• « La bibliothèque du jeune Européen », Guillaume Travers dans la revue Éléments



    C’est autre chose que des histoires loufoques sur le gnosticisme.

  • Nous relayons présentement les réflexions de M. Travers en faisant abstraction des passages du cuistre M. De Benoist qui est aussi pathétique que son collaborateur est grandiose.

    Utile pour les jeunes et les moins jeunes : le document traite de culture européenne, de transmission de la tradition, de formation de l’intelligence et d’homme complet.

    Il ne faudrait pas griller les étapes, chaque chose en son temps, en se formant d’abord avec une culture générale et universelle avant de vouloir se particulariser, se droitiser, de se lancer dans la haute théologie ou encore de se divertir avec des théories chocs du complot sur le 11 septembre 2001. Cela est bien plus bénéfique, formateur et même époustouflant pour celui qui le comprend.

    ÉLÉMENTS : « Il faut craindre l’homme d’un seul livre », disait saint Thomas d’Aquin. Le philosophe Alain de Benoist et l’économiste Guillaume Travers l’ont pris au mot. Avec le concours d’une quarantaine d’auteurs, ils nous offrent ce qui pourrait constituer une bibliothèque idéale : une sélection de 200 œuvres qui ont marqué l’histoire de la pensée de notre continent. L’Europe des idées qui donne une idée de l’Europe.

    -*-

    ÉLÉMENTS : Le titre (La bibliothèque du jeune Européen) et le sous-titre (200 essais pour apprendre à penser) disent votre ambition. Qu’est-ce qui l’a nourrie ? L’urgence de transmettre aux jeunes générations le fil (in)interrompu d’une tradition ? La volonté de les doter d’une solide colonne vertébrale intellectuelle ? Autres ?

    GUILLAUME TRAVERS. Il y a en effet une urgence de la transmission. À l’heure où l’on déboulonne des statues, nous en édifions ; ou, plus modestement, nous faisons vivre le nom et l’œuvre d’auteurs qui nous paraissent essentiels pour comprendre notre monde, notre histoire, notre identité. Sur ce plan, notre ouvrage me semble très équilibré, entre d’un côté des auteurs extrêmement connus, à défaut d’être toujours lus (Nietzsche, Heidegger, etc.), et de l’autre des auteurs que le lecteur découvrira peut-être pour la première fois. Ce volume est évidemment d’abord à destination des jeunes : quand on a vingt ans et que l’on s’intéresse aux idées, on se perd aisément dans ses lectures, on commence Hegel ou Marx sans n’y rien comprendre, et parfois on abandonne tout. Édifier sa pensée devient plus dur chaque année, au fur et à mesure que s’intensifient l’ahurissement médiatique et publicitaire, l’omniprésence des écrans, le règne de l’instant présent, le recul des facultés d’attention dans les jeunes générations, etc. Aux lecteurs de bonne volonté, nous offrons des chemins de lecture. Ce qui ne veut pas dire que l’ouvrage ne s’adresse qu’à des jeunes : quand on a ouvert Homère et Tolkien, Dumézil et Spengler, Klages, Barrès, Schmitt et tant d’autres, cela fournit les lectures d’une vie. (…)

    ÉLÉMENTS : Vous êtes économiste, mais vous restez très attaché à la pluridisciplinarité des savoirs. La spécialisation des savoirs ne menace-t-elle pas à terme la possibilité de penser ? Cette crainte vous a-t-elle guidé dans la sélection des livres ?

    GUILLAUME TRAVERS. La pensée est évidemment menacée par l’hyperspécialisation. Penser, c’est être capable d’articuler de manière cohérente, fondée, une vision du monde couvrant un grand nombre de champs. Par exemple, un économiste qui juge tout fait social à partir de son seul effet sur le taux de croissance ou les cours de la bourse n’est pas un penseur. Il peut être un très bon technicien de la finance, mais il ne pense pas. Dans ce livre, nous avons voulu couvrir un nombre très large de disciplines, principalement les sciences sociales, mais en ouvrant également quelques pistes vers la biologie et les sciences physiques. Enfin, une dernière chose : si la spécialisation est en partie nécessaire dans le domaine scientifique, elle touche aussi le grand public, d’une manière subtile mais tout aussi regrettable. Dans un monde où, au moins pour les plus jeunes, le but quasi unique est l’intégration sur le marché du travail, le savoir n’est jugé que d’un point de vue instrumental, utilitaire. Restons dans le domaine économique : si je veux être courtier, à quoi bon lire autre chose que des ouvrages de bourse ? Ce type de raisonnement, dont nous sommes aujourd’hui imprégnés de manière systémique, appauvrit considérablement notre société. Nous espérons aussi susciter auprès de notre public des lectures inattendues ! (…)

    ÉLÉMENTS : Vous publiez tous les deux beaucoup de livres. À travers cette bibliothèque, avez-vous voulu dresser, par-delà sa diversité, le portrait-robot de l’homme – du jeune homme – Européen ? À quoi ressemblerait-il ? Au bon Européen cher à Nietzsche ? À l’idéal de l’honnête homme cultivé par la culture classique ? Autres ? (…)

    GUILLAUME TRAVERS. S’il est un type que je chéris particulièrement, c’est celui de l’homme complet. Il y a depuis fort longtemps des hommes qui ont consacré leur vie au travail des idées, de la pensée. Notre propos n’est évidemment pas de dire que tout le monde doit mener une vie guidée par le travail intellectuel. Mais l’erreur est de croire que l’on peut s’en passer complétement, en vertu d’une division du travail poussée à son terme le plus absurde : de même que ceux qui ne fabriquent pas leur pain font confiance au boulanger, ceux qui ne lisent pas, ne pensent pas, se reposeraient sur ceux qui le font. Ce serait réduire la pensée à un pur travail, à sa dimension matérielle, ce qu’elle ne peut pas être : elle participe aussi à la construction des identités individuelles et collectives. Permettez-moi d’illustrer ma réponse par un exemple personnel : quand j’étais enfant, il n’y a pas si longtemps que cela, mes grands-parents nous emmenaient chez certains de leurs amis qui avaient de belles bibliothèques. Dans un milieu rural, il n’était pas rare de trouver un « érudit local » dans les bourgs de quelque importance ; des gens qui avaient été médecins, pharmaciens, artisans, mais qui avaient cultivé des passions avec intensité, qui prenaient part à telle ou telle société savante ou association locale. Mon grand-père, qui a passé sa vie à vendre des lunettes comme opticien, a aussi été passionné d’archéologie, a participé à de nombreuses fouilles et fait des découvertes préhistoriques de quelque importance ! De telles personnalités n’avaient rien d’extraordinaire ; on en trouvait dans toutes les villes, dans de nombreux villages : des gens portés par un goût de l’excellence, quel que soit le domaine, des engagements pleins, durables, un enracinement et une sensibilité communautaire malgré des individualités parfois fortes. »

    Entretien dans la revue Éléments.

    Le livre « La bibliothèque du jeune européen. »


  • Vous avez aimé cet article ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !

    [Sassy_Social_Share]

  • 2 commentaires




    […] méconnu à notre goût hélas, mais c’est un des types de très haute valeur que nous avons avec Guillaume Travers, connu pour son fascicule sur l’économie féodale. C’est un authentique « fasciste » […]


    Répondre

    […] sujet avec d’autres contributions philo-européennes que nous avons déjà revendiquées avec la bibliothèque de Guillaume Travers, et la parution humaniste de David Veysseyre aux Ecrits de Paris […]


    Répondre