• Prise de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet par les traditionalistes



    Occupation décisive pour la messe tridentine à Paris

  • Ou la petite histoire du catholicisme traditionaliste, dont nous avons encore hérité des effets !

    P.-S. Nous avons personnellement connu un « vieux catholique » (pas la secte, l’âge et la foi !), qui y avait participé, au milieu de nombreux autres jeunes hommes, notamment pour veiller de nuit dans la paroisse – contre modernistes et l’État –, et se relayer à tour de rôle.

    Il y avait du panache comme cela ne se fait plus hélas !


    Sommaire

    I. Contexte et prémices de l’occupation
    II. Déroulement de la prise de l’église
    III. Réactions et conséquences immédiates
    IV. Stabilisation et situation actuelle

    Σ


    I. Contexte et prémices de l’occupation

    Les années 1970 sont une période de bouleversements pour la Tradition de l’Église.

    Le conciliabulle se dotant du nom de Vatican II (1962-1965) a prétendu introduire des « réformes » bordées d’hérésies et de nouveaux « rites », notamment la mise en place odieuse de la nouvelle liturgie dite « messe de Paul VI » – que M. Lasagna prétend améliorer ! –, célébrée en langue vernaculaire et tournée vers l’assemblée, plutôt que vers l’Autel de Dieu qui réjouit notre jeunesse.
    Ces changements suscitent de vives critiques parmi une partie des fidèles, attachés à la messe tridentine codifiée par le concile de Trente (XVIᵉ siècle) et réaffirmée/finalisée par le Pape saint Pie V en 1570.

    À Paris, une figure émerge au sein de cette résistance : Mgr François Ducaud-Bourget, prêtre lettré et charismatique, fervent défenseur de la tradition catholique. Dès la fermeture de la chapelle de l’hôpital Laënnec, où il officiait selon le rite ancien, il s’efforce de trouver un lieu stable pour accueillir les nombreux fidèles qui refusent les réformes liturgiques. Ses célébrations, organisées dans des lieux de fortune tels que la salle Wagram, rassemblent une foule croissante.

    Cependant, les moyens improvisés de culte ne suffisent plus. La détermination de Mgr Ducaud-Bourget et de ses fidèles atteint son paroxysme en février 1977. La situation devient critique : le gouvernement français et l’archevêché de Paris, dirigé par le cardinal François Marty, maintiennent fermement la ligne réformiste et dite conciliaire (moderniste). Pendant ce temps, Mgr Ducaud-Bourget planifie donc une action audacieuse qui marquera l’histoire.

    L’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, située au cœur de Paris dans le Vᵉ arrondissement, semble être une cible idéale. Elle est alors peu fréquentée, la communauté paroissiale ayant diminué, et ses prêtres y célèbrent – servilement et aveuglément – la messe selon ledite nouveau rite. Mgr Ducaud-Bourget y voit une opportunité pour offrir aux traditionalistes un lieu de culte large et permanent.


    II. Déroulement de la prise de l’église

    Le 27 février 1977, un dimanche, les événements prennent une tournure décisive. Dès le matin, l’atmosphère est « chargée d’émotion ». Une grande messe selon le rite tridentin est prévue à la salle de la Mutualité – soit à 2 numéros de l’église.
    Mgr Ducaud-Bourget, accompagné des abbés Louis Coache (lefebvriste Non una cum) et Vincent Serralda, officie devant une assemblée dense. Les fidèles sont nombreux, des familles entières se pressent dans les allées, chapelets en main, tandis que d’autres récitent des prières silencieuses.

    Après la célébration, un murmure se propage dans la communauté : une action importante est sur le point de se dérouler… Sous la direction de Mgr Ducaud-Bourget, une procession impressionnante s’organise dans les rues de Paris. En tête, les croix processionnelles s’élèvent, suivies de prêtres en chasubles riches et denses de fidèles portant des cierges et chantant des cantiques. Le groupe s’approche de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, située à quelques pas.

    À cet instant précis, l’église est occupée par son curé et une poignée de paroissiens qui célèbrent la « messe » (la scène, la synaxe semi-protestante) selon le nouveau rite. Une fois la cérémonie achevée, Mgr Ducaud-Bourget et ses partisans entrent dans l’église, non pas avec fracas mais avec une solennité calculée. Le calme est imposant : les fidèles se signent et s’agenouillent pour prier.

    Rapidement, le ton est donné. La messe selon le rite tridentin est célébrée sur l’autel principal, marquant la réappropriation spirituelle de l’église par les traditionalistes. Mgr Ducaud-Bourget s’adresse aux fidèles avec ces mots qui resteront gravés :

    « Ici, nous restaurons la foi de toujours. Ce lieu redeviendra la maison de Dieu telle qu’elle a toujours été, selon les rites sacrés transmis par les siècles. »

    Les prêtres présents annoncent clairement leur intention : ils ne quitteront plus l’église. Cette occupation, bien qu’illégale du point de vue civil, s’appuie sur une profonde légitimité spirituelle. Les portes de Saint-Nicolas-du-Chardonnet se referment sur un nouveau chapitre de son histoire, et revient à la Tradition.

    À l’extérieur, la tension monte. Les riverains et passants, intrigués par les chants et l’affluence inhabituelle, se regroupent devant l’église. La nouvelle se répand rapidement : l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet est désormais sous le contrôle des catholiques traditionalistes.


    III. Réactions et conséquences immédiates

    L’archevêché de Paris, dirigé par le cardinal François Marty, obtient un arrêté d’expulsion. Cependant, la préfecture de police, craignant des troubles à l’ordre public, n’intervient pas. Jean Guitton, médiateur désigné, échoue à trouver une solution. Ainsi, les occupants demeurent dans l’église, qui devient un bastion du catholicisme traditionaliste à Paris. La droite parlementaire d’alors, n’étant pas la même qu’aujourd’hui semble avoir eu quelques compréhension à ce sujet.


    IV. Stabilisation et situation actuelle

    Depuis cette occupation, Saint-Nicolas-du-Chardonnet est le principal lieu de culte parisien pour les fidèles attachés à la messe tridentine (FSSPX). Malgré des décisions judiciaires confirmant l’illégalité de l’occupation, aucune expulsion n’a été effectuée, les autorités redoutant des perturbations. La paroisse appartient à ceux qui la prenne.

    L’église reste, de facto, sous l’administration de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, laquelle a vu dans le temps, en tant que « curés de paroisse », les abbés Laguérie, Beauvais, et bien d’autres, offrant quotidiennement la liturgie traditionnelle.

    Cette occupation illustre la détermination de ces catholiques traditionalistes à préserver la foi, leurs rites et traditions, marquant durablement le paysage religieux parisien, bien qu’ils y soient désormais cantonné.

    Pour approfondir, voici quelques articles et une vidéo illustrant ces événements :
    Riposte catholique
    Jeune nation


    À suivre : Réactions et conséquences immédiates ; Stabilisation et situation actuelle.


  • 1 commentaire




    […] Prise de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet par les traditionalistes […]


    Répondre