• Mes idées politiques de Charles Maurras (« Un livre, un article » par Amblard de Guerry)



    Une nouvelle contribution nationaliste pour cette rubrique

  • Un livre, un article.

    Mes idées politiques (1937).

    Charles Maurras, né en 1868 et mort en 1952, était un journaliste, essayiste, homme politique et poète français, membre de l’Académie française. Théoricien du nationalisme intégral, antisémite constant, il est l’une des figures de proue de l’Action française (l’A. F.), principal mouvement intellectuel et politique d’extrême droite sous la Troisième République. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale à la Libération, il est gracié en 1952. Son parcours et sa pensée ont joué un rôle important dans les courants de pensée de droite et d’extrême droite en France.

    Dans un premier temps, Charles Maurras nous explique quelques principes fondamentaux de l’ordre naturel qui mettent fin au principe d’égalitarisme puisque les exceptions humaines sont indispensables à l’humanité. Si on les brime, elles déclinent, puis disparaissent, mais en emportant toute vie. Il faut des seigneuries fortes pour qu’il y ait des bourgeoisies prospères, des bourgeoisies prospères pour des métiers actifs et des arts florissants. Les têtes puissantes et généreuses font plus que la beauté et l’honneur du monde, elles en sont d’abord l’énergie et le salut. La société, la civilisation est née de l’inégalité. Aucune civilisation, aucune société ne serait sortie d’êtres égaux entre eux. On ne fait de bien autour de soi qu’en faisant tout d’abord en soi de la force.

    L’homme associé, tout à la fois groupé et isolé, réglé et libéré par l’association, n’est sans doute pas absolument meilleur que l’homme individuel ; il est tout simplement plus apte à une vie supérieure, à la vie de société. Il ose moins pour son caprice. Il a plus d’intérêt à oser pour le bien commun, la communauté plus proche du sien. Le vrai moi, le moi spontané, est un nous, ou n’a pas de sens.

    La société n’est pas une association volontaire : c’est un agrégat naturel. L’individu pourrait composer la société; en réalité, il ne la fait pas; il est fait et défait par elle. Il n’y a point de société sans tradition. Capitalisation et tradition, voilà les deux termes inséparables de l’idée de civilisation. Sans propriété, l’homme est un condamné à mort.

    Ensuite, l’auteur nous détaille les grands principes d’une civilisation prospère. La plupart des moralistes, qui sont des esprits confus, ont jugé que le pouvoir corrompait le cœur de l’homme.

    Quand le pouvoir est élevé et qu’il dure, quand il dure un peu, l’effet est tout contraire, l’apprentissage des responsabilités se fait et leur expérience perfectionne au lieu de gâter. Loin que l’idée d’autorité contredise l’idée de liberté, elle en est au contraire l’achèvement et le complément. La liberté conçue comme régime ou comme principe, c’est un chaos, généralement douloureux.

    Dans un second temps, notre théoricien nous donne sa vision critique de la Démocratie qui finit en Médiocratie. Il rappelle que quand l’autorité légitime n’existe pas, sa fonction, qui est éternelle et nécessaire, est usurpée par le premier esclave venu. Nul pouvoir supérieur à la loi écrite n’existant, la Loi ne s’incarnant en aucune souveraineté vivante et capable de dire : La Loi c’est moi, on verra tous les magistrats en venir, par nécessité politique, à frauder la loi, ce qui enlève peu à peu à la loi toute autorité. Une loi que l’on tourne habituellement perd tout prestige et toute valeur. Quant aux biens imaginaires attendus de l’Égalité, ils feront souffrir tout le monde. La démocratie, en les promettant, ne parvient qu’à priver injustement le corps social des biens réels qui sortiraient, je ne dis pas du libre jeu, mais du bon usage des inégalités naturelles pour le profit et pour le progrès de chacun. L’égalité fait tout fondre et personne n’a plus rien. N’oublions pas que depuis ce décret Le Chapelier, rendu en 1791, on nie en propres termes les prétendus intérêts communs du travail, au nom de la démocratie politique et de son individualisme contractuel. Les ouvriers et journaliers furent en outre avisés, par un arrêté du Comité de Salut public, deuxième jour de prairial an Deux, que tous ceux qui se coaliseraient sur le terrain professionnel pour défendre leurs prétendus intérêts communs seraient traduits devant le tribunal révolutionnaire. Une juste loi politique n’est point une loi régulièrement votée, mais une loi qui concorde avec son objet et qui convient aux circonstances. Dans la démocratie sociale, l’actuel, le vivant, n’est pas là. Sa vie consiste essentiellement dans sa passion, qui n’a rien de social ni d’économique, passion toute politique et morale, ou, si l’on préfère, impolitique et immorale, car elle pousse violemment nation et civilisation à leur chute finale, par une lutte finale sans merci pour sa passion de l’égalité. Par les mêmes mots d’ordre, le travail de l’ouvrier ne doit pas être rémunéré aux pièces qu’il produit, mais soumis à la mesure du temps qu’il y donne. C’est absurde ! C’est absurde pour l’homme, qui en est la victime, pour l’industrie qui y perd liberté et qualité, pour la nation, dont c’est la ruine. Mais la raison démocratique est satisfaite d’élever une difficulté de plus contre l’ouvrier qui voudrait mettre le pied sur l’échelon supérieur du métier ou de l’art. Néanmoins, quand par la même occasion, le député a fait sa loi, en général tout de travers, son électeur comprend qu’il y doit obéir exactement comme à la loi d’un Roi ou d’un Empereur : celle-ci ne serait pas plus impérieuse. Le mot de liberté écrit sur le mur n’y fait rien.

    Cette civilisation n’égalise ni les fortunes ni les conditions : sa complexité ne cesse, au contraire, de creuser des différences entre les hommes. Elle n’affranchit pas : l’autorité de la science et de l’industrie tendrait plutôt à établir de nouvelles races d’esclaves.

    La comédie des changements a fait qu’on se résigne avec un fatalisme facile aux pires malfaçons !

    L’égalité ne peut régner nulle part ; mais son obsession, son désir, établissent un esprit politique directement contraire aux besoins vitaux d’un pays : l’esprit démocratique tue la discipline militaire et le peuple a besoin d’une armée; l’esprit démocratique, par l’envie qu’il distille, tue la concorde civile, la cordialité, la paix entre particuliers, et le peuple a besoin de concorde, de paix, de cordialité.

    Selon Charles Maurras, quand on prend l’opinion courante pour arbitre, on l’engage dans la plus terrible des voies. Où la sagesse universelle pense bonheur collectif, bien public, unité collective, c’est-à-dire Famille, État, Race, Nation, le révolutionnaire pense bonheur et satisfactions du privé, en d’autres mots l’insurrection. La critique démocratique n’est pas physique, elle est métaphysique. Elle n’est pas née de la science, mais d’une religion, et fausse. C’est-à-dire de tempérer un gouvernement d’égalité par l’inégalité ou usez du mot propre, et tombez d’accord avec nous qu’organiser une démocratie, cela revient à la détruire. Si on leur donne les tendances du Gouvernement, si on leur donne à choisir le Chef, il y a dix mille contre un à parier qu’ils éliront l’homme dont le nez leur plaira et qui n’aura pas plus de cerveau qu’un moineau ; il y a dix milles contre un à parier qu’ils exigeront du gouvernement la politique de leur intérêt particulier, sacrifiant l’intérêt général, la politique du moindre effort et du moindre labeur sans se soucier du présent éloigné, ni du prochain avenir. La démocratie vénère obscurément l’anarchie, comme son expression franche, hardie et pure. Toute la politique républicaine étant plus ou moins inspirée de méthodes confessionnelles appliquées à l’Europe, appliquées au Travail, à la Vie sociale, détruit la nation, au lieu de la conserver comme c’est la fonction de la Politique. Si votre État est galvaudé dans les parts, s’il est l’esclave de la Finance ou de l’Étranger de l’intérieur, elles seront fort misérables; au lieu de servir et de protéger le salut national, sa raison d’État servira l’intérêt supérieur de la République, autrement dit les intérêts successifs et changeants des factions. Honnêtes, ils songent seulement au bien d’un parti : malhonnêtes, à remplir leurs poches. Les uns et les autres sont les ennemis de la France. La France n’est pas un parti. Les plus patriotes de nos républicains esquissent cette question de la priorité de la Patrie ou des Partis de la France ou de la République. Étatisme pour dominer, Anticléricalisme pour pervertir, Opportunisme pour n’être pas balayé. Rappelons que Pie IX disait de la démocratie qu’elle est un mensonge universel.

    Et  dans un dernier temps, « Politique d’abord ! » comme nous dit l’auteur qui était convaincu par l’indispensabilité du royalisme pour gouverner la France. On peut rallier ce patriotisme, ce nationalisme ingénu. Mais il est conforme à de grandes lois physiques. Il se rattache aux éléments mêmes du genre humain. Pour créer ou pour maintenir un peuple prospère, une civilisation florissante, on n’a pas trouvé mieux, on n’a même pas trouvé autre chose. Ne dites pas qu’il peut contribuer à la guerre étrangère : il épargne à coup sûr la guerre civile qui est la plus atroce de toutes. Il pense que le peuple n’a pas des besoins moins exigeants que l’élite. Il lui faut de la vérité comme du pain. Le mensonge historico-politique vous empoisonne un peuple tout aussi proprement que le cyanure de potassium.

    Un dédain qui ne s’exprime pas n’agit pas. Au contraire, une erreur et un mensonge qu’on ne prend point la peine de démasquer acquièrent peu à peu l’autorité du vrai. L’autorité est du même ordre que la vertu ou le génie ou la beauté. Une loi doit être acceptable. La loi n’est pas la loi lorsque son énoncé suffit pour provoquer les gens à l’enfreindre. Elle veut un assentiment, naturel et prompt. Les dictatures personnelles et viagères comportent plus de modération, parce qu’elles enferment une responsabilité directe et constante, parce que le souci de l’avenir ne peut pas leur être étranger. Sa valeur principale est d’utiliser complètement le passé au profit du présent et néanmoins de n’y pas sacrifier l’avenir. Avec ou sans papier, les dynasties se maintiennent en raison des services effectifs rendus à leur peuple. Pour la plupart des hommes du 19ᵉ siècle et aujourd’hui, encore absolutisme est synonyme de despotisme, de pouvoir capricieux et illimité. C’est absolument inexact : pouvoir absolu signifie exactement pouvoir indépendant ; la monarchie française était absolue dès lors qu’elle ne dépendait d’aucune autre autorité, ni impériale, ni parlementaire, ni populaire : elle n’en était pas moins limitée, tempérée par une foule d’institutions sociales et politiques héréditaires ou corporatives, dont les pouvoirs propres l’empêchaient de sortir de son domaine et de sa fonction. L’ancienne France était hérissée de libertés. L’institution royale pallie ou combat les effets du mal, au lieu que l’institution républicaine les appuie et les amplifie pour la raison qu’un prince, deux princes, dix princes sont plus faciles à éduquer que dix millions d’électeurs ou, même, que neuf à dix centaines de ces politiciens pour la plupart improvisés qu’on appelle parlementaires. Charles Maurras conclue en disant que la Monarchie reconstituerait une France mais que sans la Monarchie la France périra.

    Amblard de Guerry.


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