• Théorie de la révolution nationaliste de Ramiro Ledesma Ramos et le pressentiment de la victoire d’Onésimo Redondo

  • Club Acacia :

    Nous poursuivons la publication des études des Doctrines du nationalisme de Jacques Ploncard d’Assac avec le chapitre consacré à Ramiro Lesdesma Ramos (23 mai 1905-29 octobre 1936). Essayiste, journaliste, syndicaliste et homme politique espagnol, il fut le fondateur du national-syndicalisme espagnol. Le national-socialisme allemand, en pleine conquête du pouvoir alors que lui-même achève sa formation politique, l’influença fortement. Ramiro Lesdesma Ramos s’intéressa également à l’expérience fasciste mais traça néanmoins une voie espagnole spécifique pour le nationalisme espagnol.

    Associé à Onésimo Redondo au sein des Juntes d’offensive nationale-syndicaliste (JONS), il participera à la création de la Falange (dont il conçoit l’emblême et les devises : « Arriba España » et « España Una, Grande y Libre »), mais s’en éloigne au bout de quelques mois. Il poursuit son combat politique au travers de diverses publications avant d’être arrêté par les républicains qui le fusillent le 29 octobre 1936 et jettent son corps dans une fosse commune.

    « Il est absurde et ingénu de penser qu’on va nous permettre un beau jour de pénétrer dans l’État et de le modifier de fond en comble »

    (Antologia, p. 86)

    « Cent mille hommes en armes, mobilisés non au hasard d’un tirage au sort, mais par l’impérieuse nécessité de se sauver héroïquement… sans cela, rien. »

    (Antologia, p. 81.)

          Ramiro Ledesma Ramos s’est appliqué à la théorie et à la technique de l’insurrection. Il est bien le contemporain du Curzio Malaparte de la Technique du coup d’Etat.

          Avec moins de poésie que José Antonio, dans un style plus heurté et plus brutal, il avait exprimé des idées si voisines que la fusion des JONS (Juntas de Ofensiva Nacional-sindicalistas) et de la Falange était fatale. Elle eut lieu en janvier 1934 et c’est une date importante dans l’histoire de la Falange qui prend alors le titre de Falange de las JONS, adopte le faisceau de flèches et le joug des JONS ainsi que l’expression de national-syndicalisme qui servira désormais à définir l’ensemble de la doctrine phalangiste.

          A côté du Fascisme, du National-socialisme, il y avait désormais le national-syndicalisme.

          Chronologiquement, l’action de Ramiro Ledesma Ramos est antérieure aux premières manifestations politiques de José Antonio. C’est en effet dans les derniers jours de la Monarchie, en février 1931, qu’il lance le Manifeste pour la Conquête de l’État où l’on trouve déjà l’essentiel de ses conceptions politiques : Un État fort, une organisation syndicale du monde du travail, un dépassement du marxisme et surtout, un appel passionné à l’insurrection nationale :

    « Tout Espagnol, dit-il, qui n’arrive pas à se situer avec la grandeur voulue devant les faits qui s’avancent est obligé d’abandonner les premières lignes et de permettre que les occupent les Phalanges courageuses et fermes » (1).

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          L’observation fondamentale de Ramiro Ledesma Ramos concerne l’évolution du sens et du rôle de la violence dans le domaine de la vie politique.

    «  Nous vivons aujourd’hui sous le signe de la franche acceptation et justification de la violence politique. En effet, ces dernières années, la violence a adopté des formes absolument différentes de celles qui avaient cours en Europe voilà quarante ans. Il existait alors des foyers de terrorisme, des troupes peu nombreuses vouées à l’action secrète et trouble, qui scandalisaient la circulation pacifique des gens par leurs interventions et ne recherchaient pas l’adhésion, ni moins encore la collaboration active des secteurs sociaux concordants, comme les nihilistes russes qui, durant dix ans, de 1875 à 1885, réussirent à maintenir l’absence de sécurité permanente dans l’empire tzariste. »

          Or, la lutte fascisme-communisme « qui est aujourd’hui l’unique réalité mondiale » a créée un nouveau style de violence : « le choc des masses, pour le moins de groupes nombreux » qui interprétant l’anxiété de l’opinion et « obtiennent l’intervention active, militante et publique des particuliers, les arrachant à leur vie pacifique et en les lançant dans une vie noble, faite de risques, de sacrifices et de violence » (2). Ce sont les « soldats populaires » (3) « un groupe fort et audacieux qui obtient l’aide des secteurs les plus purs du peuple » et qui doit « imposer sa vérité aux égarés. »

          « Les « Juntes » abandonneront toute mystique parlementaire pour se constituer en défenseur d’une franche politique de dictature qui mette au service de la Patrie toutes les énergies du pays » (4).

    Et Ramiro Ledesma Ramos établit avec méticulosité le plan d’insurrection nationale. L’insurrection doit être dirigée « par un Parti », qui aura réalisé au préalable l’ « éducation insurrectionnelle » et la « formation politique » de ses troupes.

          Les « équipes insurrectionnelles » devront être mobilisées fréquemment car « le coup de main et la surprise sont les éléments primordiaux de l’insurrection. »

          Quant aux objectifs de l’Insurrection, ils devront « être populaires et connus de la masse nationale. Les circonstances qui favorisent et même rendent possible une insurrection, obéissent toujours à des causes politiques qui ont leur origine dans le jugement défavorable du peuple sur les actes du régime » (5).

          Le Jonsisme doit être révolutionnaire pour trois raisons :

    « Par imposition tactique, parce qu’il est absurde et ingénu de penser qu’on va nous permettre un beau jour de pénétrer dans l’Etat et de le modifier de fond en comble ;

    Par efficacité propre, parce que c’est la voie de salut et enfin

    Parce que nous ne disposons pas d’un temps illimité » (6).

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          Un texte définit assez bien ce qu’on pourrait appeler « l’activisme de Ramiro Ledesma Ramos » :

    « A l’origine de notre marche, dit-il, il n’y a pas une doctrine, c’est-à-dire une conviction acquise par la voie intellectuelle, mais un effort de volonté. L’élaboration des idées est trop lente et il faudrait trop longtemps pour qu’un système intellectuel parfait définisse aussitôt notre activité révolutionnaire qui aujourd’hui a besoin de faits, de présences robustes plus que de doctrines » (7).

          Le fondateur des JONS a fort bien résumé la mission à laquelle il se croyait appelé :

    « L’idée nationale, la Patrie comme entreprise historique et comme garantie de l’existence historique de tous les Espagnols … l’idée sociale, l’économie socialiste avec garantie du pain et du bien-être économique de tout le peuple. Il m’incombe semble+il, la tâche d’unifier ces deux drapeaux, de les doter des symboles émotionnels nécessaires et de poser les premières pierres d’une organisation qui les interprète » (8).

          Ramiro Ledesma Ramos fut en effet un grand forgeur de « symboles émotionnels »

    *
    * *

          La question sociale fut, avec le souci de la préparation de l’insurrection, la principale préoccupation de l’auteur du « Manifeste de la Conquête de l’État ». Pour lui :

    « l’économie nationale n’est pas la somme des économies privées, ni même leur résultante, mais exactement l’économie entière organisée, de telle manière que la nation elle-même, l’Etat national, réalise et accomplisse ses fins  » (9).

          Mais cela suppose un peuple, un peuple

    « ayant conscience de ses fins communes une discipline autour d’un chef et une communauté nationale au service de laquelle soient les corporations. C’est-à-dire un État authentique… Et surtout 100 000 hommes en armes, mobilisés non au hasard d’un tirage au sort, mais par l’impérieuse nécessité de se sauver héroïquement… sans cela, rien. » (10).

          Ainsi, chez Ramiro Ledesma Ramos, l’évocation de l’État national-syndicaliste futur ne le conduit pas à une analyse rigoureuse du système. Il se contente de grandes lignes robustes, fortement dessinées et, tout de suite, il revient à son leitmotiv : insurrection d’abord, « sans cela, rien. »

          Cette attitude n’était pas chez lui le fruit d’un manque de culture. Loin de là. Il est licencié en philosophie et en sciences. Ramiro Ledesma Ramos a étudié sérieusement Kant et Nietzsche et est d’ailleurs resté fortement marqué par la pensée des deux philosophes allemands. Son attitude « activiste » provenait du fait qu’il estimait que les idées politiques « ont peu de valeur, presque aucune », si elles ne reposent pas sur un enthousiasme et il déclare ne pas voir de meilleure définition du jonsisme que celle qu’il se limite à indiquer : « qu’il exalte, recueille et encadre les jeunesses nationales ». Il ne les veut liées par rien d’autre que l’épouvante qui doit s’emparer d’elles à l’idée que puisse « coïncider une période de déshonneur, de ruine et de honte pour la Patrie avec le temps où elles furent fortes, vigoureuses et redoutables » (11).

          Le passage est beau et s’il y flotte quelque romantisme de l’action, du moins ne peut-on nier que beaucoup de jeunes acceptèrent la lutte, simplement parce que Ramiro Ledesma Ramos leur avait révélé un jour qu’ils étaient « forts, vigoureux et redoutables ».

    Club Acacia


    (1) Ramiro Ledesma Ramos, Antologia, p. 33.

    (2) J.O.N.S. (réédition 1943), p. 82.

    (3) Ibidem, p. 19.

    (4) Ramiro Ledesma Ramos, Antologia, p. 63.

    (5) J.O.N.S., p. 87.

    (6) Ramiro Led’esma Ramos, Antologia, p. 86.

    (7) Ibidem, p. 90.

    (8) Ibidem, p. 115.

    (9) Ibidem, p. 226.

    (10) Ibidem, p. 81.

    (11) Ibidem, p. ’73.

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    Avec José Antonio Primo de Rivera et Ramiro Ledesma Ramos, Onésimo Redondo Ortega (16 février 1905-24 juillet 1936) est l’un des trois grands nationalistes tués par les rouges en 1936. Tous trois ont été déterminants dans l’élaboration de la pensée nationaliste espagnole et européenne. Docteur en droit, Onésimo Redondo suivit une partie de ses études en Allemagne, où il assista à la formidable montée du national-socialisme. Revenu en Espagne, il fonda les Juntas Castellanas de Actuación Hispánica qui fusionna avec les Juntas de Ofensiva Nacional-Sindicalista (JONS) puis la Falange. Partisan de l’action directe, il participé au coup d’État du général Sanjurjo en 1932.

    Arrêté dès le début de la guerre civile, il est libéré au bout de quelques semaines. Il reprit immédiatement les armes et tomba le 24 juillet 1936 dans une embuscade tendue par les Républicains.

    « Au fond de toute lutte politique, il y a une bataille pour la Culture. »

    (JONS, mai 1933.)

    « Sans lutte, il n’y a pas de vie. Pour nous, la bataille, c’est la victoire. »

    (Libertad, juin 1931.)

          Onésimo Redondo figure, avec José Antonio Primo de Rivera et Ramiro Ledesma Ramos, comme un des trois fondateurs de la Falange.

          C’était un Castillan et un homme de la terre.

          A vingt-trois ans, à Valladolid, il lance l’hebdomadaire Libertad. L’année suivante, le journal est interdit et Onésimo Redondo, poursuivi, se réfugie au Portugal. Il y demeurera deux ans, surveillant, des bords du Tage, la publication d’un autre journal : Igualidad, que rédigent ses camarades de Valladolid, et l’activité des « Juntas Castellanas de Actuacion Hispanica » qui fusionneront plus tard avec les JONS. Onésimo Redondo, lui, entrera à la Falange.

          Docteur en droit, lecteur de castillan à l’Université de Mannheim, en Allemagne, Onésimo Redondo est un intellectuel mais qui n’a jamais perdu le contact avec les réalités paysannes.

          Ce qui semble l’avoir le plus fortement frappé, c’est qu’« au fond de toute lutte politique, il y a une lutte pour la Culture. » Et il définit exactement la Culture comme « le complexe d’institutions et d’habitudes qui constituent la vie civilisée » (1).

          Or, la caractéristique des peuples civilisés est « d’être dirigés par une sélection de personnes pourvues d’une culture supérieure, étendue » (2).

          C’est par cette observation qu’Onésimo Redondo concluera, lui aussi, à la nécessité d’un groupe, d’une phalange, d’une milice capable de « dériver toute l’activité constructive d’un peuple vers la grandeur collective : une aristocratie patriotique d’individus » chargés, comme il le dit dans une synthèse hardie, de « faire la Patrie » (3).

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          La conception d’Onésimo Redondo est extrêmement classique. Il est dans la tradition de l’État Impérial et hiérarchique des monarques castillans. Cependant, ce qui le préoccupe, c’est l’esprit des institutions plus que leur forme.

    « [République et Monarchie] sont de simples ombres sans corps, des récipients qui admettent des contenus contraires, des recettes capables de vous guérir ou de vous tuer » (4).

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          Sur la question sociale, Onésimo Redondo n’avait pas une position différente de Ramiro Ledesma Ramos ou de José Antonio. Tous trois appartiennent à ce courant d’idées, mis en évidence par le fascisme, qui cherche à dépasser la lutte des classes dans la synthèse nationaliste et corporative.

    « Les problèmes sociaux que l’organisation moderne de l’État présente et particulièrement l’élévation intellectuelle, économique et morale du prolétariat, doivent être résolus par l’intervention systématique de l’État pour éviter l’exploitation de l’homme par l’homme.

    La Junte (de Actuacion Hispanica) repousse la théorie de la lutte des classes. Tous les éléments qui interviennent naturellement dans la production doivent vivre en une harmonie présidée par la justice.

    Notre préférence va à l’organisation syndicale corporative, protégée et réglée par l’État, comme système obligatoire de relations entre le travail et le capital, et de l’un et de l’autre avec les intérêts nationaux de la production » (5).

          Nous avons déjà vu, à propos de José Antonio, qu’un des grands soucis du mouvement national-syndicaliste avait été de considérer la propriété comme un service et non comme un droit statique.

          La situation agraire, en Espagne, dans les années 1930, donnait une grande acuité à la réforme agraire et José Antonio était allé très loin dans ses conceptions révolutionnaires dans ce domaine.

          On retrouve la même préoccupation chez Onésimo Redondo :

    « On ne peut admettre que des milliers de paysans vivent une existence servile, connaissent la faim et n’aient même pas l’espoir d’améliorer leur sort, alors qu’il existe de grandes extensions de propriété statique…

    Ni la terre, ni aucune autre sorte de propriété ne doit être possédée statiquement, c’est-à-dire stérile ou avec des méthodes de production réduites au minimum, alors qu’il existe des masses de familles affamées.

    Nous préférons la dynamique productivité des particuliers à celle de l’État qui doit se débarrasser le plus possible d’activités industrielles… Mais nous attribuons à l’État la mission supérieure de garantir le bien-être des classes travailleuses en démolissant d’une manière révolutionnaire les privilèges héréditaires de la paresse » (6).

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    * *

          C’est bien une révolution qu’il s’agit d’accomplir. On se tromperait si l’on ne voyait dans les phrases brûlantes des trois fondateurs de simples exercices de rhétorique.

    Ils croyaient profondément en la révolution.

    « Sans lutte, il n’y a pas de vie. Pour nous la bataille, c’est la victoire »

    écrivait Redondo en juin 1931.

          Ils eurent la bataille, pressentirent la victoire, mais ne la virent point. C’est ce qui donne à leurs trois vies cet aspect de mélancolique pureté.

    Club Acacia


    (1) Revue J.O.N.S., p. 153.

    (2) Onésimo Redonda, Textos de Doctrina Politica, p. 167.

    (3) Ibidem, p. 150.

    (4) Ibidem, p. 149.

    (5) Ibidem, p. 247.

    (6) Ibidem, p. 243.


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