie de désillusions vis-à-vis du Christianisme dont les adorateurs seront à ce moment désorientés et à la recherche d’un idéal, sans plus savoir vers où diriger leur adoration, recevra la véritable lumière par la manifestation universelle de la pure doctrine de Lucifer. Elle sera enfin révélée au peuple, cette manifestation qui résultera du mouvement réactionnaire général suivant de près la destruction du Christianisme et de l’Athéisme, tous les deux conquis et détruits au même instant. » (2e partie).
Carr présente cette lettre extrêmement compromettante comme « répertoriée à la Bibliothèque du British Museum de Londres ».
Mais rien de tel n’est répertorié à cette bibliothèque. « Peut-être W.G. Carr a-t-il pu y accéder avant que le musée décidât de la supprimer ? » nous rétorquera-t-on. Mais cela resterait une source bien fragile pour des assertions si graves… (12)
En revanche, est répertorié au dit musée un livre fameux en son temps, intitulé Le Diable au XIXe siècle, écrit par le Dr Bataille. La lettre en question y est évoquée (mais sans le passage sur les trois guerres mondiales) : c’est la source originelle, ou du moins la première évocation connue, à ce jour. Or le Dr Bataille est un pseudonyme collectif derrière lequel on retrouve, là encore… Léo Taxil.
De plus, dans son livre Satan, Prince de ce monde, (13) Carr laisse entendre qu’il n’a pas consulté lui-même la lettre !
Dans la note de bas de page n° 9, il écrit en effet : « Le gardien des manuscrits a récemment informé l’auteur que cette lettre n’est PAS cataloguée à la bibliothèque du British Museum. Cela semble étrange qu’un homme du savoir du cardinal Rodriguez ait dit qu’il l’ÉTAIT en 1925 ».
Il se réfère là au livre du cardinal chilien Rodriguez (1866-1958), archevêque de Santiago de Chili : Le Mystère de la franc-maçonnerie dévoilé, (14) qui évoque en effet le British Museum dans les mêmes termes que Carr dans Des Pions sur l’échiquier, mais dit d’abord que la lettre est révélée dans… Le Diable au XIXe siècle.
Notons que le cardinal Rodriguez ne cite que la 2e partie de la lettre, et n’évoque pas plus que le « Dr Bataille » la première.
Résumons : la première partie de la lettre de Pike (évoquant les trois guerres mondiales) ne se trouve que dans Des Pions sur l’échiquier, c’est la seule source ; de plus, Carr laisse entendre dans un livre ultérieur qu’il ne l’a pas lue directement. La 2e partie se trouve pour la première fois dans Le Diable au XIXe siècle, où elle n’est qu’un extrait d’un texte fort long.
La référence à cette lettre ne saurait donc être vraiment convaincante pour un esprit rigoureux…
Pour cela (du moins pour la 2e partie de la lettre, comme pour les Instructions sur « la pureté de la doctrine luciférienne »), il faudrait d’abord rouvrir le « dossier Léo Taxil » et prouver qu’il n’a pas été l’imposteur que l’on dépeint quasi-unanimement ! Ou alors trouver une autre source moins discutable.
Si nos lecteurs ont d’autres informations, ou des remarques, nous serions heureux qu’ils nous les fassent parvenir.
Rigueur et vérité !
Frédéric Chermont.
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Notes
1) voir L’Héritage n° 11, pp. 18-29.
2) « Lettre que Pie XII a fait parvenir à Mgr Montini, archevêque de Milan de s. Exc. Mgr. Dell’Acqua, substitut de la Secrétairerie d’État à l’occasion de la VIIIe semaine d’adaptation pastorale qui se tint en cette ville en septembre » 1958.
3) La Doc. cath. a traduit « le texte italien de l’Osservatore romano du 29 juin 1958. »
4) et même « chef suprême de la haute-maçonnerie » selon certains.
5) disponible à la BNF. Les abonnés de L’Héritage peuvent demander à la revue une copie papier, pour contrôle.
6) chez Delhomme et Briguet, 1894, p. 588. L’auteur se réfère à Diana Vaughan, sans donner plus de sources. Il s’est vraisemblablement inspiré des livres évoqués peu après.
7) selon le site http://onvousment.free.fr/antimacons.htm qui a fait un vrai travail de recherche.
8) nous pouvons être sûrs que la grande majorité des auteurs qui reprennent ses assertions refuseraient de lui être assimilés.
9) chez H. Noirot, 1891, pages 357-359.
10) chez Téqui, 1891, pages 67 à 95.
11) Editions Gadsby-Leek Co., Ontario, Canada, 1955.
12) On pourra aussi s’étonner que des termes comme « nazisme » ou « fascistes » soient employés en 1871 ! Mais certains maintiendront que, ces deux courants ayant été « créés par les llluminati », il n’est pas improbable qu’un Albert Pike – qui se trouvait en haut de la pyramide – en ait eu connaissance. Cela ne nous semble guère convaincant, mais passons.
13) Publié après sa mort, avec préface de son fils aîné, chez Omni Publications, Palmdale, Californie, 1966.
14) El misterio de la Masoneria, Editorial Difusión, Buenos Aires, Argentine, 1925. Livre non traduit en français.

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