• De Rerum Natura de Lucrèce

  • Les Pères de l’Église et les chrétiens des premiers siècles ce sont souvent inspirés de la bonne intelligence – pré-chrétienne – que l’on pouvait trouver chez les différents auteurs antiques, comme pour éclairer de la Lumière de l’Évangile les auteurs d’œuvres qui précédaient, car ils n’ont pu connaître le Dieu de Vérité en sa perfection.

    « Saint Ambroise s’inspire du De officiis de Cicéron pour écrire son propre De officiis ; mais, en un autre sens, saint Jérôme se reprochera souvent d’être trop attaché à la culture païenne, d’être cicéronianus plus que christianus. » « Les Pères de l’Église réfutent la pensée de Lucrèce, mais c’est surtout pour condamner, à travers elle, l’enseignement d’Epicure. »
    Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille, Littérature latine. 

    Ode au règne de la nature, invoquant Venus/Aphrodite en tant que déesse de la fécondité, et évoquant le renouvellement des générations romaines, un principe de vie par Lucrèce :

    Traduction de Nisard au XIXème : « [1,1] Mère des Romains, charme des dieux et des hommes, bienfaisante Vénus, c’est toi qui, fécondant ce monde placé sous les astres errants du ciel, peuples la mer chargée de navires, et la terre revêtue de moissons; c’est par toi que tous les êtres sont conçus, et ouvrent leurs yeux naissants à la lumière. Quand tu parais, ô déesse, le vent tombe, les nuages se dissipent; la terre déploie sous tes pas ses riches tapis de fleurs; la surface des ondes te sourit, et les cieux apaisés versent un torrent de lumière resplendissante.
    [1,10] Dès que les jours nous offrent le doux aspect du printemps, dès que le zéphyr captif recouvre son haleine féconde, le chant des oiseaux que tes feux agitent annonce d’abord ta présence, puis, les troupeaux enflammés bondissent dans les gras pâturages et traversent les fleuves rapides tant les êtres vivants, épris de tes charmes et saisis de ton attrait, aiment à te suivre partout où tu les entraînes! Enfin, dans les mers, sur les montagnes, au fond des torrents, et dans les demeures touffues des oiseaux, et dans les vertes campagnes,
    [1,20] ta douce flamme pénètre tous les cœurs, et fait que toutes les races brûlent de se perpétuer. Ainsi donc, puisque toi seule gouvernes la nature, puisque, sans toi rien ne jaillit au séjour de la lumière, rien n’est beau ni aimable, sois la compagne de mes veilles, et dicte-moi ce poème que je tente sur la Nature, pour instruire notre cher Memmius. Tu as voulu que, paré de mille dons, il brillât toujours en toutes choses: aussi, déesse, faut-il couronner mes vers de grâces immortelles.
    [1,30] Fais cependant que les fureurs de la guerre s’assoupissent, et laissent en repos la terre et l’onde. Toi seule peux rendre les mortels aux doux loisirs de la paix, puisque Mars gouverne les batailles, et que souvent, las de son farouche ministère, il se rejette dans tes bras, et là, vaincu par la blessure d’un éternel amour, il te contemple, la tête renversée sur ton sein; son regard, attaché sur ton visage, se repaît avidement de tes charmes; et son âme demeure suspendue à tes lèvres. Alors, ô déesse, quand il repose sur tes membres sacrés,
    [1,40] et que, penchée sur lui, tu l’enveloppes de tes caresses, laisse tomber à son oreille quelques douces paroles, et demande-lui pour les Romains une paix tranquille. Car le malheureux état de la patrie nous ôte le calme que demande ce travail; et, dans ces tristes affaires, l’illustre sang des Memmius se doit au salut de l’État.
    »

    De Rerum Natura I, 1-43, source en latin.


  • Vous avez aimé cet article ? Partagez-le sur les réseaux sociaux !

    [Sassy_Social_Share]