• Augustin Cochin: homme catholique de lettres et de combat



    Signé Augustin

  • « Son histoire était un acte, un acte inspiré par la conscience du chrétien. »

    L’homme de lettres :

    Augustin Cochin naquit le 22 décembre 1876 à Paris.

    Suite à de brillantes études, il acquiert une double licence en lettres et philosophie. Il sort ensuite premier de l’Ecole de Chartres en tant qu’archiviste paléographe. Sa thèse aura pour sujet  »Le conseil et les réformés de 1652 à 1658 ». Elle cherche à comprendre les sept années les plus troubles de l’ancienne France. Sujet délicat mêlant des personnages comme Cromwell, Mazarin ou les huguenots impliqués dans un problème religieux complexe noyé par un labyrinthe de complications sociales, nationales ou encore politiques. L’Ecole de Chartres publiera ,en 1902, deux extraits de sa thèse intitulés  » Les conquêtes du consistoire de Nîmes pendant la Fronde (1648-1653) » et Les Eglises calvinistes du Midi ; le Cardinal Mazarin et Cromwell ». Exercice ardu mais ô combien formateur pour notre jeune apprenti historien !

    Augustin Cochin se consacrera ensuite à ce qui deviendra son cheval de bataille,  »La crise sociale, mère de la Révolution française  ». Il accomplira alors les colossaux travaux de génie que nous lui connaissons.

    « Augustin Cochin avait un tempérament de bénédictin, mais d’un bénédictin qui n’est pas un pur intellect, mais d’un homme de la plus riche nature. Savant et penseur mais aussi, en ses loisirs, artiste à l’oeil aigu, au pinceau délicat et sincère ; laborieux à passer des jours et des jours aux archives sans désemparer, mais fidèle aux pauvres à visiter, aux jeunes apprentis à instruire, aux sœurs chassées de l’enseignement à défendre. (…) Il voit surtout par la négation de Dieu la morale s’évanouir ; la volonté humaine, cette chose éphémère, ondoyante et versatile, s’ériger en absolu, par delà le bien et le mal. »

    Préface de  »La Révolution et la libre-pensée » de Augustin Cochin. 1924.

    Puis la première guerre mondiale éclata…

    L’homme de combat :

    « Ma place est au danger, mon nom m’en fait un devoir. »

    Augustin Cochin.

    Il rejoint, le 12 septembre 1914, le 146e régiment d’infanterie de la division de fer. Celui-ci est expédié sur la Somme et à marches forcées, à Fouquescourt plus précisément. Augustin Cochin en revient avec la mâchoire brisée, le bras cassé en de multiples endroits et 10 mois d’hospitalisation.

    Le 15 mai, suite à ses demandes insistantes, il rejoint le dépôt de Melun. Après seulement huit jours, son bras se casse à nouveau. Malgré de nouvelles opérations, il ne récupèrera jamais la totalité de son bras définitivement entouré de plâtre et bandages.

    Fin juin, allant contre l’avis de ses parents, médecins et chefs, il repart. En Champagne cette fois-ci, d’où il revient trois fois blessé.

    Le 26 février 1916 à 3 heures du matin, son régiment arrive sur la Bataille de Douaumont. Le capitaine Cochin reçoit le commandement de deux compagnies. Son chef lui dit alors :

     » Tenez jusqu’au bout. Je puis bien vous dire cela à vous… vous êtes sacrifiés ».

    Toute la journée, ils restent blottis à terre sous un bombardement incessant qui les décime petit à petit. Le capitaine est sans ordre… Alors, perdu pour perdu, il commande l’assaut. Par miracle, les hommes qui ont survécus le suivent. Ils chargent… Le village de Douaumont est repris. Notre capitaine s’en sort une nouvelle fois vivant, héroïque, avec une balle dans l’épaule.

    «  Le matin, vu son bras impotent, un ami avait insisté pour chargé son revolver.  »Inutile, je ne m’en servirai pas », avait-il répondu.  »Laissez moi quand même le faire », lui dit son ami. Et il s’en servit dans le dernier corps à corps. »

    Extrait tiré de la Préface de  »Révolution et la libre-pensée » de Augustin Cochin. 1924.

    Après une marche de 10 kilomètres et un jour de voyage, on lui retire enfin la balle logée dans son épaule, à Saint-Dizier. Il repart dès le lendemain au régiment mais ses forces le trahissent, il s’évanouit.

    Puis c’est la garde au Mort-Homme, du 5 au 14 avril. Son abri est une petite tranchée étroite. Lui et ses hommes subiront un bombardement continu de 96 heures. Certains de ces soldats en deviennent définitivement fous… Le pieux capitaine Cochin n’a qu’un souci, les soutenir, les ranimer et maintenir la flamme dans leur cœur. Il écrit :

    « Je suis monté là avec 175 hommes, j’en redescends avec 34 après avoir vu ma compagnie me passer dans les bras à la lettre. J’ai dû laisser ma couverture tant elle était imbibée du sang des blessés qui venaient se faire panser et consoler. »

    La révolution et la libre-pensée. Préface. Augustin Cochin. 1924

    Son Général de division parlera de lui en ces termes : ‘Cochin est légendaire’.

    Le 8 juillet, nous sommes encore dans la somme, après 8 jours de combats intensifs, au bout d’un extrême effort, la capitaine Cochin et sa compagnie ont atteint l’objectif fixé, le calvaire de Hardecourt-aux-bois. C’est là qu’il est atteint d’une balle dans le cou. Ses hommes accourent, l’assistent, reçoivent ses recommandations et récitent la prière à voix haute avec lui.

    « A présent, laissez-moi penser » dit-il… Recueillement solennel pour offrir pleinement sa vie à Dieu.

    Un de ses soldats écrivait :

    « Il est mort en héros. Il ne pouvait pas mourir autrement. Sa vie était si belle. »

    Sans aucun doute, Augustin Cochin, homme catholique, homme de lettres et homme de combat est un exemple pour nous tous. Ses travaux, disponibles sous la forme de livres ou pdf, sont disponibles sur internet. Je vous les recommande vivement car ils tiennent de son génie.

    Je terminerai cet article, pour lequel je me suis largement inspiré de la préface de  »La Révolution et la libre-pensée » sur un extrait de ce même ouvrage, de cette même préface :

    « Ce que représente la tradition, une séculaire tradition, Augustin Cochin le savait d’expérience. L’atmosphère où il a grandi était pleine de vie à la fois nouvelle et ancienne, liant le progrès à la continuité, pleine du parfum des souvenirs et des vertus de nombreuses générations, ouverte à tous les rayons qui font germer l’avenir. 

    Ce legs de culture chrétienne, nationale et familiale, Augustin Cochin le regardait moins comme un honneur que comme une dette.»

    AUGUSTIN.


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