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Publié le par Florian Rouanet
Retrouver la retranscription de 7 psaumes, tirés des Poèmes de Fresnes, rédigés par l’écrivain et journaliste Robert Brasillach, pendant son incarcération par les « Libérateurs-Épurateurs ».
Robert Brasillach, rédacteur en chef de la revue antisémite Je suis partout, il a été formé doctrinalement par l’Action Française de l’entre-deux-guerres et puis il rejoint la volonté d’un « fascisme à la française » au courant des années 30.
L’homme mourut fusillé le 6 février 1945 sous les cris de « Vive la France quand même !« …
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Psaume I
L’OUVRAGE des méchants demeure périssable,
Les idoles d’argent qu’ils se sont élevées
S’écrouleront un jour sur leurs formes rêvées.
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O Seigneur, nous qu’ils ont enfermés sous ces portes,
Nous qu’ils ont verrouillés derrière ces verrous,
Nous pour qui les soldats de ces murailles fortes
Font dans les corridors sonner leurs pas à clous,
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O Seigneur, vous savez que couchés sur la paille
Ou sur le dur ciment des prisons sans hublot,
Nous avons su garder en nous, vaille que vaille,
L’espoir sans défaillance envers des jours plus beaux.
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Nous avons rassemblé les anciennes tendresses,
Nous avons dessiné sur le plâtre des murs
Les magiques portraits de nos saintes jeunesses
Et nos coeurs sans remords savent qu’ils restent purs.
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La sottise au-dehors dans le sang rouge baigne,
Et l’ennemi déjà s’imagine immortel,
Mais lui seul croit encore au long temps de son règne
Et nos barreaux, Seigneur, ne cachent pas le ciel.
28 octobre 1944
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Psaume II
VOUS avez fait le ciel pour Vous-même, Seigneur,
Et la terre d’ici pour lesenfants des hommes,
Et nous ne savons pas de plus réels bonheurs
Que les bonheurs cernés par le monde où nous sommes,
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Nous voulons bien un jour célébrer vos louanges
Et nous unir aux chants de vos désincarnés,
Mais vos enfants, Seigneur, ils ne sont pas des anges,
Et c’est aux coeurs d’en bas que le coeur est lié.
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Pardonnez-nous, Seigneur, de ne pas oser croire
Que le bonheur pour nous ait une couleur
Que la joie de la source où nos bouches vont boire
Et du feu où nos mains recueillent la chaleur.
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Pardonnez-nous, Seigneur, dans nos prisons captives
De songer avant tout aux vieux trésors humains,
Et de nous retourner toujours vers l’autre rive
Et d’appeler hier plus encore que demain.
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Pardonnez-nous, Seigneur, si nos âmes charnelles
Ne veulent pas quitter leur compagnon le corps,
Et si je ne puis pas, ô terre fraternelle,
Goûter de l’avenir, une autre forme encor.
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Car les enfants préssés contre notre joue d’homme,
Les êtres qu’ont aimés nos coeurs d’adolescents
Demeurent à jamais devant ceux que nous sommes,
L’espoir et le regret les plus éblouissants.
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Et nous ne pourrions pas, pétris de cette terre,
Rêver à quelque joie où ne nous suivaient pas
La peine et le plaisir, la nuit et la lumière
Qui brillaient sur le sol où marquèrent nos pas.
30 octobre 1944
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Psaume III
IL vient auprès de moi tous les captifs du monde,
De ce monde total fermé de barbelés,
Et je songe à la nuit où leurs ombres se fondent,
Où tous leurs désaccords paraissent jumelés !
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Il vient auprès de moi les captifs de la terre,
Ceux qui se sont battus, ceux qui se sont haïs,
Maintenant rassemblés par la même misère,
Et parmi leurs prisons à jamais réunis.
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Voici, je reconnais vos formes dissemblables,
O mes frères captifs des multiples cachots,
Vos camps dans la tourbière où souffle un vent de sabie,
Votre cellule étroite avec ses neuf barreaux.
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Le soldat prisonnier contemple son mirage
Sous les noirs miradors où veille un gardien gris
Et depuis tant d’annés fait lever les images
D’un pays effacé et d’un foyer pâli.
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Traînant hors de l’oubli leur peine sans figure,
Ceux-là dont nul ne sait à tout jamais plus rien,
Les déportés perdus dans les landes obscures
Se sont levés dans l’ombre et me tendent la main.
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Les ouvriers parqués dans l’enclos des baraques,
Les condamnés errant dans les mines de sel,
Les évadés furtifs que les polices traquent
Sortiront bien un jour du silence mortel.
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Je ne distingue plus les traits de ces fantômes,
Ils sont pareils, ils vont, marchant du même pas,
Les épaules courbés sous le mal d’être un homme
Et fraternellement ils me parlent tout bas.
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Seigneur, voici venir les captifs de la terre.
Seigneur, vous avez fait les libres horizons,
Mais l’homme seul a fait les libres horizons,
Mais l’homme seul a fait la prison et la guerre.
Seigneur, ce n’est pas vous qui faites les prisons.
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Faites que quelque jour de leurs terres lointaines
Quittent leurs durs ennuis les captifs de partout,
Faites qu’ils laissent là leurs verrous et leurs chaînes
Et que tous les absents soient présents parmi nous.
6 novembre 1944.
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Psaume IV
SEIGNEUR, voici couler le sang de la patrie.
J’entends le bruit qu’il fait en tombant sur la terre,
Le bruit sourd, en cinq ans de luttes ennemies,
De ces gouttes tombant du corps de tant de frères.
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Saigneur, voici couler le sang de notre race,
Sang du combat guerrier, sang des guerres civiles,
Sang des foyers noircis que quelque flamme effface,
Sang de ceux qu’on fusille aux fossés de nos villles.
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Seigneur voici couler le sang de notre terre.
Le sang qui a coulé n’est jamais qu’un sang pur,
Et le voici mêlé, le sang des adversaires,
Figé sur nos pavés comme un verglas plus dur.
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Seigneur voici couler le sang de nos garçons,
Il a tout recouvert la patrie déchirée.
Quand verrons-nous jaillir, ö tardive saison,
De tout ce sang versé la moisson désirée ?
9 novembre 1944.
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Psaume V
EXILÉS sur les bords des eaux de Babylone
Nous avons suspendu nos souvenirs, Seigneur,
Aux arbres dépouillés par les pluies de l’automne,
Et rappelons ainsi le passé dans nos coeurs.
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On nous dit de chanter sur la terre étrangère
Les chansons qui berçaient les jours évanouis,
On voudrait voir monter de nos longueurs misères
Le dérisoire appel des plaisirs de jadis.
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Et parfois reprenant sur l’invisible fleuve
Nos vieux chants d’autrefois de nos bouches fermées.
Nous nous laissons aller aux espérances neuves
Et ranimons l’éclat des choses bien-aimées.
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Nous ne demandions rien, ô Seigneur, cependant,
Que les moindres trésors de ce qu’on nomme vivre,
Les amis de jeunesse et les joues des enfants,
La maison et la mer, et la Seine, et les livres.
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Nous ne demandions rien, ô Seigneur, ou bien peu :
Le lit ou reposer dans la nuit notre tête,
La plus modeste joie et le plus petit feu,
Le cendre qu’aujourd’hui disperse la tempête.
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Nous n’étions pas, Seigneur, tellement difficiles,
Nous n’avions pas besoin de gloire ni d’argent,
Seulement du murmure amical de la ville,
Nous n’étions pas, Seigneur, tellement exigeants.
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Et maintenant qu’au bruit que fait le vent d’automne.
Tout s’est évanoui de ce que nous aimions,
Exilés sur le bord des eaux de Babylone,
Vaut-il pas mieux se taire, ô captifs de Sion ?
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Car le silence seul qui tombe sur la rive
Reste digne du chant des printemps disparus,
Et jette, sur le feu des blesssures captives
Le baume sous lequel le coeur ne saigne plus.
22 novembre 1944.
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Psaume VI
MA vie est un oiseau aux filet du chasseur :
Voici le dernier acte et l’ultime seconde.
Ce qui est impossible aux promesses du monde
Reste possible encor, mais à vous seul, Seigneur
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Voici le dernier acte et l’ultime seconde :
Laissez-moi le courage à défaut d’autre bien;
Il en faut pour briser les plus étroits liens,
Et ce n’est plus qu’en Vous que mon espoir se fonde.
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Ce qui est impossible aux promesses du monde
Est plus dur que passer par le trou d’une aiguille,
Mais vous pouvez laisser avant que l’éclair brille
Flotter notre radeau sur l’océan sans sonde.
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Tout est possible encor, mais à vous seul, Seigneur.
Ce peu de jours qui reste est tenu dans vos mains.
S’approche l’oiseleur avec son sac au poing :
Ma vie est un oiseau aux filets du chasseur.
1er février 1945.
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Psaume VII
J’AI passé cette nuit au mont des Oliviers :
Etais-je auprès de Vous, bien digne, Seigneur ?
Je ne sais, mais la chaîne était lourde à mes pieds
Et je suais aussi, comme vous, ma sueur.
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Ce n’est pas sans grand mal, voyez-vous, qu’on arrache
Notre coeur aux seuls biens auxquels il fut voué,
Et l’Ange vient trancher plutôt qu’il ne détache
Le fil de ce bateau que vous aviez noué.
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Vous avez trop connu cette terre où nous sommes,
Vous avez trop aimé l’air que nous respirons
Pour n’avoir pas souffert ce que souffrent les hommes
Et n’avoir pas gémi dans Votre Passion.
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Ah ! Si demain, Seigneur, du jardin des Oliviés,
Je pouvais repartir vers le monde qu’on voit,
Laissez-moi boire encor aux fontaines d’eaux vives
Et laissez s’éloigner cette coupe de moi.
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Mais s’il Vous faut encor mon attente, Seigneur,
S’il Vous faut l’aube noire et la plus dure peine,
Prenez l’arrachement et prenez la douleur,
Que Votre volonté soit faite, et non la mienne.
3 février 1945. (1)
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Il existe aussi plusieurs de ses poèmes disponibles à l’écoute comme celui de Mon pays m’a fait mal lu par Pierre Fresnay :
[youtube=http://youtu.be/By5sNAkuG9k]
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(1) Poèmes de Fresnes

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