• Tour de France, Picardie (6) – Augustin



    Réveillez vous Picards et Bourguignons !

  • « L’ancienne province de Picardie, qui faisait partie du duché de France, a formé une partie du département de l’Aisne, de celui du Pas-de-Calais, et le département de la Somme, l’un des plus fertiles et des plus industrieux de la France. La vaste plaine de la Marquenterre, autrefois ensevelie sous les eaux de la mer, est surtout d’une remarquable fécondité. Les terrains, trop marécageux pour produire des grains ou du bon foin, donnent de la tourbe en grande quantité. L’air de la Picardie est trop froid et trop humide pour qu’on y cultive la vigne ; mais on y récolte beaucoup de blé, de navette et de colza.

    Amiens est une grande et belle ville, située sur la Somme, au milieu d’une riche campagne. Elle existait avant la conquête des Gaules, et César en fit le centre de ses opérations contre la Belgique. Clodion s’en empara vers le milieu du Ve siècle ; elle resta dans le domaine de la couronne jusqu’à l’époque où les seigneurs qui la gouvernaient se rendirent indépendants. Les Normands la ravagèrent à plusieurs reprises. Sous François Ier et sous Henri II, les Espagnols s’en emparèrent par un stratagème singulier. Déguisés en paysans, ils se présentèrent comme conduisant des denrées en ville. L’un d’eux, feignant de remettre en ordre un sac de noix sous la porte même, le laissa tomber, et pendant que les bourgeois qui montaient la garde se précipitaient pour les ramasser, les faux paysans se rendirent maîtres de la place.

    Allons ! Dit Henri IV, apprenant ce qui s’était passé, c’est assez faire le roi de France, il est temps de faire le roi de Navarre.

    Il recouvra sa ville d’Amiens après un siège long et glorieux, et, pour la mettre dès lors à l’abri d’une surprise, il y fit bâtir une forte citadelle.

    La cathédrale d’Amiens, commencée en 1220 sur les plans de Robert de Luzarches, le meilleur architecte de cette époque, est une véritable merveille d’élégance et de hardiesse. L’art gothique n’a rien produit de plus grand, de plus beau, rien qui fasse un plus complet éloge de la foi de nos pères, qui ne croyaient pas trop faire en consacrant des siècles entiers à élever un temple à l’Éternel.

    Abbeville possède aussi un beau monument religieux, le portail de l’église de Saint-Wulfran, construit par Georges d’Amboise, ministre de Louis XII. A peu de distance de cette ville, existait jadis la célèbre abbaye de Saint-Riquier, fondée vers l’an 570. Il n’en reste que l’église bâtie au XVe siècle. C’est un édifice remarquable, dont le maître-autel est orné d’un christ dû au ciseau de Girardon et regardé comme un chef-d’oeuvre de la sculpture au XVIIIe siècle.

    Abbeville était considérable sous la domination romaine, si l’on en juge par le grand nombre de médailles, de débris de statues et de tombeaux qu’on a retrouvés dans son enceinte. Charlemagne fortifia cette place pour la défendre contre les  Normands, dont il prévoyait les invasions. Hugues Capet fit réparer ces travaux ; mais il n’en reste rien, et les nouvelles fortifications d’Abbeville sont due au génie de Vauban. On trouve encore dans cette ville beaucoup de vieilles maisons en bois, dont les ornements et les sculptures attirent l’attention des amateurs.

    C’est à Abbeville qu’en 1637, LOUIS XIII voua son royaume à la Vierge. L’armée française était alors occupée au siège d’Hesdin. Trente ans plus tard. Colbert fit venir à Abbeville des hollandais habiles dans l’art de fabriquer des draps, et leur confia la direction des manufactures qui y existaient déjà. Cette industrie fit dès lors de grands progrès. On fabrique aussi dans cette ville des moquettes, des velours de laine, des calicots et des toiles à voiles.

    Le petit port de Saint-Valéry-sur-Somme rappelle Guillaume, duc de Normandie, s’embarquant avec une armée composée de guerriers de toutes nations, pour faire la conquête de l’Angleterre.

    Doullens est une petite place forte et commerçante.

    La petite ville d’Albert, qui en est peu éloignée, offre aux curieux un souterrain de plus de trente mètres de long sur deux de large, rempli de pétrifications qui affectent toutes sortes de formes. On y trouve des colonnes, des troncs d’arbres, des roseaux, des bouquets, des branches, des coquillages et des plantes aquatiques. Les savants pensent que ce souterrain était un marais que l’on a comblé en construisant la ville, et dont les eaux se sont lentement retirées en laissant sur les végétations du marais les substances calcaires dont elles étaient chargées.

    Le souterrain d’Albert est le seul où l’on trouve des pétrifications ; mais le nombre des galeries creusées dans le tuf ou dans la craie, dont le sous-sol est formé, est très considérable, soit en Picardie, soit dans l’Artois et dans la Flandre. On suppose que les habitants de ces provinces, plus exposées aux invasions que celles de l’intérieur, s’étaient préparés dans ces souterrains un refuge contre l’ennemi ou des greniers où ils enfermaient leur provisions, pour les soustraire au pillage.

    Péronne, située au milieu de marais et défendue en outre par de bonnes fortifications, n’a jamais été prise. Charles le Simple, détrôné par Hugues, comte de Vermandois, y termina ses jours. C’est aussi dans le château de cette ville que Louis XI, retenu prisonnier par Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, fut forcé de signer un traité auquel il n’eût jamais consenti dans d’autres circonstances.

    Près de Péronne est le fort de Ham, dont on a fait une prison d’État. Plusieurs autres châteaux de la Picardie sont remarquables à divers titres : celui de Picquigny date du VIIIe siècle ; celui de Boves à été assiégé par Philippe-Auguste et habité par la belle Gabrielle d’Estrées ; celui de Folleville est surmonté d’une tour très élevée ; enfin celui de Reilly est d’un aspect imposant.

    Crécy et Azincourt sont deux villages tristement célèbres dans nos annales. En 1346, trente mille français périrent à Crécy, victimes de l’imprudence avec laquelle ils attaquèrent l’armée anglaise, commandée par le Prince Noir, fils d’Edouard III. La journée d’Azincourt fut encore plus funeste à la France. Henri V y défit complètement les généraux de l’infortuné Charles VI. Le connétable, six princes du sang, un nombre prodigieux de seigneurs et de chevaliers y furent tués ; le royaume tomba presque entièrement au pouvoir des Anglais, et il ne fallut rien moins que la merveilleuse intervention de Jeanne d’Arc pour réparer les suites de ce désastre.

    Le savant bénédictin Dom Bouquet, auteur des huit premiers volumes du  »Recueil des historiens de France », les poètes Gresset et millevoye, le grammairien Lhomond, l’ermite Pierre, premier prédicateur des croisades, et l’agronome Parmentier, qui, sous le règne de Louis XVI, importa en France la culture de la pomme de terre, sont originaires de la Picardie. »

    La France. C. Fallet. 1859.

    Prochainement, l’Orléanais en commençant par le Loiret.

    AUGUSTIN.


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